Pluies de la nuit ou du lendemain
Ici l’emmagasinement du calorique dans le sol ou encore dans les superstruetures peut être préférable, ainsi que tend à le faire présumer le cas de la ville, de Clermont-Ferrand qui, hous le verrons, engendre parfois la pluie.
Le calorique inclus dans les murs entretient un courant ascendant, même après le coucher du soleil, alors que l’atmosphère se refroidit et se rapproche, par suite, du point de saturation. C’est la masse d’air ascensionnelle due à toutes ces construc- : tions qui produit ici la pluie. Celle-ci tombe généralement le lendemain matin.
Cette ville bénéficie à cet égard, non point d’un privilège particulier, mais simplement d’un observateur-au sommet du Puy de Dôme, bien placé pour voir ce qui se passe ; cet observateur à même constaté que les autres villes de la Limagne exerçaient la même action lorsque l'atmosphère est riche en vapeur.
Comme cas de pluies nocturnes nous pouvons citer Batoum sur la mer Noire : Les vents d'Ouest en parcourant cette mer se sont chargés d’humidité; ces masses d’air appelées par l’échauffement de la chaîne Pontique s'élèvent haut dans le ciel mais n’atteignent le point de saturation que de nuit.
En réalité, mieux vaudra généralement une capacité calorique très faible pour tendre à produire des pluies quotidiennes.
Dans certains cas particuliers il pourra en être autrement : Si, par exemple, 1l s’agit d'accroître la pluviosité d’une ville bâtie sur une presqu'île, la grande capacité calorique de ses murs devient un auxiliaire puissant : grâce à ces derniers il se produit un important massif ascensionnel, persistant de jour comme de nuit. D’autre part, les périodes de surévaporation des eaux qui l’entourent pourront être ainsi mises à profit spontanément, s’il s’agit d’un littoral bénéficiant des marées.
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Utilisation des radiations solaires
Le soleil est le grand moteur de toutes choses. Cest lui qui chaque jour engendre les vents, et à chaque instant en modifie les directions et les vitesses suivant nébulosité du ciel d’une région à l’autre, suivant inclinaison des versants montagneux et incidence de ses rayons à chaque heure du jour, en chaque saison, suivant aptitude à plus prompt et à plus grand échauffement des terrains et nappes d’eau que ses rayons atteignent.
Nul n’ignore que, de jour, les terres s’échauffent plus que les mers, ce qui donne naissance aux brises qui de la mer remontent vers l’intérieur des terres. Tout au contraire, pendant la nuit, les terres se refroidissent plus que les grandes masses d’eau, l’air est descendant sur les flancs des montagnes, il s'écoule dans les vallées et débouche à la mer ; c’est la brise de terre.
Une simple route non bordée d’arbres touffus est une ligne de surchauffe solaire qui engendre une bande ascensionnelle d’air chaud, laquelle entraîne des remous descendants qui perturbent aérostats et avions dans leur marche.
Tout comme les eaux profondes, les forêts constituent des régulateurs de température : leur échauffement diurne est moindre que celui des régions voisines ; les massifs d’air qui les dominent sont, pendant le jour, descendants ; aussi entraînent-ils les aérostats dans leurs mouvements de descente.
Vu leur très mauvaise conductibilité calorique, les dunes de sable sans végétation sont particulièrement aptes à s’échauffer promptement et donnent naissance à des courants ascendants qui rendent possible le vol à voile des avions sans moteur.
Si la dune est orientée perpendiculairement aux brises qui soufflent le plus fréquemment dans la région, le mouvement ascensionnel sera accru. Il atteindra sa valeur maxima aux heures où le soleil frappe de plein fouet le versant faisant face aux brises.
Aptitude à échauffement des divers terrains
Il y a là une première utilisation des masses d’air ascensionnelles, une première mise à profit de l’aptitude à plus ou moins prompt échauffement des divers terrains.
Or, ainsi que nous l’exposerons plus loin, cette aptitude, il dépend de nous de l’accroître en un lieu, de la diminuer en d’autres sur de grandes étendues, sans grosses dépenses ; et c’est là, précisément, ce qui nous permettra de prendre en mains le gouvernement de l’atmosphère en chaque région, pendant les périodes de calme à ciel pur, notamment le matin au lever du soleil, alors que l’atmosphère est en équilibre et qu’il est, par suite, aisé de faire naître des brises précoces et d’assurer leur convergence.
Revêtements flottants
Nous avons vu que des récifs sous-marins suffisent pour accroître l’aptitude à plus grand échauffement d’une nappe d’eau et par suite son évaporation, et qu'ils constituent ainsi en plein Océan des centres de coordination atmosphérique. Le même résultat sera atteint avec une énergie décuplée si aux récifs nous substituons des revêtements flottants : Les rayons solaires seront arrêtés à leur. surface et l’évaporation sera considérable si ces revêtements peuvent s ’imprégner d’eau.
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Prairies de Macrocystis, de Neréocystis et autres algues géantes
Il serait déplacé d'entreprendre ici la description des revêtements artificiels (le nombre de combinaisons méritant d’être essayées étant trop considérable); par contre il y a lieu d’appeler très fortement l’attention sur les immenses services que rendront un jour les prairies flottantes de macrocystis piriféra.
Ces algues géantes se rencontrent de-ci de-là dans toute l’étendue du Pacifique, dans les eaux les plus calmes et dans les régions de grosses mers, dans des eaux de salure et de température très diverses. Leurs cordons, fixés par des crampons sur des roches de fond par des profondeurs de 12 à 70 mètres, atteignent 200 et 300 mètres de longueur et viennent s’étaler à la surface des eaux en longues cordées, grâce aux ampoules pleines d’air de leurs thalles verdoyants. Chaque prairie importante, implantée au large de nos côtes sur nos fonds rocheux, va constituer une aire de surévaporation qui deviendra un centre pluvigène si on dispose en
son milieu une tour destinée à surchauffer l’air et centrer l’appel.
De plus, tout champ de macrocystis crée du côté de la terre une zone de calme ; les mouvements orbitaires des vagues de grosse mer, incessamment perturbés à la rencontre de chaque cordon, de chaque thalle, de chaque ampoule, sont amortis après un faible parcours, tout comme s’épuiserait en vain, sans avancer sensiblement, une armée dont chaque soldat s’acharnerait à refouler sous l’eau des vessies pleines d’air avant de progresser. Ces zones de calme permettraient d'entreprendre plus fructueusement les diverses cultures des eaux : huîtres, moules, éponges, et . donneraiïent plus de sécurité à nos pêcheurs.
