PUITS ARTÉSIENS
En certaines résions ce sont les eaux géologiques
qu’on épuise déjà à cette heure
Il n’est peut-être pas inutile de dire qu’on attribuerait à tort aux puits artésiens le pouvoir de résoudre le problème de l’eau dans le Sud. Il faut sur ce point s’en rapporter aux géologues chargés du service des forages.
Or, tous sont d’avis qu’en bien des territoires on a atteint la limite de la masse d’eau que l’on peut extraire des entrailles du sol. On épuise les réserves qui ont mis des siècles à se former. On crée de nouvelles oasis mais on en ruine d’autres. On fait baisser le niveau général des eaux souterraines.
Ainsi que le dit après nous M. Brives, professeur à la Faculté des Sciences d’Alger, «tout dans la nature, même les travaux indispensables à l’activité humaine, «tend à l’assèchement du sol. Est-ce trop de demander à l’homme de réagir et d’em- « ployer une partie de son activité à conserver et augmenter son patrimoine aquifère «en luttant contre l’assèchement ? » (2)
Dans une communication (8) au Congrès de l’Eau d’Alger (janvier 1928), le capitaine Moulias dit : « On voit donc combien est fausse l’opinion encore trop ré-
(1) BonNeT. — Cours de Barrages, p. 56.
(2) BRIVEs. — Considérations hydrologiques sur l'Algérie, p. 22. (3) Mouzras, — La législation des eaux dans les Territoires du Sud. p. 9 et 7.
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« pandue, surtout chez les indigènes, d’après laquelle les ressources en eaux arté- «siennes seraient inépuisables et il suffirait, pour augmenter le débit disponible, «de pousser la sonde à de nouvelles profondeurs ». En fait on déplace les palmeraies de amont vers l’aval : «Il y a dans l’Oued Rhir des régions qui prospèrent «et d’autres qui périchtent. La déchéance des secondes est la rançon du développe- « ment des premières. »
nr CENTRES PLUVICÈNES
L’accroissement des pluies est l’œuvre fondamentale à réaliser
Les conclusions à tirer des chapitres antérieurs sont les suivantes : l’amélioration du régime des pluies, leur extension dans son empire nord-africain est pour la France d’un prodigieux intérêt. Le brûlant soleil dont bénéficient les diverses parties de cet empire, loin de constituer un obstacle à cette amélioration, peut en devenir le meilleur agent. Depuis bien des millénaires l’Afrique se dessèche tant au Nord qu’au Sud ; ce mouvement de progression des zones steppiennes se poursuit sous nos yeux. La multiplication des barrages ne suffit pas, même sur les littoraux, pour résoudre complètement le problème de l’eau, et bien moins encore pour permettre de conquérir à la culture les terres des hauts plateaux et les centaines de millions d’hectares stériles qui les séparent du Soudan. Finalement, l’accroissement des pluies est l’œuvre fondamentale à réaliser pour que cet empire nord-africain puisse remplir pleinement le rôle grandiose que sa situation, sa prodigieuse étendue, son splendide soleil, lui assignent.
On parle souvent de l’Afrique, grenier de Rome ; quels étaient donc les besoins de la ville des Césars ? On les a estimés à quatre millions de quintaux de céréales, que la Sardaigne, la Sicile, l'Egypte contribuaient aussi à lui fournir. En attribuant à l’Afrique moitié de la fourniture, te qui est sûrement exagéré, cela ferait deux millions de quintaux. Les exportations de l’Algérie, à elles seules, dépassent souvent ce chiffre. Notre ambition doit être bien plus haute. Il serait vraiment temps que nous mettions à profit les progrès de la physique, de la météorologie, pour réformer les défectuosités de la nature. Il serait temps d’aborder la méthode expérimentale, au lieu de se borner à accumuler dans nos stations météorologiques des millions de chiffres.
En ce qui concerne l’Algérie, la Tunisie et le Maroc, il faudrait, tout d’abord, que chaque année elles suffisent à leurs propres besoins, au lieu de passer par des alternatives de prospérité et de misère ; en second lieu, qu’elles livrent à la France les quinze millions de quintaux de céréales qui lui manquent à l’ordinaire. L’accroissement des pluies, leur extension sur des parties chaque jour plus grandes de notre domaine nord-africain permettront d'atteindre ce résultat.
