OPINIONS RELIGIEUSES
V Univers religieux s occuYte souvent du Réformateur, avec un intérêt qui pourra bien un jour éveiller l'altonlion du parquet, sur une alliance occulte, formant le pendant de l'alliance carlo-répuhlicaine . On sait très-bien que ce n'est pas la crainte du xerbiage du parquet qui serait dans le cas d'arrêter une réponse 'de notre part; le parquet, malgré ses prisons et ses amendes, n'a conservé qu'un seul de ses privilèges , celui de faire pitié.
Nous n'hésitons donc pas à accepter la discussion avec l' Univers religieux, non pas seulement pour lui rendre sa galanterie, mais parce que les reproches qu'il nous adresse, et que le journal la France nous a adressés avant lui, nous fournissent Toccasion d'entrer'dans quelques développements au sujet de la différence qu'il est important de signaler entre le SEXTnmxT religieux et les OPINIONS religieuses.
« Nous aimons à le reconnaître, dit V Univers religieux, le
lU-formale'ur, 9 février 1835, \\° 123.
il "2 RÉFORMES SOCIALES. — LES DOCTRINES.
RéCormateiw est une feuille grave, à. théories souvent élevées; mais quels sont les hommes qui courberont leur tête sous le joug qu'il prétend imposer? Nous ne saurions croire au succès d'une morale privée de sanction, et celle à\x Réformateur n'en a point. La grande sanction, la seule en rapport avec la dignité de l'homme, lui manque ; en un mot, le Piôl'ormnteur n'a pas de croyances religieuses.... D'un autre côté, ajoute VZInivers religieux, les principes moraux dont il s'est constitué le défenseur sont trop repoussés par la majorité de ceux qui font profession de républicanisme, pour qu'il puisse devenir leur organe de prédilection. »
h' Univers religieux est dans l'erreur quant aux deux parties de son reproche, et il ne sera pas sans importance, pour la cause que nous soutenons, de profiter de l'occasion qu'il nous offre, afin de nous expliquer catégoriquement sous ce double rapport.
Nous qui professons un culte pour la cause de l'humanité , nous accepterions avec enthousiasme tous les genres de sanction que nous pourrions recueillir ailleurs, même dans le camp de no^ adversaires. Cependant, avant de les accueillir, il faudrait qu'il nous fût donné d'en connaitre la nature ])ar les lumières de la raison. Nos adversaires religieux nous accorderont facilement ce principe, puisque, d'après eux , la raison conduit l'homme cà la foi, en d'autres termes, qu'on ne croit sans comprendre, qu'après que la logique, qui est la langue de la raison, a démontré qu'il était permis de croire ; ce qui du reste a lieu chaque jour dans les affaires ordinaires de la vie.
Par exemple, un homme m'annonce qu'une victoire extraordinaire a été remportée sous ses yeux ; l'expérience m'a appris à connaitre la véracité de cet homme ; la chose qu'il m'annonce ne répugne à aucune loi connue, la conversation du témoin me démontre que ses facultés mentales ne sont point altérées actuellement; je crois sa parole jusqu'à preuve contraire. La
NOillb: CUOYANCK A M)L'S A AUSSI INI-: SANCTION. \['<i
raison m'a conduit à ccl acle de foi , qui néanmoins reste toujours sous la dépendance du contrôle ultérieur tle ma raison.
Eh Itien ! soumclldus au conLrùle de nuire raison l'objecliuii des journaux religieux, et examinons si la sanction dont ils nous parlent manque réellement à nos paroles.
« Vous voulez abolir le duel, nous disent-ils, terminer tous les dilTcicnds par voie de conciliation, ramener la fraternité parmi les hommes ; vous vous élevez contre le suicide, contre la scnmhiloiniuiie de la presse parisienne; vous êtes préoccupé des souffrances des classes pauvres; mais sans la s/uwlion religieuse, toutes vos paroles restei'ont sans portée. »
Nous demanderons aux journaux religieux quelle croyance ils voudraient nous voir adopter, pour pouvoir donnera nos pa rôles une sanction toute-puissante ?
Celle de l'Église, nous diront-ils.
