EST LA CONSÉQUENCE INÉVITABLE
DE LA CORRUPTION d'uN GOUVERNEMENT.
Il n'est pas d'économiste, et surtout pas un physiologiste, qui n'ait fait remarquer avec ([uelle effrayante progression la population de certaines grandes villes dégénère : cette dégradation est telle que la population finirait, en deux ou trois générations, [jar s'éteindre d'elle-même, si le trop })lein de la cam.pagne ne venait chaque année réveiller, par une sévc nouvelle,' la vie languissante de la Cité. Mais la force native de ces organisations importées de la province ne résiste pas longtemps à rinlluenco locale,
nélorumli'iir, 7 mars l^îl'i, ii" l 'l'.l.
160 iîi;foi!.mi;s sociales — les dogtiunes.
et à la Iroisiénie génération, la famille a déjà perdu son caractéi'ë de pure race, pour descendre, en s'abàtardissant, jusqu'au niveau du tvpe déi-'énéré et se (rainer y^ur la fan^-e contai^'ieuse de
Lie T? V^
ce gouffre qui dévore sa population. On a longtemps attribué la cause de ce résultat presque infaillible, à la dissolution des mœurs })rivées, à l'étiolement imposé par les -positions industrielles et commerciales, à l'alternative constante des excès et des privations, et par conséquent à la variation des habitudes dans des limites presque indéfinies. Nous sommes bien éloignés de vouloir nier l'exactitude de ces données statistiques, et en les admettant, nous ne faisons qu'établir la justesse du titre que nous avons donné à cet article. Mais il est une autre raison plus générale et qui renferme, comme tout autant de lois particulières, les raisons que nous venons d'énumérer. Sans doute le pauvre ouvrier, ({ui })8ndant toute une semaine de pénibles travaux, s'est nourri presque de pain et d'eau, et qui, le jour de la paye, cède au besoin qui le dévore comme la rage, et fait succéder un jour, une heure de débauche à une semaine de dures i)rivations, sans doute, ce pauvre malheureux se ruine l'càme et le corps, altère son énergie et SES forces physiques, et lègue à ses enfants un sang tiède et privé de sève, et mie organisation qui s'épuise en grandissant. Les peines d'esprit, le combat domestique, les haines, enfants du besoin journalier, la honte ([ui mine la santé comme une fièvre, le dégoiit qui nait d'un insuccès, tout ce cortège de la vie du prolétaire prépare le corps au jour des orgies ; et l'orgie rend le corps tout épuisé aux jours plus ruineux encore de la privation.
Procréez une belle population avec des étalons semblables ! Et nous ne parlons plus ici des derniers rangs de la population des grandes villes, de cette race rabougrie qui, comme l'insecte, cherche son existence en fouillant dans la boue, pond et élève .ses petits péle-mèle dans le coin du même galetas, sur un fumier le plus souvent composé de couches alternatives de paille et de chairs que la putréfaction transforme en asticots pour les amateurs de la ligne ; il y a à Paris, seulement, i)rès de 40,000 individus ({ui ne vivent i)as d'une manière différente. Mais nous
ADMINlSTliAIION Ht M AM I Allti:. t))l
n'appli. [lions uoliv ()l)S(>rv;ili(iii ([u'a l;i porliuii la j.Ins (•claii-cc .Ir la classe ouvi-ièro, (ju'à l'cile (|ui a rerii les hicjilails de la iiiaij^rc iiisli-iiclioii (lu'oii (l('si};-ii(' sous lo nom (rinslruclion pi-irnairo ; celle ([ui vil il'uu Iravail iiiaiiiicl doul les coiidilions n'onl i-icn de rebulant el do malsain j»ai- clh^s-mèmcs, [ravail (pii leur ruiiK^ pourlanl la santé, i)arcc (|u'il ne leur permel ni repos du corps, ni repos d'cs])ril, qui les aGcai)le sans leur procurer les moyens d'exister ; et cette portion, (pie l'on no peut à peine diviser en bourgeoisie et population ouvrieiv, tant elle passe vile de l'une a l'autre nuance, celle-là Ibniie près des Imil dixièmes de la populalion totale.
C'est celle-là qui s'épuise et s'étiole, à Idmlire de Paris, pendant six jours et se donne la lièvre le septième. Or, si l'on nous accoixlc t[ue la dég-énércsccnce de la ])opulalion des grandes villes, et surtout de celle de Paris, doit être altribuée à la cause (lue nous venons de signaler, ce ({u'il sei-ait impossible de nous contester, on admetlrapar conséquent ([uc le seul moyen de la taire disparaître serait d'organiser une administration humanitaire, dont la sollicitude paternelle, veillant jour et nuit sur toutes les branches de nos occupations, pénétrant partout, dans le salon comme .dans l'atelier, dans la manulaclure comme dans la mansarde, eûl, pour but constant de tous ses efforts, d'améliorer, de soulager, d'instruire, d'harmoniser les conditions, de balancer la somme des besoins par celle dos ressources, d'adapter le travail à l'organisation physique, l'occupation à la capacité intellectuelle, d'inspirer à chaque nature le goût d'un plaisir (pii la console en l'ennoblissant ; cntin, de rendre à chacun la vie douce pour soi et prolitable pour les autres, et de transformer la grande agglomération humaine en une famille d'amis et d'hommes éclairés qui n'auraient à se repentii- ni de Iciw jjosilion de l;t veille, ni à trembler pour leur i)osition du lendemain.
