‹ Réformes socialesChapitre 44 sur 67 · CHANSONS DANS LA LANGUE BIGORNE · texte numérisé non relu

CHANSONS DANS LA LANGUE BIGORNE

Mais bioiilôt la palrarque, Au clair de la moucliarde, Nous reluque de loin.

L'aventure est étrange : C'était l'agent de change, Que suivaient les roussins.

Bien des fois l'on rigoUe, Ou bien l'on pavillonnc, Qu'on devrait lansquiner.

Raille, griviers et cognes.

Nous ont, pour la cigogne, En partie tous paumés.

D0LZIE3IE LETTRE*

Prison de la Force, 26 août 1833.

Par tout ce que je vous ai écrit, madame, sur les prisons, j'ai, je le pense, suffisamment préparé le terrain aux questions radicales ; je vais les aborder hardiment, et sans crainte de scandale; les vérités scandaleuses ne sont que les vérités inqpportunes ; toute vérité est bonne à dire lorsque chacun e st en état de la comprendre ; car une vérité comprise est déjà adoptée.

Je vous ai parlé, madame, des mœurs, des habitudes et du langage des prisonniers ; et en cela, j'ai peut-être semblé décrire un nouveau type d'hommes, une race distincte, un peuple d'une nature toute particuHére, enclavé, sur la carte de Paris, entre la rue des Ballets, la rue du Roi-dc-Sicile et la rue Pavée, comme entre ses frontières naturelles, pour me servir d'une expression famihère aux vieilleries de la politique de l'Empire ; et, en vérité, l'image d'un prisonnier apparaît à nos esprits comme celle d'un homme qui ne sent plus comme nous, (jui ne parle plus comme

* né formateur, 27 sept. 1835, w 353.

nous, qui ne veut plus comme nous, et qui ne regarde plus comme tout le monde ; c'est un Caïn qui porte partout son signalement sur son front ; que tout gendarme peut reconnaître dans la foule, et empoigner avant tout jugement, sans crainte d'être démenti par le jugement qui suivra l'instruction préventive ; c'est, dirait-on, un homme à part, dont chacun s'écarte, en le montrant du doigt ; c'est un voleur, né voleur, conçu voleur dans le ventre de sa mère, et qu'il est fâcheux qu'on n'ait pas étouffé au berceau, comme au beau temps de l'omnipotence paternelle.

Je n'exagère pas, madame, le préjugé ; je le traduis, le code et le règlement des prisons cà la main ; je le traduis, l'œil fixé sur les traits de l'accusateur pubhc qui déclame et vocifère, et sur ceux du juge qui s'éveille, pour chercher la culpabilité de l'accusé dans les phrases numérotées d'un livre, que ses autours n'ont certainement pas eu la prétention de calquer sur l'accusé lui-même ; je traduis ce préjugé, à la vue de cet auditoire citadin et bourgeois, qui frémit d'horreur à l'aspect du malheureux assis, pieds et poings liés, entre ses deux acolytes en armes.

Eh bien ! madame, ce préjugé est absurde et il est inhumain ; c'est encore un de ces restes de la jurisprudence du temps où l'on rouait et l'on écartelait; débris qui a échappé, ainsi que la peine de mort, à la grande révision de 89 et de 1830.

Non, la nature n'a pas créé le type malfaiteur ; elle n'a pas plus créé le type voleur que le type moine. La société ouvrit un jour des maisons au quiétisme : la fainéantise s'y glissa en capuchon. La société ouvrit un jour des maisons au repentir, et le repentir s'y changea en habitude : en peu de temps, à la place du prisonnier, la société n'y trouva plus qu'un ennemi.

Or, quand la société s'aperçut un jour que le moine n'était qu'un fainéant, elle détruisit le moine, non pas en détruisant l'individu ; elle lui enleva son capuchon, lui ouvrit les portes, abattit

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