Mais où la prendre ?
L'Église de V Univers religieux est-elle la même que celle de y Ami de la religion , et celle de VAmi de la Religion est-elle la même que celle de la Dominicale? Enfin la France, la Quotidienne et la Gazette sont-elles rangées sous le même drapeau? Certes non.
Je ne parle pas ici des journaux protestants, tel que le Semeur, dont l'Église, plus toléranle, se rapproche un peu plus de nos principes indépendants que l'Église des autres feuilles; mais lisez les six journaux religieux de la capitale, et voyez si un seul professe les mêmes principes de croyance que l'autre. Les trois premiers sont venus faire retentir les tribunaux du scandale de leurs mesquines rivalités, comme de simples commer-
çants en librairie, s'accusant réciproquement d'être des hérésiarques et des renégats, et implorant les juges d'ici-bas sur les intérêts d'ici-bas, eux qui prêchent le pardon des offenses, l'abnégation et l'humilité, et enfin la divinité d'un grand homme qui leur a dit que son royaume n'était pas de ce monde, et que par conséquent nul de ses disciples ne devait disputer à un autre la possession des choses d'ici-bas.
Nous consentons un instant à accepter une croyance religieuse ; indiquez-nous la bonne : est-elle à Rome ou à Pari's , à la Gazette ou à la Quotidienne, à Y Univers religieux ou à la Dominicale? ChdiCMwe de ces feuilles nous dira sans doute que c'est la sienne ; mais comment le prouvera-t-elle ? La foi est catholique et universelle, d'après ces feuilles ; où est donc cette catholicité et cette universalité ? puisque dans ce camp chacun a son saint et sa vierge, son purgatoire et son enfer, son symbole et ses formules, ses amis et ses ennemis.
- Si je prends les croyances religieuses àeV Univers relifjieu\\ la Dominicale me reprochera d'être un approbateur de Lamennais (reproche que nous partagerions avec bien des bons amis des idées républicaines) ; d'être un hérésiarque et un excommunié, deux titres que nous a conférés l'inquisition du Saint- Siège ; enfin d'être un partisan du Constitutionnel , . qui , le pauvre vieux, n'a plus beaucoup^ de partisans dans ce monde. Si nous nous adressons à la Dominicale , l' Univers religieux nous reprochera d'être des chrétiens rétrogrades, nous qui pourtant avons la prétention d'être des hommes d'avenir.
Messieurs les hommes d'Eglise, entendez-vous d'abord mieux avec vous-mêmes , pour que nous puissions adopter la sanction de vos croyances religieuses et en faire une égide à la morale que nous développons chaque jour dans le Réformateur; car enfin vous ne pouvez pas afficher la prétention de regarder votre croyance, à chacun de vous,. simples particuliers, comme
NOTRi; CnOYANCK EST TOl.KRANTK. 415
meilleure que celle des autres, (.lelle {)rélention sérail par Irop peu catholique et Iroj) peu universelle.
Mais, si vous avez tous uue croyance essenliellemcul différente, et si/liflerenlo qu'elle fait nailre entre vous de la haine, et qu'elle provoque des altercations aussi vives, et si pourtant, malgré tant de divisions intestines, vous pensez tous imprimer, par votre croyance, une sanction à la morale que vous prêchez, pourquoi donc vous refuseriez-vous à reconnaître que nos paroles cà nous soient revêtues d'une sanction aussi puissante que les vôtres, quand nous vous affirmons, de la même manière que vous nous l'affirmez de votre côté, que nous aussi nous avons une croyance?
Eh bien ! Oui, nous aussi nous sommes croyants; nous aussi nous sentons là quelque chose qui nous dicte des devoirs et nous console dans nos peines, quelque chose qui nous ordonne de ne voir dans les autres, même dans vous qui nous excommuniez, que des frères, que des enfants de la même cause, que des portions sacrées -du grand tout qui est l'humanité. Notre croyance n'est pas plus la vôtre que la vôtre n'est ceHe de votre voisin, qui s'habille comme vous, se coiffe comme vous, prie dans la même langue que vous , chante au même lutrin que vous. Notre croyance, plus douce et plus tolérante, veut respecter la vôtre comme on respecte une illusion, comme elle respecte tous les sentiments que la haine n'a pas flétris, quand même l'erreur les aurait fait naître.