■ L'expérience de deux mille ans du gouvernement oligarchiipie ou monarchique, nous a assez démonire riin[iuissanc(' de celle forme gouvernementale sur le bonheur el l'administration do
Il '
16^ RKPOP.Mi:S SOCIALES. — LES DOCTRINES.
riiumanité ; il ne faut plus y compter, et réellement personne, pas même ses plus dévoués partisans, n'y compte plus à l'époque actuelle.
Laissons clone ces administi-ations rapinei- au télégi'aphe, empiler des trésors, danser et donner quelques poignées de main, pendant quelques années eneore ; et toutes ces orgies gouvernementales auront leur 89. '
Mais nous avons dit, dès le c-ommencement de cet article, qu'à toutes les causes de dégénérescence des populations citadines, il fallait en ajouter une qui est encore peut-être jjIus physiologique que toutes les autres. Dans le cercle d'action des premières, le gOLivernement n'est qu'indifférent ; dans celle-ci il est actif et coupable.
Nous voulons parler du système qu'il suit dans la distribution des faveurs et des })laces, et surtout dans l'organisation de ses moyens secrets de conservation.
Démontrons ce paradcjxc apparent.
Un gouvernement qui, pour se soutenir, a besoin de tronq)er, ne peut s'adresser qu'à des hommes corruptibles ; et ces hommes corruptibles ne sont que des hommes qui se trouvent incapables de se sufhre par des moyens dignes d'être avoués. Or, de pareils sujets ne peuvent être que des organisations défectueuses et anormales, des organisations incomplètes et non symétriques, si l'on peut s'exprimer ainsi; de ces organisations dont les fonctions manquent d'équilibre, de sorte que l'une entraîne trop l'autre et la fait faillir à chaque inslant ; ce sont là les hommes que le gouvernement emploie exclusivement, parce que ce sont les seuls qui consentent à se vendre pour des choses basses. Car l'honmie fort, l'homme complet, l'homme capable de grandes choses, ne consent jamais à tenir son existence d'autre part que de son bon droit; il veut vivre, mais il ne veut pas rougir; et il aime mille
100,000 A(;i:ms dk i-oiick a I'auis, l«i;{
fois iiiioux se iiiollrc en lAiicn-c oiivci-lc-.jvcv la société, (|iir .le ne ]»as y prendre honorahloiiuMil sa [Aiwc ; et il (irvicnl plnldl M.mdi-iii (jne Sai'liiies, plutôt brij^and (|ue chef de iiioucliai-ds. Le i^-ouvei*ncment est donc forcé de repousser riioiniiic iiidépeudaut jiour ne prendre ([U(M'li()innie scrvile, (|ue riuniiine cipaMc d(3 (oui faii'e pour vivre, excepte ce (pu senl poni-rait le rmiire (iiî;ne de ce bienfait.
ruMnar((ue/. bien, en effet, les sollicileurs serviles; voyez dans les atluunistrations, et surtout à l'administi-ation de la poliire, les individus qui font le plus vite leur chemin; étudie/, leurs jiabiludes et leur oi'i^anisation physi({ue : sont-ce là des hoinmes d'un type heureux, et tels ([ue l'humanité ail à g-aj^-ner à en iiropat^er la race? Quelque proche parenl ({ue vous soyez de ces hoimnes, vous avouerez que non.
Eh bien ! dans la capitale d'un Étal un peu vaste, ces employés Unissent i)ar tout envahir, et la population qui vil indépendante n'est là que pour alimenter de son commerce ou de son travail les plumitifs ouïes agents occultes du ch-ef de l'empire. Ne sail-on pas qu'à Paris la police fait des propositions à presque toutes les professions qui offrent des points de réunion à la pojmlalion du quartier ? Mercier n'avait-il pas fait déjà la remarque, qui nous parait un peu exagérée, que la police avait toujours à sa disposition dans la capitale, le tiers des portiers, le liers des épiciers, le tiers des marchands do vin et aubci-gislcs? Joigne-/ à ce service sédentaire le grand service des voltigeurs de la haute et de la basse police, et de toutes les polices du château et des ministères; et nous ne croirons pas devoir porter à moins de 100,000 le nombre des agents occultes du meilleur des gouvernements, non compris les employés occupant des places adiinnistrativcs qui n'ont rien dont on jmisse rougir.
Par le fait, c'est là la classe des employés ipd prend racine et se perpétue dans la capitde ; c'est elle dont les enfuils avancent et' obtiennent des positions heureuses. Les auli-es hommes vont
cliercher d'autres retraites après avoir fait fortune, ou bien se retirent découragés et pleins de dégoût à la vue des moyens nécessaires pour parvenir dans la grande ville.
Eh bien! ces organisations décrépites linissent tôt ou tard par envahir la ville ; ces individus i»rcsque de la morne famille et se mariant ou plutôt associant leur fortune entre eux, lèguent à la Ciié des enfants dégénérés faute de croisement et par le vice de l'organisation paternelle ; et quand la province envoie à la capitale son tribut annuel d'enfants à dévorer, la capitale continue d'offrir ses faveurs à la portion la plus docile au joug et la moins capable des grandes choses ; elle fait son triage habituel, et jette au rebut ce que la province lui adressait de })lus digne.
Mais qu'à la place d'un gouvernement destructeur, le concours compétent soit chargé d'opérer le triage administratif ; que les places deviennent des em})lois utiles pour tous, des moyens d'amélioration sociale et non des instruments d'oppression, et l'on verra que, dans les villes capitales comme dans lesbourgs et la campagne, la population conservera etpèrfectionncra son type.
