A QUELLE ÉCOLE LA JUSTICE PLACE LES JEUNES CENS
cruiic ol)liii:oanco si constante ; il verso des larmes si candides sur le sort de son pauvre [)ère, dont il était le soutien ; sur celui de sa tille, à la((uelle il avait domif luie I)('lle éducation; sur celui d'un entant qui est en nourrice ; il parle morale avec tant d'effusion de cœur, qu'en vérité il serait le plus habile hypocrite , s'il était coui)al)le du fait dont son nom est taché : c'est Lhuissier, accusé travoir jeléà l'eau les divers Irougons d'une femme ([ue, d'après lui, des assassins avaient tuée.
Il vient passer une heure cliaque jour avec moi , et je vous assure que son caractère ne s'est pas démenti encore un seul instant.
A côté de lui gît d'avance un homme d'une trempe bien différente : invincible . buveur , passant sn journée à fumer et à jouer aux cartes; et ([uand le tabac et les joueurs lui manquent, il prend la plume et compose des chansons de beaucoup d'esprit. Les journaux en ont, dans le temps, reproduit quelquesunes. Cet homme a servi, quoique jeune; il a fait de bonnes études, il est le condisciple de M. Sauzet ; et il attend sa lin, dit-il, pour savoir définitivement s'il est un homme ; car, d'après lui, ce n'est que dans ces moments suprêmes qu'il est permis de décider la question.
Tranquille et indifférent. sur toutes choses, il cause sans élever la voix; il sourit des yeux plutôt que des lèvres; il ne se fâche jamais, même en jouant; il ne tarit pas en plaisanteries et en calembourgs sur le coup que la justice lui reserve, et que ses camarades.ont déjà tenté de lui porter par anticipation, avec des couteaux de table, à cause des révélations dont ils l'accusaient.
C'est un être vraiment exceptionnel que je voudrais offrir à la méditation de tous ces pauvres légistes, qui pensent encore que le palhulium de la sécurité publique est dans la terreur de la pénalité.
Avant de terminer, madame, il faut que je vous signale une anomalie de notre procédure pénale encore plus grande peutêtre; c'est que ces grands tueurs, ces assassins de profession sont ceux qui savent le mieux échapper à la condamnation ; vieillis dans le métier, ils en connaissent toutes les ruses ; la partie qu'ils jouent avec la justice est une espèce de jeu d'échecs, dont ils calculent toutes les chances, et dont ils ne déplacent pas une seule pièce sans avoir réfléchi; dans leurs coups les plus hardis, ils cfRrdent leurs tètes, comme un bon joueur ^c7i'f/e son roi ou sa reine; et alors qu'ils semblent pousser en étourdis, ils ont attention de faire une ample provision de' circonstances atténuantes, pour s'en servir dans le cas désespéré, en présence de la justice qui leur demande un aveu ; et à force de ruse, ~ ils échappent au coutelas.
Mais les coupables qui en sont à leurs débuts, les infortunés qui ont eu le malheur de succomber à une affreuse pensée, ceux chez qui le crime fut une terrible et peut-être inévitable exception à de longues et louables habitudes, ceux-là sont sûrs de consoler dame justice de la perte de ses autres proies. La franchise de leurs aveux détourne le pardon, et les larmes de leur désespoir et de leur repentir rendent la justice inexorable ; la justice est une divinité infernale qu'on n'apaise que par l'imposture.
Je m'aperçois, madame, que' ma lettre a besoin d'être close; j'ai accumulé devant vos yeux trop d'horreurs à la fois, et une lettre ne suftirait pas à tout ce qu'il me reste à vous faire connaître encore ; je me trouve dans une mine inépuisable, et les hommes de robe et de portefeuihe, qui seuls l'exploitent à leur profil, se préparent à m'y tenir assez de temps pour me permettre de compléter les éludas que vous daignez accueillir avec intérêt.
Adieu.
LE IlOI DKS lUBAUDS I)L' MOYEN ACE. 281
SIXIEHE LETTRE *,
l'rison de la Force, le 15 août 1833.
