‹ Refoulement du Sahara. Première partieChapitre 4 sur 33 · MO EE · texte numérisé non relu

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nom puisqu'elle est le point de toute l’Algérie le plus arrosé durant les trois mois de plus forte chaleur.

Ce village se trouve fondé sur un petit plateau pierreux surplombant la plaine : Il constitue un véritable centre de surchauffe à la base duquel coule l’oued Mz qui a permis aux indigènes de créer une bande circulaire de jardins constituant une aire de surévaporation en plein été.

« Dans le bassin de la Saône il existe une petite ville appelée Cuiseaux où il «pleut toujours plus que dans aucun autre point de la même vallée.» (1)

Nous aurons, d’ailleurs, à signaler d’autres centres pluvigènes spontanés en Afrique Occidentale, Beyla, la Petite Côte, etc.

Régions désertiques équatoriales

De tout cela résulte, sans aucune espèce d’hésitation possible, que l’abondance des radiations solaires est éminemment favorable à l’abondance des pluies. Et cependant, à l’équateur même on rencontre deux régions désertiques, bien que toutes deux soient en bordure d’un océan.

Sur le versant occidental des Andes, du 4€ au 5° degré de latitude sud, se trouvent les déserts de Tumbès et de Séchura sur le littoral de l’Océan Pacifique. Il n’y pleut que tous les quatre ou cinq ans (2). Ces déserts sont dus au courant froid de Humboldt et aux grandes dunes de sable, ainsi que nous le verrons.

Sur la côte orientale d'Afrique baiïgnée par l’Océan Indien, la Somalie italienne est non moins désertique au voisinage de l’équateur. Aïnsi que le dit M. Ch. Gouterau : « La partie de la côte des Somalis située un peu au Nord de l’équateur «est connue comme une des régions les plus sèches du globe ». (3) Les grands déserts d’Arabie se surchauffent, font appel dans tous les sens, notamment vers la Somalie italienne ; l’alizé du Nord-Est se trouve annihilé et, de ce fait, il n’y a plus convergence des alizés Nord-Est et Sud-Est ; les vents de mousson l’emportent, le cheminement horizontal prédomine ; il n’y a pas ascension des masses d’air à hauteur suffisante au-dessus de la région.

Ces deux exceptions rencontrées sous la ligne équatoriale elle-même nous amènent à examiner de plus près la genèse ordinaire des pluies.

Presque toutes les pluies sont dues aux mouvements ascendants de l'air

Les météorologues s’accordent à reconnaître que toutes les pluies sont dues au refroidissement et que, sauf exceptions sans grande importance, ce refroidissement à pour origine l’ascension de l’air dans le ciel. Voici comment s’exprime Angot (4), notre savant le plus autorisé en ces matières : « La pluie prend naissance

(1) FLAMMARION. — L’Aimosphère, p. 661.

(2) Nouveau dictionnaire de Géographie Universelle. — ViviEN DE STtT-MARTIN et L. ROUSSELET.

(3) La Météorologie « Revue Mensuelle de Météorologie et de Physique du Globe», janvier, février 1925, p. 20. Chiron, éditeur.

(4) Loco Citato, p. 221.

« à peu près exclusivement sous l’action du froid produit par la détente qui accom- « pagne les mouvements ascendants de l’air. Le refroidissement direct et le mélan- 4 ge de deux masses d’air ne donnent qu’une faible quantité d’eau liquide et ne « jouent ainsi qu’un rôle secondaire dans la formation de la pluie.» Et il adopte la classification suivante :

«19 Pluies de convection produites par les courants ascendants réguliers qui «sont la conséquence des mouvements généraux de l’atmosphère. À ces pluies « de convection produites par les mouvements ascendants s’ajoutent les pluies « dues au refroidissement direct de l’air qui passe d’une région plus chaude dans «une région plus froide.

«29 Pluies cycloniques produites par les mouvements ascendants qui accom- «pagnent les perturbations de l’état normal de l’atmosphère : dépressions baro- « métriques, tempêtes, orages, etc ;

«3° Pluies de relief produites par les mouvements ascendants d'origines pure- «ment locales, qui naissent lorsqu'un courant d’air vient heurter les reliefs du sol, «les chaînes de montagnes.»