Pour se chauffer, actionner ses usines, l’homme extrait la houille des entrailles du sol et, à travers les terres et les mers, la distribue à des milliers de kilomètres des
lieux d’extraction,
LAS iu
Pour se garer des intempéries, il construit des maisons dont l’édification nécessite l’intervention de cent industries diverses.
Pour se vêtir, pour se nourrir, il met à contribution la flore et la faune des continents et des océans, élève des troupeaux et cultive tous les végétaux utilisables.
Grâce à des siècles de persévérant labeur, il a expurgé, de millions et de millions d'hectares de terrain, leur végétation sauvage ; et, chaque année après labours, 1l dépose dans les terres ameublies des semences sélectionnées, aptes à donner de plus abondantes récoltes.
Ici s'arrête son intervention ; il attend ensuite, en vrai fataliste, que, tout comme une mère attentive, la nature distribue les pluies sur ses ensemencements au prorata de leurs besoins. Or l’anarchie la plus complète sévit seule dans le ciel : aux années pluvieuses succèdent inopinément les désastreuses séchere;ses et, malgré un immense labeur, il reste exposé aux famines, aux pénuries de toutes sortes ; sa prospérité, sa misère, dépendent des caprices de l’atmosphère.
Alors qu’en cent directions diverses il a accompli de surprenants progrès, alors qu'il a réalisé tant de merveilleuses découvertes, résolu de si difficiles problèmes, tels que l’aviation, la navigation sous-marine, la télégraphie et la téléphonie sans fil. se supposant à priori impuissant, il n’a point essayé encore d’exercer une influence quelconque sur la production des pluies.
Cette passivité, admissible peut-être en certains pays d'Europe vu la moindre fréquence des années déficitaires, est trop onéreuse sur cette rive de la Méditerranée, Algérie, Tunisie, de même qu’en cent autres régions, notamment au Maroc, au Sénégal, pour qu’il soit permis, sans rien avoir tenté, de la tenir pour inéluctable.
Voici vingt-et-un ans déjà, dans notre étude «Contributions diverses à l’Hydrogénèse » (1), nous disions (p. 89) que de toutes les questions que l’homme doit résoudre en ce Continent Africain pour assurer son existence, son avenir, la production des pluies est sûrement la plus importante ; que le très persévérant effort de puissantes Sociétés d'Etudes multipliées sur tous les points du globe devrait lui être exclusivement consacré. Notre appel n’a été entendu nulle part, pas même en Algérie, malgré la fréquence des sécheresses dont elle souffre. :
Depuis quarante-neuf ans nous exerçons le métier de colon dans la région de Ténès. Nos terres bordent la mer et cependant, malgré leur situation, nous avons bien eu dix-huit mauvaises récoltes pour le moins, toutes dues à l’insuffisance des
précipitations météoriques, tout comme il en a été sur la majeure partie des terri-
toires de colonisation.
Sans cesse s’imposera sur cette rive de la Méditerranée l'interrogation suivante : Est-il vraiment impossible d’accroître la pluviosité ? Telle est l’une des deux questions auxquelles j’ai consacré le meilleur de mon labeur depuis cinquante-sept ans que je vis en Algérie ; l’autre vise à l’utilisation industrielle et domestique des radiations solaires.
Après étude de diverses combinaisons, j’ai abouti en 1908 à une solution que j'estime de plus fort, après vingt et un'ans de nouvelles lectures et recherches, après discussions approfondies tant avec la Sous-Commission d’Hydraulique de
(1) BÉRENGER, éditeur, Paris.
l'Algérie qu’avec les examinateurs du Patent Office de Washington, être absolument satisfaisante. Elle permettra à l’homme de faire reculer peu à peu les steppes et déserts qui recouvrent plus du cinquième des continents.
Méthode proposée
Accroissons, en recourant à un moyen approprié : revêtements flottants pour les eaux profondes, réduction de l’épaisseur de la lame d’eau au centre des chotts, scarifications ou cailloutis pour les plaines sans nappes d’eau, l'aptitude à plus prompt, à plus grand échauffement d’une aire de dix, de cent, de cinq cents hectares située soit en mer, soit au milieu d’un lac ou d’un chott, soit au milieu d’une plaine ; nous créerons ainsi des centres de coordination atmosphérique donnant naissance, sous l'influence des radiations solaires, à des colonnes ascensionnelles aussi puissantes que besoin sera. Par temps calme et atmosphère pas trop aride, ces colonnes sé-couronneront d’imposants massifs nuageux producteurs de pluie, tout comme dans nombre d'îles coralliennes du Pacifique.
