‹ Réformes en TurquieChapitre 17 sur 33 · CODE MILITAIRE · texte numérisé non relu

CODE MILITAIRE

Le Code militaire ne traite que de l’obligation pour les Musulmans de conquérir les pays chrétiens, sauf toutefois la faculté de leur accorder l’aman, mot qui signifie trêve plutôt que paix.

Il oppose pourtant à celle doctrine tant soit peu barbare, qui nous fait remonter au moyen âge et aux trêves de Dieu, une restriction salutaire, à savoir que la guerre la plus agréable à Dieu que puisse faire un croyant pour conquérir l’univers à l’islamisme, est celle de la persuasion.

Actuellement, l’aman est général, puisque le temps de la 'conquête est passé, et quant à la guerre par voie de persuasion , c’est une interprétation du Koran qui se fondra admirablement avec la doctrine évangélique, surtout si l’on ne consulte pas à cet égard les ministres îles cultes musulman et chrétien : le ministre des cultes opé- ' rera cette fusion pacifique beaucoup mieux que ses administrés.

Abordons les articles délicats du hatti-humayoun, destinés à former annexe au Code militaire : « L’égalité des impôts entraînant légalité

des charges, comme celle des devoirs entraîne celle des droits, les sujets chrétiens et des autres rites non musulmans devront, ainsi qu’il a été antérieurement reconnu, aussi bien que les Musulmans, satisfaire aux obligations de la loi du recrutement. Le principe du remplacement ou rachat sera admis. Il sera publié dans le plus bref délai possible une loi complète sur le mode d’admission et de service des sujets chrétiens et d’autres rites non musulmans dans l’armée. »

Or, il a été publié une loi fiscale, au lieu d'une loi de recrutement, et le principe du remplacement ou du rachat est si bien admis qu’il est forcé.

La Porte prétend que la discussion de cette matière a été portée devant les Conseils mixtes des provinces et les hauts Conseils de l’administration centrale, et qu’il a été reconnu impossible de procéder immédiatement à l’application de celte mesure.

Nous sommes de l’avis de la Porte en lisant les deux articles du Hait, qui lui ont été brusquement arrachés en 1850 par la pression des armées alliées, et qui, à cause de cette précipita—

lion sans doute, sont conçus dans des ternies absurdes pour qui connaît l’Orient.

Les races musulmanes, pas plus que les races chrétiennes, n’étaient préparées à une nouveauté de ce genre; l’admission des Chrétiens dans les armées musulmanes est une des conséquences nécessaires de la réforme, et sans elle la nation ottomane, comprenant l’universalité des citoyens, la patrie commune ne se constituera jamais :

nous savons cela, mais il fallait à celle section de la Réforme une transition plus habile que la voie du recrutement et du rachat, impliquant la conscription et le tirage aléatoire.

La réforme était facile, bonne et efficace, si l’on avait déclaré qu’à partir de la promulgation du hatti-humayoun les sujets chrétiens et des rites non musulmans pouvaient volontairement faire partie de l’armée ottomane. Avec le système de rengagement volontaire, tout se simplifiait : ceux seulement d’entre les Chrétiens qui se seraient sentis du goût pour la carrière militaire l’auraient suivie; iis auraient fait de bons et fidèles soldats, tandis que par la conscription on ne recrutait que des soldats douteux pour le cou-' rage, l'aptitude et le dévouement : les vertus rni-

litaircs, en effet, se forment lentement dans une race par hérédité et tradition ; tons les hommes sont aptes à les acquérir, mais il y faut l'œuvre des générations successives : ce qui n’empêchait pas de commencer l'expérience, pour hâter c« résultat, par l’admission des idiosyncrasies guerrières, qui se seraient rencontrées parmi les Chrétiens.

L’engagement volontaire eût contribué singulièrement à faire accepter ces nouveaux compagnons d’armes par les soldats musulmans : ceuxci, en effet, se défiant moins des Chrétiens par les motifs ci-dessus énoncés, peu effrayés d'ailleurs par le petit nombre qu’ils en auraient vu d'abord, se seraient naturellement habitués à les compter dans leurs rangs.

Il y avait également moyen de former des gardes nationales, qui auraient été pour les Chrétiens un apprentissage militaire et une transition habile au nouvel ordre de choses.

Nous soumettons ces idées à l’appréciation du Gouvernement de Sa Majesté Impériale, car le rachat forcé est une situation plus fâcheuse poulies Chrétiens que celle qui la précédait ; cette mesure enlève tout espoir aux rayas, elle montre

à nu les défiances des Musulmans, elle dénote l'impuissance du Gouvernement devant la réforme : et pourtant il y avait quelque chose à faire.

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