Les plus éminents météorologues actuels professent les mêmes opinions qu'Angot. C’est ainsi que Bjerknès et H. Solberg dans leur mémoire publié en France en 1928, intitulé « Les conditions météorologiques de formation de la pluie », disent, page 9, «l’influence prédominante des mouvements ascendants réduit le « côté météorologique du problème de la formation de la pluie à la question primordia- « le suivante : Quelles sont les conditions nécessaires à la production de mouvements «ascendants puissants.» La solution de ce problème fournit l’explication de la {naissance de la plupart des précipitations. »

Je ferai observer que c’est précisément là la thèse que je soutiens dans mon Mémoire : «Contributions diverses à l’hydrogénèse» (Béranger, éditeur, Paris), publié en 1908, voici plus de vingt ans.

Conditions favorables à l’établissement de mouvements ascendants : Chauffage et humidification de l’air

Ce fait nettement établi, il y a lieu d'examiner de très près quelles sont les conditions favorables à la production de mouvements ascendants de puissance suffisante pour engendrer des pluies.

Pour qu’une colonne d’air puisse s’élever dans le cielil faut qu’elle soit plus légère que l’atmosphère qui l’entoure, il faut l’alléger. Ce résultat peut être obtenu soit en échauffant l’air, soit en l’enrichissant en vapeur ; et il importe beaucoup d’apprécier exactement la valeur de chacun de ces moyens, au lieu de s’en tenir à un simple aperçu qui pourrait induire en erreur.

Plus l’on chauffe l’air, plus il devient léger ; mais d’autre part, si on n’a pas accru sa teneur en vapeur, plus grande aussi devra être son ascension pour que le point de”saturation soit atteint. Comme je l’ai déjà exposé dans la brochure de 1921 et ainsi que nous le verrons plus tard, la base du massif nuageux formé devra atteindre 1080 mètres, et il aura fallu échauffer l’air d’au moins 4, 48 si son humidité était de 70 % et sa température initiale de 209, tandis que cette base ne

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sera plus qu’à 684 mètres et l’échauffement nécessaire sera seulement de 20,77 si

l’humidité relative était de 80 %. La colonne ascensionnelle devra done avoir 396 mètres de hauteur de plus dans le premier cas, ce qui a nécessité 40,48 de surchauffe au lieu de 20,77 ; notons qu’il s’agit là de surchauffe relative par rapport à l’atmosphère environnante ; or, la difficulté est d’autant plus grande que la surchauffe à réaliser est plus considérable. D'autre part, plus haute est la colonne ascensionnelle, plus grandes sont les influences perturbatrices qui s’opposent à l’ascension. Ainsi qu’on le voit, la surchauffe de l’air présente des inconvénients et des difficultés.

L’enrichissement de l’air en vapeur constitue un deuxième moyen d’allégement. La densité de la vapeur d’eau étant.moindre que celle de l’air et la tension de la vapeur d’eau contribuant à la pression barométrique, plus il y aura de vapeur d’eau dans un volume déterminé, moindre sera la quantité d’air qu’il renferme, plus léger sera le mélange. Nous venons de voir que plus l’air sera humide moins il aura à monter haut pour engendrer nuages et pluies. Le calcul permet de voir que l’allégement est de dix à treize fois moindre, pour un même nombre de calories, si on allège l’air en évaporant de l’eau, que si onl’allège par chauffage ; mais à la considération d’une moindre hauteur d’ascension nécessaire dans le cas de Par humide, s’en ajoute une autre dont il importe de mesurer l’importance : Ainsi que l’a démontré l’illustre physicien anglais T yndall, l’air capte d’&utant plus de radiations solaires, qu’il renferme plus de vapeur d’eau ; il se peut qu’à partir d’une certaine teneur, le refroidissement dû à l’ascension si celle-ci est lente, soit compensé par l’échauffement dû à la captation des rayons solaires. Notons Que ceuxei sont de plus en plus ardents à mesure que l’on s'élève dans l’atmosphère.

