‹ Réformes socialesChapitre 45 sur 67 · I.A >ATLR1': n'a pas CIXÈK LE TYl'E VOl.KLIt · texte numérisé non relu

I.A >ATLR1': n'a pas CIXÈK LE TYl'E VOl.KLIt

le monastère, et sur les ruines du temple de la paresse, elle éleva des temples au travail, des manufactures à la place des couvents; et l'on vit bien alors i[ue la nature n'avait pas créé le type moine.

De même quand la société ne voudra plus de voleurs, elle n'aura qu'à déci'éter la suppression des voleurs, et le type voleur disparaîtra du catalogue des races humaines ; elle n'aura (ju'à réformer deux livres qui-jurcnt de se trouver à côté de l'Evangile, à côté de la science moderne : je veux dire le Code de procédure criminelle et le Code pénal ; elle n'aura qu'à briser les chaînes deâ bagnes, qu'à renverser de fond en comble les murs des cachots et les planches des galères, et à élever des hospices pour l'amélioration des hommes sur les ruines des maisons de force et de correction ; c'est-à-dire sur les ruines des maisons de torture et de corruption. Elle n'aura qu'à dire aux accusateurs : On ae se \enge pas d'un malade, on le soigne pour le guérir et le rendre à la société ; à dire aux juges, non pas aux magistrats de profession, mais aux jurés compétents : Constatez la nature de la maladie, et aux philanthropes qui remplaceront les guichetiers : Appliquez le dictame sur la plaie, cherchez le remède, et rendez, le plus tôt que vous pourrez, à sa mère, à la société qui F attend les hras ouverts, ce malheureux qui a succombé à une mauvaise pensée.

Quand la loi, madame, parlera ce langage,, qui est le langage des bonnes gens, le type voleur et malfaiteur aura disparu de la surface. du sol, et la société aura effacé l'une de nos plus grandes taches : la législation de la pénalité !

Oui, dans celte courte formule, madame, je n'ai fait qu'exprimer ce que tout le monde commence à sentir, tout le monde, excepté les hommes de jurisprudence ; car ceu:;-là ne sentent plus comme nous ; ils parlent comme des livres, et la nature ne s'est pas emprisonnée dans les feuillets d'un livre ; la nature ne

diO RÉFOKJIES SOCIALES. — LES DOCTRINES.

s'étudie ni clans les griffonnages du greffe, ni dans la terreur qui enveloppe le tribunal ; la nature se tient à la porte du tribunal, et la police l'empêche d'entrer; elle troublerait l'audience par des signes d'improbation.

La nature ne s'affuble pas d'une robe ridicule et étouffante, d'un bonnet qui laisse une grande marque rouge au front ; elle gémit sous l'habit de bure, et quand l'accusé passe devant elle, elle ne voit plus en lui le coupable, m^is l'accusé ; elle oublie qu'il a fait une victime, en le voyant victime à son tour ; elle considère ses fers plutôt que son écriteau ; ce n'est plus à ses yeux l'homme qui a abusé de sa force ou de sa ruse, mais l'homme que la ruse a livré à son tour à la force brutale qui va l'écraser de tout son poids ; il souffre, ce n'est donc plus le même qui a fait souffrir ; il a faim et il a soif, ce n'est donc plus le même qui a réduit les autres à la famine ; la bonne vieille fouille dans ses poches pour trouver une obole qu'elle puisse jeter dans le bonnet du patient, en lui disant : Priez pour moi, parce qu'elle est persuadée qu'il y a là-haut un juge qui écoute la prière du coupable même.