Telle est la solution que je propose.
Ainsi qu’on le voit, ce système n’a rien de factice, de momentané; il n’exige aucune surveillance, il est toujours prêt à fonctionner automatiquement dès que les conditions atmosphériques sont favorables. Il ne consiste pas à essayer de provoquer la pluie artificiellement en recourant à des moyens onéreux, tels qu’ébranlements violents de l’air par des détonations. Je propose d’aménager rationnellement les régions arides de façon à favoriser l’éclosion spontanée des pluies grâce
à une meilleure utilisation des radiations solaires, autrement dit à la création d’aires de surchauffe destinées à servir de centres de convergence.
Au gaspillage des forces de la nature, à l’anarchie calorique stérilisatrice qui a régné jusQu'’ici en tant de régions, je propose de substituer l’ordre en disposant des centres de coordination pluvigènes, d’étendue suffisante pour en assurer l'efficacité.
Dès 1911 M. le Gouverneur Général Lutaud demande à l’auteur un projet
d'application à la Sebkha d'Oran de la méthode proposée
Intéressé par la lecture de mes brochures, notamment «Eau et Boisement » 1905, «Contributions diverses à l’'Hydrogénèse» 1908, Production de pluies de chaleur» 1910, M. le Gouverneur Général Lutaud, dès le 19 juillet 1911, m'avait demandé de lui adresser 10 à 15 exemplaires de chacune pour les distribuer à ses services techniques, avec mission pour MM. les Ingénieurs et les Forestiers de les analyser, de faire rapports et d’indiquer les chotts ou sebkhas de leurs circonscriptions propices à des essais. Il voulut bien, dès que le plus grand nombre de ces rapports lui furent parvenus, après s’être assuré qu'aucune objection de principe n’avait été formulée et que leur ensemble était favorable, me demander, par lettre du
16 novembre 1912, un projet, avec estimation, d’une expérience intégrale à faire à la Sebkha d’Oran.
Après avoir exploré cette dépression, recueilli tous documents possibles, je me mis à Pétude et vis que, pour des nappes aussi peu profondes que la Sebkha d’Oran, mieux valait, au lieu de recourir à des revêtements flottants, précaires et périssables,
par
adopter une très mince lame d’eau comme aire de surchauffe et de surévaporation, ce qui permettrait d'utiliser no; chotts comme salines ; utilisation d’un haut intérêt pour l’Algérie et la Tunisie, vu le nombre considérable de leurs sebkhas, zahrez, chotts, et leur grande teneur en matière saline. C’est ainsi que la sebkha d’Oran, dont la dépression couvre 32.000 hectares, renferme 540 millions de tonnes de sel marin dans la première couche de six mètres d’épaisseur, d’après l’estimation de M. l’Ingéneur en chef des Mines Pouyanne et plus de 2 milliards de francs de po-
tasse, d’après mes calculs. Le 13 juin 1913, après plusieurs mois de labeur, je pus enfin remettre un projet
complet avec devis et dessins.
Après avoir démontré que l’aménagement proposé donnera sûrement des pluies et indiqué les insignifiantes modifications à réaliser pour la transofrmation en salines, je dis que l’on aura du même coup créé un champ d’observations et d’expérimentations très propre à contribuer aux progrès de la science des météores. Et c’est qu’en effet la fréquente formation de massifs nuageux en un même lieu, au Zénith même de l’aire de surévaporation, et à niveau relativement bas, permettra de se livrer à d’incessantes observations et expériences, de reconnaître, de mesurer les forces qui entrent en jeu dans la genèse des nuages, dans leur résolution en pluie, et cela à l’abri des causes d’erreur que comportent les essais de laboratoire : Ceux-ci échappent à l’influence des variations de composition des radiations solaires et sont réalisés à très petite échelle en dehors du champ électrique terrestre et par suite en dehors des conditions de la nature.