Aussi est-il possible, en raison du plus grand échauffement des eaux peu profondes, de leur plus forte évaporation par unité de surface, du plus considérable enrichissement de l’air en vapeur et de son plus grand échauffement, de la plus faible altitude nécessaire à la condensation, que cent hectares de rizières, de salines, de marécages, soient plus efficaces que des millions d’hectares de plein océan pour engendrer des massifs ascensionnels générateurs d’imposants nuages à pluie. Les océans nous en imposent par leur immense étendue et cependant le désert règne sur les rivages de l’Atlantique, du Pacifique et de l’Océan Indien sur plus de six mille kilomètres de longueur.

L'on voit par là combien il importe de recourir à l’expérimentation pour déterminer l’influence réelle sur les pluies des minces nappes d’eau surchauffées par le soleil et, ajoutons-le dès maintenant, à circulation atmosphérique convergeant vers leur centre.

Zones désertiques en plein océan, malgré l’immense étendue des surfaces d’évaporation Le désert règne aussi en plein océan, notamment dans l’Atlantique :

Entre les tropiques se trouvent, en effet, deux vastes aires recevant moins de 25 centimètres de pluie par an, d’après la carte de Hann et Suring (1). Depuis long-

(1) Hanx et SuRING. — Lehrbuch der Meteorologie, Leïpzig 1926, p. 372:

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temps déjà Marié-Davy, dans son «Traité de Météorologie générale», avait signalé la rareté des pluies au large des Açores. Ce fait semble dû aux vents alizés qui, se dirigeant vers des régions de plus en plus chaudes et n’étant pas contraints à s'élever, donnent peu de pluie.

Il ne suffit donc pas d’avoir de grandes surfaces d’évaporation pour que les chutes météoriques soient fréquentes et abondantes.

Obstacles qui s’opposent à l’ascension de l’air

Pour qu’une masse d’air puisse s’élever haut vers le zénith il faut qu’elle soit plus légère que celle qui l’entoure, et ce non seulement au ras du sol mais bien jusqu'à ce qu'elle ait atteint la phase de saturation. Ce résultat sera d’autant plus facilement atteint que la masse d’air sera plus riche en vapeur.

Si l’échauffement s’exerce uniformément sur d’immenses surfaces surmontées d’une atmosphère sèche et s’il est suivi pendant la nuit d’un refroidissement trop intense, il y aura simple dilatation pendant le jour et non pas ascension à grande hauteur.

Ce sont des aires de surchauffe relative qu'il faut créer. Il importe que l’aptitude du sol à échauffement soit plus faible dans la zone périphérique que dans le terrain qu’on aura choisi comme centre de coordination.

Obstacles qui s'opposent au déclenchement

du mouvement ascensionnel

Nous savons que dans une cheminée d’usine la vitesse ascensionnelle des gaz est proportionnelle à la racine carrée de la hauteur de la cheminée lorsque celle-ci est pleine de gaz chaud. Cette vitesse est, par suite, dérisoire au début, tant que ne s’est pas constitué un embryon de colonne d’air chaud. Mais nous sommes ici en plein champ et, si des centres d’appel plus précoces existent dans le voisinage et ensendrent des brises, leur action pourra parfois empêcher le mouvement ascensionnel de naître ; il y aura seulement déplacement horizontal des masses d’air.

Concluons qu’il importe que ce soit l’aire de surchauffe choisie qui soit le plus promptement échauffée.

Centres d’appel

Les météorologues ont constaté qu’une différence de pression barométrique de un millimètre de mercure, équivalente au poids d’une colonne d’air de onze mètres, entre deux régions distantes de un degré de latitude, soit cent onze kilomètres, suffit pour faire naître un vent dont la vitesse, variable sur terre suivant aspérités du sol, atteint six mètres soixante-dix à la seconde à la surface des mers. Ces chiffres permettent tous les espoirs ; ils montrent quelle est l’insignifiance de la dépression à produire sur nos centres de coordination pour provoquer l’appel sur de très grandes surfaces. Nous aurons d’ailleurs soin, au cours de ce mémoire, de revenir sur tous ces sujets et d’en fixer l’importance par de très simples calculs.