' C'est cette croyance qui a placé déjà bien des paroles protectrices sous notre plume, qui a invité nos coreligionnaires, eux qui sont aujourd'hui les plus forts et les plus nombreux, à ne jamais vous troubler dans vos fêtes, à ne jamais pénétrer de force dans vos réunions, à ne jamais vous imposer des prières, enfin, à respecter les cérémonies d'une foi qui nous a si peu respectés, nous mécréants, quand elle avait des baïonnettes pour elle.
« Car, a déjà dit un de nous dans son livre, quant aux doctrines contraires fondées sur des dogmes religieux, je les respecte sans les partager. Si des illusions sont capables de rendre les hommes heureux, ce serait se montrer bien peu vertueux que de les repousser avec intolérance, par cela seul qu'on est heureux soi-même au moyen d'une réalité. Combattre des erreurs avec des passions, ce n'est pas chercher à convaincre. »
Savez-vous par quoi la croyance de Rome a répondu cà ces principes? Par une excommunication.
Laissons de côté cette intolérance et continuons :
Nous avons voulu seulement établir que la sanction religieuse ne manquait pas à nos doctrines politiques et morales. Nous assurerons même que, si Ton nés f rien que par la charité, comme le dit votre saint Paul, si la foi ne peut exister sans amour, nous sommes plus religieux que vous, parce que nous aimons les autres avec moins d'exclusion que vous.
Sur la terre, il n'existe pas pour nous d'ennemis réels ; il n'y a à nos yeux que des obstacles-, que l'on est forcé de renverser quelquefois, en invoquant de cruelles nécessités. Nous aimons l'humanité dans tous les hommes ; nous voulons le bonheur de tous ; nous allons plus loin : nous croyons à la méchanceté, comme k une maladie exceptionnelle, que l'on guérit avec des soins et qu'on ne doit jamais fustiger ; nous voulons la liberté pour tous, pour nos adversaires comme pour nous, pour vous mêmes, qui peut-être désirez vous en servir afin de mettre des entraves à la nôtre (chose qui, grâce au ciel, aujourd'hui n'est plus à craindre) .
Parlez, écrivez, priez en latin, comme le fds d'Israël prie en hébreu, comme le disciple de Luther prie en allemand'et celui de Calvin en français ; priez et aimez, nous irons quelquefois vous entendre, si vos chants parlent cà l'àme; nous vous laisse-
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roiis dire si, chose rare aujourd'liui, vous lancez ranatlième contre nous ; vous êtes libres comme nous ; usez de votre lilierlé ; n'en abusez pas contre la iiôlro ; ne translbriiie/. pas vos églises en clubs conlre-révolulionnaires ; ne conspirez pas contre nous, contre la liberté ({ue nous avons conquise sur quinze ans d'intolérance; et vous nous trouverez toujours lolér;uils envers vous. Il s'ensuit de tout ceci ({ue nous n'avons aucune des niille croyances qui vous divisent ; mais que nos doctrines ne sont pas pour cela sans une. sanction religieuse. Nous avons le sentiment RELIGIEUX, mais non une croyance religieuse ; et voilà ce qui nous distingue de vous, et ce qui nous rend plus tolérants que vous.
Une CROYANCE est une l'ormule dont les inconnues se prêtent à une foule infinie de transformations et ne se dégagent jamais. La CROYANCE change d'habits avec les climats; chacun la revel à sa guise ; c'est une tra-duction qui varie selon les langues; mais pourtant, comme c'est un exercice des facultés humaines, et que les hommes ont reçu en naissant des facultés de même nature, il s'ensuit que, sous ces croyances si variées, il existe quelque chose de commun à tous ; et ce quelque chose nous le désignons sous le nom de sentiment religieux.