En adoptant ce système, vous supprimez l'administration de la corruption et de l'espionnage ; et certes, dans le gouvernement de tous, là où chaque citoyen surveille ouvertement l'autre, l'espionnage est un non sens ; on ne se cache que pour être hostile.
Nous verrons dans un prochain paragraphe ({ue sans police aucune l'État n'irait que mieux.
Beaucoup de lecteurs continueront peut-être à classer^ parmi les paradoxes l'opinion que nous venons d'exposer sur la cause principale de la dégénérescence des populations de la capitale, sous LUI gouvernement de bon plaisir. Nous ne prétendons pas inq)oser notre opinion, mais la sormiottro ; noLis inviterons donc nos lecteurs à continuer tous les jours la démonstration de leurs
Sri'l'lMMKK l/M)MIMSrUMI(iN DK I/RSPIONNAGE. • IGd
propres yeux ; ils n'auront (jn'à ol)server physioln|^i([uenicnl les cas (livcM's (pii no manquent pas de se présenter à clia((uc instant (le la journée ilans le conunerce de la vie ordinaire.
Mu'on examine face à face et entre deux yeux chaque individu (le la ji'rande ville, et ([uand on aura dépisté un de ces êtres amphilties (jue méprisent et i-edoulent même ceux qui les payent, on ne nian([ucia ])as de reconnaître que l'on ne régénérerait ni physiquement ni moralement une population avec de semblables individus ; et jjourtant ce sont ces individus qui, connue nôns l'avons dit plus haut, s'établissent, se distribuent les héritages, s'emparent des établissements favorisés du pouvoir, et finissent par devenir l'aristocratie bourgeoise de la capitale, soil par euxmêmes, soit par leurs descendants. Dans un gouvernement de réforme, on consolerait, on chercherait à améliorer ces organisations exceptionnelles ; mais on ne les prendrait pas pour types destinés à régénérer une population entière.
Et que l'on pense bien qu'entre le physique et le moral, on n'établit plus aujourd'hui de distinctions scolastiques, ([u'on ne s'amuse plus à diviser ce que la nature a si intimement soudé. En parlant d'un type, nous parlons d'un type complet ; car nous nous occupons ici de réforme complète ; nous voulons travailler au perfectionnement de l'espèce, pour arriver à la réalisation du bonheur des individus ; or, le bonheur ne se scinde pas ; il n'est pas physique, s'il n'est pas moral ; il n'est pas moral, s'il n'est pas physique.
XMI
Qu'est-ce ([u'un gouvernement (|ui se contente de faire payer les contribuables, et ne s'occupe plus d'eux autrement? C'est le
'^ Urforwalenr, S niai'S 183.'., n° ir.O.
i6Ci RÉFORMES SOCIALES. — LES DOCTRINi^S.
gouvernement de l'invasion et de la conquête, du despotisme militaire plus ou moins adroitement organisé. Or, ce gouvernement ne peut durer qu'à la condition de préserver son organisation de tout point de contact avec ceux qu'il opprime. Il reste fort tant ([ue les conquérants ne se confondent pas avec les peuples conquis, tant qu'il ne s'est pas opéré une fusion complète entre les deux races. Le Franc disait au Gaulois : travaille pour moi, qui suis ton maître ; et le Gaulois travaillait sans trop se plaindre et sans trop murmurer. Le Turc en disait autant au Grec, et le Dey, avec ses janissaires, à l'Arabe et au Bédouin.
Mais dès que les janissaires se confondent avec les ilotes, dès que le gouvernement prend ses employés parmi les gouvernés, et que la force sur laquelle il s'appuie, il la puise dans les rangs de ceux qu'il fait contribuer, sa tâche n'est plus aussi facile ; il faul ([u'il soit utile à ceux qui lui sont utiles ; et de quelque titre qu'il se décoj^e, quels que soient les principes qu'il lui plaise d'inscrire ' en tète de la constitution par lui octroyée, il est forcé d'être pour les peuples ([uelque chose de plus qu'un parasite couronné, qu'un grand Lama sur le trône. Le jour où il est bien constaté que le sire est inutile, est le dernier jour de sa puissance et de sa royauté. C'est ce qui fait que la monarchie en France doit avoir un dernier jour : car la puissance sur laquelle elle s'appuyait, a cessé d'être distincte de la puissance populaire; la révolution de 8'J,. et en dernier lieu la révolution de Juillet, a tout confondu à jamais, a nivelé tous les droits et toules les conditions, a tout jeté dans les rangs du peuple, en effaçant pour toujours le titre de sujets. Dès ce moment l'arrêt de mort des gouvernements égoïstes et parasites a été rendu; et si l'exécution en est retardée, c'est que les lois qui régissent les peuples n'ont pas une autre marche que toutes les lois de la nature ; elles ne procèdent ni par l)onds ni par interruptions : elles progressent.
Le gouvernement monarchique d'aujourd'hui est un contresens, une anomalie morale ; il prend, avons-nous dit, et ne rend rien; il choisit des janissaires dans les rangs des prolétaires;,
SI LES itAUluiiKs m M)iti) m: N(>i;s vii:>m:.m tas. 107
mais ces janissaires n'oiihlicnt pas leur (tri^Aiiic, cl cousorvonl la syiiipatliio de la paivulé plutôt (pie le devouemenl à la personne du niailre; avec deux nullianls (pi'il prodii;-ue d'une main el qu'il arrache de l'autre, avec (piatr(> ('(«ut inillo fusils et tout autant de dévouements l)oui'L;eois à images, ce mailre est jilus déi)endant et plus soumis, plus incertain de sa position (jue le dei-nier de ses sujets; la ruse le soutient encore mieux que la force ; et la ruse dure tant (pie le mécontentement n'est pas encore arrivé au dernier dei;ré de; lassitude et de dégesppir.