Ce projet fut, de même que les conclusions des chefs de service sur mes mémoires, soumis à l’examen d’une sous-commission d’hydraulique, laquelle déposa en janvier 1914 deux rapports :
Celui du 10 janvier conclut page 17 : «On peut affirmer avec M. Dessoliers «que l’influence des forêts sur la production des pluies et l'alimentation des sources «n’a pas en Algérie l'importance qu’on a été parfois tenté de lui attribuer.»
Il finit comme suit : (En terminant, la Sous-Commission se plaît à rendre «hommage à la vaste érudition et aux grandes facultés d’observations et de déduc- «tion dont on retrouve l’empreinte à chaque page des brochures soumises à son «examen. Bien qu’elle n’ait pas cru pouvoir accepter certaines théories, ou parta- « ger certains espoirs qui {ui ont paru entachés d’un optimisme trop marqué, elle «pense que M. Dessoliers mérite toute la reconnaissance de ses concitoyens pour la «vigueur et la ténacité avec lesquelles il s’est offorcé de mettre en relief le rôle «immense que doivent jouer les questions hydrologiques en Algérie. » |
Celui du 29 janvier conclut dans un sens défavorable à la mise à exécution du projet relatif à la Sebkha d'Oran. « La Sous-Commission déclare avoir le sentiment «très net que les expériences n’arriveront qu’à démontrer, sinon l’inefficacité com- «plète, tout au moins l’efficacité insuffisante du dispositif proposé.» A ceci je répondis : «Le degré d’efficacité dépend de l’étendue de l’aire de coordination ; (or rien de plus aisé, sans grande dépense, que de la quadrupler, de la décupler.
«Si pour dix hectares la digne coûte sept mille francs, pour quarante hectares «la dépense sera de quatorze mille et pour cent hectares de vingt-deux mille. Que «sont ces sommes, que sont ces risques au regard de l’œuvre prodigieuse que l’on
«peut espérer réaliser l»
I D'at
La Sous-Commission ajoutait : «Cette opinion (efficacité insuffisante) est « émise, d’ailleurs, sous réserve d’un avis contraire des services compétents, à l'égard « de l’utilisation des installations comme station d’études météorologiques où com- «me station d’expérimentation des procédés d’extraction des-matières minérales «contenues dans les eaux et dans le sol.» Et c’est qu’en effet, à des points de vue divers, 1] y a grand intérêt à ce que soit réalisé ce projet ; je ne crains point d’affirmer qu'il le sera là ou ailleurs.
En toute question entièrement nouvelle, c’est à l’expérience qu’il importe d@ recourir au lieu de s’éterniser en discussions ; seule elle permet de trancher souverainement et à bref délai les débats.
C’est le 15 juillet 1914 que me furent adressés à T'énès ces deux rapports, et dès le 18 je demandai au Président de la Commission d’'Hydraulique de vouloir bien me faire parvenir les avis du Service Météorologique et du Service des Mines dont ils faisaient mention, de façon à pouvoir, lors de ma comparution devant la Commission, répondre aux objections qu’ils avaient pu formuler.
La guerre étant survenue, la question en est restée là pendant plusieurs années.
Le 6 avril 1921, je fus autorisé par M. le Gouverneur Général Abel à prendre connaissance, à la Direction des Travaux Publics, des rapports que MM. les Ingénieurs des Ponts et Chaussées et le Service Forestier avaient rédigés sur mes mémoires, et fus heureux de voir que 7 ingénieurs sur 14 s’étaient prononcés en faveur d’un essai de création de centre pluvigène, et avaient indiqué les emplacements suivants : Sbara dans Jes marais de la Macta-En mer à 500 mètres au large, au droit du village de la Stidia-Sebkha Bouziane près Ferry-Zahrez Chergui-Daya Chenesi- Chott Timsilt. Six ingénieurs se prononcèrent contre, le 14€ n’émit aucun avis. C’était là un très beau succès pour une invention aussi révolutionnaire. Malgré cela, la Sous-Commission chargée de l’examen du dossier se prononça contre.
