CINQ ANS DE TORTURES NE VALENT-ILS PAS UN COUP DE SABOT
Nous avons fait mention d'une circonstance qui s'est déjà reproduite deux fois aux cours d'assises; à Brest et à Paris, on a vu les condamnés concerter un projet de vengeance avec les seuls projectiles que le système pénitentiaire leur laisse aux pieds, et assiéger la cour à coups de sabots. Les pauvres diables payent toujours cher ces tentatives, et celui d'hier a payé plus cher que les autres : cinq ans d'emprisonnement, dégradation civique, éloignement pendant 10 ans du lieu où siège la cour, dans un rayon de quatre lieues. Ce jugement est émané d'ime cour qui, selon la remarque de la Gazette des Tribunaux, avait dit au prévenu avec la plus grande douceur : « Vous avez jeté vos sabots avec colère; vous pouviez blesser et môme tuer un de MM. les conseillers. » Une allocution aussi douce semblait annoncer des dispositions évangéhques de la part de la cour ; il y avait de la clémence dans cet accent pathétique ; mais au bout de cette douceur et de ce phlegme judiciaire se trouvent cinq ans d'emprisonnement.
Les magistrats actuels n'entendent pas d'une autre manière l'art de retenir les hommes dans le devoir : par l'exemple de la sévérité des peines, des prisons, de la dégradation, de la flétrissure; et du moins, à défaut de respect, ils inspirent de la crainte. Vous voyez après tout cela comment on les craint et comment on les respecte.
Nous plaignons sincèrement notre magistrature, de rester tant * Réformateur, 1 fév. 1835, n° 121.