Oh ! oui, je l'ai vue, comme je vous la décris, madame, cette bonne vieille, faisant la révérence au prisonnier, en lui jetant un liard dans sa casquette ; car un jour je portais les fers sur les grands chemins en tête de plusieurs autres, avec lesquels la bonne vieille me fit la charité de me confondre, et Dieu lui rende ce liard que je passai aussitôt, en bon frère, âmes compagnons d'infortune ! Ce liard valait de l'or, comme ce jour valait à mes yeux des années : j'avais appris la différence qu'il y a entre la justice et la bonté ; et moi qui n'ai jamais pu comprendre la justice de la loi, j'avais compris la justice de la bonne vieille, la justice de l'humanité. « — Dieu vous le rende, ma bonne mère ! — Dieu vous bénisse, mes enfants ! »

Oui, l'instinct du peuple crie contre le fort qui abuse de sa

ON ClUK AU Vdl.EHIt. — ON EST BON I.NVKIIS I.K PItlSONNIKIi. AU

puissance. Il cric au volnir! ([uaiid il le voil voici-. MmIs dès (jikî le voleur csl devenu le })lus l'aijjle, il crie de nouveau contre le plus fort ([ui abuse de ses forces, il crie contre les juges cl les bourreaux. •

11 est rare, en cour d'assises, d'entendre accueillir une condanniation par des murmures d'ai)probalion ; rien n'csl plus fréi[ucnt au contraire, que de voir un ac([uitlement jeter, dans la foule, la lièvre de l'enthousiasme. La vengeance n'est jjas un mol populaire : c'est un mol légal ; le peujjle aime à pardonner, et l'on a beau dire, alors même (|u'il accourt aux exécutions sanglantes, il n'y accourt pas pour applaudir, mais pour frémir ; non pour se délecter, mais pour y souffrir ; il n'y a de féroce, dans son empressement, que sa curiosité; mais c'est le même genre de curiosité qui nous entraîne à la tragédie, qui nous porte à rechercher ce qui tourmente et agite l'âme, comme l'insecte nocturne est irrésistiblement porté vers la flanimc ([ui le brûle. Et, ce qui le démontre davantage, c'est qu'on voit le parterre applaudir au tragique, on ne voit pas la foule applaudir aux pieds de l'échafaud. Le patient monte, la foule reste glacée ; sa tête tombe, la foule frémit, et elle s'écoule eif silence ; elle est satisfaite, elle a souffert. Qui effacera donc du code cette souffrance du peuple ? Désignez-le-moi que je l'embrasse.

Je reviens à ma thèse, madame : non, le peuple des prisons n'est pas un peuple à part; c'est le peuple des rues et des salons caserne entre quatre murailles, et séquestré de la société ordinaire.

Le premier venu que la loi aura ])lacé dans ses domaines, aura bientôt contracté toutes les allures du pays ; il se sera bientôt conformé aux exigences de sa société nouvelle, et il ne tardera pas à se naturaliser prisonnier.

La contagion de l'exemple aura, dans ce nouveau pays, la même influence sur son cœur, que dans son ancienne patrie ; s'il

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était facile à la tentation dans la société ordinaire, il sera tout aussi facile à la tentation des prisons ; s'il était sage et réformateur dans la société ordinaire, il travaillera à la réforme avec autant de zèle, dans le champ d'asile de toutes les misères humaines : Vincent de Paule au bagne ne sera jamais galérien, mais le consolateur des galériens ; Mandrin au bagne apprendra aux voleurs à ne voler que l'Etat, et à faire l'aumône au pauvre. Mais ce que nul ne pourra détruire entièrement, c'est le sentiment de haine profonde que chaque victime de ces enfers professe contre la société qui la torture. J'ai vu tel voleur qui parlait de ses exploits futurs, avec la rage de la vengeance ; malheur au premier qu'il devait rencontrer au sortir de la geôle, et à l'expiration de sa peine: « k\\ ! pour 20 francs, j'ai tout perdu : ma liberté, mon travail, ma santé, qui ici se dévore elle-même! cette fois-ci, Dieu me garde ! je ne vendrai pas tout cela pour 20 francs. » Et, au bout d'un an et un jour, la loi, qui sait tout cela, met l'individu à la porte, comme si elle lui disait : « Allez, mon ami, recommencez en paix. »

On nous parle beauc4)up au dehors, madame, d'hommes prédestinés au vol, d'hommes qui ont la bosse du vol, chez qui le vol est une monomanie ; en prison, madame, ces organisations sont l'exception, comme partout ailleurs, et non le type. Un tel homme ne serait bon à rien dans une association de voleurs : un monomane est un ibu„ et le voleur est un homme de prudence ; la monomanie est un instinct aveugle ; le métier de voleur est une tactique adroite ; le maniaque se rue ouvertement sur l'objet, et il se fait prendre ; le voleur examine la place, et y arrive par des chemins couverts ; il y a cent à parier contre un que les chances ne lui seront pas défavorables ; et lorsqu'il est vaincu, il n'est pas encore pris, car il n'est pas encore convaincu.