Faire pleuvoir paraît une chose invraisemblable quand on ne s’est pas accoutumé à cette idée, pour peu qu’on ait l'esprit timoré, qu'il n’y a point lieu d’être surpris que, dans son rapport du 29 janvier 1914, la Sous-Commission d’Hydraulique se soit prononcée contre. Mais ma documentation s’est considérablement accrue depuis, notamment des diverses observations météorologiques tirées des Instructions Nautiques Relatives à l'Océan Pacifique ; ce sont ces observations que J'ai été amené à signaler au Patent Office de Washington pour au’il se résolve enfin, après une instruction de 42 mois de durée, à me délivrer, le 8 janvier 1918, le patent que je sollicitais pour ce même système de production des pluies de chaleur par les nappes d’eau peu profondes.
Grâce à une période d’incubation suffisante et aux précisions qu’a apportées la première édition de la présente brochure, deux des membres de la Sous-Commission d’Hydraulique de l’Algérie, sur les trois qu’elle comprenait en 1913-1914, se sont depuis prononcés en ma faveur.
Contrairement à ce que j’espérais, la majorité de Ja Commission d’'Hydraulique, dans sa séance du 26 mai 1921, n’a pas émis un vote favorable. J'aurai soin, à la fin de la brochure, de montrer que, grâce à un artifice de procédure, elle n’a pas même été invitée à se prononcer sur le fond, mais qu’elle s’est bornée à approuver les rapports de 1914 de la Sous-Commission, Il n’a été tenu nul compte des argu
ments que j’ai eu à produire devant l'Office des Brevets Américains, arguments qui sont cependant péremptoires, ni de la 1€ édition de la présente brochure. Et je ne parle pas du fait, pourtant décisif, constaté par le Révérend Père de Foucauld à Assekren.
Aires de surchauffe naturelles productrices de pluies
Que le lecteur veuille bien lire attentivement les citations suivantes, puis y rétléchisse. Tout comme nous, il sera convaincu que l’effroi des choses nouvelles qui s'impose même aux esprits les plus éclairés, est le seul obstacle qui s'oppose à ce que l’homme crée des centres de coordination producteurs de pluies dans toutes les régions qui souffrent de leur pénurie.
«Les orages des régions tropicales sont presque exclusivement des orages de «chaleur. Presque toutes les pluies de ces régions sont des pluies orageuses, et «dans certains mois on observe des orages presque chaque jour.
A.— «C'est ainsi qu’au Mexique on a une moyenne de 189 orages par an à «Mexico, et de 141 à Léon (Guana-Juato). La moyenne atteint 167 à Ruitenzorg { (Java) et à Bismarckburg (Togoland Guinée), enfin elle paraît dépasser 180 à « Cameroun, dans le fond du Golfe de Guinée, d’après une série de 3 années d’ob- «servations.» (1)
B. — « Les orages de chaleur se présentent sous leur forme la plus simple et «tout à fait caractéristique dans certaines îles montagneuses des régions tropicales. « Ils ont été décrits de la manière suivante : Dans les îles Sandwich qui possèdent des «montagnes très élevées, la nuit et le matin, le ciel est absolument pur ; c’est, en «effet, l’époque où souffle la brise de terre qui est en même temps, ici, la brise de «montagne, vent descendant et sec. Vers 9 à 10 heures du matin, la brise de mer «s'établit et remonte alors de tous côtés les pentes de l’île. Dans ce courant ascen- «dant, chaud et humide, la condensation commence à un niveau bien déterminé «qui dépend des conditions initiales de l’air, et l’on voit bientôt se former autour « de la montagne un nuage dont la base est horizontale et qui grossit rapidement, «tandis que le ciel reste clair sur la mer à une certaine distance. Si l’humidité et la «température de l’air sont suffisantes, le nuage prend une grande épaisseur et bien- | «tôt il en tombe des quantités de pluies considérables, en même temps que l’on «entend les grondements répétés du tonnerre. À mesure que le soleil baisse, l’orage «diminue d'intensité, la pluie cesse, le nuage se dissipe peu à peu et de nouveau, « à la nuit, le ciel se découvre entièrement.
« Les mêmes phénomènes se reproduisent parfois régulièrement chaque jour «pendant une longue période, et suivant les conditions on observera soit seulement « la formation de nuage, soit le nuage et la pluie, soit enfin toute la série complète : «nuages, pluie et orages.» (2)
C.— «A la Jamaïque, depuis les premiers jours de novembre jusqu’au milieu « d'avril, les sommets des montagnes de Port-Royal commencent à se couvrir de «nuages entre 11 heures et midi. À 1 heure, ces nuages ont acquis leur maximum
(1) ANGoT. — T'raité Elémentaire de Météorologie, p. 338. (2) ANGoT. — Loco Citato, p. 388.
