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MA SOLITL'KK ET LES EXPLOITEIRS DE MON >'0M. <S

richis, m'cclaboussniont en passant cl on liaussant les épaules. J'ai fait des meml)res do l'Inslilul et n'ai jamais voulu en être; nous avons souffert, dans mon inlimilé, Ijicn des fois, sans nous plaindre et sans que nos ennemis s'en soient aperçus ; parant chaque fois les coups ([ue nous jjorlait la police de Louis-Philippe,'soutenue en secret par l'implacable police de- Loyola ; ne répondant à l'une el à l'autre que par de nouveaux succès devant les tribunaux, jusqu'aujour où l'armée de ces deux gredins, trouva le moyen de s'augmenter delà haine d'une autre race, qui s'appelle la Médecine de la Faculté. Mais alors ma famille grandissait, et mes livres sur la médecine ne pouvaient plus m'étre volés; c'étaient mes enfants qui les éditaient. Dès lors j'eus le droit de mépriser mes trois impitoyables persécuteurs, que j'ai menés ainsi fièrement, sous l'expression de mon plus profond mépris, jusqu'au 24 février 1848.

Les exploiteurs de mon nom.

Pendant ce temps-là, tous mes espions du château, qui me surveillaient au Réformateur, s'étaient réunis à l'autre bande pour exploiter, dans le journahsme, le reflet d'opposition qu'ils avaient pu acquérir à côté do moi. Le Cavaignac ((lodefroj") s'était joint à. eux pour fonder d'abord le Joui'iinl du peuple et ensuite la. Réforme, dont il montrait grandement le nom à chaque alinéa du prospectus du Réformateur, et Louis-Philippe leur prétait son concours, afin de se donner les airs de victimes, une fois qu'ils se voyaient abandonnés des abonnés.

On faisait sonner bien haut la persécution qui s'attachait à ces braves gens; et, comme ils ont contracté Ihabitude d'être toujours malades après une condamnation, ils étaient internés dans l'hôpital de Tours, avec Blanqui et Huber. Là, ils pouvaient sortir du matin au soir dans la ville; et le gros mangeur d'Huber recevait chaque jour, di^ monseigneur l'évéque, ce qu'il, y

avait de mieux et de plus large en fait de gros pâtés; le frère de ce misérable Huber était jésuite à Rome.

Ainsi se passa leur dure captivité, jusqu'à l'époque de la révolution de 1848, où ils vinrent reprendre à Paris leur rôle de faiseurs d'émeutes ridicules.

Ma proclamation de la République, le 25 février 1848.

Le matin du 25 février, on vint m'avertir que le gouvernement, qui s'était nommé gouvernement provisoire, s'apprêtait à organiser une régence qui serait confiée à la duchesse d'Orléans. Celui qui m'en donnait avis était un employé républicain, dans les premiers bureaux de l'hôtel de ville.

Je pars aussitôt pour l'hôtel de ville, sans oublier le vieux rotin dissimulé, qui jusque-là m'avait accompagné dans tous mes voyages. J'arrivai sur la place de Grève qui était alors couverte d'une vingtaine de mille de citoyens armés, à l'instant où la porte de l'hôtel do ville s'ouvrait pour laisser passer le citoyen Sarda-Garriga, qui avait figuré avec nous dans le procès des 27, et qui avait passé dans les rangs du duc de Joinvihe, pour repasser plus tard dans les rangs des égorgeurs du 2 décembre, comme gouverneur de Cayenne. Il me serre la main en s'écriant : nous allons avoir la régence; et il s'éclijïse aussitôt dans la foule; cela se bâclait déjà, on ne pouvait plus en douter. Je me mets à me promener, de rang en rang, dans la loule de ces braves combattants qui me connaissaient presque tous. De distance en distance, je me mets à les interroger sur le genre de gouvernement (jui leur conviendrait le mieux; partout il m'est i-épondu : mais il n'y en a qu'un seul : la Ilépubli(iuo.