Je ne suis pas étonné, madame, que le contenu dames lettres ail i)roduit sur vous le même effet ([ue la lecture de tout ce qui se rattache au système pénal des siècles de barbarie. Placée à 150 lieues de la capitale, au milieu de ce peuple aussi inculte ([ue ses bruyères, mais aussi simple dans ses mu-urs que dans ses besoins, qui chaque jour recommence les labeurs de la veille, sans entrevoir même la possibilité de soustraire à sa tâche journalière la moindre fatigue, qui ne conçoit pas plus le mieux qu'il ne se montrerait disposé à subir le pire, j'avoue ([ue notre Cour des miracles né doit plus vous sembler de cç siècle ; cependant, je la peins d'après nature, je vous l'avoue, et ne la copie pas dans les livres.
On a grand tort, du reste, de supposer tant de différences entre les deux époques, sous le rapport du code pénal ou administratif; pour moi; qui suis à même d'établir une comparaison exacte, je vous déclare que je ne vois de changé que les mots. Vous n'avez pas oublié cette grotesque figure du moyen âge, cette haute autorité de la cour des rois de France, ce personnage ministre, qui sur sa jaquette et son manteau, sur sa ceinture et sa toque, portait à lui seul plus d'emblèmes cyniques de sa dignité, que tous les dieux Priapes des anciens, le Roi des ribauds enfin, à qui étaient dévolues la surveillance et la direction des alguazils qui assommaient le peuple, et des filles qui amusaient les grands. hes ribciudsqm, sur ses ordres, allaient à la recherche des voleurs, étaient sortis eux-mêmes des rangs des malfaiteurs ; il prélevait la dime sur les jeux de hasard et sur les jeux de
' Réformateur, 6 sept. 1835, a» 332.
l'amour; il avait un tarif pour les clés pipés, pour les cartes sautées ; et il faisait main basse impitoyablement sur tous les enjeux non autorisés par lui ou par les lois du royaume ; tout ce qui se faisait de mal était de son domaine, et il l'autorisait ou le condamnait en dernier ressort dans les attributions de sa charge; permettant une moitié afm de mettre un embargo fiscal sur l'autre. Sa volonté tenait lieu d'école à l'égard de ses administrés, et l'on entrait dans sa juridiction dès qu'on avait passé une seule fois par les mains de la justice ordinaire, plus bavarde, mais moins cxpéditive, et peut-être plus sujette à Terreur que la sienne, quand cet homme avait le sens commun, ce qui, vu son rang et sa naissance, n'était pas une des attributions essentielles de sa charge.
Eh bien ! madame, en dépit de six siècles de progrès dans les lettres et dans les arts, en dépit de (juarante ans de combats pour la liberté individuelle, en dépit de 40,000 articles de loi, ti'csrespectables d'après MM. Plougoulm et Zangiacomi, le Roi des ribmids a siu^vécu à toutes les puissances ; il n'a quitté que sa dépouille un peu trop significative pour le frac actuel, etl'écharpe blanche pour l'écharpe tricolore; et il a passé en corps et en àme (car il faut les deux pour ce métier), depuis lors, dans le lieutenant de la prévôté, dans le lieutenant de police, et aujourd'hui, dans nos honorables préfets de police ; et, à part la naissance et l'habit, M. Gisquet est absolument aujourd'hui ce qu'était le Roi des ribniids, ce soutien du trône et de l'autel des autres siècles.
Filles de joie, maisons de jeux, maisons de dépôt, d'arrêt ou de justice, voleurs ou assassins espions, voleurs ou assassins espionnés, malins écohers du quartier latin, hommes de lettres pensionnés ou indépendants, archers de la maréchaussée, r'ibauds en habits bourgeois, tout ce personnel est placé sous sa haute surveillance pour les besoins du service et pour la tranquillité du roi de France. Ce roi, aujourd'hui préfet, a une volonté suprême, et au-dessus des lois, dans sa juridiction. Dès
M. CISOUET KST LE SUCCESSEUR I>U Udl liKS ItlItM ItS. 2Sii
qu'une ànic a été livrée, par le jus»cineiU (Icrnior, à sa puissance infernale, elle est à lui en toulo propriété; il la noiuM'il, relève ou la lorture comme bon lui semble, ol sans (ju'il soit mémo permis a vous de crier merci.