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« de densité, la pluie s’en échappe à torrents avec éclairs et tonnerre. Vers 2 h. 1 { le ciel a repris toute sa sérénité. Ce phénomène se reproduit tous les jours pendant «5 mois consécutifs. Kingston compte 150 jours d’orages et les côtes voisines 50 seu- « lement dans les points du continent semblablement placés.» (1)
D. — «Le navigateur devine au loin les îles de l’Océan Pacifique aux splen- « dides pîles de nuages qui planent au-dessus d’elles, non seulement quand elles «sont élevées et montagneuses, mais encore quand elles sont basses et composées « de simples récifs de corail dépassant à peine la surface des eaux.» (2)
E. — « De splendides piles de nuages en forme de Cumuli étagent leurs masses «imposantes au-dessus des îles de l’Océan Pacifique, non seulement quand elles «sont élevées et montagneuses, mais même lorsqu'elles sont basses, même lors- «qu’elles ne sont que de simples îles de corail, ou, ce qui est plus remarquable encore, « lorsqu’elles sont cachées sous l’eau et ne forment qu’un véritable récif. Il semble que «les nuages aient été suspéndus au-dessus de ces dangers, comme un phare destiné «à prévenir le navigateur du péril qu'aucun autre indice ne lui signalerait peut- « être, et au-dessus des îles pour favoriser leur végétation par les pluies abondantes «qui en tombent.» (3)
Récifs sous-marins générateurs de nuages
Examinons en premier lieu le cas des récifs sous-marins. Les roches dissimulées sous les eaux ont évidemment pour effet d’arrêter les radiations solaires réfractées. En dehors des récifs, les rayons lumineux pénètrent à 100, 200, 300 mètres de profondeur et leur calorique se dissémine sur toute la masse d’eau traversée ; par contre sur les récifs ils sont arrêtés net. La surface des roches insolées s’échauffe légèrement et échauffe par conduction les eaux qui la dominent ; la nappe d’eau qui recouvre les récifs est portée à une température un peu plus élevée que la nappe périphérique ; son évaporation est par suite un peu plus considérable, l’air au contact s’enrichit d’un peu plus de vapeur, en même temps que sa température s’accroît légèrement ; pour cette double raison il est allégé et tend à s’élever vers le ciel.
Fait capital : très minime doit être la surchauffe des eaux, vu leur incessant déplacement sous l'influence des marées et des vents ; très minimes par suite l’accroissement d’évaporation., l’enrichissement de l’air et sa surchauffe. Néanmoins ces très légères causes d’allègement suffisent, pour qu’une colonne ascensionnelle se forme, monte vers le zénith, fasse appel, dans toutes les directions, de la stratc d’air humide qui flotte sur les eaux.
Il est essentiel de retenir la disproportion entre la petitesse des causes et la grandeur de l'effet obtenu. Cette constatation nous sera très utile.
Dans son ascension l’air se refroidit par détente, se rapproche du point de saturation, puis arrive à condensation et engendre un massif nuageux qui permet aux navigateurs de deviner le danger. La nature nous donne là une leçon de choses
(1) DE La Rive.— Traité d’'Electricité, p. 127. (2) Marré-Davy.— Météorologie Générale, p. 308. (3) PLorx et GaAsPparr. — Mééorologie nautique, p.77.
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d’une simplicité idéale, d’une évidence indiscutable ; elle nous montre qu’il suffit, au milieu des vastes surfaces d’évaporation, d’accroître un peu celle-ci en une aire déterminée pour que cette aire devienne un centre de coordination atmosphérique, apte à engendrer des massifs nuageux et, cohsécutivement, à donner par temps favorable des pluies abondantes, ainsi qu’il résulte de la deuxième partie de cette citation. Ceci, bien entendu, si l’aire de surévaporation est de surface suffisante pour provoquer sur un assez grand rayon l’appel de l’air qui flotte sur les eaux environnantes.
