LES GRECS
Quelle différence entre les Arméniens et les Grecs par rapport à la mission de régénération que les Chrétiens d’Orient nous paraissent appelés à remplir dans un avenir prochain I Les Grecs, enorgueillis par leurs souvenirs anciens ou récents, sont des ennemis avoués et traditionnels de la race ottomane et ne songent qu a reconstituer le Bas-Empire, dont la justice divine a permis la chute, il y a quatre cents ans, en expiation de ses crimes et de ses vices.
Rien ne ressemble moins à un Grec envisagé sous son aspect intellectuel qu’un autre Grec envisagé sous son aspect moral. Les Grecs, en effet, sont intelligents; mais cette qualité dégénère souvent en défaut. Ainsi, ils ont à un haut degré la
souplesse, la ruse et l’esprit de mensonge, ce qui n’exclut pas chez eux tous les dehors d’une piété exagérée. Les Grecs d’Orient ont beaucoup plus de superstitions et de fanatisme que les Musulmans, les Catholiques et les Arméniens.
La plupart des auteurs qui ont écrit sur l’Orient envisagent les communautés grecque et arménienne comme tirant leur origine du schisme d’Eutychès, et en outre ils confondent le rite grec avec le rite arménien. C’est une assertion erronée due sans doute au manque d’examen sérieux des voyageurs qui ont visité ces contrées.
Avons-nous besoin de protester de notre impartialité en terminant ce parallèle des deux races, où nous faisons la part si inégale? Non, chacun nous comprendra et nous appréciera facilement en se plaçant au point de vue de la consolidation de l’Empire ottoman, comme nous l’avons fait. L’Europe veut la régénération de la Turquie, non sa chute ; quiconque est sincère dans ses moyens et dans son but ne doit pas pousser la Turquie à courir d’elle-même à sa perte et à s’adresser à ses ennemis plutôt qu’à ses amis.
« Timeo Damos et dona fer entes. »
Traduction moderne:
Regardons à deux fois, avant de mettre les Grecs à la tête de la réforme.
Dans le dernier siècle, il y avait des fonctionnaires grecs en Turquie ; et au moment de l’insurrection, la plupart trahirent la cause des Ottomans pour fâvoriser celle de leurs coréligionnaires : aujourd’hui les Grecs seraient encore moins embarrassés qu’autrefois de se rallier à un drapeau ennemi ; ils en ont deux pour un, d’abord celui du royaume de Grèce, et au besoin celui de l’Empire russe : la race grecque a en Orient des espérances, des points de repère et des aspirations qui ne permettent plus aux Ottomans de s’abandonner à elle, si intelligents que quelques Grecs puissent être. La race arménienne, au contraire, peut devenir entre les mains de la Turquie le ballon d’essai, le point de jonction, la transition humaine d’une union intime entre les Chrétiens et les Musulmans, les vainqueurs et les vaincus. Les Arméniens, eux, n’ont ni patrie ni aspirations étrangères, ils seront heureux d’aider à la prospérité de la patriej)ttomane ; et du premier jour où le vainqueur tendra les bras avec franchise à ces quatre millions de sujets fidèles, ils s'y jetteront sans arrière-pensée. Sous ce rapport
REFORMES EN TURÜl’IE.
l’Arménie asiatique, chrétienne et libre sera peutêtre prochainement l’ancre de salut de la race ottomane , et nous conseillons sérieusement au gouvernement de Sa Majesté de tourner un regard de confiance et d’amour vers ce peuple, comme vers son allié le plus sûr et le plus dévoué.