(Juand il en est arrivé là, le peuple le punit ou il le chasse.
Si les harbares du Nord ne viennent pas de nouveau balayer la civilisation que nous ont léguée ([uinze siècles de révolution et de conquêtes; et si ceux ([ui furent un jour les arbitres des destinées du monde, ne se voient pas de nouveau réduits à la condition de serfs, il est certain ([u'un seul gouvernement sera désormais possible dans notre belle France, c'est celui ([ui sera organisé par lous et dans l'intérêt de tous.
Avec l'accroissement toujours progressif de la population, l'état social actuel se lézarde à chaque heure, et doit nécessairement s'écrouler. Est-ce un gouvernement digne d'une nation grande, mais nécessiteuse, que celui ([ui abandonne chaque individu à son sort, comme si cha([ue individu se trouvait isolé dans un désert et sans relation avec le reste du monde ? S'il manque d'ouvrage et de pain, il ne sait où en trouver et en prendre, et aucun des plumitifs si bien payés, n'est là pour lui en indiciuer ; ces gens du roi ne sont bons «[ue pour le saisir dans les rues, lui demander ses papiers, le juger connue vagabond s'il en manijue, et le jeter en prison s'il n'a point de répondant. Est-il malade? on lui ouvre les portes de l'hôpital, mais on lui vend le mobilier de sa mansarde. A-t-il faim ou soif? il cesse d'avoir du crédit et de l'ouvrage. A-t-il perdu la vue à |la fatigue ou les jambes au service des rois? le dépôt de la mendicité est son unique retraite. Son commerce éprouve-t-il une crise dont le moindre secours
1G8 UKFOUMF.S SOCIALES. — LES DOCTIUNES.
le sortirait aisément ? l'usure lui tend la main pour le [)longcr plus avant dans sa ruine.
Enfin ici chacun croît sans protection, travaille sans encouragement, souffre sans secours', se perd sans assistance; force à la ruse pour n'être pas trompé; au vol pour ne pas tomber dans le dénûment; travaillant sans espoir de repos, et succombant à la peine, faute d'être soulagé ! Un état de choses ainsi morcelé, ainsi abandonne au caprice et au hasard crie vengeance; et le cri de vengeance est écouté des cieux quand il est poussé par les peuples.
Quelle forme gouvernementale succédera à cette forme bizarre et désastreuse ?
Celle qui remplira le programme suivant :
Un gouvernement doit posséder la statistique des capacités cl des professions, en déterminer la nature et en limiter Icnomjjro d'après les besoins et les ressources de l'État; il doit distribuer le travail à chacun, mais un travail qui n'épuise point les forces et n'abrutisse pas l'esprit; la crainte du lendemain doit être un mot inconnu dans l'organisation sociale ; le besoin et la souffrance, sont deux maux qui doivent être satisfaits et soulagés, tout aussitôt qu'ils se manifestent; la distribution des fonctions doit être tellement méthodique, que la vie doit circuler dans ce grand corps politique, avec la même puissance et la même régularité que dans le corps humain.
l.'ÉlnL est alors une gmiule famille.
liOLK UE I.A l'OI.lCK DANS TOUTi; IMSCl SSIl» . !<»'.>
XVlll*
CRNTRALISATION ET nKCKXTUAI.lSATIUX.
11 y aura liicuUM trois ans ([uc colle double ((ucs(i(jii divisa deux journaux [lalriotos ol les jeta dans une ])olénii(|uo assez animée, ^lonl le lésullal linal l'ul que les adversaires avaient lojiL;leniiis disputé sans s'entendre, et sans avoir eu la précaution préalable de préciser et de définir le point en litige.
La police, ([ui arrive toujours sur le terrain à point nommé, chauffait la discussion, en oriianisant à clia(iu(' combatlant un semblant de parti approbateur, et nous dirions même batailleur; heureuse de voir la polémique se transformer en (lucrelle, et diviser les espi'its au lieu de les éclairer.
Cette tacti({ue est heureusement usée, grâce à la hardiesse de quelipies hommes ([ui, depuis trois ans, n'ont jamais crainl de se comprometli-c et de s'exposer, })Our arraclier le mas([uo aux faux frères, chasser des rangs les traîtres, et rentlre au parti ami du progrés le caractère noble et imposant ([ue la tourbe des intrus s'acharnait à lui faire i)erdre. Si nous marchons aujourd'hui la tète haute, si nous osons })orler à la ])olicc le déh de salir le [)arli et d'enfanter le moindre simulacre de la comédie, ou plutôt de la tragédie des mois d'avril, juin etc., chacun de nous saitcecjui lui en coûte de rei)0s et de temps. La police connait fort bien maintenant combien elle doit désespérer de pouvoir transformer
(*) n(Tornjfitfiir,Qmi\vs 1S8.">, n" [7>[. — Voyez, à ce sujet, dans le ree icil (les ilocumcnls placrs à la fia <lc eu volume, le i)i-o,jet de lui que j'ai |>iésenlé à la Chambre des députés, le 8 décembre 186*), et qui résume noli-c première publicati u de celle idée fondauienlalc.
170 r.KFORMES SOCIALES. — LES DOCTRINES.
la discussion pacifique en querelles animées; ses hommes sont usés; il faut qu'elle attende une nouvelle couche, une nouvelle o'énération de dévoués.
