LES MOUCHES DU CHATEAU AU DI-BUT DU RÉFORMATEUR
geaicnt les corrospondanls du G:ili(fn,-iiii's inossenr/er. En effet, nrétant itlaiiil à raiiij)]iytnuii de m'avoir placé auprès d'un i)areil homme, celui-ci s'élail hàlé de déloyer.
Afflux des mouches du Château, à la première annonce du journal.
Je reviens aux premières difficultés qui rendirent mon début si pénible.
J'avais à peine, dans le personnel de ma rédaction, deux amis sur lesquels je pouvais compter ; je me défiais de tous les autres. Les premiers jours, il m'arriva toute une cargaison de rédacteurs de toute espèce et de tout genre, et jusqu'au rédacteur des mai-chés de Poissy. Ils se connaissaient tous et se partageaient à ma barbe, pour ainsi dire, la besogne, avec des signes de tête et des observations, des mais, des car, des si de toute sorte.
D'un mot, je mis tous ces rédacteurs à la porte le plus promptement possible, et je me vis souvent obligé de rédiger, à moi seul, les longs articles de premier Paris et le feuilleton mémo : j'avais seulement autour de moi deux ou trois coupeurs d'entrefilets ou petites nouvelles empruntés aux différents journaux, qui me servaient d'articles de remplissage.
Louis-Philippe savait parfaitement bien mes habitudes de méfiance ; et cela donna lieu à une nouvelle rouerie, dans le but de me fatiguer l'esprit. Il eut la précaution de m'envoyer pendant deux soirs le^ plus ennuyeux personnage de sa bande : c'était le nommé Ganal, si connu pour son faux système d'embaumement. Cela réussit un jour, mais dès le lendemain la rouerie fut déjouée ; je me garantis de l'envie de dormir en consignant cet idiot à la porte.
Je passe à d'autres tribulations du fait de cet individu. Un matin, en me levant, à six heures environ, je relis \e journal qui
venait de paraître, et j'y vois avec étonnement un article qui ne m'avait pas passé sous les yeux quand j'avais donné le bon à tirer, c'est-à-dire à peu près vers minuit. Cet article portail une accusation honteuse de lâcheté contre un des fils du marécha.l Oudinot, qui était officier dans l'armée d'Alg-er. On conçoit que le père, quiïiiiaille Ré forninteur, dut se trouver indigné d'une pareille insulte. Quant à moi, je ne pouvais en découvrir l'auteur que le soir à six heures, lorsque tous mes compositeurs seraient réunis.
Vers dix à onze heures, je vois entrer dans mon cabinet le majordome du maréchal :
— Vous me trouvez, lui dis-je, aussi soucieux de cette fausse nouvelle que le maréchal lui-même; j'ignore encore l'auteur de cette infamie, je ne pourrai le connaitre que ce soir à la reprise du journal ; ayez la complaisance de me donner une rectification, ou je me hâterai de la faire moi-même. Cela ne peut venir, ^ijoLitai-je, que du Château, par un de ses agents, je n'en manque pas de celte lèpre; car ces lignes ne se trouvaient pas dans le journal, à l'heure où j'ai donné le bon à tirer, à minuit.
Le majordome me laissa le soin de rédiger moi-même la rectification.
Aussi le soir, à peine les compositeurs étaient-ils réunis, que je m'informai de l'auteur d'une pareille infamie ; et je découvris, parle metteur en pages, qu'après le départ des compositeurs, un certain monsieur qu'il avait vu un jour chez moi s'était adressé à lui, disant venir de ma part, et qu'il l'avait cru sur parole.
A la peinture qu'il me fit de ce monsieur, je reconnus le sieur Canal, espèce d'ancien pileur de la rue des Lombards ; il jouait si bien l'héJeté qu'if fut le protégé de S. M. Louis-Philippe. A partir de ce jour, il fut consigné à la porte de l'imprimerie, comme il l'avait été à la mienne, et la réparation au maréchal
l'agent du CHATEAU ; CANAL. 21
Oudinot fut i»his qnc complète, à la lioiilo de l'auteur. Malhcureuseiiieiit elle avait IVappé au c<v\w le jeune lidinnic, qui se fit tuer à la première occasion de combat.