Ces chiffres montrent aussi qu’il y a lieu de tenir compte de l’obstacle à ascension, autrement dit de l’appel que peuvent engendrer les aires de surchauffe existant dans le voisinage du territoire dont on se propose d’accroître la pluviosité,

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Des lâchers de petits ballons d’enfant de très faible force ascensionnelle, accouplés deux à deux par un fil de quelques mètres de longueur, effectués de vingt en vingt minutes peu après le lever du soleil, par belle journée de grand calme à ciel pur, permettront de reconnaître quels sont les centres d’appel les plus précoces du voisinage, c’est-à-dire les plus à craindre. |

Strates d’air chaud interposées dans une atmosphère froide

Fréquemment les aéronautes rencontrent dans le ciel des strates d’air chaud traversant une atmosphère plus froide. Ceci démontre que la tendance de Pair chaud à s’élever dans le ciel est parfois complètement annihilée et radicalement remplacée par une translation horizontale. Le paragraphe suivant indiquera le moyen de parer à cet écueil.

Importance décisive de la convergence des vents

sur l’ascension de l’air

Si de tous les points de l’horizon les brises convergent vers un centre, l’ascension de l’air se produira fatalement et à une certaine hauteur il y aura déversement latéral, tout comme dans une colonne ascensionnelle d’air chaud.

Etant donné la grande largeur de l’aire de surchauffe équatoriale et la surabondance calorique qui existe en ces lieux, on peut hésiter à croire que la confluence des alizés du Nord-Est et du Sud-Est soit nécessaire pour assurer l’ascension des immenses masses atmosphériques qui engendrent tout autour de la terre l’anneau de nuages dénommé «pot au noir» par les marins de France. L'existence du désert de la Somalie Italienne, comme nous l’avons expliqué, paraît tendre à démontrer que cette influence joue un grand rôle.

Dans un chapître intitulé « Conditions nécessaires à la formation des courants ascendants producteurs de pluies » Bjerknès et Solberg disent : «les lieux où se « forment de forts courants ascendants dans les couches les plus basses de l’atmosphère « libre (l'influence des montagnes étant mise à part) sont caractérisés par la conver- « gence des vecteurs représentant le vent à la surface du sol. C’est un fait d'expérience « établi au moyen des observations d’un réseau serré de stations (1).» La preuve de l'influence de la convergence est donc démontrée par les faits.

Difficulté de l’ascension de l’air sec à grande hauteur

L’air sec se refroidit de un degré par chaque 101 mètres d’ascension. On comprend dès lors combien celle-ci a tendance à se limiter et combien il importe que tout concoure pour faciliter la continuation du mouvement ascendant.

Nous avons déjà dit qu’il résulte des expériences de T'yndall que l’air humide capte plus de radiations solaires que l’air sec (2). De plus récentes observations confirment le fait ; voici ce que dit Plumandon, météorologiste à l’observatoire du Puy-de-Dôme, auquel on doit une très précieuse documentation : « L’air char-

(1) BIERKNÈS et SOLBERG. — Loco Citato, p. 18. (2) TyNDALL. — Chaleur et Lumière, p. 356.

tre

« gé de vapeur absorbe à peu près la dixième partie de la chaleur que lui envoie « le soleil, c’est-à-dire 50 fois plus que s’il était sec.» (1)

La sécheresse de l’air a deux effets nocifs qui ajoutent leurs actions : Plus l’air est sec, plus le rayonnement nocturne est intense, plus la terre se refroidit, plus elle est inapte à réchauffer l’air pour le contraindre à monter assez haut dans le ciel. D'autre part, plus l’air est sec, plus il lui faut monter haut pour arriver à satura-

tion et donner des pluies.

Avantages considérables que présente l’air humide relativement à l’air sec.

Dangers d’un trop grand assèchement du sol

L’opacité calorique de l’air humide étant beaucoup plus grande, il se peut — nous l’avons dit — si l’ascension est lente, que les calories empruntées aux rayons solaires équilibrent le refroidissement par détente et que, dès lors, l’ascension se poursuive d’elle-même.

