LKS MAUVAIS GOUVERNEMENTS FONT LES MAUVAISES MŒUHS
A ce (lue nous avons dit relatîvemonl aux md'iii-s, (|ui nes.deviennenl ni pires ni meilleures, que la laniille l'csle dans l'étal patriarcal ou dans l'état d'une civilisalion plus avancée, on j)Ourrait répondre, ce que l'on répond cha([ue jour, en nous oITranl le contraste de la vie des champs et de la vie des villes.
Mais cette objection serait une pélition de principe qui consisle à prouver ou à réfuter par une chose qui est en ([uestion.
En déduisant les vérités économiques les unes des autres, nous nous sommes bien gardé de nous appuyer sur ce ([ui existe, sur l'organisation vicieuse, et nous irons même à dire exécrable, qu'on est convenu d'appeler noire gouvernement, notre état social. On ne saurait nier qu'en passant d'une famille peu nombreuse, dans la grande agglomération de la ca})italo, le citoyen ne se trouve dans l'alternative de la détresse ou de la corruption, et qu'à chaque pas qu'il fait dans les défours de cet inunense labyrinthe, il n'ait les deux pieds posés sur le l)ord d'un double abîme. La corruption gouvernementale est là pour le saisir au passage, s'il échappe à la corruption plus ou moins sorvilo de la portion que le froissement- des intérêts matériels a mis en guerre ouverte avec le reste de la société humaine. IL faut qu'il succombe dans l'un ou dans l'autre piège, si toutefois son âme n'a pas été cuirassée par la nature d'un Iriplo mur d'airain et do vertu. La pauvre fille qui a le malheur d'aimer, comme la tille du banquier, ne peut aimer f[u'en se cachant flans l'ombre, et
Uvformutoui\ fî mars Ift^jr), n» 1 iTi.
154 HRFORMES SOCIALES. — LES nor.TfîINES,
elle ne peuLsorlir rie la misère oli de la fange, du grenier ou de l'évier, qu'à condilion de servir, non pas de moitié, mais d'instrument à la passion du lils de famille, et souvent du mailre de la maison. Le grabat, les haillons, et quinze sous, pour prix de quatorze lieiuTs d'un travail difllcile et fastidieux, c'est Icà le lot de celle qui résiste; la calèche, la toilette et les plaisirs, sont l'apanage de celle qui vend son corps au -plus offrant ; comptez-donc, messieurs les Parisiens, les belles dames qui hésiteraient longtemps à se décider, si le hasard de la naissance ou les caprices de la fortune les avaient placées dans cette alternative? Nous sommes en droit d'assurer que les unes ne résisteraient pas mieux que les autres,, car elles ne "sont pas organisées différemment.
Il y a déjà deux mille ans "que cela dure dans les grandes agglomérations d'égoïstes ; vos romans ne s'écrivent qu'à l'aide de pareils aljus ; et les abu&, dont nous sommes tous capables, se' perpétueront, tani que les peuples auront lai)onhomie de confier la réforme de nos institutions, plus barbares que dans le moyen âge, à un seul homme qui peut se trouver ou un imberbe abonne fortune, ou un avare décrépit aussi indifférent par im})otence que l'autre l'est par é])uisement.
Voilà plus de vingt ans que la ])aix a ])crmis aux gouvernants d'aviser à la réforme de la morale publique, aux moyens propi-es à ne pas imposer la corruption connne condition (\o l'aisance et du bien-être : Or, nous ne dirons pas, le gouvernement n'a rien fait dans ce but ; mais il n'a cessé d'opérer tout le contraire ; la police veille à la porte des g'eôles et des Monts-de-Piété, pour tendre aux malheureux une main flétrissante ; et le peu d'améliorations qu'elle inirodiiil dans le système pénitentiaire al^oulit à transformel' le voleur en espion ; ce c[ui est à nos yeux encore pire, dans l'éîal actuel de l'organisation gouvernemenlale.
Avec un état social semblable, il n'y a aucun doute que les
Sri'l'ItlMIZ I.K llKSofN. VOIS MAMI-.Ni:/ l,V VRIIII. 155
nio'uis (hn'iiMiiiciil jiii'cscMi |i;iss;nil des cliniiips dniis l;i villo, de l'clal j»iili'iiii'c;il ;i rcl.'il cilinliii ; ciir, ainsi (|ii(' ikmis ravinis dil, l(>s iiKi'urs n't'laiil auln's (|U(' les r;i|>|i(ii'ls {\r> iKiiiniics ciilrc eux, si i'(^s l'ajiporls soni oi'iiaiiis(>s par iiiic adiiiiiiislralion iiircnialc, il (^sl coi'laiii (|ii(' l(> l'csullal en sera iiilcriial, cl c'csl l;\ le mol le moins improiu-o |iouf désii;ii('i' iioli'o élal aclin'l. (juaiid
l'homiAo ne })Ciil vivro ([irou li'omj)anl, il l'aul (pTil Iromjir. \'A pnnrquoi pas? i)uis((uo s'il' no pou! vivre (pi'eii iiiaiiiioanl les autres, la faim le jv^rle à les dévorer Ion! saii;'iianls? — Insensés! Hommes incons(''ipienls ! el vous vous indii;ne/. a])rès contre les suites des conditions (pio vous imposez ! vous lancez la malédiction sur autrui, vous qui, jetés dans la même position, auriez encouru le même anathéme, et peut-être un anatlième plus teri'ihle encore ! — Voidez-vous ipie nous vous lassions un aveu. ])izaiTe ? (l'est que nous nous sentons, dans les entrailles, un mouvement qui nous porterait, en tout ceci, à excuser plutôt celui qui trompe, ipie vous qui êtes la cause de sa fourberie ou de son crime.
Mais su})primez tout à coup la cause universelle du désordre social, le besoin, ce cauchemar qui ébranle la fermeté \lu sage même ; organisez, pour les rendre heureux et utiles, les hommes que vous consliluez, et de porle en })orte, enclal de guei're cà outrance ; et dès ce moment l'homme de la ville sera aussi vertueux (\ne l'homme des champs ; il sera même })lus vertueux, car il sera j)lus inlelligent et, par consé(fuenl, avec la même intention, beaucoup plus ulile que l'auli'e ; il l'aClinera le bien av(H! le même zèle ipi'il rafline aujourd'hui le mal ; car il en espêrci'a la même réconqiense matérielle ; satisfaction d'un besoin présent et de plus satisfaction de la conscience (pii est le plus inq)érieux des besoins. Ils sont rares, soyez-en convaincus, ies mècliauls ipu' n'aimeraient pas <à i)Ouvoir .se dii'C : Je suis lieui-eux aujoiu'ddiui, mais ce n'est aux dépens de personne.
(Ju'un jour cliacun puisse vivre el jouir sans nuire aux aulres, et dès cet inslaul les moMirs delà ville. miMue de l'aris. réuiiironl
I5() 1tKF0R>f[:S SOCIALES. — LES DOCTRINES.
rélégnnce des mœurs de la cilé à la piirelé des mœurs patriarcales.