Nous nous occuperons donc impunément cette année de la question de centrnlisntion, et après les explications auxquelles nous aurons l'occasion de nous livrer, nous ne pensons pas ([u il puisse s'engager sur ce point la moindre polémique, entre les vrais amis du pays.
Nous avons accepté, comme une analogie qui écjuivaut à un axiom^e, la comparaison de i'£'/c7/ à une gr/inde famille : ce mot est toute une définition.
Dans l'État, tous les hommes sont frères et égaux en droit; ils travaillent tous poiu* la masse commune comme pour un centre ; et la masse commune est destinée à distribuer les bénéfices à chacun, au prorota de ses travaLix et de ses besoins, de son apport et de sa position spéciale.
Dans la famille, tant qu'il y en a pour tous, nulle plainte ne saurait naître; et quand les plaintes commencent à se faire entendre, elles accusent un vice d'administration, si elles n'accusent pas une pénurie complète. L'administration la plus fraternelle devient défectueuse, à mesure que le cercle de la famille s'étend; pour ramener l'équilibre dans les recettes et les dépenses, dans la [perception, etla distribution, il faut augmenter le nombre des rouages, étendre en proportion le cadre de l'administration, et la décentraliser, en la représentant sur des localités nouvellement envahies par les progrès croissants de la population.
Les liens de la fraternité s'affaiblissent en s'étirant; et l'harmonie souffre nécessairement du partage. On est plus frère de près que de loin; et, en fait d'administration, on pense plus à ceux qui nous entourent <{u'cà ceux qui nous invoquent. Si l'administration centrale s'empare du droit de s'informer de tout, de dé-
LE GluMK K'rS SKtl, NE SllITI l'AS A I.'aKMIMSI UATKtN. 171
cider (le toul, an lien de scM-vir de lien comiimii <t Idiil, do (oui contrôler sans rion conslalor, il est cvidcnl (|uc le jeu de la machine se ressentira de cet cncunibrenient i\o. l'orces dans un réservoir incapable de les contenir; et l'Ktal languira i)ar nn faux système de cenlralisalidu, par un ciivaliissenicnt ('(nili-aii-e à toutes les rèi!,les économicpies.
Avec un homme de génie, ce système serait iinpuissanl ; c'est ])Our(pioi, ([Hcl ([uc soit le mérilo du monanpio, le syslèmc de la monarchie est incapable d'opérer le bonheur des masses.
Peu importe ([ue riiommc de génie préposé aux alïaires soit un monanpie ou un i)résident; un chef par la grâce de Dieu ou par la grâce de rélcction (jui est une toute autre grâce; un chef héréditaire ou à vie, ou un chef temporaire et élu ; s'il est chef et maître absolu, ne serait-ce que pendant dix minutes, le jeu de la machine gouvernementale s'en ressentira d'autant. Car pour administrer il faut lire, voir, entendre avec compétence; or, il n'est pas un homme ({ui non-seulement puisse tout voir, et tout entendre, mais encore être compétent sur toutes les questions que le temps lui permettrait d'aborder et d'entendre. Augmentez maintenant le nombre de ces chefs, vous n'aurez diminué que d'une minime fraction l'imijortance de la diflîculté, et vous aurez peut-être augmenté le nombre des entraves ; car une corporation, agglomérée sur un point, agit moins vite qu'un individu qui est digne d'en faire partie; car en fait d'administration centrale, l'essentiel est moins de délibérer ([ue d'agir et d'exécuter.
Nous avons dans le conseil d'État une preuve irrécusable de ce que nous avançons ; nous ne parlons pas du ministère, sorte d'administration ([ui ne s'occupe nullement de l'intérêt des masses, mais de l'intérêt tl'un seul et de ses soutiens ; qui a rempli tous ses devoirs, une fois qu'elle a fait rentrer les fonds dans le Trésor et qu'elle a payé les fonctionnaires. Le ministère d'aujourd'hui, c'est l'administration ancienne des fermiers généraux jointe à l'administration de la hste civile ; or, il n'est jamais venu
!7:2 lîÉFouMES sor.iALiis. — les nocrruNEs.
A l'csprif de ijersonne, de voir, en tout cet assemblage l'administration réelle d'un grand État.
Le seul corps qui présenterait quelque chose d'analogue à l'administration que nous réclamons, ce serait donc le corps actuel dont l'origine est la moins populaire, le conseil d'Etat ; car c'est à lui que reviennent les réclamations d'utilité publique, les questions contentieuses, les questions d'opportunité et de localité
Eh bien ! quelle influence a jamais exercée le conseil d'Etat sur l'amélioration des masses , et ({uelle commune s'est jamais Ijien trouvée d'avoir été entendue à ce tribunal ?
(organisez ce conseil d'après le vœu des contribuables ou d'après celui d'un seul ; faites-en un conseil national ou un conseil royal, un corps de nullités dociles ou de spécialités indépendantes, les ([uostions ne s'y décideront ni mieux ni plus vite, parce que les questions ne se décident pas en vertu de l'indépendance et de la bonne foi, mais en vertu de la compétence, et que l'homme le plus habile et le plus probe n'est pas compétent pour tout .et par tout, ({ue chaque nouveau fait'exige une étude spéciale, et qu'il n'est p^s de corps central capable d'étudier en une année "40,000 faits divers appartenant à des localités échelonnées sur un rayon de 150 lieues.