En raison de la masse alimentaire offerte par ces forêts sous-marines, le peuplement de nos côtes en poissons et autres organismes serait considérablement accru : enfin les macrocystis arrachés du fond et jetés à terre par les tempêtes permettront, vu leur richesse en potasse et en matières organiques, de fertiliser nos terres. Depuis plus de 20 ans déjà les Américains extraient la potasse des amas de kelps que le Pacifique jette sur leurs côtes occidentales.
En raison de leurs multiples utilisations, il importe que l'Administration se décide, ainsi que je l’ai déjà demandé plusieurs fois, à essaimer ces algues géantes sur nos littoraux. Les prairies de macrocystis réparent elles-mêmes leurs brêches, c’est là la meilleure des combinaisons à adopter en mer et c’est autour des trop rares îles qui s’aiguayent sur nos côtes que les premières tentatives d’acclimatation des diverses espèces de ces thallophytes devraient être faites.
Prairies lacustres
C’est également à des revêtements artificiels et mieux encore, en bien des cas, à des prairies aquatiques flottantes de Salvigna, d’Azolla, de Macres nageantes, de jussiées, de lentilles d’eau, ete, qu’il y aura lieu de recourir pour transformer les lacs ou autres nappes d’eau de quelque profondeur en centres pluvigènes. Bien entendu, c’est vers'les centres des lacs que ces îles flottantes devront être implantées.
Comme cas particuliers, en raison du rôle très important qu'ils sont appelés à jouer, disons quelques mots du Tchad et des lacs du bassin de Tombouctou.
Lac Tchad, lac Faguibine
Grâce au Chari qui lui apporte les ruissellements des pluies tombées à sept cents kilomètres plus au sud, la dépression du Tchad n’a pu se dessécher entièrement. Bien que très fortement réduite, la nappe d’eau recouvre encore plus de deux millions d'hectares. En raison de sa très faible profondeur, 1l sera aisé de l’aménager rationnellement, de l’utiliser comme base de régression du Sahara sud oriental, base dont l'efficacité ira sans cesse en croïssant, vu l’étendue énorme des surfaces sus- : ceptibles d’être remises en eau.
Ce lac n’est en réalité qu’un immense chott de 1 m. 50 de profondeur, parsemé de nombreuses îles ; et il est par place recouvert d’une végétation luxuriante, c’estdire que là sont réunies toutes les conditions favorables à la création économique de centres pluvigènes de premier ordre.
Ayant fait choix d’une terre émergée fort distante des autres, on édifiera en son milieu une tour en tôle de grande envergure pour centrer l’appel, si un païllis sec de quelques dizaines d’ares, surmonté d’une paillotte conique d’une dizaïne de mètres de hauteur, se révèle insuffisant pour obtenir ce résultat. (Nous développerons plus loin les raisons qui justifient cette construction). On entourera cette île d’une série d’anneaux de prairies aquatiques à frondaisons bien étalées ; chaque anneau sera limité par des plantations de roseaux ou autres végétaux robustes (ambachs) aptes à s’enraciner solidement au fond des eaux, à former digue à la surface pour briser les vagues des jours de tempête et protéger les prairies flottantes.
Grâce à un outillage convenable, notamment à des canots automobiles aménagés en vue du faucardement, ainsi qu’à des plantations et des semis, l’on pourra, sans grande dépense chaque année, agrandir l’aire de surévaporation, ou mieux de chlorovaporisation, d’un ou plusieurs anneaux supplémentaires, jusqu’à cent, deux cents, cinq cents hectares, tant que l’expérience démontrera que ces aceroissements de surface continuent à augmenter la fréquence et l’abondance des pluies. hd
Cette limite atteinte, l’on passera à l'aménagement d’autres centres pluvigènes..
Pour réduire les dépenses afférentes à la production des pluies, ces digues seront en même temps disposées comme de véritables madragues destinées à la capture du poisson, Au lieu d'adopter une série d’anneaux concentriques, l’on pourra être amené à préférer une digue continue en forme de spirale.
Dans le mont Daro, par 9 de latitude Nord, le Niger prend naïssance et remonte de plus de 800 kilomètres vers le Sahara. Quand arrive la crue due aux pluies équatoriales, il s'étale du 15€ au 17€ degré en une véritable mer intérieure qui emplit les lacs du bassin de Tombouctou, celui du Faguibine notamment. La vaste dépression dénommée le Djouf, qui s’avance jusque vers le 22° degré, permet toutes les entreprises. Nous disposons là encore, mais sur les confins du Sahara occidental, d’une base puissante pour refouler les steppes arides.
Aménagement des chotts, création d’un lagon
Voyons maintenant quel est l'aménagement à adopter dans nos chotts, sebkhas, etc. Même en année très pluvieuse, la hauteur des eaux dans ces dépressions est minime : 60 centimètres au plus en général. Ces eaux s’étalent sur des surfaces considérables dont la planitude est quasi parfaite ; et cela est dû à ce que, depuis des,
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millénaires, ces dépressions collectent les poussières de l’atmosphère, les limons de leurs affluents. Les fonds se sont peu à peu colmatés, exhaussés, puis aplanis sous l'influence du balancement des flots. Cet état de choses, planitude parfaite des fonds, faible profondeur des eaux, permet d’adopter un aménagement d’une extréme simplicité, d’ampleur illimitée.
Vers le centre de la dépression élevons une digue en terre de 1 mètre à 1 m. 20 de hauteur, le double environ des plus hautes eaux en année pluvieuse, embrassant un cercle de 10, de 100, de 500 hectares. A travers cette digue implantons quelques vannes et chargeons le gardien des eaux de régler leur admission de telle sorte que l’épaisseur de la lame dans l’enceinte soit très minime, 2 à 3 centimètres, Juste un peu plus que l’évaporation ne peut enlever en un jour. Nous aurons ainsi créé un lagon analogue à ceux des îles coralliennes du Pacifique et de l'Océan Indien, mais combien plus efficace.
Dès les premières pluies, l’eau va s’élever au dehors plus haut que dans lenceinte ; celle-ci ne reçoit, en effet, que les pluies qui lui échoiïent, tandis que la dépression collecte toutes celles de son bassin hydrographique. Finalement, en ne manœuvrant les vannes qu’en temps opportun, nous aboutirons à la situation suivante : Epaisseur des eaux dans le lagon 2 à 3 centimètres ; au dehors 10, 20, 60 suivant le moment ; dès lors nous aurons créé là un centre d’appel intense. L’évaporation étant 2 fois, 4 fois, 6 fois plus active dans l’enceinte que sur les eaux périphériques, une colonne ascensionnelle d’air très humide va se former, faire appel, se couronner de nuages et donner la pluie par temps favorable.
