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CHAPITRE IV

RÉFORME «OGIALE

Appkl a i.\ 1'1'.ks;se départementale pour l'institution bénévole d'un .lUllY COMPÉTENT, DESTINÉ A TERMINER, SANS FRAIS ET PAR LA CONCILIATION FRATERNELLE, TOUTES LES DISCUSSIONS SOIT PERSONNELLES, SOIT COMMERCIALES, SOIT INDUSTRIELLES, SOIT SCIENTIFIOUES, QUI POURRAIENT s'ÉLEVER ENTRE LES CITOYENS d'une même LOCALITÉ.

Nous croyons avoir assez longtemps prépare le terrain à cette innovation par nos précédents écrits; les esprits nous paraissent prêts à nous comprendre; la théorie a été accueillie avec Mcnvoillance par les esprits les plus avancés de la province, et mémo de la capitale : liàtons-nous d'arriver à l'application.

Il est convenu aujourd'hui entre tous, ([ue l'homme n'a pas le droit d'appeler la vengeance au secours de la démonstration; que la mort d'un adversaire provoqué au combat est un tort, est un crime de plus jeté dans la ([uerelle ; ([uele duel entin est un de ces restes des siècles de barbarie, qui t'ont honte à noti-e civilisation;

* néformalcur, 5 janvier 18>'3r), n" 88.

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enfantillages barbares que le soldat déplore et que le citoyen doit maudire. Le duelliste le plus coutumier du fait n'est presque jamais le combattant le plus brave ; tel qui provoque sans cesse un particulier, n'oserait jamais paraître sur un champ de bataille; ce n'étaient certes pas les bretteurs de profession qui se trouvaient sur les pavés des barricades. On provoque en duel, soitparce qu'on se croit plus fort que son adversaire, soit parce qu'on est à peu près sûr qu'il n'acceptera pas, soit parce qu'on a reçu une telle insulte ou qu'on s'est tant aventuré que le préjugé du point d'honneur ne permet plus de rester en arrière. Voyez aussi comme le ton du provocateur change lorsqu'il s'aperçoit de son erreur! Gomme il baisse la voix jusqu'aux formes polies et aux convenances du langage ; comme il se montre enclin à parlementer et à différer la lutte ! Arrogant comme un matamore quand il se croit le plus fort, humble et silencieux quand il conçoit le moindre doute; on le conduit souvent au combat comniQon traîne le condamné au supplice.

En un mot, ce qui fait le duelliste, ce n'est pas l'intrépidité, c'est le sentiment de sa force ou la soif de la vengeance. Le courage du dévouement à une belle cause conserve jusqu'au bout son caractère ; il ignore l'insulte de l'homme mal appris et le charlatanisme des rodomontades; il marche à la mort, quand la patrie ou l'humanité le lui ordonne ; il y marche noblement et sans changer ni de voix ni de teint ; car l'homme habitué à n'accomplir que des devoirs, les accomplit tous de la même manière, tous religieusement.

Citez-nous un grand homme qui ait été duelhsté? Citez-nous un duel de Turenne et de Napoléon? Et dites-nous si ces genslà manquaient de cœur? Le duelhsté veut passer pour brave, et personne ne croit à cette bravoure ; il veut se faire respecter, et souvent il n'arrive qu'à être ridicule ; portons à ce préjugé le dernier coup ; élevons en face de son autel ensanglanté, l'autel de la discussion et de la conciliation fraternelle.

Voilà pour les querelles personnelles.

i.ACiiKii': Di:s i)i:i.i.i.iMi;s; roi.ii; dms l'uociis. 2ut

Ari'ivttns aux ([lun'cllos criuléivl :

Sonl-elles moins ridicules? sonl-cllos plus prolilahles ? qui n'a appris le contraire par sa propre cxpéj'icnce? qui ne sait que, pour gagner à ce jeu i à 500 francs, on s'expose à en sacrifier quelquefois jusqu'à deux mille en frais et en épices. Un procès est une loterie où tous les joueurs pei'dent, et où ceuxlà seuls ([ui font la banque sont assures de gagner. (Ihacun le sait et chacun y retourne. La vanité et la vengeance torturent les plaideurs comme les duellistes ; ce n'est pas tant la sonuuc que le succès qu'on envisage ; on perd volontiers pour mieux faire perdre ; on plaide pour lumiilier l'adversaire plutôt que pour convaincre les juges et obtenir justice; en effet, si on ne plaidait que pour gagner de l'argent, on mériterait d'être taxé de. folie. Comment? Lors([ue, pour la' plus mince somme, la loi vous impose la lilière de tant de formalités coûteuses; quand elle vous interdit la parole , si vous vous obstinez à vous passer du ministère d'un procureur adroit et qui sait se faire payer; quand elle exige des actes par devant notaire, et des plaidoiries par la faconde non gratuite d'un avocat, vous seriez assez bon que d'espérer sortir les mains pleines de ce naufrage inévitable? Et le peu que, par le })lus grand des hasards, vous pouvez, vous promettre de retirer du fond de cette mer de procédures dignes du moyen âge, vous l'avez absorbé déjà à force d'attendre, et de prodiguer vos soins et votre temps; le gain de ces interminables procès, c'est une ville évacuée à l'instant où vous la prenez d'assaut. Et pendant ce long combat, vous avez achevé de perdre vos bagages, votre santé, votre courage, vos illusions ; en sorte que la victoire ou la défaite, la fortune ou la pauvreté, -vous surprennent dépourvu de sens pour jouir, ou de courage pour souffrir; il ne vous reste que du dépit et de la haine; et c'est pour produire de tels résultats, que le génie malencontreux de nos BarthoUe nous a enfanté 40,000 lois ! Civilisation toujours prodigue en bavardages et toujours pauvre en bonnes actions ; qui attise le feu des discordes, en promettant d'apporter la paix; qui parle concorde et caresse la vengeance ; qui cherche le bon-