11 faut donc de toute nécessité (|ue, jiour toutes ces questions, l'administration centrale se morcelle, se divise et subdivise, jusqu'aux dernières et minimes agglomérations ; et que chaque agglomération formant une unité administrative décide des intérêts de sa localité, et en dernier ressort, parce que seule elle peut décider avec connaissance de cause, et les parties adverses dûment et longuement entendues, sur l'état de la ([uestion.
Par exemple, si la commune, car c'est là le dernier rameau de la subdivision administrative, si la commune sent la nécessité d'étajjlir un pont que les besoins de la circulation réclament,
l.V C.O.MMLM-: l'irs CoMlM-IIMi: Ql E I.K CO.NSKIL It'iTAi. \~3
poui'(|ii()i aurait-elle I)Csoin (l'allciidiv raulorisation d'une corporation (lonl chaiiue URMul)ro ignore i>eu(-i'lrc' jusqu'au unm de lalocalilo? Il taudrait au moins six mois pour obtenir une décision délinilive ; et, si le j)ont est d'une nécessité reconnue, six mois d'attente seraient pour chaipie habitant de la localité une sonnne d'au moins 180 privations, c'est-à-dire 180 pei'tes.
Mais, dira-t-on, la commune pourrait bien se tromper sur lutililé et roi)i»orlunité de la conslruclion })r(>poséo, et il serait l)on alors ([u'une administration centrale fût l;i pour lui épargner une erreur. Cela serait bon à soutenir sous l'inHuencc des doctrines monarchitpies, d'après les((uelles on cherche à faire croire au peuple qu'il sul'lit d'être sur le trône i)Our tenir sa couronne et, l)ar conséquent l'art de gouverner, des mains de la divinité.
Mais aujourd'liui, avec nos idées d'émancipation populaire, on parviendra dillicilement à persuader aux citoyens les moins versés dans les idées économiques, qu'une corporation placée à dislance jouisse du privilège de mieux coiniaifre les intérêts d'un pays inconnu tjue les premiers intéressés dé la localité, les habitants de la commune elle-même. Prenez les hommes les plus savants de France en agronomie, et formez-en un conseil supérieur et en dernier ressort d'agriculture, etnous^ posons en fait qu'ils seront moins compétents que la dernière commune de France, sur les moyens de cultiver et d'améliorer un seul coin de cette localité.
Dans toutes les questions locales, la commune, c'est le jury compétent, le jury composé de témoins cpii sont juges, et (jui, s'ils sont parties, trahsigent entre eux et d'après l'avis du plus^ grand nombre ; c'est le tribunal le plus éclairé et le plus expéditif, c'est le conseil de famille.
Ainsi, pour les intérêts locaux, point de centralisation ; au contraire, compétence de la localité en dernier ressort ; jjaice que si l'on admet ({ue la localité seule est capable de rendre un juge-
174 i'.Kl-niiJlKS S;:CIALES. — LliS DOCIltlNES.
ment vrai et équitable, il serait absurde d'établir ensuite la faculté d'en appeler.
Mais il pourrait arriver c[u'une localité voisine fût intéressée à la décision d'une localité donnée, que le parti pris par l'une, fût. dans le cas de léser les intérêts de l'autre; alors la question change de face : la commune devient partie intéressée, elle ne saurait plus être juge absolument intégre. Sa juridiction restera suspendue en se changeant en réclamation ; il serait nécessaire, par le fait de cet incident, de recourir àim arbitrage étranger aux deux localités adverses.
Ici on pourrait aljandonncr le choix des arlntres aux parties, et il n'y aurait aucun inconvénient à les laisser libres de terminer à l'amialjle tout différend par une transaction.
Mais s'il arrivait que les deux parties refusassent de s'entendre, ou bien (lue les deux communes, quoique rapprochées par de grands intérêts, fussent séparées par de grandes distances, il serait nécessaire-({ue le lien commun des communes, ([ue la' centralisation vint s'interposer entre les combattants et mettre fin à une ([uerelle, dont la durée n'est bonne qu'à nuire aux intérêts de la })roduction et par conséquent à ceux de la masse commune.
Or, de (|ui se composerait ce tribunal central , ce foyer commun de lumières? X'est-il })as évident qu'il ne pourrait se composeï' ([uc des arbitres nonunés par les parties elles-mêmes ?
Mais les arbitres permanents, et. réunis pour juger toutes les (juestions analogues, ne sont-ce pas les représentants de cha(|ue localité, les mandataires élus librement par chaque famille connnunale ? Dans ce grand corjts se trouveraient comme parties, les représentants des deux rivales communes; or, comme les intérêts d'une commune ont, en général, la plus grande analogie avec les intérêts de toute autre, où trouver des juges plus compétents, des arbitres plus intègres?
CAS (If l..\ ('.KMHALIS.MION HKPRKNI) SA l'I.ACi:. 175
Ainsi, cMi ilésigiiant les iiitéruls rivaux de deux ou |ilusieiips conuiiunes, par le mot d'inlérèls généraux, nous résuincM'ons tout 00 (jue nous venons de dire par ccHc formiile :
C.ENTUALISATION POUR LES INTÉllKTS GÉNÉHAUX; DÉGENTRALISATrON POUR LES INTÉRÊTS LOCAl'X ;
compétence })Our chaque détail et harmonie pour Tensemble.
Dans l'un de nos précédents parag-raphes, nous avons suflisamment établi la nature et déterminé les limites du pouvoir administratif, ([ue nous avons dit ne devoir être ([ue le premier <*hef de division du bureau des recettes et des dépenses votées ])ar les représentants.
CENTRALISATION ET DECENTRALISATION.