COLP DK IMSTOIXT M.VNUli;; l'VUHoN 1)1 f.lM l'Mtl.i:. ' SO

— Kh lit'ii! IiMii' (lis-jc, vous i-t'itri'sciiUv, ici bien iiiioux lo peuple <iue les ([uatrc ouciii([ pékins qui, là-liaut, se sont alïublés du litre de (/ouvoriieincnf j)i-oyisoirc; uous allous les mellre à la raison. Suivez-moi, proléij;oz mon dos, je proléi^erai suriisamment la poilrinc; el eu avant, pour la Républi([ue !

Lcs})ortes de riiôtel de ville étaient fermées; je me dirige vers la })etite à gaucho. Nous i'rai)pons, on faisait semblant de ne pas nous entendre.

— Si vous ne voulez pas ouvrir, m'écriai-jc, nous allons briser la porte?

Au môme moment, je me sens chatouiller la redingote par un je ne sais quoi, que, d'un coup demain, je fais voler en l'air; c'était un pistolet. On s'empare du coupable qu'on voulait mettre en morceaux :

— Arrêtez, dis-je à la foule, ne commençons pas par un assassinat; interrogeons ce particulier. — Il nous répond qu'il était de faction à la porte, avec la consigne de tirer sur le premier individu qui voudrait la forcer.

— Vous le voyez, ce n'est pas là le véritable coupable, il exécutait un ordre ; nous allons nous en prendre à ceux qui le lui ont donné. N'est-ce pas mon gaillard que vous ne me connaissez pas ?

— Moi, non, pas le moins du monde.

— Et maintenant, que vous voyez que j'exécute les ordres du peuple, vous n'aurez plus la pensée de recommencer?

Il me répondit que non ; et nous le laissâmes se i)erdre dans la foule. Au mémo instant la porto s'ouvrait; elle était gar-

dée par un agent de police, qui se nommait Chapnis et qui a fini par devenir le gardien d'un square. « Désarmez-moi cet homme, dis-je, » et il rendit son fusil.

Sur chaque marche de l'escalier, étaient postées deux sentinelles, que le peuple désarma, de marche en marche, jusqu'au palier de la porte du premier; elle était fermée; c'était là que délibéraient les membres du gouvernement.

Je frappe à grands coiqxs contre cette porte, et l'on me répond sans m'ouvrir : rpii va là !

— C'est le peuple !

A ce mot de peuple, les gens de l'intérieur sont frappés d'une panique, et les plus rusés demandent, sans doute avec espoir dé nous gagner : mais quel est celui qui commande à la foule?

— Cela ne vous regarde pas ; OLivrez aLi plus tôt.

On nous répond : c'est que, voyez-vous, la salle est pleine de monde, et, si tout le peuple y rentrait, on ne s'y reconnaîtrait ])his ; que le chef de la foule nous dise son nom, qu'il prenne l'engagement de rentrer seul, et la porte hii sera ouverte.

Je me toLu^nai du côté du peuple en disant : « vous fiez-vous à moi? Une fois que je serai rentré, il sera peut-être bien difficile de me faire sortir; au premier danger, je pousserai ce vaillant cri, // moi le peuple, et s'il m'est impossible de venir vous ouvrir, vous enfoncerez la porte et vous me ramènerez mort ou vif; s'ils me tuent, vous savez ce que vous avez à faire.

— Eh bien ! dis-je, je me nomme Raspail.

Mo^ (»i)Yssi';i; l'orit MtitivEu ai nouvKiiNKMEM. 9i

A ce Moni uno iiouvcllo |)niii([U(> se niîiiiircslc à l'iiiléi-ioui' ; c'était la panique dos dainos, ([ui cliorcliaieiit à s'oiil'iiir, les iiiios sur les autros, au milieu d'ini IVou-IVou inrourevalile.