Ce que je dis est à la lellre, madame ; un ciloyon qui cuire dans la i>rison, tVil-il politique, ou plulùl surtout s'il est liomme politi(iue, n'a plus une seule loi àinvo(|uer en sa faveur. Il n'y a plus pour lui ni procédure, ni jury, ni jul;cs àinvo([ucr ; qu'il soit en prévention, c'est-à-dire innocent, ou condanmé, c'est-à-dire coupable, c'est un esclave que le maître nourrit comme un animal, qu'il emprisonne comme une béte féroce, dans des grilles de fer; qu'il fustige comme un ennemi vaincu, à la moindre fimte qui contrarie les caprices du maître ou des valets.
Aussi . chaque prison i-enfermo dans son enceinte des prisor^s plus sévères, que l'on nomme cachots. La peine du cachot emporte avec elle le régime inexorable au pain et à l'eau, au pain noir et à une eau du canal, renfermée dans un baquet en bois, et qu'on renouvelle toutes les vingt^quatre heures.
La prison de la Force possède diverses espèces de cachots : les cachots à demi souterrains et soml)res, les cachots humides et obscurs, les cachots isoléâ sous les toits; enfin un grand dortoir, partagé en quatre compartiments par une double cloison en grilles de fer, entre laquelle circule 'un corridor étroit pour la sentinelle. Chaque prisonnier condamné à cette peine occupe un de ces compartiments; et, dès ce moment, toute sa vie est à jour : il n'est pas un de ses actes qu'il puisse soustraire aux regards de ses voisins ou à la vigilance de la sentinelle.
Pour une vitre cassée on ne sait par qui, pour un propos insultant tenu envers un guichetier par je ne sais qui (car les guichetiers tiennent autant que M. Zangiacomi à leur honneur et à leur délicatesse au tei'me de la loi) ; pour une chanson républicaine (car les chansons ordinaires sont tolérées) ; pour
avoir lu clandestinement un journal de' l'opposition, le dernier des guichetiers a le droit de mettre le premier venu dans l'une de ces cages, sauf à en référer au pouvoir administratif, c'est-àdire à la personne de M. Gisquet, qui abrège ou prolonge la détention selon son caprice ou ses haines personnelles. On a vu, il y a quelques jours, deux jeunes politiques de vingt ans, enfermés là-haut pour un mois, en compagnie de deux prévenus d'assassinat, hommes indomptables, qu'on garde en cage comme des tigres, et dont la diète n'avait pas diminué d'un degré le cynisme et la fureur.
Le directeur de celte maison a des idées particulières sur l'amélioration des prisonniers, et pour la moindre petite infraction au règlement qui échappe au peu d'expérience d'an politique, il lui est arrivé de placer nos jeunes co religionnaires à l'école morale et pittoresque du quadruple cachot grillé. Je suis étonné, que pour faire réparation solennelle à l'honneur et à la délicatesse de M. Zangiacomi, et aussi dans l'inLérèt de son honneur et de sa délicatesse propre, mon souverain immédiat, M. Gisquet, ne m'ait pas encore placé dans l'une de ces cages pour y continuer mes études des mœurs pénitentiaires. Comme je me trouve en progrès, dans la voie des applications de la vindicte légale, je ne désespère pas d'y aller passer quelques nuits; quand ils voudront, mon bagage est prêt.
Vous comprenez bien, madame, toute la torture attachée au régime de ce séjour: de la clarté, tout juste as-sez pour vous rappeler la lumière et faire ressortir les ombres de vos vingtquatre heures de nuit ; du sommeil autant que vous en permettent les intermittences de la rage de vos voisins; du pain que l'estomac dévore sans que la bouche semble y avoir touché, et de l'eau que l'on avale en se bouchant le nez ; et tout cela, et rien que cela pendant un mois, si l'infirmerie ne vient pas réclamer la proie du cachot avant l'expiration de la peine ; ce qui, grâce à l'influence de ces lieux et de cette nourriture, se fait rarement attendre.