Mieux vaut, à ce point de vue encore, que la surchauffe du sol soit modérée ; l’ascension sera plus lente. Les aires de surévaporation présentent donc de très sérieux avantages sur les aires de surchauffe à sec.

Cet énoncé nous amène à relater que pendant cinq années de suite, de 1844 à 1848, les pluviomètres d’Alger ont enregistré des quantités de pluie supérieures à 1 mètre (2) ; en 1854 le quantum de 1 mètre a été de nouveau dépassé ; depuis lors, soit en une période de 75 ans, il n’a jamais plus été atteint. IL est permis de se demander si l’assèchement des marécages de la Mitidja n’y est pour rien.

Certes, il importe avant toute chose d’assainir un pays pour pouvoir y vivre, mais il faut aussi ne pas l’assécher au-delà des limites qu’impose le souci de l’hygiène. C’est ce que l’on fait cependant : Depuis longtemps déjà l'Administration dépense des sommes considérables pour l’assèchement des quelques lacs qui existaient en Algérie, alors qu’il faudra sûrement les reconstituer et en décupler le nombre. Par deux fois déjà j’ai protesté là contre : une première fois M. Jonnart étant Gouverneur, une deuxième fois en 1921 devant la Commission d’hydraulique agricole. Je tiens à réitérer ma protestation ; l’on commet là, à mon avis, une très grave

erreur.

Nécessité, en régions arides, de distribuer rationnellement les cultures, les forêts, les nappes d’eau

Pour que l’air atteigne une hauteur suffisante, une condition essentielle s’impose : Elle consiste à aménager rationnellement au point de vue calorique le territoire dont on veut accroître la pluviosité, de telle sorte que la chaleur solaire soit utilisée au mieux. Sous l’équateur, la surabondance de calories est telle, en certaines régions, que les pluies se produisent presque quotidiennement durant tout le cours

(1) PLUMANDON. — Les orages et la grèle, p. 34. : (2) Essai de climatologie algérienne, par A. THÉvENET, Directeur du Service Météorologique algérien, p. 64.

de l’année. Dans la zone tempérée, ce même régime de pluies quasi quotidiennes né s’établit que sur quelques hautes cîmes et exclusivement pendant la période d’été ; dans cette zone tempérée, il y a donc pénurie de calorique ; dès lors, il importe de tirer des radiations solaires le maximum de rendement. Pour ce, il faut évidemment que les discordances paralysantes soient évitées, et ceci nous amène à examiner de près l’aptitude à échauffement des divers terrains suivant leur nature et la nature des revêtements qu'ils portent. Il est évident que la température sera moindre sur un beau massif forestier que sur un sol sablonneux dépourvu de végétation. De même, la température diffèrera d’un champ à un autre, suivant densité de sa végétation herbacée, suivant la nature des plantes et la saison. Un champ de céréales au printemps donnera lieu à une active évaporation et l’échauffement de l’air sera limité; en juin, dès que les blés se dorent, l’évaporation devient moindre et la surchauffe de l’air plus grande. La luzerne, les prairies permanentes, donneront d’autres résultats ; enfin au contact des eaux l’échauffement sera limité, l’enrichissement de l’air en vapeur sera le fait prédominant. Mais c’est là une question que nous étudierons plus loin.

L’aptitude à échauffement des diverses parcelles d’un territoire diffère donc d’une parcelle à l’autre ; il en sera de même de l’échauffement de l’air au contact de ces terrains. Mais ici encore 1l faut entrer dans quelques détails et effleurer tout au moins un sujet qui nécessitera des centaines de mensurations thermométriques :

L’air tend à s’échauffer au contact des terrains, mais 1l ne peut en prendre la température : Dès qu’il les frôle 1l s’élève dans le ciel si ces terrains s’échauffent. Sur un champ couvert de chaumes mûrs la masse atmosphérique pénètre le massif de végétation, le contact est plus prolongé et il se peut que parfois le gain de chaleur réalisé par l’air soit accru de ce chef. Si, au lieu d’une céréale, d’une prairie, il s’agit d’une belle forêt, l’'emmagasinement de calorique par la masse ligneuse sera considérable ; la variation de température sera d’autant moindre. La tendance à ascension au-dessus d’un massif forestier sera par suite, aux heures chaudes de la journée, moindre que sur les autres terrains.

