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ASSÉCHEMENT DE LA TERRE

Depuis des millénaires et des millénaires, cette tendance à asséchement va sans cesse en s’aggravant ; des mers intérieures ont disparu dans tous les continents ; les centres de l’Asie, de l’Afrique, de l’Australie sont devenus désertiques ; cette stérilisation ne prend pas fin ; 1l importe que l’homme intervienne pour amorcer puis assurer la régression des zones arides. Pour qu'aucun doute ne puisse subsister sur ce point, les gouvernements intéressés, la France entr’autres, devraient ouvrir une enquête sur ce sujet, puis prendre les mesures nécessaires pour inaugurer ce grand œuvre. Il me paraît bon, pour attirer fortement l’attention sur cette question, de citer les faits suivants :

Mer d’Asie (Sed Haï) disparue pendant la période historique

«Jadis une mer immense couvrait la partie centrale de l’Asie intérieure, les « Chinois ont conservé le souvenir de cette mer occidentale Sed Haï, qu’ils appelè- «rent, depuis, Han-Haï ou mer desséchée. En longueur la mer desséchée était com- « me l’est actuellement la Méditerranée, mais en largeur, elle lui était inférieure.

« Le desséchement de l’Asie intérieure qui a commencé il y a 40 siècles et qui «continue de nos jours, a provoqué la disparition des royaumes ; des villes floris- « santes ont disparu sous le sable et leur existence même ne peut guère être cons- «tatée, le manque d’eau et de végétation rendant l’accès de ces contrées fort diffi- «cile aux explorateurs.» (1)

Depuis cette époque si reculée aucun retour à l’état de chose antérieur ne s’étant manifesté, bien au contraire, on ne saurait s’abriter sous la théorie d’une périodicité de longue durée pour masquer l’importance de ce fait.

Variation des pluies depuis l’époque quaternaire

Enormes ont été les variations des précipitations météoriques aux divers âges de la terre. Nos fleuves actuels sont de chétifs pygmées, de modestes ruisseaux auprès de leurs colossaux ancêtres.

« A l’époque quaternaire, le bassin de la Seine avait à peu près le même relief «qu'aujourd'hui. Ce fleuve n’avait pas alors moins de un à deux kilomètres de

« large. » (2)

(1) D. Aïrorr. — Grande Géographie Bong, tome 3, p. 164. (2) BELGRAND. — La Seine, p. 1.

Son affluent la Vanne s’étalait dans un lit qui à Chigy avait 1.160 mètres. En ce même lieu, l’écartement des berges actuelles est de onze mètres, soit cent fois moins. (1) |

La Durance avait cinq à six kilomètres devant Pertuis. (2)

Le Var et les torrents du littoral ligurien envoyaient à la mer leurs déjections avec une telle force que les cailloux roulés y formaient de véritables deltas torrentiels, comme ils eussent pu le faire en débouchant dans l’eau tranquille d’un lac. (3)

Il en a été de même dans toutes les parties du globe, Europe, Asie, Afrique, Amérique, Australie, mais c’est tout particulièrement en Afrique que les preuves irrécusables d’un régime très pluvieux, du pliocène à la fin de la période quaternaire, : surabondent ainsi que l’ont établi MM. Pomel, Rolland, Fuchs, Le Châtelier, Lenz, Tissot.

« La grande formation qui a recouvert une partie des étendues sahariennes à «une époque récente et « dont l’immensité, comme le dit M. Pomel, confond l’ima- 4 gination », n’est autre qu’une formation d’atterrissement d’origine continentale — « qu’il s’agisse de dépôts de transport ou de dépôts lacustres — qui sont dus à des « eaux diluviennes. |

«Leur cube énorme implique — comme agents d’ablation, de transport et « d’alluvionnement — des volumes d’eau également énormes, et, par suite, des « précipitations atmosphériques d’une extrême abondance.

« Un climat très humide régnait alors au Sahara, aujourd’hui la partie la plus «sèche du globe.» (4)

« La faune aquatique du quaternaire algérien, composée d’espèces qui presque «toutes sont éteintes, accuse l’existence à cette époque de grands cours d’eau, et « de lacs étendus. » (5)

Finalement, d’après de Lapparent, en diverses périodes du quaternaire, les pluies ont été 10 à 20 fois plus fortes qu’à cette heure. Le recul continu des glaciers alpins témoigne de l’assèchement progressif de l’Europe Centrale. Celui des glaciers équatoriaux de la République de l’Equateur et de l’Afrique Orientale démontre qu'il en est de même en Amérique et en Afrique.