âo:2 rjÉFOisMES soci.vl::s. — les doctrines.

heur et torture l'existence ; qui prône la vertu et jette la pierre à quiconque reste conséquent avec ses principes.

Convenez-vous que tout cela est du suprême ridicule et de la plus antique barbarie? Eh! bien, allons plus loin; changeons tout cela.

Vous vous épouvantez à une proposition si mal sonnante, et A'ous vous imaginez déjcà que notre moyen soit l'émeute, et la conséquence l'anarchie? Insensés, qui ne voulez pas voir que, si une autre organisation que celle du gouvernement était capable aujourd'hui d'engendrer une émeute, cette émeute serait une révolution! Cessez d'avoir peur de l'émeute; les émeutiers que vous redoutez tant n'organisent pas l'émeute : ils la surveillent et ils la déjouent ; et si un jour ils jiarviennenl à Vesranioter, passez-moi l'expression, à l'une des cent polices (|ui l'ordonnent, soyez bien sûrs que ce ne sera pas pour assommer à la place de la Bastille ou de la Bourse, pour fusiller (jans les cachots, pour noyer au pont d'Arcole, pour égorger femmes et enfants à la rue Transnonain; mais. Dieu le sait, pour faire ce ([u'on lit le 30 juillet, et non pas le 7 août 1830, pour jeter là les armes et pour tendre les bras à la réconciliation et au pardon.

Aujourd'hui nous ne vous demandons aucun de ces moyens ■ extrêmes, de ces moyens que nul ne i)ré})are jamais, et que le ciel improvise quand le moment est arrivé.

Nous ne demandons pas non plus au gouvernement qu'il change ses allures et qu'il adopte les nôtres. Ce serait lui demander une chose qu'il ne voudrait pas nous accorder : sa chute et son abdication ; vu que la monarchie est inconciliajjle avec la démocratie, quoi qu'on en ait dif. Le gouvernement a donc besoin de 40,000 lois ([u'il s'amuse à radouber, à rajuster, à modifier, à interpréter; il a Ijesoin d'avocats beaux parleurs, d'avoués et de notaires qui payent, aux dépens des malheureux plaideurs, 150,000 francs seulement pour l'achat de leurs charges; il a be-

LKs ()i l'.iii.i.Lis i:> i)is(;(.>si(iN, i.i:s I'Iîocks i:.\ .m;iiitha(;i'.s. '2^'ùi

soin tlo jnL;es (pi'dii iic jkmiI pas dcslilui r, poui- avdii' le di-oil de les dire iiiauiovil)lus ; mais (ju'oii ])cul laiic avanci'r juaii' avoir le droit de les récompenser (piand ils sont (Njciles, et de les punii- neyalivement ({uand ils ne le sdnt j)as. (Jue vous £;a uniez ensuite ou ([ue vous perdiez vos jtrocès, cela ne lui importe guère; tant })is ou lant nueux pour vous.

Kh bien ! vous, ([ue vous imporlo (pi'il ait besoin de foules ces choses? No raltaquo/. pas, ci'aiiilc d(3 si-s a!j,-cnls e[ de ses malheureux soldats; mais aussi ne l'écoulez pas. Sa jusiice ne rend rien à personne et nejui;e bien i)ersoni)(>; passez-vous-en. Ses juges s'endorment ou sont incom])étents ; aile/ à d'autres et nommez-les vous-mêmes. Prenez vos amis, jjrenez vos voisins, prenez les lionnnes du melier, et dile.—leur : <■< .Mes amis, à litre de revanche, jugez entre nous aujourd'hui, nous vous rendrons le même service demain ; » et prenez l'engagement de vous soumettre à cette sentence arbitrale, quel (ju'en soit l'énoncé.

