I.'IIOMMK SOCIAllI.K EST rSSKNTir.M.F.MKM VEIITUEUX. 'i't^'t
(lu cd'ur, vous selliez ([uel([uo chose (pii vous Halle cl vous a[)prouve ; vous èleslicùr(>ux d'avoir rendu un aiilre heureux ; vous W iViics sans vanilé, coniine on ])ai'lo d'une l)onne forlune, d'un lieui'cux résultat, d'une parlic de phaisir ; et vous comprenez dans ce moment, ([ue celle phrase Ijanale de tous les compliments d'usage : il es/ si doux de fniro des hcuroux, est un aphorisme tellement vrai, tellement incontestable, qu'il est ridicule de le répéter parce qu'il. serait ridicule de le révoquer en doute. La vertu est donc une ([ualité inhérente à notre organisation, comme toutes les autres ([ualilés physiques et morales; c'est un besoin à satisfaire, et peut-être le plus impérieux des besoins ; puisque la faim, la soif, etc., ont peine à l'étouffer et à le faire taire; qui dit homme, dil huninin, sociable, bon, vertueux, synonymes divers de la mémo forme d'idées.
La crainte des tortures et des châtiments enfante des grimaces et ne fait pas nailre la vertu. L'espoir d'une récompense peut faire des hypocrites et non des hommes vertueux. L'homme ([ui travaillerait à mériter le prix de vertu de Monthyon, aurait démérité en y travaillant mémo. On est vertueux pour la vertu, on est vertueux pour soi et non pour les autres ; parce que la vertu rend heureux l'homme vertueux et non parce qu'elle le rend louable. La vertu est un égoïsme, mais un égoïsme angélique. La vertu c'est l'amour, mais l'amour qui ne trompe pas, qui ne se flétrit pas, qui ne se salit pas, (jui commande lé respect et la conliance, qui est de toutes les conditions, de toutes les fortunes; encore un synonyme, c'est la fraternilé.
Citez un aclade vertu qui ne soit pas un acte utile? On n'esl pas vertueux parce qu'on sait tenir les mains jointes, qu'on iléchit facilement le genou, qu'on s'enveloppe de son inutile isolement, qu'on semble dire à ce monde : tourne pour les autres, et laisse-moi dans mon coin.
Non, mille fois non, la vertu n'est pas le repos, mais le mouvement ; ce n'est point l'ascétisme, mais la pratique; ce n'est pas
une fable, mais une action, c'est l'homme en face de ses semblables ; l'homme secouant le joug des privations et des entraves,. et rendu à la nature qui, dans ses immortelles combinaisons, n'admet ni l'injustice, ni l'indifférence.
Non, la vertu n'est pas un privilège d'une caste, d'une condition, d'une position sociale ; elle existe dans tous les rangs de la société. Vos flétrissures ne l'effacent pas;. lorsque vous avez gravé en lettres brûlantes le mot crime sur l'épaule, vous avez écrit un mensonge ; tar la vertu reste encore dans le cœur, sous cette peau que vous avez brûlée. Et oui, ne peculez pas d'horreur à ces paroles ; car l'homme du bagne sent encore le besoin d'être bon envers ceux qui sont bons, et je doute que jamais il lui vienne le désir de tirer vengeance de son bourreau ; il partage son pain avec son compagnon de tortul^es; il lui dit : tiens, je ne veux pas manger seul, je ne veux pas boire seul, puisque nous avons faim et soif tous les deux.
Encore un sophisme, s'il vous plaît : car votre société vous l'avez si mal faite, que pour revenir à la nature, on a l'air de la contredire. La vertu est encore dans le cœur de ces êtres que vous avez honte de considérer le jour, et que vous allez trouver dans les ténèbres ; êtres déshonorés pour un commerce qui pourtant suppose la présence de deux êtres, dont l'un reprend son honneur en sortant, et va maudire l'autre dans la rue. Ces existences sont infâmes, dites-vous ; mais elles le sont par vous, qui restez après, un homme d'honneur comme auparavant ; ces existences entre elles sont bonnes et se consolent entre elles de vos malédictionsi
Tenez, mes bons amis, les hommes d'à présent ! Vous ne savez en rien m ce que vous faites, ni ce que vous dites. On peut décrire une espèce d'animal, tracer ses mœurs et ses habitudes ; vous, vrai marquis des animaux qui habitent cette terre, vous êtes indéfinissable,, et votre langage n'a que des sons. Vous êtes meilleur qu'on ne le dit, vous valez mieux en tout que votre
l.'llOMMK OUI nONISE LA IIONTK M'I LA l'Ai; l'ACK PAS. ^47
renommée ; vous vous renvoyé/ des lilres ([ui ne vous eonviennenl jamais ; vous n'êtes ni Dieu ni démon, ni génie ni idiot, ni ange ni infâme ; vous êtes bon et mal appris, et la bonté n'est pas un monopole; je la, retrouve au bagne et dans les salons, dans vos boudoirs et dans vos lupanars, à la halle comme à l'Académie. Ne mente/ donc plus en lace du ciel, qui vous prête sa lumière, et de la terre, ([ui vous sert de berceau. Estimez-vous et améliorez-vous ; évitez la colère qui est un mensonge ; puisque parmi vous il n'existe pas de méchants, mais des malades, aimez-vous les uns les autres et secourez-vous ; c'est là toute la civilisation.