III
Nous avons établi ci-dessus, que riiomnio claiL soumis à une loi qui le place on lèle de réclielle des animaux, ([ui haljilent la ferre, et que nous avons définie : un besoin irrësistibJe ([ui le porte à rechercher la société de ses semblaljles, et (|ui lui rend la solitude aussi atïreusc que la mort; nous avons appelé cette loi : soch-ibdliit\
L'existence de cette" loi une l'ois démonti-ée, il s'ai;it d'en délermincr les limites.
Or, il est évident d'abord que le besoin de rester dans la société de nos semblables suppose rigoureusement le besoin de leur être utile, de leur rendre les soins qu'ils nous donnent, le bonheur que nous leur demandons. Car si cette loi qui nous domine avait pour ])ut de nous rendre nuisibles ou à charge à cette société que nous recherchons avec une i)assi'on si violente, ■par le fait et en dernière analyse, cette loi nous ])ortorait à ne rechercher que notre malheur. En effet, comme les autres hommes organisés comme nous, obéirnionl au même i)cnchant, ils seraient portés d'une manière irrésistible à nous nuire à leur tour. Et cette soif de socinhililô qui nous dévoro ne serait qu'un leurre de la nature, que l'expression d'un besoin- irrésistible et pourtant non susceptible d'être satisfîiit.
Or, la nature n'a créé aucune loi inq)Ossible. Dans le tout liarmonieux que nous avons a})pelé monde, elle n'a pris, pour
* nrformalour, 10 novembre IS'3'), n» 33,
hase de ses créations et de ses combinaisons, aucune supposition absurde, et si l'homme ne recherchait ses semblables que pour se constituer leur parasite ou leur bourreau, la sociabilité ne serait qu'une absurdité, puis([u'elle ne serait pas réalisable. Pour qu'il existe des parasites et des bourreaux, il faul qu'il puisse exister simultanément des dupes et des victimes; ce qui, dans l'hypothèse, ne saurait avoir lieu.
Si nous admettons que l'homme est naturellement porté vers ses semblables, nous ne pouvons plus nous empêcher d'admettre qu'il est porté, bon gré mal gré, à leur être utile ; qu'il ne saurait, à l'état normal, les rechercher pour lem* nuire, entrer dans la famille pour en être un Gain. La soriubilité devient donc la source de ]r bonté; la bonté, c'est l'exercice delà sorinhilité.
Suivez toutes ces inductions ; ne vous contentez pas de les lire, soumettez-les au calcul de la logique, et vous arriverez ta cette conséquence que l'homme est sorti des mains de la nature : bon, bienfaisant et bienveillant ; bienveillant, pavce ({u'il veut le ])ien qu'il connaît; mais bienfaisant, parce qu'il fait même le ])ien qu'il ignore et qu'il pressent.
Si donc il apparaît parmi nous un méchant, ou bien il n'est pas l'ouvrage de la nature, ou bien c'est une de ces anomalies qui se rangent dans les exceptions et ne font que confirmer la généralité de la loi. Or, l'existence du méchanf est incontestable sur la terre ; le méchant est donc une anomalie exceptionnelle qu'il s'agit d'évaluer et de circonscrire : ce sera le sujet de l'article .suivant.
DÉFINITION DU Ml'CIIANï. 241