Le voleur de profession redoute la société du voleur monomane, autant que celle du traître et du mouchard. Le voleur monomane est-pour lui un pégriot, un pègre à marteaux; il le

i.Ks ni. VIDES nu riciik impinifs. 'M'\

dédmii'né plus qu'un p;inlrc; \e pnntrn osl une dupe cl l'autre est lui sol.

Laissions donc de côLé ce laux-fuyanl (pie les idées i)hrénûlogiques onl prélé à la paresse de la pliiiantiu'opie ; el rei^ardons, comme un principe établi, que le prisonnier n'esl pas un nionomane, daii&le sens ordinaire du mol ; qu'il n'est i>as une organisation exccjptionnelle ; et nous arriverons à admellre ensuile que tous les hommes de son espèce no sont pas en prison ; et pour procéder avec mélhodeà cette dernière solution, plaçons certains cas particuliers en présence, en parallèle, et cherchons-en face à face la différence.

Ne nous occupons pas ici du meurtre et de l'assassinat, que la loi punit dans le citoyen, el qu'elle pourrait être impuissante à punir dans le sergent de ville, s'il étai t précédé de l'une de ces autorités que protègent les formalités du conseil d'Etat. Mais arrêtons-nous à la question du vol, el examinons à quoi aboutit le système pénitentiaire dirigé contre les voleurs.

« Quiconque, dit la loi, a soustrait frauduleusement une chose qui ne lui appartient pas, est coupable de vol. »

Or, madame, dans le commerce, dans les affaires, dans la banque, à la Bourse, au Palais, au ministère, esl-il si rare de voir impunies et honorées ces soustraclions frauduleuses? Pai'courons ces grands bazars de la fraude patentée ou légale, non pas que mon inlenlion soit d'attirer l'animadversion sur les coupables, mais seulement afm d'inspirer aux coupables de l'indulgence pour les condamnés, el alln de démontrer à la société que sa pénalité est une injustice, puisqu'elle n'est pas égale pour tous; qu'elle s'appesantit sur quelques-uns, cl laisse Là le pkis grand nombre ; qu'à ses pieds le plus grand coupable est toujours le plus faible, et que le plus fort sait toujours braver ou détourner ses coups; el peut-cire que ces réflexions, au lieu de blesser le plus grand nombre, les porteront à avoir pitié des

moins nombreux ; peut-être que, dans ce grand examen de conscience, chacun, en reconnaissant sa faiblesse, se montrera plus enclin à pardonner les torts des autres ; peut-être que le coupable ne refusera plus de reconnaître un frère dans la personne d'un condamné , et que le juge lui-même descendra de son -siège inexorable, pour venir se désarmer, en lisant tracée sur la poussière du cachot, cette belle parole de l'homme qui a le mieux compris l'humanité : Que celui qui est sans péché lui jette la première piéride.

Le volume de cette lettre m'obhge; madame, de renvoyer cette grande confession générale à un autre courrier.

Adieu.

TREIZIEIUi: LETTRE ♦

Prison de la Force, 28 août i83b.

Vous m'avez enhardi, madame ; vous pardonnez tout, m'écrivez-vous, tout ce qui ne blesse que l'inexpérience de l'oreille, en faveur de la réforme du cœur. La liberté, d'après vous, n'est jamais hypocrite; et l'hypocrisie, qui est la passion détromper, est la seule cause des maux de ce monde. Aussi, Dieu dit-il un jour à l'homme: « Je sais tout, mais j'ai besoin de l'apprendre de toi-même ; sois vrai, et si tu n'es pas absous, tu seras du moins pardonné. »

Dans votre dernière lettre, madame, vous me tenez le langage de Dieu ; honneur à vous, qui n'avez rien conservé des travers de la société actuelle, et qui, au rebours de cette so-

* Réformateur, 30 sept. 1835, n» 356 .

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