GOUVERNEMENT
La forme du gouvernement ottoman est celle d’une monarchie absolue.
A la mort d'un sultan, ce n’est pas son fds aîné, mais bien l'aîné de la famille impériale qui monte sur le trône, en prenant le titre de padichah ou empereur, roi des rois en langue persane. « Le Sultan est tout en Turquie, a dit M. le le docteur Beyran dans son livre : Notice sur la Turquie, il peut interpréter la loi à sou gré, prendre des mesures pour introduire des réformes radicales : il invoque la raison d'Etat , et ce qui paraissait monstrueux, impraticable la veille, est accepté avec soumission par tous les Musulmans.»
Bien que plusieurs Sultans aient été déposés par le peuple aux jours les plus tristes de l’Empire, ils sont cependant irresponsables et savent au besoin faire jouer les ressorts élastiques des gouvernements constitutionnels ; le changement du grand-vizir (jadis c’était son arrêt de mort) s’accomplit infailliblement à la voix de l’opinion publique , et ce sacrifice suffit à calmer les colères de la nation. »
Un pareil gouvernement est merveilleusement doué pour ordonner et exécuter une réforme complète. Les décrets impériaux portent le nom de ■ hatt, l’écrit ( rescriptum ), et par amplification hatii-schérif ou hatti-humayoun, l’écrit sublime, l’écrit auguste 1
Le Sultan réunit donc les deux pouvoirs législatif et exécutif : deux grands dignitaires correspondent à ces deux attributions de l'autorité souveraine ; l’un est le grand-vizir qui représente le pouvoir exécutif du Sultan; l’autre, le scheih'-ulislam ou grand-mufti dirige les affaires religieuses et judiciaires.
J. Les auteurs français ont écrit à tort jusqu’à présent tcheick; c’est scheih pu scheich qu’il faut dire.
Les questions importantes sont discutées et prises par le Divan ou conseil privé, qui sc tient deux fois par semaine, comme en France le Conseil des Ministres. Le Divan est formé par les ministres et les grands dignitaires de l’Empire et présidé par le Grand-vizir qui, on le voit, offre quelque analogie avec les Premiers ministres de l’ancienne monarchie, tels que les Sully, les Richelieu et les Mazarin.
Il y a également un Conseil d’Etat chargé d’élaborer les projets de loi, et près de chaque ministre un Conseil spécial pour étudier les questions qui devront être soumises à l’examen du Conseil d’Etat.
Jusqu’ici tout va bien, et il semble que voilà une administration centrale bien organisée : mais allons jusqu’au bout.
Les décisions prises par le Divan ne sont jamais exécutées : dans le Conseil tous les membres sont unanimes pour vouloir le bien du peuple, et les projets de réformes les plus utiles sortent de leur bouche. Mais il faut croire que ce n’est que du bout des lèvres, car le Divan est à peine séparé que chacun rentre dans l’égoïsme et l’esprit de routine accoutumés. Si par hasard il se trouve
un membre consciencieux , ses confrères l’accusent énergiquement près du Sultan et le privent de ses moyens d'action. Aussi, la nation ne tient plus compte des paroles et promesses du Divan, qui a perdu toute son autorité.