Cas des îles coralliennes et des îles escarpées
du Pacifique
Dans le cas des récits sous-marins, un léger accroissement d’évaporation est la seule influence qui entre en jeu: Dans les îles Coralliennes 1l y a à la fois surévaporation due aux massifs rocheux submergés, et fort souvent aussi aux lagons ou lacs intérieurs plus ou moins fermés, dont les eaux s’échauffent plus que celles du large, et une aire de surchauffe à sec, représentée par les bancs de coraux émergeant de l’eau.
Enfin, dan: les îles escarpées du Pacifique, tout comme sur les massifs montagneux de l’Europe Centrale et du Hoggar, la surchauffe à sec prédomine.
Pour mesurer l’importance de; conclusions que comportent les citations D.E,., il est bon de rappeler qu’il existe en plein Océan des régions quasi-désertique: ne recevant que de très rares pluies ; tel est notamment le cas au large des Açores en plein Atlantique, ainsi que le dit M. Marié-Davy dans son traité de Météorologie Générale.
Les citations D.E. nous montrent clairement que le principal obstacle à la formation des nuages et, consécutivement, à la production des pluies en plein Océan, gît dans la dissémination du calorique solaire dans des eaux trop profondes ou, en d’autres termes, dans la trop grande capacité d’emmagasinement calorique des grandes masses d’eau et dans le manque de coordination.
Ainsi, même en plein Océan, malgré l’immense étendue des surfaces d’évaporation, la pénurie des pluies peut être quasi absolue ; et, d’autre part, 1l suffit que des récifs soient dissimulés sous les eaux pour qu’ils engendrent une colonne ascensionnelle se couronnant de massifs nuageux qui permettent aux navigateurs de deviner le danger dissimulé sous la nappe miroitante des eaux par journée de grand calme à ciel pur.
Production d’un petit orage quasi quotidien
en été en plein Sahara
Un fait déjà signalé par nous mérite une très grande attention ; il permet de pressentir quel rôle prodigieux rempliront les aires de surchauffe en tout pays et en toute saison. ve
L.— Pendant son séjour au sommet du Hoggar, le Révérend Père de Foucauld a observé «un régime de petits orages presque quotidiens, donnant des gouttes et un «peu de pluie mesurable, mélangée parfois de fine grêle, dont le total pour ces
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«trois mois — juillet, août, septembre 1911 -— a été de 42 millimètres (33 en sep- «tembre) » ainsi que le dit M. Lasserre, Directeur du Service Météorologique. (1)
Notons qu'il ne s’agit point là d’un fait exceptionnel : Ainsi que nous l’exposerons au cours de cet ouvrage, les explorateurs du Sahara ont constaté que des pluies de chaleur sont produites par tous les massifs montagneux.
Pluies d’été quasi quotidiennes sur divers sommets
de la zone tempérée
Même dans la zone tempérée certains lieux bénéficient pendant la saison chau-
de de pluies quasi quotidiennes.
I. — «Sur le pic de Grondone (Italie), tous les jours il se forme un nuage élec- «trique qui, après quelques heures, éclate.» (2) J. — Il en est de même au Faulhorn en Suisse, au col du Géant (Mont Blanc)
en France, d’après les observations de Bravais pour le premier, et de de Saussure pour le second.
« La seule dfférence entre les orages de chaleur des pays tropicaux et ceux « des montagnes dans les latitudes moyennes est que les nuages que forment ces « derniers paraissent atteindre une hauteur beaucoup plus grande : Ils montent « d'ordinaire, en Suisse, au dessus des sommets les plus élevés, tandis que dans les «îles Sandwich, par exemple, ils ne dépassent guère deux à trois mille mètres. « L’air au-dessus de la mer dans les régions tropicales n’est pas plus chaud qu’au « pied des montagnes de l’Europe Centrale en été, mais il contient beaucoup plus «de vapeur d’eau ; la condensation doit donc y commencer à un niveau moins «élevé. » (3)
Les citations I. J., production quasi quotidienne des pluies en été au-dessus des reliefs accentués de la France, de la Suisse et de l’Italie, nous montrent que, pour que les pluies se produisent, il n’est point indispensable que l’air soit très humide. Il convient de remarquer qu'ici nous sommes dans la zone tempérée et en plein continent, et que ce régime de pluies quasi quotidiennes, tant au Faulhorn qu’au Col du Géant et à Grondone, ne se produit qu’en été. C’est donc que, dans les autres saïsons, la chaleur déversée par le soleil est trop minime, ou encore que la capacité d’emmagasinement calorique des terres, des roches insolées, est trop grande si l’homme n'intervient pas en créant des centres de coordination. Au contraire en été, par suite de l’échauffement un peu plus marqué de l’air qui frôle les flancs de ces hautes montagnes, son pouvoir ascensionnel est suffisamment accru pour qu’il monte assez haut et donne naissance à des pluies journalières pendant plusieurs mois consécutifs.