C'est là ce qui ne vai'ie, ni par le rite gi'cc, ni par le rite romain, ni chez le Chinois, ni chez l'Arabe. Partout nous trouvons l'homme, s'il n'est pas lésé dans ses intérêts, bon envers ses semblables, facile à pardonner sur la foi du repentir, .versant des larmes sur les misères des autres, élevant les yeux vers ini je ne sais quoi, dont la présence invisible le console dans ses revers ; et ce je ne sais ([uoi, il le peint avec des formes extérieures; c'est une idée qu'il exprime par une métaphore, (pi'il désigne par une image, et, passez-nous cette expression, qu'il habille à sa " façon. L'Aral)e, le Turc, le Chinois a aussi ses Vincent de Paule, ses Fénclon, comme notre France; et nous ùlerions aussi bien notre chapeau devant les leurs que devant les nôtres, parce qu'à nos yeux ils sont également saints, ceux qui ont été utiles aux
hommes, et qui l'ont été aux. dépens de leur repos et de leur bonheur.
Nous aussi nous avons donc une sanction pour nos paroles ; sanction d'amour et de fraternité, qui n'est pas sans culte et ^ sans rehgion.
Les mots de culte de la raison, de culte de la patrie, vous ont fait rire longtemps peut-être, comme l'habit des peuples inconnus vous fait rire à la première vue. Et pourtant ces mots étaient vrais puisqu'ils exprimaient des sentiments vrais ; car si l'on juge de l'existence d'un'e sanction religieuse, par la puissance des effets qu'elle a produits, quel culte a été plus religieux que celui de la Patrie? N'était-ce pas au nom de la Patrie que les enfants de la "France se ruaient à la mort? Que de larmes religieuses ce mot magique n'a-t-il pas fait couler? Vous n'avez pas vu ces armées de 50,000 hommes s'agenouiller autour du drapeau tricolore^ à ce couplet d'une pieuse simplicité :
Amour sacré de la Patrie, Conduis, soutiens nos bras vengeurs; Liberté! Liberté chérie!
Combats avec tes défenseurs.
Nous savons que dans vos rangs vous comptez de pareils prestiges ; nous ne le nions pas ; mais aussi nous ne distinguons pas : les nôtres étaient religieux comme les vôtres; la piété ne connaît pas deux camps et deux limites ; elle circule dans le monde, elle ne prend en chaque lieu que l'allure extérieure du pays ; mais c'est elle qui ordonne de défendre ses proches contre les ennemis qui s'avancent, et nos religieux républicains défendaient leurs proches avec une immense piété, avec une immense foi : car ils ont opéré des prodiges, ils ont franchi et percé des montagnes escarpées, ils ont passé au pas de charge des fleuves débordés, ils ont sillonné l'Europe de Gibraltar à Moscou, et leur drapeau a fait vingt fois le tour du monde; ils ont vu tous vos rois et votre pontife aux pieds de leur
LE Cl'I.TE DE LA l'AirilE A l'KODUIT DES PHODK.KS. " il9
jeune chef, el ce chel'élait l'œuvi-c de leur victoire, le fils de leur amour sacré pour la Patrie.
C'est leur religion que nous prêchons encore, et nous avons foi en ses prodiges ; cl nos parole's auront tôt ou tard, nous Tcspcrons, la même sanction ([u'alors. Déjà dans vingt articles, nous l'avons formulée :
• L homme est sociable; la sociabilité c'est la vertu; la vertu est une loi irrésistible, wi besoin de notre organisation qui nous porte ver$ nos semblables, et par conséquent nous force ù être bons . La méchanceté est une anomalie provenant du vice de notre organisation physique, ou un résultat de la lutte qui existe sans cesse entre nos besoins et les lois absurdes de notre organisation sociale.
Qu'on nous cite un seul cas qui ne se prête pas à ces principes religieux de notre morale.
