‹ Réformes en TurquieChapitre 11 sur 33 · EXAMEN · texte numérisé non relu

EXAMEN

des articles du Ualti-IIumayoun qui ont trait à la religion.

« Tous les privilèges et immunités spirituelles accordés ab antiquo et à des dates postérieures à toutes les communautés chrétiennes, ou à d’autres rites non musulmans établis dans mon empire sous mon égide protectrice, sont confirmés et maintenus. »

11 eut été préférable de lire : Ces privilèges et immunités sont abolis, et une égalité parfaite de droits existera entre les communautés chrétiennes de mon empire dans la question des Lieux Saints.

Remarquez ces mots sous mon égide protectrice, ils ne sont pas mis là par surabondance; c'est qu'en effet le déploiement d une force armée musulmane a toujours été nécessaire aux portes du Saint-Sépulcre, non pour gêner les chrétiens dans la manifestation de leurs sentiments religieux, mais pour les empêcher de se battre et de s’exclure les uns les autres. Ce qu'il a fallu que le Gouvernement ottoman dépensât de paroles et d écrits diplomatiques avec toutes les Cours étran-

gères pour cette déplorable pomme de discorde est inimaginable. A qui donner la clef de telle chapelle? A qui cet ornement, cette relique, cette poussière, cet atome, ce néant? Mais à tous indistinctement, mon Dieu ! sous l’égide protectrice du Sultan, c'est-à-dire sous les yeux d’une forte police armée qui, étant musulmane, possède le rare mérite de l’impartialité.

« Chaque communauté chrétienne ou d’autre rite non musulman sera tenue, dans un délai fixe et avec le concours d’une commission formée a<l hoc dans son sein, deprocéder, avec ma haute approbation, et sous la surveillance de ma Sublime Porte, à l’examen de ses immunités et privilèges actuels et d’y discuter et soumettre à ma Sublime Porte les réformes exigées par le progrès des lu- . mières et du temps. »

« Les pouvoirs concédés aux patriarches et aux évêques des rites chrétiens par le sultan Mahohomet II et ses successeurs seront mis en harmonie avec la position nouvelle que mes intentions généreuses et bienveillantes assurent à ces communautés. Le principe de la nomination à vie des patriarches, après la révision des règlements d’élection aujourd’hui en vigueur, sera

exactement appliqué, conformément à la teneur de leurs firmans d’investiture. »

« Les patriarches, les métropolitains, archevêques, évêques et rabbins seront assermentés à leur entrée en fonctions, d’après une formule concertée en commun entre ma Sublime Porte et les chefs spirituels des diverses communautés. »

« Les redevances ecclésiastiques, de quelque forme et nature qu’elles soient, seront supprimées et remplacées par la fixation des revenus tles patriarches et chefs des communautés, et par l’allocation de traitements et de salaires équitablement proportionnés à l’importance, au rang et à la dignité des divers membres du clergé. »

« Il ne sera porté aucune atteinte aux propriétés mobilières et immobilières des divers clergés chrétiens; toutefois, l’administration temporelle des communautés chrétiennes ou d’autres rites non musulmans sera placée sous la sauvegarde d’une assemblée choisie dans le sein de chacune desdites communautés parmi les membres du clergé et des laïques.»

Ces commissions par communauté religieuse expriment des vœux qui, assimilés à ceux de nos Conseils généraux, seront les points de repère

des réformes que l'on tentera le plus immédiatement.

Mais les articles ci-dessus conservent la division par communauté sous le rapport de l’administration civile : il y aura donc autant de codes que de rites ; d'où une confusion et une gêne que les tribunaux mixtes sont impuissants à faire disparaître.

Ce même article met aussi fin à la vénalité des patriarches de chaque communauté, qui, sous prétexte de l’entretien du culte, pressuraient leurs coreligionnaires, afin d’entasser des richesses, avant le moment de leur déposition par leur conclave : l’argent qu’ils avaient extorqué, leur servait plus tard à racheter les votes dans une réunion ultérieure du conclave et à reprendre la place à leur successeur.

Désormais l’avidité des patriarches et des chefs immédiatement au-dessous diminuera en raison de leur inamovibilité; mais, étant toujours chargés de l’administration temporelle de la communauté, bien que sous le contrôle d’une assemblée de prêtres et de laïques, le principe de corruption ne sera pas détruit et se développera d’une autre manière. L’assemblée mixte sera choisie par le

patriarche, qui sera alors juge et parties, et les malheureuses brebis du troupeau de ce digne pasteur n’en seront pas moins tondues qu’auparavant.

On invoquera la piété des fidèles, l’insuffisanee des salaires de l’Etat qui sera même accusé de viser à l’abaissement des rites non musulmans par ce nouveau moyen, et les dons volontaires remplaceront dans les coffres du clergé le produit des anciennes dîmes. Toutefois le don volontaire n’arrivant pas à combler entièrement le déficit, il sera trafiqué de la justice encore plus impudemment, si cela est possible.

Ce qui conviendrait à l'Orient où la simonie et la prévarication sont devenues force d’habitude, chez les Musulmans comme chez les Chrétiens indistinctement, ce serait d’enlever aux chefs des communautés chrétiennes, comme on le ferait pour le Pontife musulman, toute parcelle du pouvoir temporel, qui doit appartenir sans partage à l’Etat.

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