Autre raystifî:aticn de la police du Château.
On doit le comprendre, ma vie, de cette manière, n'était plus qu'un combat de tous les jours; car je n'avais que moi à opposer à toutes les roueries de ce roi saltimbanque. Le dernier couché, le premier levé clia {ue jour, il m'arrivait souvent d'avoir à composer, sous des noms différents, les articles de fond, le feuilleton des beaux-arts, les articles du feuilleton des sciences et surtout les articles de ;'e'/b;722(? sociale; en sorte que le journal n'était souvent que de moi seul, comme je l'ai déjà dit.
Un jour, que j'avais passé à vérifier l'administration du RéforiUcilcur, pour la mettre nettement en règle, je sentis le sommeil me prendre avant l'heure accoutumée, et les forces mé manquer entièrement pour la rèdaclion de l'arlicle de fond.
A ce moment, il me tombe sous les yeux un article d'un journal de province (je crois des Deux-Sèvres). L'article était signé par un menuisier du pays, et je le trouvai aussi purement écrit que bien pensé: il ne lui manquait, pour être inséré dans le Rôformateur comme article de fond , qu'un entête d'encouragement donné aux ouvriers de la France, pour arriver au point que venait d'atteindre cet ouvrier des Deux-Sèvres. Pendant que je cherchais le sens de la rédaction, et que je m'endormais en le cherchant en vain, arrive dans mon cabinet un rédacteur que je tenais dans la même suspicion que le Ganal, et à qui j'indique pourtant le sens dans lequel devait être rédigé cet entête ; puis je vais me mettre au lit. Mon sommeil ne fut pas long, car à minuit je me sentis pris d'un accès de méfiance ; je m'habille à peine et descends à l'imprimerie au plus vite, pour prendre connaissance de l'entête en question.
Grand Dieu! A la lecture de ces quelques lignes, je reculai, comme à la vue d'un serpent caché sous l'herbe fleurie; je sentais que le lendemain nous étions saisis avant de paraître, et qu'il y aurait, dans ce bout de rédaction, matière à un procès le plus hautement perdable. Je me hâtai de biffer ce malencontreux article, et de le remplacer par un autre entièrement inoffensif; puis j'allai me remettre au lit, soulagé de ce cauchemar.
Le lendemain, à six heures du matin, un commissaire de police se présente pour venir opérer une saisie du journal de ce jour, au nom du parqnet, et il me présente sa cédule motivée:
— Mais vous vous trompez, monsieur le commissaire, la phrase incriminée ne se trouve pas dans la feuille d'aujourd'hui ; lisez-la; voilà le reçu du parquet.
Le commissaire prend la feuille, il cherche et recherche encore, et il convient que cette phrase ne s'y trouvait pas.
— Voulez-vous, lui dis-je, que je vous nomme l'auteur de l'accusation portée dans celte cédule? C'est celui qui a rédigé la phrase coupable, et c'est moi-même qui ai sauvé ma feuille de votre visite, que je prévoyais, en la rectifiant; et pour vous en dire le nom en toutes lettres : c'est M. Elias R.egnault. — Le commissaire partit d'un grand éclat de rire, surtout après avoir appris comment le tour avait été déjoué.
