PAYS OU LES MONARCHISTES SONT RÉPUBLICAINS
en cessant d'appartenir au pape, a pris le nom de département de Vaueluse.
On a commis bien des erreurs sur l'esprit de cette population, ainsi que sur celui de la population méridionale de la France; et, assez générfilement, on est persuadé que rien n'aime moins la liberté que ce peuple, et que rien n'est plus fanatique de despotisme. On se trompe : il n'y a pas peut-être- de peuple plus indépendant, plus frondeur, plus ennemi de la tyrannie, et chez lequel la tyrannie puisse moins longtemps tenir que chez lui ; les carlistes même, encore aujourd'hui, en sont une preuve : ne vous imaginez pas que ce soient des hommes que l'argent de la royauté ait achetés et qui en regrettent aujourd'hui les faveurs. S'il en était ainsi, la plupart d'entre eux deviendraient juste-milieu au même prix ; or, en dépit de ces machinations, le gouvernement a toutes les peines du monde à se faire des amis parmi eux ; et cette population est, depuis la révolution de 93, divisée seulement en républicains et en monarchistes, aussi fidèles à leur cause et aussi désintéressés les uns que les autres. Ces deux divisions bien tranchées correspondent aux deux puissances qui se partagent encore le monde : la civilisation qui marche et les préjugés qui restent stationnaires.
Mais à part ces deux dénominations, ces deux partis ont cela de commun, qu'ils abhorrent le servilisme les uns 'autant que les autres, et que, par le caractère, par les mœurs, ils sont tous les deux plus républicains qu.'ils ne le croient eux-mêmes.
Sous la domination papale, chaque ville jouissait du privilégç de nommer ses trois consuls, qui se prenaient l'un dans les rangs des nobles, l'autre dans ceux de la bourgeoisie et le troisième dans l'ordre des paysans. Aujourd'hui elles ne nomment réellement pas même leurs maires. Les trois consuls remplissaient, avec une égale juridiction, les fonctions de maire, de commissaire de police et de magistrat de l'ordre judiciaire.
386 RÉFORJLES SOGLVLES. LES aOGTRlNBS.
Leur code, c'était l'opinion publique,, les usages reçus et les inspirations de leur conscience ; c'est-à-dire qu'ils n'avaient pas de code, que ce pays était sans lois, et que, si l'absence des lois est une anarchie, la plus grande anarchie devait régner dans ce pays. ■ .
Et pourtant, à l'exception de quelques habitudes arriérées qui tenaient aux croyances religieuses de ce peuple, il n'y avait pas en France de pays où les procès fussent moins nombreux, les débats moins longs et les jugements plus satisfaisants pour l'une et l'autre partie; il n'y avait pas de pays où la pohce se fit avec moins de rigueur et avec des formes plus paternelles.
Par exemple, les ordonnances des consuls exigeaient, en hiver, qu'à neuf heures du soir, tous les cal)arets fussent fermés, et que chacun fût rentré dans sa famille ; à neuf heures, le consul faisait sa ronde, et chacun obéissait. Mais si par hasard de joyeux convives demandaient à rester plus longtemps à table, le consul désignait l'un d'entre eux comme le gérant responsable de la soirée ; il permettait, à cette condition, de prolonger plus avant dans la nuit le repas ; et de mémoire d'homme, on n'a vu l'autorité du gérant responsable compromise, au point d'attirer sur lui la sévérité du mécontentement consulaire.
Aujourd'hui, avec tous vos sergents de ville, qui certes ne pèchent pas par excès de cette politesse et de cette complaisance, vous pouvez à peine empêcher une seule des cent querelles qui se reproduisent sur tous les points de la plus petite cité.
Quant aux dissensions judiciaires, les trois consuls procédaient toujours par voie de conciliation et avec le moins de frais possible. Ils aimaient à recueillir des remercîments, lorsqu'ils sortaient de leurs fonctions annuelles et en rentrant dans les rangs des simples particuliers; aussi, pendant la durée de leurs fonctions, toute leur ambition se bornait aux triomphes de la conciliation et de la concorde.