Les chiffres ci-dessus sont. corroborés par les observations faites aux Sables d'Olonne, que nous avons déjà mentionnées, savoir : évaporation trois fois plus considérable tout comme si le soleil était trois fois plus ardent, si la lame d’eau est de 30 millimètres au lieu de 250 millimètres.
Ce très simple artifice, réduction à 2 ou 3 centimètres de l’épaisseur des eaux au eentre d’un chott, nous permet donc de créer des centres de coordination plus intenses que ceux des îles coralliennes de l’équateur ; et ces centres il nous est aisé d’en accroître la puissance dans telle mesure qu'il sera utile : Si pour 10 hectares la digue coûte 7.000 francs, pour 100 hectares la dépense sera de 22.000 et pour 1.000 hectares elle atteimdrait seulement 70.000 francs.
Ainsi qu’on le voit, ces centres pluvigènes sont d’une extrême simplicité ; ils pourront être édifiés sans trop grandes dépenses, surtout si J’on en a un certain nombre à faire en série, en recourant, pour construire la digue de l’enceinte et la digue d’accès, à un tracteur remorquant charrue, profileuse, pilonneuse, pendant que les terres sont encore humides.
Nous pouvons en quelque sorte opérer ici à l’échelle de la nature ; or, là est le succès. |
Si, au lieu d’un chott s’asséchant chaque année, la dépression renferme toujours une masse d’eau importante, l'influence bienfaisante du centre de coordination sera considérablement accrue. Ce centre pourra donner des pluies précoces dès le commencement de l’automne, alors que la capacité de saturation de l'atmosphère diminue rapidement avec sa température ; et, grâce à la répercussion que les phénomènes météoriques exercent entre eux, ces premières pluies locales pourront donner naissance à des précipitations s’étalant sur toute une région, En effet, les
premiers terrains mouillés vont évapôrer beaucoup d’eau pendant un ou plusieurs jours et, si le calme règne, l’atmosphère va s’enrichir d’autant. La phase de saturation pourra être atteinte à un certain niveau dans le ciel, soit dès la première, soit à la seconde ou la troisième nuit, si ce n’est de jour ; des pluies pourrontse produire et créer par suite une dépression barométrique s’étalant sur une surface bien plus grande que celle du lagon ; il y aura appel sur de plus grands rayons, appel susceptible de provoquer de nouvelles précipitations plus étendues.
Ainsi sera changée pour toute une contrée, en une année d’abondantes récoltes, une année qui eût pu être néfaste.
Il importe que l’attention s’attache à mesurer l'importance de ces répercussions éventuelles ; l’on évitera ainsi de croire que le chott le mieux aménagé pourra tout au plus distribuer dans la région une quantité de pluie égale à l’eau qu'il renferme ; ce serait commettre une singulière erreur.
Répercussions
Les centres de coordination que nous proposons de créer, tant sur les littoraux des mers qu’au milieu des plaines, ont pour destination essentielle de provoquer l’amorçage de précipitations météoriques de plus en plus étendues, en raison des pluies locales qu'ils donneront directement.
De même que la sécheresse tend à persister, les pluies tendent à en produire d’autres, grâce aux dépressions barométriques, aux centres d’appel qu’elles engengrent. C’est même là la cause principale du déséquilibre permanent de l’atmosphère, de son anarchie extrême : pluies continues excessives, inondations désastreuses dans une région ; sécheresse extrême dans l’autre ; cela même dans notre merveilleux pays de France, l’un des plus favorisés du ciel cependant.
Il continuera à en être ainsi tant que l’homme n’interviendra pas pour assurer une meilleure distribution des pluies en créant de nombreux centres de coordinanation atmosphérique convenablement répartis dans toutes les régions habitées.
Utilisation des chotts comme salines
La plupart de nos chotts sont riches en sels de soude, de potasse, ete... Rien de plus logique, dès lors, que de lesutiliser simultanément comme centres pluvigènes et comme salines, ce qui est tout un, et cela pour le plus grand profit de la colonisation. Nous avons déjà traité cette question antérieurement.
Ce n’est point seulement du sel marin et de la potasse que nous RO de nos chotts ; ils nous réservent d’autres produits intéressants, peut-être même des nitrates.
De la Sebkha el Melah près Zarzis, dans le Sud Tunisien, il a été extrait pendant les dernières années de guerre 850 tonnes de brome qui ont permis de rembourser avec usure à l’ennemi ses envois de gaz asphyxiants, de le battre avec le moyen diabolique par lequel il comptait exterminer les armées des Alliés à bref délai.
Par suite de la grande teneur en matières salines de la dépression qui l’avoisine, Zarzis va se transformer en une riche ville industrielle exportatrice de sel marin, de sulfate de soude, de sels de potasse, de brome... Espérons que ce sera au profit de la Tunisie,
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Ceci dit pour inciter à la prompte mise en valeur de nos sebkhas, de nos chotts. Ils contribueront à la prospérité de l’Algérie, de la Tunisie, si nous les aménageons en centres pluvigènes et en salines.
Centres de coordination des plaines dépourvues de toute nappe d’eau
Après avoir indiqué les dispositifs applicables aux surfaces d’eau : prairies marines ou lacustres et revêtements artificiels flottants pour les eaux relativement profondes ; lagons avec très minces lames d’eau au centre des chotts et sebkhas, il nous fait dire comment nous pourrons amorcer les pluies et les accroître dans les plaines et les plateaux dépourvus de toute dépression humide de grande surface.
Supposons que la configuration des lieux ne se prête point à l’aménagement d’une nappe d’eau. Divers cas sont à distinguer :
Si la région est apte à être mise en culture malgré la fréquence des sécheresses, un assolement convenable pourra résoudre le problème : On choisira un emplacement situé au milieu de vastes étendues de terrains plats cultivables, et à grande distance des versants montagneux que le soleil va au printemps frapper de ses rayons dès les premières heures du jour. Ces versants, surtout s’ils sont dénudés vont, après 2 ou 3 heures d’insolation, s’échauffer, faire appel et tendre à attirer à eux la colonne ascensionnelle qu’on se propose de faire naître. Il importe, par suite, de s’installer au loin.
Par contre, au cas où ces versants montagneux seraient boisés, leur influence nocive n’existerait plus ; le centre pourrait sans doute être plus proche sans inconvénient, peut-être même avec profit, ce que l’expérience permettra d’élucider.