Distinguons donc le sentiment religieux de la croyance: religieuse. L'homme de bien possède partout le même sentiment religieux : Moïse, Salomon, Jésus, Confucius, Épictète, Socrate, Augustin, Marc-Aurèle, Helvétius, Franklin, étaient tous ani-més, avec plus ou moins d'intensité, de ce sentiment qui domine chez les organisations privilégiées ; car dans toutes les langues la religion se résume en amour, en compassion, en dévouement. Quant aux croyances, elles varient comme les langues par rapport aux mêmes pensées ; on exprime le sentiment religieux par des rites et des cérémonies diverses ; on désigne cette loi par un nom ou par un autre ; on habille son image de formes en harmonie avec les objets extérieurs que l'on affectionne le plus; c'est là toute la différence ; elle est grammaticale, elle n'est pas réelle. On s'est battu pour une- croyance, comme on s'est battu pour un mot substitué grammaticalement à un autre ; mais citeznous une guerre qui ait eu lieu pour soutenir ou combattre ces principes : // faut être humain envers f ennemi qui n'est plus à
craindre ; il fmit secourir les malheureux ; il faut être utile à ses semblables. Lcà-dessus tout le monde e^^t d'accord.
Car là il ne s'agit plus de formes, et de modes qui ne se prêtent pas également à tous les caractères, mais de principes que les lois de notre organisation d'hommes ont placés, comme tout autant de règles générales, dans tous les cœurs.
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INTOLÉRANCE TiELIGIEUSE.
Nous nous sommes permis hier do reprocher à Vl'nixers re-. liffieux sa propension aux raisonnements fondés sur des locfomachies ; le reproche est peut-être un peu sévère en apparence, et nous accorderons volontiers que de sa part il n'y a rien de calculé en tout ceci. Mais, cependant, le reproche ne nous en paraît pas moins fondé, et nous allons en fournir la preuve.
Nous avons avancé que nous étions plus tolérants que les hommes -religieux, nous qui respectons toutes les ihusions, et qui réclamons pour les consciences la liberté la plus ihimitée.
U Univers religieux nous trouve, au contraire, aussi intolérants que les religions intolérantes, et voici comment il le prouve : « Les sciences, les lettres, la philosophie, toutes les doctrines, tous les systèmes, toutes les religions, toutes les croyances, toutes les opinions, et l'opinion républicaine elle-même, sont COUPABLES d'intolérance; car toute croyance, toute opinion, et l'opinion républicaine elle-même, nient, par cela seul qu'elles existent et qu'elles afhrment la vérité , les croyances, les opinions et les philosophies qui leur sont ôontraires. »
Réformateur, 15 février 1835, n« i'2'J.
LA mSSIDKNCK NKST PAS DK l/lNTOI.ÉftANCi:. 4'21
•Vraiment, n'est-ce pas là, nous en demandons jiai-dou ;i 17'///vcrs rclitjioux, une mauvaise plaisanterie?
L'intolérance n'a jamais été synonyme de dissidence; et jamais on n'a dit (jue deux adversaires de bonne loi lussent de i)art et d'autre intolérants.
L'intt)lérance uo se contente pas de nier, mais elle persécute ; elle ne clierclie pas à convaincre, mais à imposer silence; elle n'oppose pas des raisons, mais des châtiments et des tortures. Or, nous seuls, nous demandons la lil)re discussion de jjart et d'autre; nous. seuls nous professons respect et protection pour toutes les croyances, nous seuls nous permettons de prier dans dans toutes les langues, de formuler des doctrines de toutes les façons ; nous seuls nous ne voulons opposer que des raisons à l'erreur, que le pardon aux fautes. L'Église est-elle tolérante à notre, façon? Se contente-t-clle de nier? Elle menace et elle maudit, elle jette les livres dans le tombeau de l'/y/r/ev et l'auteur dans l'enfer de l'excommunication majeure; elle ouvre l'enfer à l'àrae des dissidents, elle ferme la porte de. ses temples à ses dépouilles mortelles; elle accumule sur sa tète tous les châtiments dont sa foi lui jiromet un arsenal dans l'autre monde; et ({uand elle peut saisir le sceptre d'ici-bas, elle n'aWend pas une autre vie pour se venger des récalcitrants :
L'inquisition devient son tribunal, V aiilo-da-Cô son échafaud, la pénitence forcée le seul recours en grâce.
