‹ Réformes socialesChapitre 26 sur 67 · COMMENT TOUT SOL INGRAT PEUT ETUE RENDU FERTILE · texte numérisé non relu

COMMENT TOUT SOL INGRAT PEUT ETUE RENDU FERTILE

Nous avons montré la possibiUté de niultiplier les produits du sol en céréales ; il est nécessaire d'ajouter à la démonstration la preuve que les moyens d'exécution sont à notre disposition.

La terre produit moins, parce que l'un ou l'autre de ses quatre éléments fertilisants lui manque. Mais cet élément complémentaire de sa fertilité se trouve dans ses entrailles ; il n'est besoin que de l'en extraire, de le ramener à la surface et de le mélanger avec la terre végétale qui existe déjà.

* Bôfonnafcur, 20 mars 1835, n° 162.

LE CAPITAL, CUAM)!-: EltllKUll KN KCO.NOMIK. l'.K{

Les laborieux liabitants des Céveiiiics oui la patience de monter tous les ans de la terre dans les cavités des rochers qui les dominent, pour y semer de la j)omme de terre ; et nous l'avons dit : clia([ue jour nous improvisons des jardins sur des décombres ou des terrasses ; ce procédé, il l'aul l'appliquer en grantl.

Dans l'elal acluol de noire organisation sociale, une Icllo application sur une grande échelle ne saurait s'elTectuer sans une accumulation de capitaux ; et accunmler les capitaux sur un point, c'est en dépouiller un autre; c'est enrichir une fraction de la population pour eu aj)pauvrir une auti-e ; c'est constituer un monopole qui n'existe pas sans si)olialion. La question gouvernementale doit donc être indépendante de toute théorie qui n'est réalisable ({u'avec le concours des capitaux; et c'esl là l'erreur fondamentale dans laquelle se sont laissé entraîner, par l'analogie, les Fourriéristes et les Saint-Simoniens : ils ont fîiit jouer aux capitaux un rôle inunonse, sans réfléchir qu'ils confondaient on cela deux états bien distincts : l'avenir et le présent ; qu'ils appliquaient à la théorie de la réorganisation sociale les vices de l'organisation actuelle ; qu'ils prétendaient employer, pour arriver au ])icn-étre général, les moyens indispensables aux hommes de spéculation dans notre état de lutte et de monopole où l'on ne peut devenir riche qu'en appauvrissant, où la concurrence est un comljat à outrance entre deux professions rivales, où l'association est une ligue pour accaparer et pour entasser dans les mains de quelques-uns les tributs d'un plus grand nombre. Les capitaux sont des signes de valeurs, et non des valeurs ; or, les valeurs peuvent changer de signes comme l'entendent les masses.

Supposons donc qu'un jour l'Klat s'arroge le droit d'ordonner aux habitants de la commune de fertiliser leur sol, et de se prêter mutuellement assistance pour cette œuvre : l'État ne fera que continuer le système des corvées conmiunales, des corvées que n'a pas abolies la Révolulion; car la Révolution

104 RLTOR.MES SOCIAÎ.ES. — LES nO;,rRINES.

n'a aboli que les corvées dans l'intérêt rVun seul, et non les corvées dans'l'intéret des masses; et les habitants des communes en font de plus d'un genre sans se plaindre, qu'il faille soit réparqj' les routes, soit encaisser un torrent .qui menace bu plaine, pu rétablir une digue qui retient les eaux.

Or, avec quel zèle ne travailleraient-ils pas ejicore à la corvée, s'ils étaient assurés que l'amélioration de leur sort serait tôt ou 'tard la récompense de leur docilité ! ('chacun à son tour se dévouerait à l'œuvre, mettrait ia main à l'ouvrage, ou donnerait, en autres genres de jjroduit ou de travail, de quoi se faire remplacer par un aulrc. Dans cette opération, tout le mécanisme consisterait dans le transport, dans le déblai et le rem!)lai ; et de comnuuie en commune, on ferait parvenir les éléments d'un sol jusqu'aux plus grandes distances, sans que personne s'éloignât de plus d'une lieue de son habitation; la richesse du sol cheminerait connue d'escouade en escouade; il ne s'agirait que d'organiser exactement l'opération, et de distribuer méthodiquement l'ouvrage, ce que l'État seid est capable de faire, et non les simples particuliers ou même les compagnies et les associations.