Ce même régime régulier de pluies d’été se produit en bien d’autres régions montagneuses, notamment à Roquebillière dans la vallée de la Vésubie, ainsi que nous l’a appris M. le Général de Bonneval.
(1) LASSERRE. — Aperçu météorologique, inséré dans la publication du Gouvernement Général de l’Algérie : « Les Territoires du Sud» 1922, 1re partie, P. 158.
(2) DE LA Rive. — Traité d’Electricité, p. 323.
(3) ANGOT. — Traité élémentaire de météorologie, p. 340.
Dogs": RUE
Sur les bords du Rio Négro, par 40° de latitude Sud, on recoit tous les jours des pluies de six heures. (1)
En Auvergne, il est de notoriété publique, d’après M. le docteur Grellet d’El- Biar, que la formation d’un chapeau de nuages sur le Puy de Dôme est fréquente dans la saison chaude et suivie d’orages et d’averses dans toute la région.
Très $grande utilité des centres de coordination
Dans tous les cas envisagés il y a un centre de coordination bien marqué :
Récifs sous-marins dans le premier cas, îles coralliennes dans le second, versants montagneux frappés par le soleil dans le troisième. C’est là le fait capital qu'il faut retenir ; ce sera notre guide.
En l’état ordinaire des choses, en l’absence de tout centre de coordination, que se passe-t-il en tous lieux et en tous temps ?
Les vapeurs émises par les nappes d’eau, les terrains humides, les végétaux, se disséminent par petits paquets dans le ciel et sont entraînées par les vents.
En Juin, Juillet et Août sur tout notre littoral algérien, dans la baïe d’Alger notamment, le fait est flagrant ; nous voyons chaque jour des petits paquets de vapeur devenir apparents, des nuages se former ici, là, en cent points, persister peu ou prou et finalement se dissiper.
De très grandes quantités de vapeur sont ainsi déversées incessamment dans le ciel sur toutes nos côtes Nord-Africaines, mais elles se disséminent dans d’immenses masses atmosphériques. En raison de cette trop grande dilution, les dimensions des nuages formés sont trop minimes pour qu’ils donnent des pluies ; les petits nuages s’évanouissent et les quantités énormes de vapeur émises par les littoraux Nord-Africains sont perdus pour la Colonie.
Où vont-elles se résoudre ? dans la zone équatoriale qui est précisément le lieu de coordination, le lieu de convergence des alizés du Nord-Est et du Sud-Est. Ces vents quasi constants, dus à l’appel extrêmement puissant qui se produit dans l’aire de surchauffe intense des tropiques, entraînent les vapeurs disséminées dans l’atmosphère des régions qu'ils traversent. Ainsi se déversent en pluies diluviennes sur | les terres et, pour la majeure partie, dans les mers équatoriales les vapeurs émises par nos littoraux Nord-Africains et par la Méditerranée.
Dans son parcours à travers l’aride Sahara ou l’Arabie, l’alizé du Nord-Est ne s’enrichit pas en vapeur ; par contre il s’échauffe, ce qui diminue son humidité relative ; et cependant il donne des pluies copieuses en plein Continent Africain, à plus de 1.600 kilomètres de l’Atlantique et de l’Océan Indien, à sa rencontre avec l’alizé Sud-Est.
. Nous avons là, nous l’avons déjà signalé, la preuve irréfutable de l’influence décisive de la convergence des vents sur la genèse des pluies. Par suite de cett convergence l’air est contraint de s’élever dans les hautes régions de l’atmosphére, il se refroidit par détente et arrive à saturation, malgré un soleil de feu.
L'analyse de ces divers faits amène à conclure qu’à la dissémination par petits paquets dans le ciel, des vapeurs émises par les littoraux des mers, les lacs, les chotts,
(1) FLammaRIioN. — L’Aimosphère, p. 660.