Ayant fait choix d’un emplacement satisfaisant à ces desiderata, on laissera là en jachère un cercle de 100 hectares de superficie. L'automne venu on procédera aux ensemencements tout autour de ce centre sur la plus grande étendue possible, un millier d'hectares pour le moins. Les semailles terminées, on labourera la jachère, puis, à l’aide de pulvérisateurs à disques ou de scarificateurs, sa surface sera rendue pulvérulente. Nous aurons ainsi modifié du tout au tout la conductibilité de ce terrain ; sa surface va s’échauffer beaucoup plus que les champs en culture qui l’entourent. Nous aurons créé là une aire de surchauffe, un centre de coordination, et ce centre sera apte à donner des pluies par temps favorables, surtout au printemps dès que les blé, orge, avoine ou prairie auront atteint 5 à 10 centimètres de hauteur, le contingent de vapeur que ces végétaux peuvent fournir à l’atmosphère par transpiration physiologique étant plus considérable que celui qui serait donné par une nappe d’eau de même étendue et de quelques décimètres de profondeur.
En région caillouteuse, il sera de beaucoup préférable de ramener à la surface, à l’aide de charrues exolithes, une couche de pierrailles de quelques centimètres. Cette couche remplacerait très avantageusement le mulch du dry-farming ; il n’y aurait plus à recourir après chaque grosse pluie à de nouvelles scarifications ; le succès des cultures d'été serait bien mieux assuré, les terrains sous gravier retenant opiniâtrement l’humidité. La zone centrale sera utilisée pour les cultures d’été et à défaut, un an sur deux seulement, pour les cultures d’hiver. Les haies, les lignes d'arbres devront être tracées suivant des rayons de telle sorte que rien ne fasse obstacle à la convergence des brises que l’aire de surchauffe va faire naître,
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Pluie après pluie
Nous sommes 1ci dans les conditions tout particulièrement favorables à ce phénomène : fl vient de pleuvoir, le temps est calme, le ciel pur, le soleil frappe le terrain de ses rayons, leur chaleur va se dissiper comme suit : L
Le cailloutis du centre de coordination va s’échauffer beaucoup et évaporer assez peu; la pluie l’a traversé, l’eau est à l’abri sous la pierraille et, vu les trop grandes dimensions des vides elle ne peut remonter à la surface par capillarité. out au contraire, les terrains environnants, gorgés d’eau, vont s’échauffer moins et évaporer davantage. Une colonne ascensionnelle va s’élever au-dessus du centre et faire appel de l’air humide qui s’exhale tout autour. Cet appel peut s'exercer sur un très grand rayon, le calcul sera donné plus loin. Ainsi qu’on le voit, ces champs de pierrailles qui, à première vue, paraissent constituer un aménagement, médiocre, un pis aller de peu de valeur, peuvent tout au contraire rendre de très précieux services, et cela alors même que la végétation n’est pas encore partie. Les pluies pourront donc être accrues sur de très nombreux territoires grâce à cet artifice. Il faudra, bien entendu, se garder soigneusement de ramener à la surface les terres sous pierrailles ; les facons culturales seront données à l’aide de scarificateurs ou de charrues analogues aux arracheuses de pommes de terre. ;
Mer d’Alfa
Si l’on dispose d’une région à alfas assez denses, on pourra essayer de la combinaison suivante : défrichement d’une cinquantaine d’hectares d’alfas, en un emplacement choisi comme ci-dessus : installation d’une butte en pisé vers le centre, de forme circulaire, recouverte par une toiture cônique en chaume ou alfa pour centrer l'appel.
Aménagement des pâturages dans le Sud
M. Ben Danou, vétérinaire à Affreville, dans une communication des plus intéressantes à la Société d'Agriculture sur les laines algériennes, a signalé ce fait que les semences des plantes spontanées sont arrêtées par les aspérités du sol, de telle sorte que même en régions arides, la végétation en ces points peut être beaucoup plus dense.
Avant fait choix d’un emplacement convenable réunissant les conditions déjà énumérées, l’on pourrait procéder à des labours formant cercle autour de l’empla-. cement, sur une largeur de quelques centaines de mètres comme premier essai, pour voir si on n’arriverait pas à obtenir un peuplement beaucoup plus dense et à créer une sorte de prairie que l’on accroîtrait d’année en année si l’expérience réussit. L'emplacement central serait scarifié. Loin d’enterrer la pierraille qu’il peut renfermer, on la ramènerait à la surface et l’appel serait centré comme il a été dit. Il y aurait lieu de choisir comme centre le terrain le plus caillouteux, ou, en d’autres termes, le plus apte à s’échauffer promptement et à échauffer l’air au contact. Le sable est en effet trop mobile pour des aménagements devant durer plusieurs années.
Enfin, au lieu de laisser les eaux de ruissellement des rares orages s’épandre librement suivant les lignes de plus grande pente, on les contraindrait, à l’aide de
quelques traits de charrue, à s’étaler autour du centre de coordination choisi. L'objectif est toujours le même : obtention d’un centre de surchauffe, de préférence circulaire, entouré tout autour d’une grande zone à végétation relativement dense.
Haies vives, haies sèches pour protéger la naissance des colonnes ascensionnelles
Il est un moyen qui permettra d’accroître l'efficacité des aires de surchauffe, c’est de les entourer de haies et de multiplier celles-c1. L’on sait quel rôle efficace jouent ces abris dans la culture maraîchère : la température acquise au niveau du sol est accrue, les plantes bénéficient d’un climat plus chaud, l’air qui les frôle se renouvelle moins vite et peut, par suite, atteindre une température plus élevée : c’est précisément ce qu'il faut rechercher pour nos aires de surchauffe.
Il faut protéger l’éclosion de puissantes colonnes d’air ascendant, il faut aussi rechercher si ces mêmes moyens de protection ne peuvent contribuer à d’autres progrès. L'exemple suivant précisera ma pensée : Dans un article fort intéressant publié par la « Dépêche Algérienne » le 21 mai 1926, M. Charles Daure propose, pour diminuer la mortalité des moutons dans le sud, due aux vents froids de la nuit en période de disette, «mortalité qui fut effroyable cet hiver, plus de deux millions d'adultes périrent sans compter les agneaux», d’abriter les troupeaux à l’aide de multiples petites levées en terre et pierrailles, ou encore à l’aide de haies de branchage de 80 centimètres de hauteur formant coupe-vent, ceci combiné, bien entendu, avec la multiplication des points d’eau et autres mesures propres à éviter des marches trop épuisantes.
Distribuons ces levées en lignes parallèles dans un carré ou une circonférence : Nous aurons créé une aire de surchauffe. Un grand gourbi conique, implanté au milieu, centrera l’appel. Le paccage des troupeaux, pendant les nuits non glaciales, dans une zone concentrique, chaque année plus large, en vue de fertiliser le sol, les $carifications pour assurer l’ensemencement, aboutiront, après une période de temps suffisante, à la création de vrais centres pluvigènes.