Nous vous le demandons : si demain l'Église montait encore sur le trône, aurait-elle d'autres moyens de propagande et de répression ? Eh bien ! l'opinion républicaine ose se flatter d'une tout autre tolérance : elle veut la liberté pour elle comme pour vous ; elle vous assure que si une illusion est capable de contribuer à vous rendre heureux, elle protégera vos illusions de la manière la plus large ; elle n'adoptera pas vos croy.ances jjour cela, mais elle ne persécutera pas vos personnes. Que lui importe des espérances plus ou moins fondées sur une vie qu'elle
ignore? Baissez le front devant une trinité ou devant une unité; peuplez les champs de la félicité éternelle avec des beautés intellectLielles ou des beautés physiques; attendez une coiu^onne ou le néant ; rêvez enfin un autre monde comme bon vous l'entendrez, pourvu que vous ne troubliez pas la concorde de celui-ci : oh ! certes, la République veillera à vos portes, comme à celles des mécréants ; la République veut le bonheur des Jiommes ; mes pauvres enfants, soyez tous heureux à votre façon, pourvu que ce ne soit pas au détriment du bonheur des autres ; allez, croyez, et vivez en paix.
Or, l'Église ne veut pas de cette tolérance : on est hérésiarque , à ses yeux, si on la prêche de cette façon.
Nous avons de la peine à concevoir par quelle filière d'idées vous arrivez aux propositions suivantes : « Intolérante de sa nature, l'erreur est persécutrice ;. ne vivant pas d'elle-même, elle a besoin de la violence pour se soutenir ; de là vient qu'elle traîne toujours à sa suite le désordre , le crime, la guerre et les calamités. Gomment s'çst établi le mahométisme? Gomment les hérésies du moyen âge parvinrent-elles à quelque degré de puissance ? Gomment Luther, Galvin et leurs successeurs ont-ils élevé et soutenu leurs sectes? Avec le secours tantôt de la persécution, tantôt de la révolte, et toujours par l'intrigue et les armes. »
Nous ne savons trop par où commencer les dénégations que provoque ce tissu de phrases exclusives. Vous nous citez le mahométisme; mais les croisades des chrétiens n'ont-elles pas porté en Orient le même genre d'argumentation que le mahométisme avait porté en Europe et en Afrique? Qu'a donc tant à reprocher la tiare au croissant ? Est-ce que saint Pierre n'a pas frappé de la même épée que Mahomet ? Quant à Luther et Galvin, simples moines, sans autre force que l'ascendant de leur éloquence et la haute influence de leurs nouvelles convictions, n'ont-ils pas commencé à être persécutés avant de se
m:(.essiti:s i'oi.iïioif.s loniiik les obstacles. 42-3
couslilucr perséciilcurs par ré.sisUuicc ? Eu vérilé, il faudrail ignorer entièrement riiistoii'c des guerres de religion pour oser assurer ([uc l'Eglise n'est ])as essenlicllenicnt intoléj-anteel pep* sécutrice; je ne dirai pas : Remonte/, jusqu'aux massacres de ces Albigeois, de ces hommes libres, vertueux, calomniés par leurs Ijourreaux, qui furent en même temps leurs historiograjjhes ; mais i)our nous rapprocliei- do nos contemporains, vous souvenez-vous d'avoir entendu dire que jamais le Port-Royal, que jamais le bon Nicole et le grand Arnault, que le patriarcal Sacy, ces républicains du catholicisme, aient voulu prendre la llamberge pour imposer leur loi à l'ordre jésuitique? El pourtant de combien de persécutions (vous ne direz pas de dénégations) n'ont-ils pas été l'objet? Chassés de leur solitude, jetés à la Bastille, exilés par lettres de cachet, vous les eussiez honorés comme martyrs, si leurs persécuteurs n'avaient pas été cathohques.
Serait-il nécessaire de vous rappeler rini{uisition espagnole? Mais là oserez-vous nous dire que l'on ne frappait que la révolte, qu'on ne punissait que l'acte extérieur? un mot seul y était un crime; pour la simple lecture d'un livre on y était brûlé ! Allez- *vous nous parler du mahométisme? Eh bien! comparez, les livres à la main, et nous nous ftiisons fort de prouver qu'il n'y a jamais eu de religion qui ait l'ait plus verser de sang, pour ses croyances, que le catholicisme.