LE r.EÔLlKU EN CHEK, JL'(.K SL•pRI^ME HE LA TOIlTLIli:. ^2So
Ainsi, lorsque les juives condamnent un homme à la prison , ils le condannicnt à un châtiment d'une nalui-e tellement indi'terminée, qu'ils frémiraient de leur ouvrage, s'ils prenaient la peine de le connaître en son entier dans leurs visites officielles. On dirait que les juges ne sont chargés que de prononcer sur la culpabihté, et que les guichetiers en chef et en sous ordre ont seuls le droit d'inlliger, cà leur gré, le genre de peine (pie réclame le caractère de tel coupable; en sorte que la peine de la prison devient, après coup, plus sévère ou i)lus douce, selon ([ue le décide un homme, un seul homme élevé à une dignité dont les vertus et le talent ne frayent pas toujours la route, et, en sous-ordre, des employés dont la plupart se sont fait pardonner des erreurs et des fautes à condition de subir ces fonctions, ot qui n'ont évité la torture pénitentiaire, pour eux-mêmes, qu'en s'engageant à l'administrer aux autres sous l'uniforme de la maison ; pauvres malheureux ! bien plus prisonniers (jue le prisonnier lui-même ; bien moins libres dans leur geôle que le captif dans son cabanon, qui portent les fers aussi souvent que les détenus, avec l'unique différence qu'ils leur pendent à la main, tandis que les détenus s'en entourent le bras, ce qui leur pèse moins, je pense ; gardiens cà qui on ne permet que le sommeil du Cerbère, et qui veillent même en dormant ; qui assistent ensuite à tous les propos, à tous les gestes, à tous les mouvements de leur marchandise vivante; qui écrivent à toutes les minutes, pour ainsi dire, comme ce physiologiste statique, l'accroissement ou la diminution des forces de leur propriété judiciaire, et qui adressent, courrier par courrier, le tableau de leurs éphémérides aux Minos assemblés en permanence, pour décider du mouvement de la torture dans Tintérieur de la maison.
Vous rappelez-vous, madame, la peinture de l'enfer, où tout souffre, où tout est dévoré par les mêmes llammes, et geôliers et damnés, et juges et patients?
C'est du fond de ces lieux que je vous écris cette lettre, l'œil
fixé sur la fourche qui me pend sur la tête , comme l'épée de Damoclès.
Adieu.
SEPTIEME 1.ETTRE *
Prison de a Torcc, le i6 août 1833.'
Je vous disais, madame, dans ma dernière lettre, qu'un guichetier était une de ces autorités à cumul qui prononcent des sentences et les exécutent, séance tenante, sans appel et sans pourvoi. Le maximum de la peine que le règlement, qui est le code des prisons, laisse à la disposition de leur haute sagesse et de leur conviction, va jusqu'cà quinze jours de cachot , et il n'en faut que huit dans certains de ces cachots, pour que la peine soit mortelle; ce qui varie selon les constitutions physiques, les habitudes et l'énergie morale du condamné.
Le règlement des prisons, avons-nous dit, est un code, mais un code de bon plaisir, et qui ne tient cà notre législation actuelle que par l'article 484 du Code pénal, qui, pour couper court aux travaux lé!2,islatifs, dont commençaient à se fatii^uer les machines à voter d'alors, a statué, en mesure générale, que, <■< dans toutes les matières qui n'ont pas été réglées par le présent code et qui sont régies par les lois et les règlements particuliers ', les cours et tribunaux continueront à les observer. » Or, un jour, il prit fantaisie à l'administration des prisons de modifier les règlements des prisons , et de fondre en un seul cahier les différentes coutumes des geôles du royaume ; et il fut réchgé un cahier des charges pénitentiaires, qui émane de je ne sais qui,
* lie formateur, 1 sept. 1835, n" 333.