Cet Elias Regnault se présenta quelques minutes après, comme s'il venait d'apprendre la saisie du journal. « Vous vous trompez, lui dis-je, votre mauvais tour a été déjoué, et vous aurez la complaisance de ne plus reparaître dorénavant ici : j'ai, dans ma rédaction, d'autres agents du Château que vous, je ne les mettrai à la porte que lorsque, comme vous, ils se seront démasqués. »
Cet Elias Regnault osa plus tard se présenter encore ; ce fut
l'ÉTEIGNOIR LOUIS-PIIlI.IPr'K RENVIÏUSfî AU GUADM JOLIl. 23
lorsque je fus mis on i)i'ison. J'en ai Irouvé le nom couché, pour une sonnne de cinq cents IVancs, sur la liste de ceux (|ui se par- .lagèrcnt la somme de treille mille francs ([uc j'avais économisée dans ma caisse, pour j)arveiiir à rcuditi à Kersausie les cent mille francs qu'il avait déboursés; il ne me fallait ([ue trois ou quatre mois j)0ur arrivera atteindre ce chiffre. Je pouvais considérer cette somme comme m'apj)artenaiil, pour])rix des articles, mesurés à tant la lii;ne, ([ue j'avais tournis au ricl'ununlcuv. (les messieurs, en enfonçant la caisse sans ma j)ermission, s'étaient partagé ainsi un bien qui m'appartenait en j)ropre; car je l'avais bien gagné, au prix de ma rédaction.
A l'époque de la lîéj)ubli(|ue de '18i8, le; même Klias Uegnault devint secrétaire général de deux ministères importants, sous l'illustrissime Cavaignac. La République alors existait sans républicains au gouvernement; car le gouvernement ne comptait que des conspirateurs en faveur de Louis-Philippe, prétendu lils de Philippe-Égalité.
On doit concevoir par là, ce que j'ai dit plus haut, que mon existence, alors, n'était plup qu'un com.bat, la plume ou l'épéc à la main.
Mes comparutions devant les différentes cours de justice.
Ajoutez à toutes ces tribulations mes différentes comparutions devant les cours de justice d'alors, où je me présentais en qualité de défenseur de mon brave gérant Jaffrcnnou ; car, dans toutes les affaires du Réformutoiir, aucun avocat ne se trouvait de taille à'jouer le rôle de défenseur. Ces discours, dont chacun faisait époque parmi les avocats, n'étaient pas appréciés par le public, vu t]ue le président avait grand soin de laisser la salle à peu prés vide. Mais je ne crois pas faire un acte de vanité, en rapportant qu'à chacune des séances, les meilleurs avocats se rendaient en foule pour y prendre des leçons dans
l'art de plaider une cause, dans un genre tout nouveau; il m'est arrivé plus d'une fois de gagner, au civil même, telle cause que les avocats du temps avaient jugée ime des plus difliciles. Mais, quoi que fit Philippe, pour étouffer ce côté de ma réputation, il est souvent tombé dans le piège ; et il n'a pu m'empécher d'avoir pour juges, les deux grands corps de la politique française, où les auditeurs ne manquent pas, dans les grandes circonstances.
C'est ainsi qu'un jour, où M. Jaubert avait insulté les journa^ listes, ces derniers se proposèrent de lui donner luie leçon.
C'était le 22 mai 1835.
« Si vous voulez me suivre, leur dit un de mes neveux, je me charge de lui demander ses témoins. » . '
Les journalistes acceptent ; mais, et cela leur arrive quelquefois, ils abandonnent tous la partie à l'instant où mon neveu aliorde la question. Jaubert, voyant mon neveu tout seul (vu (jue les journalistes l'avaient abandonné, au lieu de l'assister comme ils l'avaient promis), appelle quinze de ses collègues à son secours ; et les quinze se mettent bravement à faire le coup de poing contre un seul, et de plus ils appellent également à leur aide la garde municipale du poste de la Chambre.
« Vous ne rougissez donc pas, leur dit le chef du poste, vous qui êtes chargés de faire des lois, de vous montrer si peu dignes de les suivre dans l'occasion ? Que vous proposait ce monsieur? Un duel avec M. Jaubert : et vous lui répondez en foule par des coups de poing, à la manière des charreliers. Fi donc! » Ces braves gens, au lieu de conduire au poste mon neveu, le protègent au contraire, en le débarrassant de cette cohue de députés.
Le lendemain parut, dans mon journal, l'historique de cette scène. Il portait en titre : Les assommeurs législatifs; et là, ils n'étaient pas ménagés. Aussi s'ensuivit-il à l'Assemblée une scène de récriminations contrôle Réformateur , qui se termina
PI.AinOIKIE DEVAM lA CIIAMHItE DKS DIvPlJTl'S. 23
par un vole tku'oiii|)arutioii dovaiit rAssumblcc. Ces messieurs se virent tous insuilés dans la personne des ([uin/.c.