XX lY*

FEr.TU.ISATION GENERALE DU SOL.

Lorsque nous avons exprimé l'idée que l'État seul est capable de réaliser les projets de fertilisation, par lesquels nous avons commencé l'exposition de la réforme industrielle et agricole, qui est la base de Forganisation sociale, ce n'est pas que, sans lui, et s'il Iciissi^ut fnirc, les communes ne puissent parvenir à apphquerla théorie et à multiplier la richesse de leur ^o\. Nous

* licforiiinlcur, -1\ mai's 183ri, u" IG-"].

IKlilll I-MIUN SANS (.AI'IT.M'X ET SANS NUMÉitAllli:. 19o

avons sinihnuciil chei'chtj à l'aii'e eiUi'Cvoir que, <.Laus uji Ktat ({iii ne peut se maintenir ([n'en se nielanl de tout jiai- lui-nièiiio et pour lui-uièine, la réalisaliou de ce projet serait li'op entravée, trop contrariée pour ({ue la commune se llallàl de ramener à l)ien.

Le sysLème actuel a \o plus ^rand intinvl à laisser les associations connnunales dans les lanii,es, à t'aii'e avorter toutes les idées dont l'application laniiliariserait les administrés avec des habitudes par trop représentatives ; la représentation traiispoilée ilans la connnune, c'est la J république en genne, c'est la nioi-t • le la uionarcliie. La monarchie dispute son existence, en conlinnant la tutelle dos associations comuuuiales ; périssent la concorde et le bien-être d(\s masses, plulùl ([ue le pi'incijie de sa stabilité !

Cependant, }>uis(|uc l'état actuel des choses est anlipathi(pio avec Tamélioralion progressive, ((ue la réforme en toutes choses est pour lui l'action croire ou do lirtro pas; et que, d'un autre côté, la nécessité de "la réforme est imminente, et que l'état social menace ruine, si on no lui accorde pas cet étai ; essayons de persuader à la commune de commencer cette réforme à l'aide de ses ressources locales, et en plaçant ses opérations àra])ri des entraves e! du mauvais vouloir <le l'autorité. Nous adressons notre appel aux maires, aux conseillers municipaux et aux hommes les plus avancés de chaque comnnuie, ([ui doivent se considérer, jiar devoir de conscience et i)ar dévouement à la patrie, comme les tuteurs des masses, elles ([ue le pouvoir, depuis quinze cents ans, a eu tant d'intérêt à tenir dans l'ignorance et dans la jilns profonde incapacité.

Or, des aujourd'hui, si les comnmnes le veulent fortement, le système de fertilisation générale du sol peut être mis à exécution sans capitaux et sans numéraire.

Si les habilfuits adopt(Md la mesure gt'uérale que tous Ic-^ ch,.-

mages de chacun d'eux appartiendront de droit à la commune, et que l'association commimale aura droit d'indiquer à chacun le genre de travail et le genre de terrain pour lequel on requiert son bras ; si cette réquisition est considérée comme un prêt avancé et remboursable en même nature, comme un service à titre de rechange; si secondement la commune achète^ à ses frais et comme à elle appartenant, le nombre indispensable des animaux de trait et des instruments dont le mérite a été constaté par l'expérience; et si l'intérêt de ce capital rentre dans l'impôt local que, par suile d'une délibération rendue légale, les communes s'imposent extraordinairement, impôt qu'on pourrait même percevoir en corvées ou en nature, afin de ne pas trouver un obstacle dans la pénurie du nimiéraire qui afflige les peliles localités ; enfin, si après avoir pris l'avis de tous les hommes compétents, chacun sur l'objet journalier de ses occupations et de ses études, le conseil communal adopte la métliode la mieux entendue d'exploitation, de transport et de défrichement, s'il assigne à chaque citoyen sa fonction ou son contingent de contribution équivalente, et à chaque- saison son œuvre, à chaque localité son devis ; en six ans au moins la terre aura changé de nature, et se sera fécondée par un travail facile et nullement onéreux.

