DE L’EMPIRE OTTOMAN
La Turquie ne compte guère moins de 100 000 lieues carrées, en y comprenant les solitudes qui l’entourent et sur lesquelles s’étend son protectorat ou sa domination : elle a donc autant d etendue que toute l’Europe occidentale réunie.
Sa situation géographique est incomparable, car sa capitale Constantinople domine trois mers, la mer de Marmara, la mer Noire et la Méditerranée; à ses frontières du nord elle est encore limitée par trois autres mers, le golfe Persique, la mer Rouge et la mer Adriatique. Les chaînes de montagnes qui la parcourent, les fleuves qui la traversent, les grands lacs qui baignent l’inté-
rieur des terres, offrent un système tellement admirable, que nul autre pays au monde ne peut lui être comparé pour ses richesses naturelles.
Mais si la nature est toujours belle et bonne dans sa variété sur ce sol privilégié, si ses contrastes aboutissent à une lin unique, la prospérité, il en est tout autrement des races nombreuses et variées qui habitent l'Empire ottoman : ces populations toutes ennemies les unes des autres ont gardé jusqu’à présent leur individualité tranchée, aucune fusion ne s’est opérée entre elles.
Il n’y a pas de statistique en Turquie, puisque l’état civil y est inconnu; toutefois le gouvernement a, dans ces dernières années, tenté quelques essais de dénombrement, et voici les résultats auxquels il est arrivé , si tant est que ses agents officiels aient pu eux-mémes se renseigner bien exactement.
Les catholiques ne sont autres qu’une faible' partie de la communauté arménienne convertie dans le siècle dernier sous le nom d’ Arméniensunis, et des Maronites.
Nous ne prétendons pas que ce tableau soit d’une exactitude mathématique quant à la division des races sous le rapport religieux, nous l’avons adopté néanmoins parce qu’il offre aux yeux une idée plus nette de classification. Les tableaux statistiques des auteurs qui nous ont précédé présentent tous séparément les résultats réunis ci-dessus, ce qui ne permet pas de voir aussi facilement le nombre et le rapport existant entre des éléments divers, que l’on a en vue de fusionner.
Nous allons dire quelques mots des races dont se compose la population de l’Empire ottoman , avant d’entrer dans le détail des institutions. Cet ordre nous semble plus logique, car, pour que les bonnes institutions fassent les races fortes et 4’empire puissant, il est indispensable quelles soient adaptées à l’état physique, moral et intellectuel des hommes quelles doivent régir.