Conclons en disant que pour accroître la pluviosité des régions arides 1] faut mettre à profit les accidents topographiques favorables, tels que îlots et hauts fonds rocheux en mer, lacs, sebkhas, chotts, terrains caillouteux des plaines et plateaux, multiplier les nappes d’eau en utilisant les oueds, les ruissellements, aménager rationnellement toutes choses, cultures d’hiver et cultures de printemps, plantation d’arbres, ordonnancer les irrigations, grouper les habitations, de telle sorte que tout concoure à provoquer la convergence des brises vers de puissants centres de coordination atmosphérique. A l’incohérence naturelle il faut substituer une distribution des éléments telle que la nappe d’air qui frôle le sol, capte l’air humide et tende à se masser vers le centre. Il faut qu’elle s’élève vers le zénith en une seule colonne apte à vaincre la viscosité de l’air et jusqu’à hauteur suffisante pour atteindre, grâce au refroidissement dû à la détente, la phase de saturation.
Centres pluvigènes des cîmes et centres forestiers
Nous avons vu que divers hauts massifs de la zone tempérée donnaient naïssance pendant la saison chaude à des pluies quasi quotidiennes et que, même en plein
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Sahara, il y avait tendance au sommet du Hoggar à la formation d’un orage en chaque jour d’été. Plus grande est l’altitude du massif, moins haute sera la colonne ascensionnelle nécessaire pour atteindre la région de l’atmosphère qui marque 0 degré, moindre sera par suite l’échauffement à faire subir à l’air. Mais sur ces hautes cîmes l’air est très peu dense ; de plus, il est généralement dépouillé de poussière et peu humide ; il lui est par suite bien difficile de s’échauffer spontanément. Il serait tout à fait intéressant de voir quelles sont les conditions que présentent les flancs des massifs donnant naissance à ces pluies d’été : Les éboulis de roches, de pierrailles, particulièrement aptes à s’échauffer et à échauffer l’air qui pénètre et circule entre leurs interstices, recouvriraient-ils ces versants ? La chose nous paraît probable et nous a été affirmée pour Assekren par M. E. Dubuc, l'explorateur saharien bien connu, qui a donné dans «le Monde Colonial Illustré» plusieurs articles du plus haut intérêt sur la politique de l’eau au Sahara. Il serait intéressant de vérifier s’il n’en est point de même au Faulhorn, au Col du géant : Dès que les glaces, les neiges sont fondues, les pierres détachées s’échauffent beaucoup plus promptement que des puissants bancs de roches ; l’air qui les baigne et pénètre entre elles doit atteindre une température bien plus élevée.
Revenons au Sahara : Si l’observation justifie notre hypothèse sur d’autres versants que celui d’Assekren, on pourra recourir à ce procédé : étalement d’une couche de pierrailles ou de moellons sur le versant sud du massif dont on se propose d'accroître le rendement en pluie.
Il conviendra aussi de voir si les colonnes ascensionnelles ne se forment pas, de préférence, au dessus des ravins dont les versants à face dénudée sont orientés respectivement à l’est et à l’ouest. Dans ce cas, en effet, à chaque heure du jour l’un des deux versants est échauffé dans les meilleures conditions et rayonne en partie sur l’autre.
Une étude attentive des divers massifs donnant des pluies d’été permettra d'obtenir des indications utiles : Il faut tenir compte à la fois et de la fréquence des pluies et de leur abondance et des caractéristiques de chaque cîme : étendue des surfaces dénudées et couvertes de pierrailles, étendue des surfaces boisées, altitude de leur étage le plus élevé, exposition des versants principaux, importance et orientation des ravins, abris relatifs qu’ils présentent et qui donnent lieu à des surchauffes plus ou moins considérables. Aux hautes altitudes, effectivement, l’air est très fluide, son contact avec un corps chaud est d’autant plus bref que la pression atmosphérique est moindre ; chaque molécule d’air arrivée au contact rebondit plus promptement. D’autre part, le soleil y est brûlant alors que l’air est glacé, ce qui démontre combien est brève la durée du contact.
Sans attendre la vérification de notre hypothèse pour les divers sommets que nous avons cités, faisons dès maintenant observer que c’est sur ces cîmes qu'il est tout particulièrement aisé à l’homme de surchauffer l’air :
Comme nous l’avons vu, la surchauffe à communiquer à l’air pour qu’il pénètre dans la strate marquant zéro degré est plus faible ; et 1l n’est point indispensable que l’air arrive à saturation pour donner naïssance à des cristaux de glace et consécutivement à la pluie.
En second lieu, la surchauffe peut être obtenue en recourant à l’artifice suiyant : Il suffit d'aménager sur le versant sud des carneaux exposés en plein soleil
sur les lignes de grande pente des versants. Ces carneaux seront constitués, paï exemple, par des tranchées creusées dans le sol, de 1 mètre de largeur sur 0 m. 50 de profondeur, recouvertes de voûtines en briques, de tôle ondulée, qu’on noircira au besoin, et même, pour des essais, de papier parcheminé noirei (Les vitrages seraient trop fragiles et trop coûteux).
Ces carneaux aboutiront à une excavation contenant des massifs de moellons, de pierrailles, de briques, couverte en terrasse par des voûtes présentant des ouvertures pour permettre les lâchures d’air chaud aux moments les plus favorables, de préférence quelques instants avant le coucher du soleil : Dès quatre heures de l’après-midi, le soleil étant déjà assez bas, l’atmosphère se refroidit et prend un mouvement de descente. Une heure plus tard, faisons une lächure d’air chaud en ouvrant les trappes situées sur notre dock à pierrailles : l’air chaud ascendant va rencontrer l’air froid descendant ; le massif nuageux va pouvoir se former à faible altitude au-dessus du sommet et donner de la pluie. Par contre, si nous procédons à une lâchure au lever du soleil, la colonne ascensionnelle engendrée par le massif de pierrailles va bénéficier des radiations solaires ; l’ascension pourra se poursuivre plus haut et la phase de saturation être atteinte, mais à une plus grande altitude.
Si nous parvenons, d’une part à amener au pied des massifs montagneux de l'air très humide, d’autre part à aménager leurs cîmes en centres pluvigènes à fréquentes chutes météoriques, leurs flancs vont se couvrir de pâturages puisse boiser. Les pluies de chaleur deviendront de plus en plus fréquentes, à une condition toutefois, c’est qu’on ne laisse point le versant sud se boiser, afin que les arbres ne s’opposent ni à l’échauffement du sol, ni au libre accès des brises remontant le versant. Il faudra donc maintenir le versant sud dénudé et couvert de pierrailles, tout en facilitant le développement de la végétation sur le plus grand rayon possible tout autour du massif ; on facilitera ainsi l’extension de la zone sahélienne et le refoulement méthodique de la zone désertique.
