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ASSOCIATION DES COMMUNES

Nos idées de réforme sociale, adaptées au cadre d'une feuille quotidienne, se trouvent privées d'un avantage niappréciable. Elles arrivent à l'espril du lecteur morcelées, éloignées des développements ([ui les préparent et les expliquent presque à l'avance; le lecteur, qui prend un article au hasard, ne sait pas que les objections qui s'offrent a lui ont été réfutées dans un autre chapitre; cet autre chapitre serait long à chercher,

• Réformateur, 30 mars 18.J5, u» n2.

-204 " RÉKORMES SOCIALES, — LES DOCTIIINES.

et aujoiirtriiui on a perdu la patience des recherches : tout se inédite, s'écrit et se réfute en courant.

Pour diminuer la gravité de cet inconvénient, nous avons pris la précaution de revenir quelquefois sur certains points de notre sujet, et c'est dans ce but que nous devons terminer notre semestre par une tal)le raisonnée des matières.

Nous n'avons l'intention de prévenir, par ces deux sortes de précautions, que les objections des hommes de bonne foi, et non les objections des gens qui crient très-fort et parlent liaut, parce qu'on a eu, une fois et sans plus ample examen, la bonhomie de les croire' sur parole et de leur accorder le baiser fraternel. Ceux-là, nous les avons toujours et partout combattus, comme luie peste que l'on repousse et qu'on ne guérit pas ; loiq^s revêtus de la peau des brebis, vipères réchauffées dans le sein des partis, on les voit courir, s'agiter, s'échauffer, conspirer encore plus contre un homme ou une feuille irréprochable ({ue contre l'ennemi commun. La police n'a que faire de semer la calomnie et de nous abreuver de dégoûts ; ce sont ces amis de la cause qui s'en chargent. Personne ne dit plus efficacement dans le tuyau de l'ereille et d'un ton mystérieux :

« Vous ne savez pas? — Quoi donc? — L'n tel !... « Kh bien, oui ! — • Mais enfin ? — Il est fédéraliste. — Comment donc ça? — Eh ! oui, il prêche l'émancipation des communes. — Mais vous voulez donc l'esclavage des communes et la liberté pour vous seuls? Rome républicaine et l'univers esclave? Venise aristocratique et les villes environnantes sous le joug de son Doge et de son Sénat? — Non, mais il nous faut un gouvernement fort et central. — Mais vous l'avez dans la royauté, pourquoi voulez-vous donc en changer? nous ne connaissons pas de gouvernement plus central que celui d'un seul homme; est-ce que vous plaideriez, sous le déguisement d'un parti, la cause de cet homme? — Non, non, ce n'est pas cela ; mais, voyiez-

Ac.r.usAiiKN m; nos amis, i:nm:mis. 205

vous, on no soulenaul pas les i^ouvornonionls roiiimo nous l'enlondoiis, ol on cliorclinnl trop à éniancii)Oi- la pr(jvinco, on est lodéralislo.. . on est fédcralisto, cnlondoz-vous? » l-^l l'on court à un autre, et l'on s'oniporle avec arl, el l'on déclanio avec une chaleur factice, l'n beau jour nous nous éveillons au bruit d'un petit tumulle qui couvait depuis plusieurs jours, et nous apprenons (pour nous, c'est en pouffant do rire) que l'accusatiœi de haute trahison piano sur la lèlo de l'écrivain solitaire.

« Nous déclarons, une fois jxiur loulos, (pic nous no conipi-e-

nons qu'une seule manière de nous éclairer ; c'csl la discussion, la plume cà la main ; cl désormais nous ne ferons pas plus attention à ces rumeurs inqualifiables (jue [)ar le passé. Un parti qui ouvrirait l'oreille à ces commcrai;es aurait besoin de s'épurer avant d'avoir la prétention do se donner comme parti; et^notre parti, à nous, ou plul(M notre opini(»n, marche franchement, la tête haute el les doctrines sur la main; des hommes d'avenir ignorent les clal)auderies el les rélicences; ils avancent sans tourner la lèlc, ils n'en oui jias lo temps; et les grandes choses qui les occupent les rendeni, nous l'avouerons, dédaigneux de ces petitesses dont ils connaissent el pardonnent les motifs; car, pour aller vile, il faut ]);ii'donner beaucoup de choses, on en est plus vite débarrassé.

Voulez-vous être de notre parti? adoptez ce ([ue nous démontrons, ou dites-nous clairement les raisons pour lesquelles vous différez de notre manière de voir; les rélicences et non les dissidences nous éloignent d'un homme, j)arce que les réticences sont filles de ladissimulalion, el que l'on ne dissimule que pour mal faire ou parce ([uc l'on a mal fait.

Continuons.

Nous avons prisa tâche, dans mis projets de réorganisation sociale, de ne pas faire de l'histoire ancienne , et de ne

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renouveler aucune des idées , aucune des expressions qui ont divisé les hommes ; l'avenir n'admet plus de logomachies à son aide.

Il serait pitoyable , pour des hommes de progrès, de ne vivre que sur un vocabulaire arriéré de cinquante ans, et dont la plupart des mots n'ont plus de sens aujourd'hui.

Présumons, pour porter le coup de grâce à ces misérables l'écriminations, que nous n'avons pas encore le bonheur de comprendre et que nous ne pouvons nous permettre de réfuter, résumons les idées principales, dont on ne nous conteste plus l'évidence depuis les diverses démonstralions quo nous en avons publiées dans nos précédenis ai-ticles.

Le gouvernement d'un seul csl toujours imimissanl , souvent incapajjle, et plus souvonl Lyrannique et odieux: c'et^t un gouvernement central et forl dans l'acceplion du terme.