L'objection la plus spécieuse qu'on pourrail taire à la manière dont nous avons envisagé la question ainsi posée : centralisation POUR les intérêts généraux, décentralisation pour les INTÉRÊTS locaux, Consisterait sans doute à nous faire remarquer l'ignorance des communes sur bien des ([ueslions, dont les juges compétents aujourd'hui n'existent que dans le sein de la capitale, qui est le foyer et le rendez-vous de loutes les spéciahlés.
Mais cette objection pèche sous deux rapports essentiels : elle exagère la difticullc d'un côté, et de l'autre, elle ])Ose en principe ce qui est en question.
lU'Ibriimleur, 11 mars 183'), n° \b').
Elle pose d'aljord en principe ce ({ui est en question : en effel, nous nous occupons, dans le cours de ces articles, de l'organisation future de la société ; et l'objection est prise tout entière dans l'org-anisation actuelle ; on nous oppose ce que nous désirons détruire contre les idées que nous voulons établir. La Capitale monarchi(iue est, il est vrai, aujourd'hui, le suçoir des talents de province, s'il est permis de s'exprimer ainsi. Comme c'est ici que se dispensent les grâces, (jue se distribuent les faveurs, que l'on postule avec le plus d'à-propos, et que l'on obtient avec le plus de facilité les distinctions, les emplois ou les commandes, les talents de province viennent errer vingt ans suivie bord du fleuve, pour attendre leur tour et atteindre l'autre rive. Puisc{ue c'est le Prince qui accorde, et que ce sont les courtisans ([ui protègent, on a iidéret à se placer aussi près que possible, alin de saisir la laveur au passage. La commune n'étant rien et n'ayant droit de rien ordonner, et les rémunérations se trouvant à une assez grande distance, le génie languirait et s'abâtardirait, faute d'émulation, en restant dans la i)roviii('o, loin du soleil qui réchauffe et anime-tout de sa puissante lumière ; aussi, chaque année la province se dépouille de ses enfants, pour les envoyer comme un triijut à la grande ville ; et la grande ville les al)andonne, pendaiît dos années, à la torture des sollicilalions, aux privations de la mruisarde, aux tentations de la gune et du besoin journalier ; et quand ils se sont bien flétris de cor})S et d'esprit, quand elle a bien façonné leur indépendance provinciale et leur verte jeunesse à toutes les exigences d'une civilisation sans pitié et sans probité, elle les admet, épuisés et impuissants, à ses faveurs de convention et à ses honneurs stériles. Ceux (jui, dans la carrière, perdent le souffle à la cour.se, tombent en route, et nul ne sepréseiile pour les relever ; la province en enverra d'autres à leur place.
Ce système étouffant de centralisation pour le talent, si l'on excepte la Piussic, ne se voit presque i)lus ([u'en France. En Allemagne , grâce au morcellement malentendu, il est vrai, de la surface politique, on trouve des c^'iilres de civilisation et de pro-
L'ALLEMAGNE, l'ANGLETEIUU: KT l/lTALIK l'I.ÙS AVANCl'iKS QIK NOUS. 177
grès à l'iiailue viiii^lainc (le lieues; cl loules ces universités se survcillunl niuluollenicnt, se lienneul pour ainsi dii-c en arrèl, s'aiguillonnent })ai' leurs succès, se conli'ùlenl pai- leui- crili(iue, réparenl l'une les injustices de l'autre, en olïrant au talent malheureux dans le concours voisin, une lutte plus égale et une place assiégée par moins de rivalités.
Ce système représente une rej)ul)li([ue intellectuelle, ([ui s'est posée indépendante, dans ses attributions, des influences de la politique privée des divers États, et même de la politique commune de la sainte alliance ; il prolite au i)rogrès des lumières et de la civilisation, tellement qu'il n'est })as rare de trouver tel village où chaque habitant sait lire, écrire-, chiffrer, raisonner histoire et politique, et où le maître d'école, prêtre et père de famille en même temps, est le rédacteur en chef d'une feuille villageoise. De là vient que dans les temps un peu calmes, et lorsque la sainte alliance ne se croit pas menacée dans son existence par le libre échange des communications intellectuelles entre les peuples européens, un journal scientifique français trouve 700 abonnes au delà du Rhin, et n'en obtient à peine que '100 en France.
Il en est des arts, de l'industrie agricole et manufacturière, comme des lettres et des sciences ; ce ({ue Paris absorbe et étouffe dans son œuf, se répand, germe et fructilie sur toute la surface en Allemagne.
Après l'Allemagne vient l'Angleterre, avec ses trois royaumes ou ses trois foyers centraux de civilisation ; bien que le gouvernement d'un seul sache encore reproduire , quoique sur une moins vaste échelle, les inconvénients du système qui pèse sur la France.
L'Italie rivalise avec l'Allemagne sous ce i-aj)port, tant (ju'il no s'agit que des arts de l'imagination, que des arts ([ui plaisent ; là il n'est pas un artiste qui ne puisse trouver sa place. Quant à
l'Espagne, elle marche et progresse vers le système de la gqiiîmmie, et bientôt ce système portera ses fruits. Les sciences et lesaris ne viennent qu'après la liberté:.
Ainsi la France est la mains également rètribuée ; le sys-tèmedu fief dure encore dans son sein ; on ne peut y voii' du talent et de la gloire qu'à Paris ; car ce n'est qu'à Paris ([ue se déposent les couronnes, ([ue siègent les jiigès compétents, qu'existent les fauteuils académiques ou bureaucrati(,[ues, ([u'on élève de grands monuments, des statues, des obélisques, ({u'on bàtil des arcs' de triomphe et qu'on décore Les ssiions.