Etant donné les grandes difficultés que l’air éprouve à s’échauffer spontanément sur ces cîmes, alors que cependant nous constatons la fréquence des pluies en été sur certaines d’entre elles, étant donné d’autre part les facilités considérables que l’homme rencontre là pour emmagasiner d’énormes quantités de calories, il nous paraît vraisemblable que bien des sommets pourront être aménagés en centres de coordination producteurs de fréquentes pluies.
Des fossés de niveau étagés sur les flancs de ces massifs collecteront les eaux de ruissellement et les dirigeront vers des barrages réservoirs. Ces eaux emmagasinées à grande altitude serviront à actionner des moteurs, à produire le courant électrique.
Ce serait là une méthode de captation et d'utilisation industrielle de la chaleur solaire qui tendrait à accroître nos ressources en houille bleue et à atténuer les années de sécheresse, années qui sévissent parfois de façon désastreuse, même dans nos hauts massifs des Alpes, des Pyrénées, du Plateau Central.
Les mêmes aménagements amélioreraient l’alimentation de nos barrages réservoirs et accroîtraient la masse des eaux d'irrigation.
MR re
Centres de coordination des résions humides et chaudes
Bien des villes de la zone tropicale souffrent d’un climat débilitant ; ici encore les centres de coordination pourraient jouer un rôle utile.
Après chaque pluie, l’eau qui impreigne le sol s’évapore, il y a soustraction de calorique, la température s’abaisse de 5, 6 et même 8 degrés ; et c’est pourquoi, chose singulière pour nous gens d'Europe, en ces régions on appelle saison d’hivernage la saison pendant laquelle le soleil est le plus haut dans le ciel mais où les pluies sont les plus fréquentes. Les centres de coordination permettraient sûrement d’accroître la durée de l’hivernage, autrement dit de le faire commencer plus tôt et finir plus tard. Les villes qui souffrent tout particulièrement de cette atmosphère anémiante auraient intérêt à recourir à ces centres de coordination pour multiplier les journées de fraîcheur, pour diminuer le nombre de journées d’oppression pendant lesquelles l’humidité s’amasse dans l’atmosphère avant que l'orage éclate.
Centres de coordination et g$rêle
Il y aurait lieu aussi de s’assurer si l’aménagement de centres de coordination dans les plaines humides ou dans les étangs ne permettrait pas de réduire le nombre d’orages à grêle. Mieux vaut, semble-t-il, substituer des colonnes ascensionnelles d’air très humide à l’ascension de masses d’air relativement sec qui se produit fatalement, de-ci de-là, pendant les journées chaudes et calmes de l’été; la condensation s'effectuera à des niveaux bien plus bas ; elle donnera de la pluie et non de la grêle.
Rizières
Enorme est la consommation de riz dans le monde et cette monoculture des populations de l’Asie Orientale entraîne parfois de redoutables famines. En 1899- 1900, plus de 50 millions d’Hindous ont été éprouvés par ce fléau et ee n’a pu apporter une aide efficace à plus de 4 millions d’entre eux.
C’est le riz de marécage qui est de beaucoup le plus cultivé, vu son meïlleur rendement. Cette céréale doit séjourner pendant plusieurs mois dans l’eau; le moins qu’elle exige c’est de recevoir chaque dix jours un très copieux arrosage, mais déjà le rendement est bien moindre ; c’est dire quelles énormes quantités d’eau nécessitent les rizières qui alimentent les populations de la Chine, des Indes, du Japon, de la Cochinchine, etc.., et quel intérêt s’attacherait, en ces régions surpeuplées, à prendre la maîtrise des pluies. Or, l’on trouve réunies là toutes les conditions favorables à l'aménagement de centres de coordination de même genre que ceux préconisés précédemment pour les chotts algériens. Il faut ici distribuer les rizières tout autour d’une aire de surchauffe apte à provoquer la convergence des brises, la formation d’une puissante colonne ascensionnelle. A la distribution irrégulière des rizières, à leur dissémination anarchique, il faut substituer un plan d’ensemble, un ordonnancement méthodique autour du centre que la topographie de la région fera ressortir.
Notons que les légères différences de niveau ne seront pas pour arrêter les riziculteurs ; en bien des localités, les rizières sont établies en gradins sur les flancs des ondulations ; et incomparable est l’habileté des indigènes pour déplacer à la main, d’un ee. à l’étage supérieur, d’énormes quantités d’eau.
Centres pluvigènes à revêtements mobilisables Escadrilles de pluie
Dès que l’expérience aura démontré qu’il est possible, grâce à un aménagement rationnel et malgré leur situation très défavorable, de contraindre nos chotts à donner des pluies, l’on sera amené, dans toutes les régions arides en bordure des océans et des mers, à prendre l’ensemble des mesures nécessaires pour bénéficier, dans le plus bref délai possible, de pluies supplémentaires dues à l’implantation en mer de centres de coordination plus ou moins précaires, et cela sans attendre l’expansion des macrocystis dont il a été précédemment parlé.
Ces mesures paraissent devoir être les suivantes :
1° Etude attentive de la distribution des pluies sur chaque littoral ;
20 Choix des emplacements qu’il importe en tout premier lieu de transformer en centres pluvigènes ;
30 Bornage par des bouées, mouillées sur de lourds corps-morts, des surfaces d’eau à recouvrir de revêtements flottants ;
40 Création d’escadrilles ayant pour destination essentielle le montage, le transport d’un champ à l’autre des revêtements, le remorquage et la fixation des tours destinées au centrage.
Chaque escadrille comprendrait, en principe, un navire (ponton ou chaland) de préférence en ciment armé, apte à arrimer dans ses flancs les revêtements flottants artificiels, leurs bouées, corps-morts, ancres et autres accessoires, ainsi que deux canots automobiles destinés à la prompte mise en place des revêtements flottants qui seraient réalisés par des claies de roseaux ou autres matériaux légers de vil prix.
Le pont supérieur de ce navire affecterait une forme hémisphérique constituée par un dôme en tôle, de manière à lui faire jouer le rôle de centre de surchauffe servant de base à la colonne ascensionnelle, au milieu de l’aire de surévaporation constituée par les revêtements flottants.
Mieux vaut en mer adopter des calottes hémisphériques de peu de hauteur et de grand diamètre pour assurer le centrage, forme évidemment beaucoup plus stable.
Il convient aussi de mentionner que tout le substratum fixe, corps-morts, bouées, chaînage, devra être prévu et utilisé en vue de la culture des eaux (huîtres, moules, etc...)