I)oul)lo7,, triplez, ([uadru[)lez son [xTsonncl, vous n'augmenterez ni sa puissance pour le bien, ni sa capacité pour résoudre les difticultés : vous n'augmenterez que ses chances de discorde et d'intrigue. Quatre rois, dictateurs ou consuls, sont }tires qu'un seul roi, dictateur Ou consul à vie et iiresponsable.

Il n'y a pas d'homme sur la 'terre qui en sache autant que tous ; préférer le gouvernement d'un seul ou de quol(|ues-uns à tous , c'est être ouïe plus sot, ou le plus ambitieux et le plus vain (\e^ honnnes.

Piemarqucz ({ue, par gOLiveniemeiil, nous sonnn(.\s loin d'entendre magistrature , et que, tout en repoussant le gouvernement d'un seul ou de ([uelques-uns, nous sonnnes loin de repousser la magistrature d'un seul ou de quelques-uns ; nous ne voulons ni rois , ni dictateurs à vie ; nous voulons un magistrat temporaire, élu, i-évocable et responsaljlo.

on; LAUMINISIItATION NE SOIT i^u'uM: M VMVIll.l.K. 207

Mais ii(»u> croyons si peu à 1m Imc*', ,( l.i siiiicriorilc do.o^ inMii'islral, <|uc nous voulons ors^anisoi- la luacliinc adiuiiiislralivo (le manière que le pouvoir de ce mai^i.stral no soiL (jue le pmivoir do conduire une manivelle, et non celui d'oi-ilonncr selon les l'èii'lcs de sa loti;i(iuo, qui u'esl le |)]us souncuI, cl chez bien dos prétendus génies, ({ue le bon plaisir.

Le proniioi- mai^islral exécute la loi, ([ui csl r<'Npressi<tn de la volonlé i;'énérale.

Mais ([ni oxpriiiiora celle volonlé i;énérale ? Les i'epr('îsenlants des comnuines, (|ui s(>uls peuvent en donnei- l'expression en connaissance de cause. La commune a donc une volouLc; et par connnune nous culoudous une uuilé variable, qui peut se <.'omposer d'une ou de plusieurs aij,i.;loméralions, j)0urvu que les membres qui la comi>osent puissent eti-e considères connue unis inséi>arablemenl, de vœux et d'intépèts. Oi-, si colle unilé a une volonlé, elle est émancipé(\ (die s'apparlieul.

Miiis la volonté de cette unit('î g-ouvernenionlalc peul s'appliipier à deux espèces d'intérêts : aux intérêts purement locaux, 4[ui ue concernent et n'exposent en i-ien les intérêts d'une autre unité de même nature, (lu bien aux iul(Mvts (jui concernent d'auli-es unités. r)ans le premier cas, la connnune décide <'(jnune gouvernement central, parce qu'elle est seule compétente. Dans le second, la grande centralisation des représentants décide après avoir entendu les parties adverses; c'est un jury local dans le premier cas, et généi'al dans le second.

.\ous ne parlons ici que de la réorganisation, et non de la révolution; car la révolution, qui e;:t l'état de guerre, est une excejjtion, dans un si(kde où la réforme sociale est un besoin g-énéralemeni senti. 11 arrivera un temps où le combat sera une anonialie ; oi', dans la science économique, on ne s'occupe pas des anomalies, ([iiaud elles se présentent; ou les atla(pie, on les coupe dans le vit", on les tranche comme (.les nœuds gor-

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diens , sans auLre règle que celle de la nécessité; et il y aurait folie à tracer d'avance ces règles , dont le nombre serait aussi grand que le 'nombre des cas éventuels, c'est-à-dire serait incalculable.

Qu'on ne nous parle donc plus du morcellement de la France, à une époque où l'on 's'habitue à prévoir qu'un jour la France, l'Europe et plus tard l'univers entier ne formeront plus qu'une vaste famille, où les hommes redcvieudrout tous frères on cessant d'être sujets de rois.

Bien loin de vist^r au morcellement, les hommes actuels n'onl d'autre but que d'arriver à l'agglomération, à l'association la plus étendue et la |)lus compacte ; et nous sommes convaincus que les premiers consuls s'en vont comme les rois. Car les peu- })les, et tous les peui)les, ont ])ien bonne envie de faire euxmêmes leurs propres affaires ; et la question gouvernementale sortira des palais et des sanctuaires ; ce sera tout simplement une question économi(pio, une queslion de famille.

Association des conmiunes entre elles et association des individus de la commune entre eux, avec des mandataires pour les deux sortes d'associations ; puis, un grand conmiis atix écritures avec ses rouages de commis subalternes : c'est là la grande calamité qui menace nos ambitions et qui remettra les rois et les capacités à leur place, c'est-à-dire au rang de citoyens ; et c'est un assez beau rang que celui qui vous fait l'égal de tout le monde.

Ainsi, plus de ces expressions ambitieuses, si elles ne sont pas vides de sens : gouvernement fort et central ! Si c'est la force brutale qu'on entend, il n'y a rien en ce genre de plus fort que la royauté ; si c'est la force qui vivifie et régénère, il n'y a rien de plus fort que l'harmonie et le concours de tous.

Je ne connais pas un seul homme en France, [)armi les capa-

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cités de tous les partis cl do toutos Ic-^ iiu.incos, qui, après six mois même de laborieuses éludes, puisse nie résoudi-o une question sociale et économique, avec autant de succès (pic la réunion des hommes compétents.

Que ceux qui ont des oreilles entendent , ou nous le leur répéterons un peu plus fort.

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