Enfin la porte s'ouvre et se referrno sur moi; jo rencontre derrière la porte un i;énéral, soit d'Maulpoid, soit I.aijKn-iciri'c (je ne connaissais ni l'un ni l'autre), à ({iii je d(Muaude : '< (îsl-cc à vous qu'il faut ni'adresser, comme au déléi;,ué du gouvernement provisoire? »

Tl me lait un signe ({ue non, que I<^ ti,ouvernemenl provisoire se trouve à la première porte ({u'il m'indique du doigt, et je suis son indication ; là, je rencontre, autour d'un tapis vert, une trentaine de secrétaires, sans papier, sans écritoire et sans plume devant eux : « Vous n'êtes sans doute pas le gouvernement provisoire, car je ne reconnais personne parmi vous; où se tient-il donc? »

Personne ne me répond. Ce silence me monte à la tête, et. par la première place vide, je lance sur la table un coup de mon rotin, en disant : « voudra-t-on bien me répondre maintenant? »

La plupart de ces diplomates effrayés m'indi([uent de préférence une des portes de la salle.

Je me dirige vers le point indiqué. Au même instant, apparaît l'avocat Marie, qui faisait partie de ce soi-disant gouvernement.

« Enfin, enfin j'en trouve un; il est avocat à la vérité, mais, il est le moins improbe de la bande. » J'avais été en rapport avec lui dans l'affaire des doreurs, et j'avais alors passé des nuits à lui tracer les i)laidoiries qu'il devait répélor le leudoiiiain devant les divers tribunaux de la capitale.

11 avait vraiment à celte heure la mine d'un meunier enfariné et le tremblement de la fièvre.

— Mon ami, que demande donc le peuple, me dit-il?

— Le peuple, et le véritable peuple, car j'ai vingt mille hommes derrière moi, demande que, sans délibérer davantage, vous proclamiez la République, et que la France soit une bonne fois débarrassée de tous ces rois en personne ou en herbe.

— Mais, mon ami, c'est ce que nous voulons.

— Qui vous empêche donc de le faire ? Que votre gouvernement, qui n'est pas encore très-nombreux, me suive, pour proclamer, en tête du peuple, la République une et indivisible; et, dès ce moment, vous devenez les idoles de la multitude armée et les idoles de la France. Quant à moi je ne vous demande rien.

— Mais mon ami, je ne le puis pas encore, ni le gouvernement non plus.

— Je comprends la cause de votre embarras, et, comme je veux laisser un débouché à cette cause, donnez-moi votre parole d'honneur qu'à l'instant même le gouvernement m'autorise à proclamer la République. Promettez-le moi, et je vous laisse quelques instants à cette petite affaire. Mais prenez-y garde : si, d'ici à deux heures, les murs de Paris ne sont pas couverts de l'affiche contenant la proclamation de la République, gare à vous ! Je reviendrai à la charge.

Cela dit, je retourne chez le peuple, aux yeux de qui ces quelques instants d'entretien avaient paru une longue demi-lieure; dans son impatience, il venait d'enfoncer la porte et se répandait dans tous les corridors pour me réclamer.

— Me voilà, citoyens! Et bientôt de l'escalier à la place de l'hôtel de ville la foule répète : « Ils ne l'ont pas tué. »

A ce momoni j'aperçois un officier de la cour, brodé d'or

.IK l'IlOCl.AMK KNKIN l..\ IIKIM lll-IlMi:. 03

OU d'argout, ([ui iiioiilaiL sur la tahle, jxjur jjarlcr au peuple ; jo le prends par la main et le fais descendre, ou lui disaul : « pardon, monsieur, ce n'est pas à vous à pai-lcr, c'est à moi. »

La foule hat des maius et je monte sur la table.

De toute part on crie : silence ! et le silence se fait.

— Au nom du peuple français, leur dis-jo, Jr pro'-lmuo In lîcpubliqne une ci imlivisiblc.