Mais ce système a fait son temps ; il a produit tout ce qu'il pouvait produire ; il touche à rèpoG[ue de la stérilité et de la décadence ; il faut enlîn en préparer un autre qui amène une révolution complète dans les intelligences, et ouvre de nouvelles carrières à. l'esprit humain découragé de voir toutes les anciennes encombrées et parcourues. Ce système dont l'appUcation a tant de succès dans notre voisinage^ c'est d'établir autant de centres intellectuels, que les progrès des lumières le rèclameront ; c'est de rétablir en France, pour les recherches scientifiques et artistiques, ce que les moines étudiants avaient déjà réalisé chacun pour sa spécialité religieuse ; c'est de disséminer l'Institut, le Muséum, les Arts et Métiers, les S^^ciétés d'Agriculture, les Jurys d'encouragement sur la surface de la L'rance; de faire, poui' toutes les branches de nos connaissances et de nos goûts, ce que l'Université avait fait pour les Facultés médicales et théologiques, c'est de léguer, pour coniinencer cette grande réforme^ des instituts à Lyon, à Marseille, à Montpellier, à Bordeaux, à Nantes, à Rouen, à Strasbourg, à Toulouse, à Poitiers, à Rennes, à Lille ou à Amiens comme à Paris , avec les mêmes privilèges., les mêmes ressources et. les mêmes prérogatives qu'à Paris ; c'est enlîn d'offrir les encouragements au travail et la gloire au mérite, sans trop le déplacer et sans trop le faire languir. A la faveur de ce système, on verra une foule de questions vitales naitre, mnrir, se résoudre et s'appliquer sur toute la sur-
Mii.iiri.iKii l'Aiiis MANS iiti iiî i.A r'iuivtN<:K. 17!)
face de uoli'c pauvre Krance, au lii'u i\o venir sp perdre dans les carions des l)ureaux des ininisl{'r('s, ou se l'aire eslrojjier sons la jiluiiu^ de deux ou trois juives IcL^crs ou ineouipclculs.
("royez-vons (jne les sujets manqiieronl aux artistes (piand la cMuir n'aura plus le priviléiie exclusif de» les ordonner? Détrou»- }ie/-vous. Le genre dé la cour disparaîtra, el l'on ne penlra pas iirand'chose. Nos peinlr(>s ne nous représenteront plus (U'<' céladons, des chevaliers et leurs daines, des princes à la chasse ou dans le houdoir. Mais le [teuplo indiquera à ses peintres des su- Jets (pii aillent à sou àiiie et (jui lui rappellent ou lui disent >\o iii'andes choses. (Ihaipie conuuuue voudi'a j)lacer dans ses cari-efours el dans ses })ronienades, la statue ou le huste des i^rands honuues ([u'elle a vu naiire, de l'honune du peuple (jui par une belle action ou une utile découverte, aura été le l)ienfaiteur de la localité. La salle des réunions uuuiicijiah^s se tapissera, non ])as de la déesse lo, de Niobé, de Priape, de Vénus el Mars surpris par l'Amour, mais de grandes pages de nos fastes populaires ; en. sorte ([u'un voyage dans notre- beau pays sera un voyage dans l'histoire de France la })lus complète. Le marbre et la toile sei-viront aussi à imprimer une impulsion nouvelle à la morale \)nblique et privée; et les premiers bégaiements de l'enfant articuleront déjà les grandes choses, ([uc lo cis(Niu el la palette auroul placées de toutes parts sous ses yeux.
Nous ne pouvons jias nous dissimuler ({u'on n'opère pas de semblables transformations d'une ^manière brusipie et révolutionnaire ; l'idée d'un bouleversement n'entre i)oinl dans noti-e pensée ; nous ne prétendons pas arriver à ce résultat jiar la ruine des fortunes ac({uiscs ; et nous savons combien Paris perdrait, sous le gouvernement d'un seul, A un déplacement aussi jiojnbreux de capacités ([ui l'alimentent et le charment.
Mais, nous le prédisons, il faut ([ue tout cela s'effectue ; il faut donc nous y préparer.
Qu'importe du reste aujourd'hui? Presque toutes les capacités se trouvent à Paris ; et la Province, qui les lui engendre, est forcée de se constituer tributaire de ses propres enfants ; cela est vrai. Cependant faudra-t-il donc en conclure nécessairement ([ue la commune doive continuer à dépouiller son moi, son imUxidiialisme dans la décision relative aux intérêts locaux, pour s'en remettre en aveugle et en esclave soumise à l'arbitraire tardif des capacités indifférentes de la capitale? Eh! certes, non. Quand la commune aura décidé de l'utilité d'une mesure, elle saura toujours bien s'adresser pour l'exécuter aux capacités compétentes ; et si ces capacités ne se trouvent qu'à Paris, elle en demandera à Paris. C'est ce qu'elle fait aujourd'hui dans son état d'ilotisme, et pour les faibles entreprises que le conseil d'État veut bien autoriser ; et pourtant ce n'est pas la capacité, mais l'aristocratie de la commune qui demande et obtient ces choses, grâce à notre loi'municipale ; et c'est à huis-clos qu'on délibère. Que sera-ce quand la compétence et la puljlicité viendront s'emparer de la discussion publi([ue ?
Nous croyons avoir démontré les deux points par lesquels i)échait l'objection contre la démonstration que nous avons- donnée de la nécessité de l'indépendance des communes, quant à leurs intérêts locaux.