PRO
Il y tombe jour et nuit des pluies pénétrantes alternées de « turbunadas » ou petites trombes qu’accompagnent des rafales épouvantables. Voilà pour la saison sèche ! Quant à la saison des pluies elle dure huit mois !!
L’explication est la suivante : La côte de Tabasco ne s’élève d’une façon sensible au-dessus du niveau de la mer qu’à une trentaine de kilomètres à l’intérieur des terres. De juin à fin octobre le pays est sous l’eau ; la contrée tout entière se convertit en un grand lac où les villes et villages demeurent suspendus au-dessus des eaux ainsi que les cîmes des forêts, et l’inondation atteint généralement son maximum en octobre.
Or, presque sur le même parallèle et même un peu plus près de l’équateur, également en bordure de l’océan, Saint-Louis du Sénégal ne reçoit que de 30 à 40 centimètres de pluie, malgré l’immensité des eaux qui s’étalent devant son littoral !
Artifices à employer pour accroître l’échauffement de l’air
Cet échauffement il nous est permis, sans grande complication, de le produire en tout lieu, sur tous les terrains, à l’aide de très simples artifices, tels que léger revêtement de graviers, simple scarification, feuille de papier, ete... Ce sont là des moyens qui nous ouvrent des horizons nouveaux.
L'emploi des revêtements en papier pour accroître le rendement des cultures est, à cette heure, chose pratiquée en diverses régions. Le recours à ces revêtements permet de modifier du tout au tout l’aptitude d’un terrain à emmagasiner le calorique solaire et de réduire les pertes par rayonnement nocturne. Les propriétés isolantes du papier sont d’ailleurs bien connues.
Des influences tout à fait secondaires au premier aspect peuvent jouer un rôle considérable : Dans son livre «A travers l’Afrique», le Lt-Colonel Baratier signale que dans la vaste région du Ouassoulou (latitude 11°N, longitude 1120) les pluies sont en avance de plusieurs mois sur les régions du Nord, et que les premières précipitations se produisent généralement au début de février, alors que cependant le soleil n’est encore qu’à 140 au dessous de l’équateur, soit une différence de 259 avec la latitude de la localité. Cela ne serait-il point dû simplement à ce que cette région comprend de vastes plaines de terres noires bien arrosées et en cultures, formant centres de surévaporation, avec de-c1 de-là des galeries forestières ayant pour effet d’atténuer l’intensité des vents et de favoriser l’échauffement et l’ascension de l’air.. La chose paraît vraisemblable.
En définitive, les influences locales naturelles peuvent être considérables et l’homme a le pouvoir et le devoir de les accentuer au mieux de ses intérêts. Il importe qu'il s’en convainque.
Dans le bassin de l’Amazone les pluies engendrent d’autres pluies sur un immense parcours
Dans un précédent mémoire nous avons vu que, dans le bassin de l’Amazone, les pluies engendrent d’autres pluies sur un parcours de 3.600 kilomètres à partir de l’Atlantique, et cela parce que les vents océaniques du nord-est, ayant à traverser cet immense bassin hydrographique, doivent s’élever de 3.500 mètres pour franchir les seuils des Cordillères occidentales et de celle de Quito.
RFO
Ces pluies ont donné naissance à de multiples fleuves, à leurs innombrables affluents et lacs ainsi qu’à de prodigieuses forêts vierges. Ces nappes d’eau et ces forêts engendrent à leur tour des précipitations météoriques. Aussi, malgré distances énormes à l’Atlantique, les pluies atteignent 2 m. 50 et 3 m. dans toute l’étendue du bassin.
Conclusions des observations de Muntz
Dans la Revue Scientifique du 26 octobre 1912, p. 581, Muntz, de l’Institut, fit paraître un article intitulé « L’évaporation du sol et des végétaux, facteurs de «la persistance des temps pluvieux et froids.» Les conclusions ci-après résultent des observations et expériences qu'il fit faire à la Station végétale de Bellevue (Seine et Oise) de 1910 à 1912 : « Lorsque, dit-il, à la suite de pluies d’une certaine durée, «le sol reste mouillé, il évapore constamment de l’eau qui, se condensant dans les 4 couches supérieures de l’atmosphère, produit des nébulosités. Celles-ci maintien- «nent le ciel couvert et retombent sous forme de pluie pour continuer ce cycle «indéfiniment. Chaque jour de pluie lègue donc au jour suivant la cause originelle « de l'humidité persistante et l’on comprend que cet état ait tendance à s’éterniser. « Il résulte de ces observations que l’évaporation produite à la surface du sol, sur- «tout par le développement végétal, est un facteur important, peut-être prédomi- «nant, de la nébulosité persistante du ciel et des chutes d’eau fréquentes, et que ce «régime, une fois établi, a une tendance à se continuer par une sorte de cycle qui «ramène alternativement l’eau du sol vers l’atmosphère par l’évaporation, et celle « de l’atmosphère vers le sol par les pluies. C’est un cycle fermé qui peut se conti- «nuer jusqu’à ce que des phénomènes météorologiques puissants viennent le «rompre. »
De là résulte que les mêmes eaux peuvent retomber bien des fois de proche en proche, sinon au même lieu, du moins là où les conditions sont favorables. Ces conditions favorables la nature les a réalisées en certaines contrées ; au Brésil notamment et sur les versants orientaux de la Colombie, de la République de l’Equateur, du Pérou, et dans toute l’immense étendue du bassin de l’Amazone, ainsi que nous venons de le voir.
En réalité, c’est le calorique emmagasiné dans le sol qui assure une évaporation constante si les pluies ne sont point trop espacées. En multipliant les centres de coordination nous assurerons l’incessante multiplication des pluies qui, à leur tour, en engendreront d’autres grâce aux zones sucessivement aménagées à partir du Httoral.
La chaleur solaire dans la zone tempérée est-elle suffisante pour donner
un résime de pluies régulier en toute saison ?
Sans hésitation possible il faut répondre non. Mais la pluie dépend de plusieurs éléments, notamment du calme de l’atmosphère : Si pendant plusieurs jours le temps est calme, le ciel pur, le soleil brillant, l’atmosphère va s’enrichir en vapeur et un orage éclatera.
Il aura donc suffi d’une période d’incubation de quelques jours pour que la chaleur solaire devienne d’une efficacité suffisante.