A ce mot, l'enthousiasme est au comble; un iumieiiso cri do : r/ve In li(''pu])liqii(' \)aH de la salle, desceuel dans la cour, el de là, sur toute la place de Grève; jauiais l'enthousiasme n'avait pris un tel essor.

Du haut de ma table, je discernais bien, dans la foule, des petites trainées de récalcitrants dont je voulais me défaire: je commande de nouveau le silence après les cris de joie; et d'une voix rendue terrible })ar le danger, j'ajoute : « Et jiOine do mort, axéculée niiUtnirenicnt, conlrc quiconque pnrlvrn do rôtjence, pour on contre. »

Au même instant une nouvelle panique se manifeste dans l'auditoire et je vois s'éclipser tous ceux qui voulaient faire ombi'age à la manifestation de la République : « nous voilà sauves, me dis-je, et sans une goutte de sang versé. »

En même temps je descends dans la cour, et je fais faire une invitation à tout lionnne bien armé qui désirerait se mettre au service de l'hùlel de ville cl delà rié^)ubliquc ; il s'en })résente de toutes parts, il y avait foule, ile l'orgain'se sur trois rangs, contre chaque nun^ de la cour; « il n'y a plus de jilace ici, dis-je, aux autres; mais vous en aurez partout ailleurs. Nommez vos quatre capitaines et donnez-moi leurs noms; de même pour les lieutenants, sergents et caporaux; ceci n'est ({ue})rovisoirc; vous

lu confirmerez par rélectioii un peu plus tard. Hue tous les ol'liciers fassent cercle autour de moi. Citoyens, vous avez mission de surveiller le gouvernement provisoire de la République. Au moindre doute qui vous viendra dans l'esprit, venez me chercher à Montsouris, où je vais continuer à planter mes choux. Je vous autorise au nom de l'administration de l'hôtel de ville, à vous fournir, auprès des marchands, de tout ce dont vous aurez besoin pour l'équiqement, la nourriture et le coucher de votre petite armée. » Et je leur signai, au nom de la République, quatre de ces injonctions. Ces braves gens me disaient tous :

— Pourrfuoi donc ne restez-vous pas au gouvernement provisoire?

— Parce que, mes enfants, je ne veux rien accepter que du suffrage universel, et qu'il est bon que le gouvernement provisoire n'ait pas des hommes de mon nom pour le comj)léter; je surveiUerai la marche de la République, mais je n'en profiterai pas.

Je leur serrai la main et je m'esquivai par des portes dérobées.

Je viens de vous dire la pure vérité sur ce grand événement de notre histoire de Franco; la vérité, la pure vérité sur cette manifestation, dont bien des livres ont fait mention, et dont j)as un seul de ces rapporteurs n'a eu le courage de parler en historien. Tenez pour mensonge, et mensonge avéré, toute déclaration à celle-ci contraire.

Victoire sur le despote, sans vengeance de la part du persécuté.

On dort se souvenir si, ce jour de la grande victoire remportée sur Louis-Philippe, le moindre sentiment de vengeance

LA VENGEANCE l)K C.KS HKI'LHI.ICAI.NS AM lUKI'l MI.ICAINS 93

se liLjoiir à travers mon cu'ui-, conlrc lui et sa lainilli' '.'' L'idée (le nie vcni;ei' no nie viiil pas même un seul instant ;i rcsprit;ct pourtant ([uel plus L;rand scélérat avais-je eu pour ennemi, que ce lils de Plnlii)pe- légalité, devenu l'honnne lige des jésuites? Je ne voulus rien être, alors que je laissais la lîe])ubli<pic entre les mains (le ses })lus féroces ennejiiis, dont pas un seul n'avait eu, une fois dans sa vie, l'idée de se dire républicain. Je prévoyais bien qu'ils ne manqueraient pas de conspirer, par le parjure, contre Tidéc du parti ([u'ils venaient d'embrasser à contrecœur et non pour défendre ce qu'ils juraient.

Ils commencèrent par se" donner les places les plus riches, ces endettés.

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