" Les jiiges, placés à 15 ou 20 heues de votre localité, ne seront pas aussi bien informés que vos voisins; les juges de profession ne seront jamais aussi compclenis que les hommes de votre métier ; les avocats ne i)arlei'ont jamais aussi lechniquement que vous-mêmes ; et la pi-océdurc des avoués n'amènera pas si vile l'affaire à lin ipie le hou sens de vos arbitres. Ici en gagnant votre procès vous le gagnez sans peite; en le perdant, vous gagnez tous les faux irais ([ue vous auriez fails ailleurs; vi dans le plus grand nombre de cas, grâce aux intenlions coiu'ilialrices de vos juges, vous ne le i)erdez })as tout entier ; cai- dans lo plus uivuid' nombre de cas, vous n'aurez i)as eu tort tout seul.

Puis pensez que dejoui-svous allez soustraire au dépit, à la rancune, à la vergogne, aux insultes de l'aviK-at adversaire, et au désappointement de h\ délaite.

Un mot suflit pour atteindre ce résultat inuuense ; changer les querelles en discussions et les tribunaux en arbitrages.

^54 raiFouMKS sociales. — les doctrines.

Cette instftution prendrait le nom d'institution bénévole de conciliation sur tous les différends des hommes.

Nous appelons, sur cette révolution morale, la discussion de la presse départementale et des patriotes de tous les pays. La réalisation de ce projet serait une ère nouvelle pour la civilisation du monde. Nous pensons que notre appel sera entendu ; et nous recueillerons dans le Réformateur les résultats de cette enquête nouvelle.

Nous allons exposer quels seraient d'après nous, les moyens d'arriver à l'application de cette théorie.

nuEi.s.

1 . Refuser désormais de servir de témoins dans une querelle personnelle, et exclure de l'association ([uiconque aurait prêté son ministère aux combattants.

2. Convoquer dans chaque localité une réunion d'amis des deux adversaires, pour débattre les torts réciproques et se prononcer à cet effet; là on ferait la part de toutes les circonstances qui auraient contribué à amener ou à envenimer la querelle; on évaluerait la nature des inculpations; on réfuterait les calomnies; et quand la question aurait été réduite à sa plus simple expression, on rendrait justice à l'un, sans trop chercher à humilier l'autre ; on réparerait les torts aux frais de la société, si le coupable était incapable de les réparer lui-même ; et si quelque accusation de lâcheté avait été proférée, on inviterait les deux adversaires à prouver le contraire à la première circonstance où la cause de l'humanité réclamerait un sacrifice spontané. Dans ces réunions, on s'efforcerait de relever le moral de l'offensé, et de calmer la colère de l'offenseur.

M(»YK>IS l'FUTKH'KS UK (liS DEL'X IXSTI II TIO.XS. tîu5

Avouez (|ue chercher à faire embrasser detix adversaires, est

un jthis lt(NUi i'(">h' ([lie de les aniciier siii' le Ici-i-aiii, {kuu- les voir s' en Ir' égorger.

PROCES ET LUSCUSSIOxNS SUR LES INTERETS MATERIELS.

L'associalioli s'ajtpliquerail à décider les deux parlies adverses à faire choix d'un cerlaiii nombre de gens du métier, habitauL la localité, et compétents comme témoins et comme juges. Chacun des deux en désigncrail la moitié, et s'engagerait à se soumettre à la décision iinale. ( >n interdirait, dans l'audience, les propos insultants, les provocations et les discussions trop animées. On exposerait avec la logique de la raison, à cliacun des deux, les torts réels ou ap])arcnls (jue l'autre scrailcn droit do lui reprocher. Ici, point de punition à subir, point d'amende à encourir, point de frais à payer, point d'humiliation à essuyer. Le but de l'association étant la conciliation entre deux hommes, il ne faudrait en A^cvcr aucun. Si l'un des deux s'obslinait à no })as se soumettre à la décision, il faudrait se contenter de le plaindre, et travailler à réparer, à l'aide de l'association elle-rtiéme, le dommage que son entêtement causerait à l'autre; (juant à l'homme obstiné et injuste, il perdrait ses droits à la faveur d'une seconde décision jusqu'à ce qu'il se ffit soumis à la décision première.

C'est là le canevas de ce projet philanthropique. La discussion est ouverte sur les moyens d'exécution. Que la presse départementale nous communique le fruit de ses méditations et de ses recherches, qu'elle s'applique surtout à étudier les ressources que chaque localité peut offrir pour la réalisation de celte idée ; à signaler les difficultés qu'elle aurait à vaincre, les répugnances qu'elle- aurait à dompter, les réformes préalables qu'elle aurait à opérer.

'âoG RÉFORMES SOCIALES. — LES DOCTRINES.

Nous la conjurons» au nom de la plus sainte des causes, de ne pas négliger cette grande question. Nous reproduirons successivement dans le B.é formateur, le résultat de cette enquête humanitaire.

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