‹ Réformes socialesChapitre 40 sur 67 · LES TAISTES DE LA PRISON A LA FORCE · texte numérisé non relu

LES TAISTES DE LA PRISON A LA FORCE

seniblage du regard flamboyant et lubri({uc de la bacchante, de l'haleine d'un satyre, de la voix de la cantinière, et des grimaces des Harpies, celui-là pourra dormir impassible dans ces hipnnnrs d'un seul sexe, où l'amour se traîne dans la fange, où deux amants ne s'agacent qu'avec un mutuel mépris, où ils ne se provoquent au plaisir qu'avec l'insulte de la répugnance; où eniinh c<inti([uc des cantiques, le dialogue sacré des sens, n'est plus qu'un long mensonge et un rugissant blasphème contre les lois de l'humanité. Et vous, juges, hâtez-vous de jeter l'adolescent dans ces lieux! Vous le placez, pour l'améliorer, à une excellente école, il faut l'avouer ! Tout s'y apprend en quinze leçons, comme dans les manuels ordinaires. Quinze jours de leçons et cinq ans de pratique ; car de la Force à Poissy * il n'y a que six lieues de distance, et rien n'y est changé.

Je n'ai pas fini, lecteur ; rougissez, mais écoutez.

La Vénus des prisons a ses prétresses, comme la Vénus des rues; ici, ce sont des sirènes à la barbe épilée plutôt que rasée, qui se promènent le foulard jaune à la tète, en signe de leur profession; les papiilottes tombent en boucles sur les joues; la collerette plissée remplaçant le faux-col et laissant à nu la gorge et l'encolure ; la blouse serrée p;.r une ceinture dorée et bouffante sur les hanches, comme la robe d'une nymphe qui fait la belle en se promenant, les mains croisées sous le châle, l'œil agaçant, l'air mignard, la voix douce et caressante, qui vous appelle : mon bon monsieur! mon Joli monsieur! el répond aux soufflets que le passant lui inflige : Finissez donc, monsieur, vous êtes un méchant, vous nêtes pas galant pour les dames ! êtres plus dégradés que des femmes, car ils ont oublié qu'un jour ils étaient hommes.

Aujourd'hui ils ont perdu leurs droits virils, ils reçoivent les

Les prisonniers, condamnés à plus d'un an, sont transportés à Poissy ou à Melun, ou dans toute autre maison centrale.

coups et les mauvais traitements : il jie leur vient pas même la pensée de lés rendre. On les bat, ils ou elles pleurent ; 77s ou elles ont un maître qu'ils nourrissent de leur commerce, à qui ilg rapportent scrupuleusement leurs petits profits ; elles ont des amants dont elles sont jalouses, et pour lesquels elles se prennent aux cheveux entre elles, et s'arrachent la coiffure. Oh ! pitié et horreur ! (mais il faut tout dire, car il est temps de penser à réformer), elles ont des amants dont elles attendent une nombreuse postérité, tant l'habitude de la lubricité leur inspire d'incroyables hallucinations ! Je m'arrête, on ne voudrait pas me croire; et j'en ai assez dit, pour être dispensé de pousser plus loin l'histoire des métamorphoses dégoûtantes, que le délire des privations fait subir à l'imagination des victimes de la loi pénitentiaire. Je viens de vous décrire la profession des tantes des prisons, des prêtresses de ces maisons dont la porte est inexorablement fermée à la mère et à l'épouse, à tout ce que l'amour de l'homme commence par avoir de plus sacré et de plus pur sur la terre.

J'ai eu plus d'une occasion de sonder les intentions des inspecteurs ou médecins des prisons, sur les moyens de ramener les mœurs de la société dans les geôles : ces messieurs m'ont tous paru convaincus qu'il serait indécent de laisser enti^er dans le cabanon du prisonnier la femme, même légitime. La cohabitation de l'homme et de la femme leur parait plus immorale en ces lieux que la cohabitation de l'homme avec l'homme !

Dans ma prochaine lettre, je vous demanderai, madame, La permission de revenir sur ce .sujet, pour opposer le système d'amélioration au système de corruption; et je démontrerai, je crois, que l'administration aurait autant à gagner que la morale à la réforme des prisons. A ce mot de gain, l'administration me prêtera une oreille attentive; le lucre, c'est le mot du siècle, comme la réforme est celui de l'avenir.

Adieu.

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