I C'était un samedi qu'eut lieu le ei'iine; je fus assigné pour lo lundi. Je me liàlai de composer deux ai-tielcs de fond, et d'indiquer pour mon dimanche le relus de toute es[)èce de réception, à l'effet de me pré])arer au discours du lundi. Je consacrai mon dimanche à dormir toute la journée. Ceux (yii n'avaient jamais assiste à mes plaidoiries, et ([ui venaient de temps à autre épier ce que je faisais, s'en retournaient épouvantes en ne voyant sur ma table que quatre ou cinq lignes formant le canevas de ma plaidoirie, et me trouvant clia([ue fois plus occupé de dormir que d'écrire. — « Vous ne le connaissez que comme écrivain, leur disait-on; laissez-le dormir, vous le connaitre^ demain comme' orateur. »
— 't3:j-*— Plaidoirie devant la Chambra des députôs.
Aussi le lendemain, je me rendis à l'Assembléa suivi de toute ma rédaction. Le président de l'Assemblée se montra plus que prévenant envers eux et envers moi, car il m'avait gagné la parole auprès de l'Assemblée, en se fondant sur le grand principe qu'il a défendu toute sa vie : La libre défense des accusés.
J'avais à côté de moi Jaffrennou, qui était censé l'auteur de l'article, en qualité de gérant, et de l'autre côté, pour me faire passer les quelques pièces dont j'aurais besoin, le sieur Dubosq et le neveu qu'ils n'avaient pas pu assommer. Le matin du même jour, j'avais envoyé à chacun des assommeurs une liste de quinze noms, et le mien en této, pour les inviter à changer leur accusation en un duel de quinze personnes contre quinze autres; car je déclarais qu'en les désignant, je ne m'étais adressé qu'à de simples particuliers et non à des membres de l'Assemblée, que cette affaire privée ne concernait en aucune façon. Dans le nombre de ces assommeurs se trouvait Dugcaud, que je
prenais pour mon propre compte. Ces messieurs refusèrent tout crûment d'adopter cette manière de voir.
Mon discours dura doux heures et demie, au milieu de l'attention de toute la salle, dont les tribunes se trouvaient plus que remplies. Le discours ne l'ut interrompu qu'une seule fois et de la part du président, qui, à un instant donné, où ma voix sembla un i)eu faiblir, me recommanda de parler un peu plus haut, vu que les tribunes m'entendaient difticilement. Je me rendis de tout cœur à une invitation faite avec tant de courtoisie. Parmi les effets d'audience, je me rappelle le suivant : « Quand je parle du duel, ne croyez pas, leur dis-je, messieurs, que je vienne iiivoquer de pareilles lois ; je veux au contraire les abolir, mais les aljolir par la méthode homœopathique, en y allant; et si jamais la fortune m'était trop favorable, j'irais demander à la barre de la nation par quel sacrifice il me serait possible de réparer cet ass.vssinat! » Et toute la salle se mit à murmurer Bugeaud, Bugeaud, en me voyant le doigt tendu vers la face de Bugeaud luimême. On sait que Bugeaud avait provoqué et tué au pistolet l'avocat Dulong, qui ne connaissait le maniement d'aucune arme.
Mon discours terminé, le président nous invita à nous retirer dans la saHe qu'on nous avait donnée, et il mit à la disposition de mes rédacteurs les morceaux les plus friands de la buvette, parmi lesquels se trouvait une hure truffée, sur l'analogie de laquelle mes rédacteurs jouèrent plaisamment, mais à mon insu, comme on jouait alors sur la poire. Car pour moi je ne touchai ])as à lui seul morceau ni à une seule allusion.