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el ({iii a l'oire de loi, comme la cliarlt^ cl (jui osl poui' les jn'isonniors une vérité de cette dernière espèce.
(Vosl au guichetier en chef qu'appartient le (h^nit (rin[oi-j»r(''tation, droit illimité s'il en fut jamais; en sorte (jue dès (ju'uu homme entre dans ces maisons, il sort de la juridiction ordinaire, prévenu ou condamné, innoconi ou coupable; il n'a plus la faculté d"iiivo(pi(M" la loi coininiiiK^ il a pci'dii les droits civils, il n'est })lus Français, il n'est plus de notre siècle, il rétrograde de quatre cents ans, pour se replonger, jusqu'au cou, dans les siècles de barbarie. S'il est reconnu innocent , on lui rend ses habits et ses titres : « Un tel, .•irincs cl h;uj;i(jos , dlJoiis ! r> Et qu'il se hâte d'obéir à ce cri de départ; qu'il passe au plus tôt- le ruisseau de la rue, de l'autre côté du([uel seulement il lui est permis de faire les cornes aux guichetiers ; l'empire du règlement expire au ruisseau inclusivement.
De même que la loi, le règlement ne* peut être invoqué que par les juges; le prisonnier ne doit prétendre qu'à le subir ; aussi nul ne le connaît que par le peu que les guichetiers consentent à vous faire connaître oralement, dans les considérants des décisions qu'ils prennent. On ne le communique à personne, parce que personne n'aie droit de l'invoquer; c'est un ordre du jour qui ne sort pas du corps de garde, et qui a été rédigé contre et jamais pour le peuple con([uis.
Cependant, il m'est arrivé un jour de i)énétrer dans le saint des saints, et moi, profane , il m'a été permis de feuilleter ce saint livre. J'avoue mon sacrilège et mon peu de foi ;.mais, à cette lecture, j'en ai rougi pour la Franco et jjour l'humanité; j'en ai rougi pour ce siècle de lumières.
Comme il est inn)rimé, je vais tâcher de m'en jjrocurcr un exemplaire, et je m'en occuperai plus spécialement dans un autre envoi. Je le discuterai avec vous, ([uaml ce ne serait
que pour me dédommager de la défense de le discuter avec mes maîtres.
Ail reste, outre les dispositions du règlement, nous avons pour nous régir les ordonnances de police, qui arrivent chaque matin et qu'on ne recueille point en un volume^ crainte de l'encombrement ; car les ordonnances arrivent chaque matin comme par tombereaux ; il y en a une pour chaque cas journalier , pour chaque détenu, pour chacun de ses actes à épier, à deviner et à rapporter , et le corps de MM. les guichetiers assiste, la casquette à la main, au dépouillement des volontés suprêmes du maître.
• S'il faut en croire le code, les prisons sont des maisons de correction ; mot heureux, à la faveur duquel nos philanthropes ont trouvé le moyen d'associer l'idée de la bonne torture à celle de l'amélioration du prévenu. Dans l'application; on distingue mieux le premier que le second sens de la définition.
Quoi qu'il en soit, dans la personne de messieurs les guichetiers en chef ou subalternes, la loi a eu l'intention de donner aux prisonniers des mentors capables de leur faire oublier, et par leurs conseils, et par leurs exemples, les principes de leur vie passée, et de leur inspirer le goût d'une vie meilleure. La loi a toujours, sur le papier, les intentions les plus louables, on ne saurait le contester; mais, quoi qu'on en dise, la loi n'a jamais gouverné les hommes : « C'est un vouleau que le magistrat tient à la main, comme le généralissime son bâton de maréchal de France; c'est le signe, plutôt que le régulateur de sa volonté et de ses actes. Citoyens, obéissez cà mon rouleau de papier de l'imprimerie royale! Soldats, obéissez à mon bâton ciselé aux ' armes de France ! »
Le guichetier a son rouleau à la main, comme toute autre puissance, et il procède chaque jour à la correction de son administration. « Vas-tu finir, canaille de voleur! brigand de républicain ! je vais te dauber, si tu n'y prends garde ! Entendez-