‹ Réformes socialesChapitre 24 sur 67 · BOULEVERSEMENT QUI NE SAURAIT PROFITER NI AU RICHE NI AU PAUVRE · texte numérisé non relu

BOULEVERSEMENT QUI NE SAURAIT PROFITER NI AU RICHE NI AU PAUVRE

Ce. qui s'oppose au succès des doctrines qui ont pour but la Réforme socLile, c'est la crainte des conséquences de leur application; et cette panique est également l'ouvrage, et de la maladresse de ceux qui prêchent la doctrine, et, aussi, souvent de Terreur de ceux qui l'écoutent.

Nous avons eu déjà bien des occasiojis de le faire observer ; quand on conçoit la nécessité d'améliorer le sort d'une population qui se presse sur une petite surface, il faut bien se garder d'y procéder par un bouleversement général et subit. Bouleverser les existences sociales, c'est détruire, ce n'est ])as réformer; et la destruction de ce dont on se sert, d'une manière on d'une autre, ne saurait profiter ni au riche ni, au pauvre.

Une révolution doit consister à proclamer la loi progressive de la réforme, à seconder son développement, à favoriser les applications journalières de ses innovations; mais elle ne doit pas, le lendemain du jour qu'elle est opérée, prendre la contre-partie de tout ce qui se faisait auparavant ; car le changement politique ne suppose pas le changement moral ; la révolution dans le gouvernemen-t n'amène pas immédiatement une révolution dans les mœurs, dans les idées, dans les rapports des hommes

entre eux.

Croyez-vous que, le lendemain de la révolution, l'homme de plaisir se trouve tout à cou}) un homme de fatigue ; le fanalif[iio,

* l'rforijiulrnr^ 18 mars 188."», u" 1(30.

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un lioininc raisoiiiiahlo ; riî^iioraiil iiiilui do préjugés, un liomme insdiiil (II' la cause des phénomènes; l'égoisto, un homme de ticvonomcnt? ('roycz-vous qu'après la vicloii-c i-ciuporlèo sur les oppresseurs des peuples, la concorde rcvicMino dans loi nicnai;e, entre les membres de telle famille; et ({no chacun onlin, pénétré de la juiissance des idées nonvolles, ose louL à coup dormir lran([uillo sous l'éi^idc do la nonvolh» loi ([ui, avec !a sollicitude d'une mère, veille sur chacun de ses enlanls?

Non. l/onlhousiasmo préparé par do longues méditations sera peut-être lui jour capable d'engendrer une de ces métamorphoses subites. Mais aujourd'hui, il ne faut pas trop compter sur ce prodige; il faut se contenter de le préparer. Avec la génération actnollc, ([ui a été tant Iravailloo })ar rasluce des monarchies, ([ni s'est fa(jonnée au gouvernement militaire de l'Empire, au gouvernement hypocrite de la liestauration, et au gouvernement agioteur dont les enfants char])onnent l'emblème sur Ions les murs do Paris, il no faut pas s'allomh'O ([ue, si demain la volonté du peuple refaisait un 1830, il nous fût permis d'ouvrir la main de toute sa largeur i)0ur laisser tomber sur le sol la réforme tout entière. On se verrait forcé (.l'ajourner l'exécution d'une foule de {toinls, ot do conserver provisoireuKmt , par malheur, une grande partie do l'organisation .sociale ({ue ({uinze siècles, comme ([uinzc grands pieux, ont attachée si profondément au sol de notre France infortunée.

Ainsi, que le l'iche ne s'épouvante pas de nos réformes ; le pauvre ne demande pas à abattre, mais à élever ; il ne veut pas sortir de sa misère avec l'intention d'y plonger un autre ; il ne réclame que l'abolition d'une seule chose, l'abolition du privilège qui établil un nnn- d'airain outre l'amèlioralion ot lui. Ce privilège aboli, il demande (pie chacun travaille pour sa quotepart au bonheur des autres ; que, quelle que soit la différence des professions et des lots provisoires, tous les hommes se considèrent entre eux conmie dos frères; ({ne la syin|»athio des goûts et des sentiments forme les groupes, mais ({ik; l'anli-

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palhie ne ravisse à personne sa place au banquet de la vie et au soleil qui luit pour tous.

Celte idée était toute formulée, à la Révolution de 1830 ; personne ne l'avait dite, chacun la concevait ; et, si le mouvement n'avait pas été escamoté par les jongleurs politiques, on l'aurait vu se développer chaque jour et de proche en proche; l'éducation publique en eût fait le thème quotidien de la génération nouvelle, qui aurait produit une génération jjien mieux disposée encore à percevoir les bienfaits et à adopter toutes les faces de la réforme pi-ogressive ; et, dans cinquante ans, l'espèce humaine se serait trouvée remaniée, de manière à ne ressembler pas plus à l'espèce actuelle que l'espèce européenne ne ressemble à l'espèce sauvage des Nouveaux-Zélandais.

A celui qui révoquerait en doute la possibilité d'un développement aussi rapide s'il avait lieu à l'abri des entraves, nous opposerions la rapidité du développement qui s'opère devant nous, ■ — malgré les entraves du fisc, la corruption du gouvernement, la trahison des faux frères, les massacres de nos Charles IX, les cachots et les bagnes, — sous l'influence de la presse périodique et quotidienne, qui a pris son essor depuis quatre ans seulement. Est-ce que nous aurions pu espérer d'être compris, il y a quatre ans, sur la plupart des questions, qui sont de simples jeux aujourd'hui pour notre intelligence?

La réforme progressive, mais dans l'intérêt de tous, c'est là ce que nous entendons par le mot de réforme. Nous démontrerons que, dès aujourd'hui, nous pouvons nous mettre à l'œuvre, sans que personne soit lésé, et sans que nul n'ait à se plaindre.

Le riche n'a rien à perdre à nous prêter, son assistance et ses secours ; le pauvre ne peut que gagner à procéder avec méthode ; mais si vous ne vous hâtez d'embrasser franchement une réforme semblable, elle vous étouffera vous et nous, et d'autres recommenceront le grand œuvre de la régénération sociale.

L.v iu-:roit.Mi; i.a \i;ii.i.i:, kxvmihij; lk i.kmkkmaiv. 187

Avec uii yuuvcrneiiu'iil liaiiu-iix pai- ht-soiii cl \nu' raiicuiie, la réforme ne peul que couver dans les consciences de ceux (jui souffrent ; elle reste ajournée.

Mais l(\joui' où tout sera possible en lail (l'iunovalion, sera celui où tout à coup les hommes auront abjuré leurs haines de partis, de professions, de jalousies, et qu'ils auront trouvé dans le fond de leur C(eur, leur bienveillance et leur fraternité. Ceci n'est pas une utopie; nous en avons vu un jour la réalisation; mais ce jour n'eut pas de lendemain, car le lendemain, le peuple était redevenu sujel.

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