FINANCES
« Une loi spéciale ayant déjà été rendue, qui ordonne que le budget des recettes et des dépenses de l’Etat sera fixé et communiqué chaque année, celte loi sera observée de la manière la plus scrupuleuse. On procédera à la révision des traitements affectés à chaque emploi.» (Hatti-Humayoun.)
Cet article a eu un commencement d’exécution : le Gouvernement fit publier en 1856, dans le
Moniteur Ottoman, le budget général, depuis le commencement de la guerre, des ministères de la Guerre et de la Marine.
Ce document est fort imparfait, il est dépourvu de méthode et de clarté : les termes surannés qui y sont employés dénotent jusqu’à quel point la Turquie est arriérée sous le rapport de la science financière. Le mot bourse, malgré le soin que l’on a eu d’en traduire la valeur en livres sterling, jette de la confusion dans un rapport financier qui a été fait plutôt pour l’Europe que pour la Turquie elle-même. Nous aurions préféré que l’on ne se fût servi que du terme piastre : la piastre, dont la valeur est nominalement de 20 centimes, est très-propre à devenir l’unité monétaire dans l’application du système décimal que la Turquie est en voie d’adopter : l’opération importante de la refonte de ses monnaies s’opère sur la base du système décimal.
La publication du budget de 1856 n’a été suivie par aucune autre; cette lacune fait craindre que l’administration ottomane ait entendu présenter à l’Europe, une fois pour toutes, le règlement de compte de la dernière guerre : la Turquie négociait alors un second emprunt, et elle a senti
qu’elle devait, pour le réaliser, frapper un coup sur l’opinion publique, en faisant croire qu’ellè se préparait à entrer dans la voie de l’ordre et de la responsabilité financière.
Nous engageons fortement le Gouvernement ottoman à étudier le budget français, et à s’en approprier les parties que son état intérieur comporte. La France est, de toutes les nations civilisées, celle qui a accepté sans réserve et accompli dans toute son étendue, par la sincérité de son budget, l’œuvre féconde pour la puissance d’un peuple, de la moralité de la recette et de la dépense.
En attendant, nous allons reproduire le tableau du budget général de la Turquie, que nous avions publié ailleurs : présenté dans un ordre méthodique et rendant la valeur de chaque article en francs, il nous permettra de donner certaines explications capables de faire connaître le système financier de cet empire :