Dépressions barométriques et vents
Il importe, pour dissiper tout scepticisme, pour permettre de pressentir l’influence considérable que l’homme est appelé à exercer sur les phénomènes météoriques, de montrer combien minimes sont les forces à mettre en jeu pour engendrer les vents.
Les météorologistes, avons-nous vu, ont reconnu qu’une différence de pression barométrique de 1 millimètre de mercure, entre deux régions distantes de un degré de latitude soit 111 kilomètres, suffit pour donner naissance à des vents dont la vitesse, variable sur terre suivant aspérités du sol, atteint 6 m. 70 à la seconde à la
surface des eaux.
Ra
Mieux vaut, pour bien faire ressortir avec quelle inconcevable facilité les masses atmosphériques se déplacent horizontalement, substituer à la colonne de mercure de 1 millimètre de hauteur une colonne d’air exerçant la même pression. Sa hauteur serait de 10 m. 52 à O degré et de 11 m. 29 à 20 degrés ; admettons 11 mètres pour simplifier.
Une différence de hauteur d’air de 11 mètres, pour un parcours de 111 kilomètres, cela fait une différence de 1 mètre par 10 kilomètres, différence qui serait obtenue, le coefficient de dilatation de l’air étant de 1/278, en chauffant de 19° une colonne d’air de 273 mètres de hauteur.
Ainsi il suffira que sur notre centre de coordination la pression, en raison de la surchauffe de l’air et de son enrichissement en vapeur, soit diminuée de un mètre de hauteur d’air, c’est-à-dire de un dixième de millimètre de mercure pour que l’appel s’étale sur une surface de plus de 30.000 hectares.
Or un abaissement de pression de un dixième de millimètre de mercure est aisé à produire par. belle journée de calme et de chaud soleil :
Pour les chotts il suffit d’accroître la température et, par suite, l’évaporation des eaux en leur milieu en réduisant à quelques centimètres leur épaisseur, suivant les dispositifs que j’ai décrits plus haut d’une manière détaillée.
S'il s’agit d’un lac ou d’une surface marine quelque peu profonde on recourra à un revêtement flottant constitué par une prairie lacustre ou, sil s’agit de l'océan, par des champs de macrocystis pirifera implantés sur fonds rocheux, ainsi que cela a été dit.
Rôle décisif que sont appelées à jouer les aires de surchauffe et de surévaporation
Cette importante constatation de l’effet immense produit par une aussi minime diminution de pression permet de préjuger quel rôle décisif seront appelées à jouer les aires de surchauffe et de surévaporation pour l’accroissement des pluies dans toutes les régions qui souffrent de leur pénurie, dans toutes celles notamment qui ne peuvent être mises en culture à cette heure, bien qu'ayant dans leur voisinage de grandes nappes d’eau.
El ici, peu importe que ces eaux soient saumâtres, amères, salines, qu’elles soient emmagasinées dans les chotts, les sebkhas, les marais, ou encore qu’elles soient empruntées aux mers Où aux océans.
Tous les océans bénéficiant de la marée, cela permet la remise en eau de très nombreuses dépressions situées en bordure de leurs littoraux, telles que les salines, les lacs, ete. |
Nous voyons ainsi qu’il est aisé de faire naître des brises, et ces brises on peut les employer à rafraîchir et ventiler les villes tout comme à engendrer des pluies. Mais il nous est également permis de modérer en certains cas les vents impétueux, ce qui nous amène à dire quelques mots du mistral. |
Mistral
MM. D. Faucher et E. Rougetet, météorologistes, qui ont publié une étude sur le mistral, ont reconnu que ce vent était engendré par des causes propres à la val-
lée du Rhône. L'état thermique des plaines Rhodaniennes, disent-ils, leur paraît être le facteur dominant ; chacune d’elles, grâce à la nature de son sol, généralement perméable et favorable à l’évaporation, est un centre de dépression (1). Le mistral est surtout caractérisé par sa violence ; sa vitesse est variable suivant le moment considéré et suivant les lieux ; un des traits les plus originaux c’est son irrégularité. Ces savants opéraient avec de nombreux anémomètres ; ils ont pu discerner les vitesses dues aux variations de pression, autrement dit les vitesses dues au gradient barométrique, de celles attribuables aux influences thermiques locales, et ils ont reconnu que ces dernières pouvaient atteindre plusieurs mètres à la seconde (2).
Cette irrégularité caractéristique du mistral est à rapprocher de ce que nous avons dit au début de ce mémoire. Le soleil frappe divers terrains plus ou moins aptes à s’échauffer promptement et sous des incidences diverses d’un instant à l’autre ; des colonnes ascensionnelles s'élèvent sur les parcelles les plus aptes à s’échauffer, autrement dit sur les terrains graveleux et sablonneux. Maïs en même temps il y a appel vers les masses ascensionnelles les plus importantes ; notons que les aires spontanées de surchauffe varient elles-mêmes d’une heure à l’autre suivant incidence des rayons solaires, inclinaison des versants montagneux en un même point. Suivant le moment, l’air sera ascendant ou animé d’un mouvement de déplacement horizontal ; c’est précisément ce qui se passe dans la vallée du Rhône où des nappes d’alluvion caillouteuses émergent de-ci de-là, notamment de Montélimar à Valence, où existent des versants plus ou moins boisés ou dénudés, dont l’inclinaison et l'orientation par rapport au soleil varient à tout instant.
De tout cela résulte qu'il est loisible aux habitants de la vallée du Rhône de modérer le mistral là où son action est trop violente, en distribuant convenablement les massifs boisés, les versants nus, les diverses cultures suivant leur précocité, densité et hauteur.
Il faudrait notamment implanter de puissantes haies de haute futaie transversalement aux vallées en leurs points rétrécis, aménager dans chacune des plaines que traverse le Rhône, de Condrieu à la mer, des centres de coordination donnant naissance à de puissantes masses d’air ascendantes. Ces haïes et ces centres d’appel contribueraient à interrompre la propagation du vent sur un parcours de plus de 200 kilomètres ; son accroissement de puissance et sa violence seraient ainsi diminués. Les centres pluvigènes dans les étangs de Berre, du Vaccarès, et même dans la Crau, permettraient, en outre, par suite de la multiplication des pluies dans ce désert caillouteux, d’atténuer l’action que cette énorme aire de surchauffe exerce, et d’accélérer sa mise en culture, concurremment avec les canaux de Craponne et des Alpilles.
Le colmatage par les eaux troubles de la Durance a déjà permis de réduire considérablement l’étendue des 20 mille hectares à l’état désertique de cet immense
(1) Des expériences que nous avons poursuivies sur l’évaporation résulte que celle-ci est considérablement réduite dans les terrains graveleux ; par contre l’échauffement de ces terrains est bien plus notable, et c’est précisément ce qui provoque la création de centres de dépression, autrement dit la formation de masses d’air ascendantes.