Dès lors nous entrevoyons déjà, sans qu'il soit possible toutefois de fixer des chiffres, que l’échauffement de l’air variera considérablement d’une parcelle à l’autre. Nous avons sous les yeux, en quelque sorte, un damier à cases blanches et cases noires, ces cases se différenciant par leur pouvoir d’absorption calorique. L’air va tendre à s’élever beaucoup plus vite sur les noires que sur les blanches ; mais dans son ascension il se refroidit ; arrivé à une certaine hauteur, il va se déverser sur les cases blanches. Nous aurons donc simultanément sous les yeux, de-ci, de-là, des massifs ascendants et des massifs descendants, finalement une sorte d’anarchie calorique s’opposant à l’ascension de l’air en une colonne unique et puissante montant haut dans le ciel.

L’on pressent déjà que, dans les régions sèches, il faut substituer à cette distribution aveugle des diverses cultures, vergers et massifs boisés, une répartition rationnelle telle que tout concoure, en un ensemble harmonieux, à la formation d’un puissant et unique massif ascendant. Voyons tout d’abord quels effets exercent les massifs boisés,

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Influence des forêts sur les pluies

Dans «Contributions Diverses à l’Hydrogénèse» après avoir pertinemment démontré que, en régions peu pluvieuses et chaudes, la forêt, sauf sur les hautes cîmes, diminue ou tarit les sources, nous avons conclu, page 112, que les massifs boisés peuvent faciliter : 1° Les pluies qui tendent à se former lorsque deux masses d’air humide se mélangent ; 20 Les pluies de relief des jours d’été, grâce au moindre échauffement des flancs des montagnes boisées et à leur moindre rayonnement ; 3° On peut aussi admettre, disions-nous, que par les frottements, les tourbillonnements que les forêts engendrent, elles tendent à diminuer la vitesse du vent dans sa strate inférieure, ce qui doit avoir pour effet de contraindre les strates situées au-dessus à chevaucher les unes sur les autres, à monter plus haut, d’où peut résulter un accroissement des précipitations météoriques.

Aux considérations ci-dessus viennent, à cette heure, après études plus minu-

tieuses du problème des pluies, s’ajouter les suivantes :

Presque toutes les pluies, avons-nous vu, sont dues au refroidissement de l’air par ascension vers les hautes régions du ciel. En dehors d’une bande équato-

riale de 12 à 15° de largeur, on ne bénéficie plus de la confluence des alizés, le ca-

lorique déversé par le soleil en un jour est insuffisant, la teneur en vapeur trop faible ; la masse atmosphérique qui recouvre toute une région ne peut s’élever spontanément dans le ciel à hauteur suffisante pour donner des pluies, sauf après incubation de plusieurs jours de grand calme. L’on constate en effet qu’il y a pénurie de cirrus en dehors de la bande équatoriale ci-dessus désignée.

Dès lors, l’ascension générale ne pouvant être produite, il faut tendre à la localiser en des points déterminés : il faut provoquer la formation de colonnes ascensionnelles ayant toutefois des sections suffisantes pour monter haut dans le ciel.

La forêt constitue une sorte de volant calorique en raison de la grande masse de ligneux qui participe aux variations diurnes de la température. De jour, la température est plus basse de 1° un peu au-dessus des forêts qu’au dehors ; de nuit, l'inverse se produit. Les écarts doivent d’ailleurs être dans l'Afrique du Nord plus notables que ceux mesurés en France par Fautrat, par Mathieu, par l’Ecole de Nancy, en raison de l’absence des pluies d'été, de l’aridité des terrains. De là résulte que la tendance à ascension prend sa valeur minima sur les bois ; autrement dit, les masses d’air sont descendantes sur forêt. Dès lors, elles ne font pas appel au loin ; et en région aride c’est là un très précieux avantage qui facilitera la création des centres de coordination dans les plaines et sur les plateaux. Les massifs boisés devront donc être distribués à la périphérie de la zone d’appel.