Cet appel sera-t-il entendu par le conseil des communes? Oui, et en cela, nous ne serons pas de faux prophètes.

Nous avons indiqué le secret; il est enfoui sous la terre; que la commune fouille et l'amène au grand jour.

Association de tous dans l'intérêt de tous; mais avant tout, association entre eux des voisins les plus proches ; l'association augmente les forces en les harmonisant, multiplie les produits par le concours des forces, et diminue la quantité des déchets et des pertes en concentrant les opérations et en évitant les morcellements.

Al Top.rn: de i.a commine, r.oNr.ii.iATiiicK.

xxv*

niî l'a^;socivtion communale.

Nous avons mis eiilrc les mains de la commune tous les moyens propres à renrichir el à améliorer le sort de ses habitants; son bonheur matériel doit être son'ouvra£,^e. OuVlle n'attende pas les encouragements d'un gouvernement sans en- I railles; elle peut s'en passer. Qu'elle ne frappe pas à la porte des ltan(|uicrs pour obtenir des cai)ilaux nécessaires à l'exploitation actuelle. Les maîtres et les entrepreneurs ont besoin de capitaux pour payer leurs ouvriers; les associés d'une même localité peuvent s'en passer en se payant réciproquement par voie d'échange. Nous ne demandons à l'association aucune permutation d'héritage, aucun bouleversement de fortune, aucune spoliation, aucune distribution forcée. Nous admettons la commune avec sa division cadastrale, son morcellement enregistré ; nous l'avons bien souvent dit, et nous le répétons, nous voulons progresser et améliorer, mais non bouleverser. Nous ne voulons pas commencer par où la société finira; nous voulons y marcher, comme marchent les choses de ce bas monde : logiquement.

Mais nous admettons qua/'c^sso^ic^/iow communale a droit de surveiller l'exploitation communale, et d'obliger chaque propriétaire actuel à améliorer sa propriété, dans le cas où l'intérêt privé n'aurait pas assez de puissance sur l'esprit des propriétaires dissipateurs ou incapables; une fois que le meilleur mode d'exploitation aura été constaté par l'expérience et adopté par suite do délibération, le conseil communal devra aviser aux moyens de l'appliquer aux moindres frais et avec le plus d'avantage. Mais l'autorité du conseil communal doit toujours commencer par se montrer paternelle et conciliatrice, persua-

' licfuiunUcur, 2'<i mars 1835, n° 165.

f98 RÉFORMES SOCIALES. — LES DOCTRLNES.

sive et patiente, et ses mesures ne doivent jamais porter le caractère de la contrainte. Le refus d'obtempérer doit être puni par le refus que fera la commune de prêter assistance à l'indocile opiniâtreté ; à moins que la fortune de tous n'ait à souffrir de l'obstination d'un seul. Ce serait alors le cas de l'expropriation forcée, pour cause d'utilité publique, avec indernni lé suffisante ; système qui, même dans notre organisation sociale si susceptible, est adopté par la loi et mis à exécution chaque jour soys nos yeux, sans qu'il donne lieu à la moindre récrimination.