L'Assemblée fut assez longue à se remettre. Pendant ce tempslà, chacun attaquait avec politesse l'un de mes neveux, et l'on distinguait dans le nombre M. le duc de Marmier, qui ne cessait de s'écrier : «C'est beau, c'est vraiment beau; mais que veut donc faire de nous votre oncle? Car il ne parle pas comme un seul de vos républicains, v
SUCCÈS DANS Toirri: i.'ASSKMnniK. 27
A cela M. Dupin ropoiulail à sa nianiôro : « Il y a dans celle lèlo quelque rliose du puritain ; » et il renionla à sou faulcuil pour faire crier dans loulo la salle : En place, messieurs. La dclil)éralion fut assez longue ; et l'on me rappela pour assister au prononcé du jugement. Le /?(»A);'7?2,7/e//r fut condamne à dix mille francs d'amende, plus le décime de guerre, et Jaffrennou à deux ou Irois mois de prison. jSLiis le jugement ne fut rendu (jue par la droite, et nous aurions gagne le procès si la gauche n'avait pris le parti de s'abstenir; c'était là un mauvais tour que nous jouait la gauche. Le jugement une fois lu, je repris la parole, et je dis à l'Assemblée : « Je ne viens point iinjdorer grâce, messieurs ; la prison sera su])ie, les dix mille francs vous seront payés, y compris le décime de guerre ; quant à nous, nous nous vengerons en sortant, à notre manière {violents imirmiircs) ; mais {on cesse les murmures) à la manière des martyrs : en vous plaignant, messieurs, ainsi que le pays qui vous a nommés. »
Et tous mes rédacteurs me suivirent, en se conformant à mon calme et à ma dignité.
Ce discours fit un tel effet dans Paris, qu'on rencontrait dans les rues, au sortir de l'Assemljléc, des dames qui se répétaient les morceaux les "plus saillants en imitant mon geste et en s'écriant : C'était beau! Le soir, Garrel accourut au Rrformnteuipour me dire, en me serrant la main: « Vous avez remporté un triomphe qui vaut une révolution; vous êtes, ce soir, le sujet de toutes les conversations, et, en baissant la voix, surtout ù In cour. » Les journaux furent obligés de rompre leur mutisme et de rendre hommage à la vérité. La Gazette de France, ellemême, s'écriait, dans son langage d'appréciation, après avoir fait l'éloge complet du discours : « JNI. Raspail est sans doute une grande exception dans son parti; à la Convcnlion, il eût été un autre Barnave, et il aurait passé comme un météore. » — La presse, en général, fut unanime.
Avant la discussion, ]\L Odilon Barrot s'était écrié : « Si vous
28 riî;formes sociales. — le combat.
n'aviez pas voulu entendre la défense, qui de vous eût osé se constituer juge? »
M. Bupin et un de ses collègues du bureau avaient exprimé la volonté formelle, dans le cas de refus de défense, de descendre de la présidence et de donner leur démission.
Berryer, le grand orateur, rapportait que, plusieurs fois, pendant que je parlais, il lui était arrivé de recevoir de ses voisins comme une secousse électrique.
Le procès avait eu lieu le 25 mai; le lendemain, j'avais un autre procès devant la justice ordinaire ; et le 31 mai, je pris la parole devant la Chambre des pairs, en ma qualité de défenseur des accusés d'avril.
Ce n'est point dans le Réformateur qu'on pourra prendre connaissance de ces deux plaidoyers devant ces deux grands corps politiques ; mon sténographe l'a rendu, comme les sténographes le font en général : il s'est complu à ne présenter qu'un squelette décharné des vrais morceaux d'éloquence.
Les sténographes étaient alors tous les mêmes qu'aujourd'hui : ces jours-là, ils reçoivent deux payes : l'une du journal qu'ils ont écorché, et l'autre de son ennemi personnel.
Procès devant la Cour des pairs, peur une lettre insérée par les défenseurs, en faveur de leurs clients.
Devant la Chambre des pairs, mon triomphe fut encore mieux caractérisé; la seule différence, c'est que les dame's assistaient en grande toilette à la Chambre des députés, et que devant la Chambre des pairs les hommes seuls étaient admis ; mais ici, comme là-bas, les tribunes regorgeaient de monde. Pendant deux heures que dura ma plaidoirie, l'auditoire m'écoula dans le plus profond silence,