POLICE ET JURISPRUDENCE DU COMTAT VENAISSIN
Quand un lionnèlo homme se présentait à leur barre, partie adverse d'un individu signalé connue un fripon par la rumeur publique, le jugement ne se faisait pas attendre :1e fripon était toujours condamné, sans même être entendu ; et jamais ce mode cxpéditif et préjudiciel n'a excité le moindre munnure : le fripon lui-même s'en allait sans se plaindre, en disant, alors que par hasard il se sentait innocent : « J'ai payé cette fois-ci pour les fois où j'ai été coupable avec impunité. » Et encore, lui restait-il rarement la consolation de ce simulacre de plainte.
Dans tous les cas, ces trois consuls, hommes du pays, voisins des parties plaignantes, représentaient nos jurés compétents ; ils jugeaient, comme témoins auriculaires, en connaissance de cause; ils connaissaient l'affaire par les conversations journalières qui leur servaient d'enquête judiciaire ; et comme au sortir du tribunal ils rentraient dans la population en simples particuliers, la moindre injustice les aurait exposés à des reproches pénibles, quand bien même ils n'auraient pas redouté les reproches de leur propre conscience.
On nous dira : Ce pays était d'une petite étendue, et, par conséquent, ce système d'économie politique et judiciaire serait inapplicable à d'autres localités. C'est une erreur grossière ; car il n'est pas de cité, si grande qu'on puisse l'imaginer, qu'une méthode bien entendue ne puisse morceler en divisions correspondantes aux plus petites localités. Est-ce que la France n'est pas une cité unique ? Voyez pourtant si, à. l'aide des divisions et des subdivisions lopographiques, l'administration financière ne marche pas aVec la plus grande facilité? Achevons donc une bonne fois l'application de ce système ébauché sous nos yeux.
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