Une théorie n'est jamais plus intelligible qu'a la faveur d'un exemple :

Soit Pierre propriétaire de cinquante mauvais arpents que la commune a intérêt de rendre fertiles, et qui ne pourrait l'entreprendre lui-même faute de capitaux. Il lui faut, en effet, un extirpateur ; la commune qui en aura fait emplette aux frais ' de la masse, lui en prêtera un. Il lui faut des animaux de trait et des chariots, pour marner et apporter 4e la terre nouvelle; la commune mettra à sa disposition les chars et les animaux qui lui appartiennent. Les ouvriers lui manqueraient faute de numéraire ; la commune ayant à sa disposition certain nombre de bras qui chôment ce jour-là, les invitera à prêter assistance à leur concitoyen, et donnera aux travailleurs acte du nombre d'heures et de joui^ qu'ils auront sacrifiés à l'ouvrage d'un autl^e. Faudrait-il même pourvoir à la nourriture du maître et des travailleurs, les greniers d'abondance, dont nous parlerons plus tard, seront là pour subvenir à l'entretien de ceux qui travaillent; et quand le défrichement, le labourage, le marnage, les semailles auront été effectués, le conseil communal inscrira au grand-livre des dettes réciproques, la dette que Pierre, notre propriétaire, vient de contracter envers la cité.

Pendant que Pierre chôme, Paul se présente avec les mêmes besoins et dans les mêmes circonstances; le conseil commu-

mil

KXKMl'l KS A L Al'l'll.

„nl passo a Tordre flo VinAU .inir Ar I'utiv, .4 luvilo celuici M prolcr son bras A l'aul, au proi-ala de ses torces .4 .lo ses oceupalions .jouriiali(^'res; les autres prels en nature soûl ta.ls ;\ Paul avec la même latitude (pi'ils oui été lails a IMerre; vi la commune compte déjà deux débiteurs. A la rcclte, la commune a droit de prélever la valeur de ses avances, ou au moins les intérêts, el cela en nature, si la loci.lité n'est pas un marché où les valeurs se convertissent lacilement en numéran-e. Celle distribution du travail, ce transport contiimel de créances, s'opéreraient chaciue jour avec une facilité admirable; il n'y a jamais eu de récalcitrants contre un système qui a été adopté dans l'intérêt de tous. On nous dira : Mais ([ue fera-ton dans l'intérêt des habitants de la commune qui ne sont pas propriétaires? Nous n'irons pas restreindre le mot de propriété dans le sens matériel de propriété du sol; il n'est pas mi habitant qui n'ait à nos yeux, dans l'application de ce système, le caractère d'un propriétaire ; s'il ne lient pas du terrain en location, il possède son industrie, avec laquelle on acheté souvent de si belles propriétés; et notre organisation n'est pas seulement agricole ; nous n'avons pas borné nos améliorations dans les champs, nous n'avons voulu commencer que i)ar cet exemple.

La commune, bien administrée, fournira à chacun les mstruments de travail dont chacun aura besoin, et même les matières premières qui lui manquent ; et elle trouvera facilement le moyen de rentrer dans ses avances et de percevoir les intérêts des capitaux avancés. Aider le travailleur, surveiller ses écarts, seconder ses efforts, éclairer, sa pratique, harmoniser les procédés de la localité tout entière," acquérir un fonds commun pour tous, et que tous alimentent d'un intérêt qui aura force d'impôt; laisser la liberté pour le bien, l'arrêter pour le ma et la ramener dans les voies utiles; entretenir parmi les citoyens l'unité et la concorde qui fécondent, les attirer sans brust[uerie et sans violence, au progrès : telle serait la mission de l'association communale, et tout ce projet n'est rien moins (ju'une ulopic ; nous avons plus d'un exemple à citer comme application :

200 UliFORMES SOCIALES. — LES DOCTRINES.

En Suisse, les propriétaires mettent en commun leur. laitage pour le convertir en beurre avec moins de frais de manipulation, de conservation et de vente ; et, après la vente, chacun perçoit son dividende au prorata de son apport. Dans d'autres communes de France voisines de ces montagnes, les troupeaux paissent en commun, surveillés par des pâtres communs. 11 nous serait facile de trouver encore plus prés de nous, des associations de ce genre qui jouissent d'une prospérité louable, parce qu'elle ne constitue ni privilège ni monopole, qu'elle est l'œuvre de tous et qu'elle profite à tous.

Page 1