(2) Le Mistral, par ROUGETET, dans « La Météorologie » janvier 1923, p. 23, et compte-rendu de l’Académie des Sciences, août 1925, fascicule 9, p. 323
DT, DESEs
champ de cailloux. L’accroissement des pluies accélèrera la conquête à la culture des parties encore stériles, et diminuera l’appel dans la vallée du Rhône, d'où atténuation du mistral.
Propriétés de l’air humide
Bien qu'il soit évident à priori que pour produire la pluie mieux vaut installer les centres de coordination au milieu des grandes surfaces à évaporation active, il est bon d’indiquer et d’évaluer les influences qui justifient cette conviction. Les voici :
19 À température égale, l’air le plus humide, ainsi que nous l’avons déjà vu, est le plus léger, contrairement à ce que croit le public ;
20 Alors que l’air saturé d'humidité capte 1/10 des radiations solaires, l'air sec en absorbe 50 fois moins. De là résulte que l’air humide se refroidira plus lentement en s’élevant dans le ciel. Il peut, par suite, pour une même surchauffe initiale s’élever plus haut que l’air sec ;
30 Plus l’air qui affluera à nos centres de coordination sera humide, moins il aura à se refroidir, moins en conséquence à monter haut pour arriver à condensation et engendrer des massifs nuageux. Or, moins notre colonne ascensionnelle sera haute, moindre sera l'influence des actions perturbatrices dues à l'atmosphère ambiante.
Dans son ascension, notre colonne d’air chaud et humide va dans sa périphérie tendre à entraîner la gaîne atmosphérique qui l’entoure ; il y aura frottement, tourbillonnement, appel, mélange ; d’où réduction progressive de son diamètre. Cette réduction sera d’autant moindre que la phase de condensation aura été atteinte à plus bas niveau ; et dans les régions arides cet élément est à prendre en considération.
Surchauffes nécessaires suivant humidité de l’air
Mais pour préciser mieux vaut recourir à un examen numérique. Dans tout ce qui va suivre nous admettrons que la température de l’atmosphère s’abaisse de 1 degré par 180 mètres de hauteur, ce qui est la situation moyenne, et que l’air marque 200 au niveau du sol. À saturation il renfermerait 17 grammes 117 de vapeur par mètre cube.
Supposons d’abord que son humidité soit de 70 % et que nous n’ayons rien disposé pour l’accroître ; chaque mètre cube d’air renferme 12 gr. de vapeur. En consultant les tables météorologiques nous trouverons que l’air saturé à 149 centigrades renferme précisément ce poids de vapeur ; il faut donc que la colonne ascensionnelle, en s’élevant vers le zénith, se refroidisse jusqu’à 14 degrés, soit de 6° avant que la condensation commence. ;
La température dans l’atmosphère s’abaissant de ï degré par 180 mètres, nous trouverons la température de 140 à une hauteur égale à 6 fois 180, soit 1 .080 mètres. Il faut donc que notre colonne s’élève à cette hauteur. Mais par détente l'air à 70 % d'humidité se refroidit de 1 degré par chaque 103 mètres d’ascension ; en s’élevant de 1.080 m., l’air de la colonne se refroidira de 1 .080 : 103 soit 10048. La température au niveau du sol devra donc dépasser 14° - 10048 soit 24048, et
Tir
comme elle n’est que de 20° il faut chauffer l’air de 4048 au moins. Dès lors, à toute hauteur jusqu’à 1.080 mètres, sa température sera plus grande, sa densité plus petite que celle de l’atmosphère, la colonne ascensionnelle pourra donc atteindre cette altitude.
Envisageons maintenant le cas d’un chott avec lagon, et supposons que, grâce à son cheminement prolongé rez les eaux du chott, l'humidité qui était de 70 % atteigne 80 %,. Chaque mètre cube d’air renferme maintenant 8/10 de 17 gr. 117. soit 13 gr. 69 de vapeur. En suivant la même filière que ci-dessus, nous verrons qu’il suffira qu'il se refroidisse à 1602 pour arriver à saturation. Cette température nous la trouverons dans l’atmosphère à 684 mètres de hauteur ; notre colonne, en s’élevant à ce niveau, se refroidit de 684 : 104 soit 6057. Il faut, par suite, qu’au niveau du sol sa température dépasse 16020 + 6057 soit 22077 ; et comme l’air ambiant est à 200, il suffira de l’échauffer d’un peu plus de 2077.
Rapprochons ces chiffres :
Haut. à laquelle
Humidité de l'air Echauf. nécessaire la condensation commencera 70 4048 1.080 mètres 80 % 2077 684 mètres
Aïnsi plus l’air est humide, moins il faut le chauffer et plus petite sera la hauteur à laquelle il aura à s’élever pour arriver à saturation.
Merveilleuse puissance ascensionnelle de l’air humide
Mais il ne suffit pas qu’il y ait un commencement de condensation, il faut que celle-ci se poursuive ; pour ce, il faut que l’air de la colonne continue son ascension. C’est ce qui va se produire spontanément grâce à la restitution de la chaleur latente emmagasinée par les vapeurs incluses dans l’air humide.
Chaque gramme d’eau, pour se vaporiser, a absorbé 6/10 de calorie, ce qui, pour l’air à 80 % d'humidité renfermant 13 gr. 69 de vapeur, donne 8 calories 21.
Pour chauffer de 1° ce mètre cube d’air, il suffit de 0,286 calorie. La quantité de chaleur nécessaire pour évaporer 1 gr. d’eau étant de 0,600 calorie, chaque gramme de vapeur qui se condense réchauffe l’air de 0,600 : 0,286, soit 201. Si toute la vapeur se condensait, ce qui est d’ailleurs impossible, le réchauffement atteindrait 2807 et on voit par là quelle énergie considérable est incluse dans la vapeur de ce mètre cube d’air humide.
Si, au lieu de la mesurer en calories ou en degrés thermométriques, on l’évalue en kilogrammètres, unité qui représente le travail dépensé pour soulever un kilogramme à un mètre de hauteur, on verra plus nettement encore quelle merveilleuse faculté latente d’ascension l’air humide renferme.
Une calorie peut produire un travail de 425 kilogrammètres ; les 8,2 calories emmagasinées dans le mètre cube d’air à 80 % d’humidité peuvent donc produire 8.485 kilogrammètres ; ce mètre cube d’air pesait au niveau du sol 1 k. 20, il renferme donc une énergie suffisante pour s'élever à 3.485 : 1,20 soit plus de 2.900 mètres au-dessus du niveau de condensation, et abandonner par suite la majeure partie de la vapeur qu’il renferme,