Nous laissons momentanément de côté la question de l’aménagement des cîmes en centres pluvigènes : Là, tout au contraire, il faudra déboiser le sommet et une bande de l’adret, c’est-à-dire du versant exposé au midi.

Pour éviter que l’appel vers les parties les plus arides du territoire l’emporte, pour empêcher que les vents ne prennent trop de force et ne s’opposent à la naïssance des colonnes ascensionnelles, il y aura souvent lieu, pour faire obstacle au vent, de planter de multiples haies d’arbres de haute futaie en lignes parallèles, aptes à former des barrages aussi hauts que possible, implantés en des points convenablement choisis.

L'arbre est appelé, de ce chef, à jouer un très grand rôle dans l’œuvre de restauration des régions arides ; mais ce rôle, ainsi qu’on le voit, est tout autre que celui qu’on lui attribue d’ordinaire.

L'on a tendance à croire que les forêts contribuent largement aux pluies grâce aux vapeurs dont elles enrichissent l'atmosphère. À notre avis, c’est là une illusion : Dans les territoires peu pluvieux, l’enrichissement est trop faible pour être efficace. Il suffit, pour s’en convaincre, de réfléchir à ce fait indéniable que le désert règne sur des milliers et des milliers de kilomètres de littoraux de l’Atlantique, du Pacifique, de l’Océan Indien. Il est bien évident que la pénurie des pluies, leur absence presque complète sur ces rivages n’est point due à l’insuffisante richesse en vapeur de l’atmosphère puisqu'il y a afflux très fréquent d'immenses quantités d’air humide provenant du large. L’absence des pluies a ici pour cause, on n’en saurait douter, un état de choses défectueux, savoir un manque de reliefs ou de centres de coordination contraignant l’air à monter haut dans le ciel et d’autre part fort souvent la présence de vastes dunes de sable. Ces sables s’échauffent promptement et leur rayonnement entraîne la destruction de tout nuage. Il y a lieu aussi d'incriminer parfois les courants marins froids, tel le courant de Humboldt.

Comportement des nappes d’eau

Rien n’est plus difficile que de mesurer l’évaporation des eaux ; les chiffres trouvés dépendent, en effet, des dimensions des appareils : Ces chiffres sont d’autant plus grands que les appareils sont plus petits. En fait, dans la nature, l’évaporation d’une nappe d’eau est d’autant plus grande par unité de surface que les eaux sont moins profondes. Autre fait de très haute importance ; dans un lac, l’épaisseur des eaux allant en diminuant à mesure qu’on se rapproche des rives, l’évaporation est maxima là où l’épaisseur est minima ; c’est par suite à la périphérie que l’enrichissement de l’air en vapeur, son échauffement, seront les plus considérables, que la tendance à ascension sera la plus marquée. Par belle journée : de calme, la circulation atmosphérique au niveau du lac tendra à faire progresser l’air du centre vers les bords ; elle sera centrifuge. Or notre objectif, tout au contraire, doit être de tendre à ce que la masse d’air humide qui flotte sur une nappe d’eau converge vers le centre et s’élève en une puissante colonne. Nous avons vu, ci-dessus, qu’un assolement calorique rationnel s’imposait en chaque territoire aride pour accroître la fréquence des pluies ; nous voyons ici qu’il importe d’aménager un ou plusieurs centres d’appel, sinon au milieu si l’étendue est trop grande, tout au moins à quelque distance des bords, de chaque nappe d’eau continentale.

Aiïnsi qu'il sera dit plus loin, des prairies flottantes pourront jouer ce rôle en certains cas, si les eaux ont plusieurs mètres de profondeur notamment. Dans le cas des chotts ou autres vastes nappes d’eau de très faibles profondeurs, une autre solution consistant à réduire l’épaisseur des eaux au centre sera à envisager. De tout cela résulte que, dans la nature, toutes choses ne sont point distribuées en vue de la multiplication des pluies ; tous au contraire, la tendance à asséchement est prédominante. 8

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