Il en est également ainsi aux deux pôles de la terre ; ce fait a été établi voici déjà longtemps au Pôle arctique, et l’expédition anglaise antarctique a reconnu que la grande barrière glacée devant laquelle vint se butter James Ross s’est retirée sur une distance de 50 kilomètres. (6)

Récent assèchement du lac Tchad

Lors de sa deuxième mission officielle 1914-1917, le Commandant Tilho a reconnu «qu’il a existé autrefois au centre de l’Afrique une immense région «inondée, encore récemment occupée par les lacs et marais qui couvraient une

(1) BELGRAND. — La Seine, p. 16.

(2) DE Sarorra. — « Revue des Deux-Mondes » 15 septembre 1881. (8) DE LAPPARENT. — Traité de Géologie, p. 1.614.

(4) G. ROLLAND. — Géologie du Sahara Algérien, p. 260.

(5) DE LAPPARENT. — Loco Citato, p. 1.630.

(6) Ciel et Terre, 197 avril 1906, p. 81.

+ et —

« superficie comparable à celle de la Erance et dont il ne reste plus aujourd’hui com- « me vestige que le lac Tchad au Sud-Ouest, surface inférieure à celle de la Bel- «gique, et les deux petits lacs d’Ounianga». De plus, selon les traditions locales, «on pouvait aller encore en pirogue, il y a une centaine d'années, du Jac Tchad «jusque dans les pays bas du Tchad en suivant la voie d’eau alors continue et «aujourd’hui desséchée du Bar-el-Ghazal» (1), soit 500 kilomètres de longueur environ.

| Notons que la superficie de la France est de 536 mille kilomètres carrés ; celle de la Belgique 29 mille ; la réduction serait donc de plus de cinquante millions d'hectares.

Dans son livre « Sahara et Soudan» Nachtigal écrit page 495 «il est certain que le desséchement complet du Bar-el-Ghazal ne date pas de bien longtemps ; «en 1870 encore, année qui fut très pluvieuse, cet écouloir nous l’avons vu se «remplir d’eau sur plus de 100 kilomètres, ce qui fit croire aux habitants qu’il «allait de nouveau inonder le Bodelé ; il garda même dans la partie Sud-Est son « contenu liquide plusieurs années de suite, car en 1878 j’ai trouvé son sillon fluvial «submergé à 80 kilomètres environ du lac Tchad ».

Lors des deux explorations de la Mission Tilho en 1907 et en 1914-1917, le Bar-el-Ghazal était à sec et il en est de même depuis.

Deux observations s’imposent ici : le Tchad est dans la zone torride, d’autre part sa profondeur d’eau est très minime, 1 m. 50 environ. Pour cette double raison l’évaporation par unité de surface est considérable. L’étendue de la zone inondée ayant diminué de plus de 50 millions d’hectares, énorme à été la réduction de la quantité de vapeur d’eau diffusée dans l’atmosphère.

El-Djouf

Une autre dépression beaucoup plus vaste encore, dénommée El-Djouf, mérite d’être signalée. Son fond est au-dessous du niveau de l’Atlantique. Tout tend à démontrer qu'il y avait là une véritable mer intérieure ; ce n’est qu’un désert

affreux à cette heure.

Si du Sahara nous nous dirigeons vers les Hauts-Plateaux algériens nous ren-

controns des dépressions dénommées : Chotts, Zahrez, Sebkhas, Guerras, disséminées du golfe de Gabès au Maroc, qui s’assèchent de plus en plus sous nos yeux. C’est ainsi que le Chott Gharbi ne figure plus sur certaines cartes.

Assèchement des Chotts tunisiens

Dans son rapport de 1877 au Ministère de l’Instruction Publique sur la Mission des Chotts (Etudes relatives au projet de mer intérieure) le Commandant Roudaire dit page 76 : «Tous les arabes racontent que les Chotts du Sud tunisien étaient «encore, il y a un à deux siècles, recouverts d’une couche d’eau dont la profondeur «a diminué d’année en année et qui a fini par disparaître.»

Notons ici que, d’après le Commandant Roudaire, la remise en ‘eau des chotts tunisiens, le remplissage de la mer intérieure, aurait sur la pluviosité du Sud de la

(1) «Revue Scientifique», 15 mars 1920.

RO Tunisie une influence plus efficace que la Méditerrannée. Il ne suffit point, en - effet, de tenir compte de leur étendue ; il faut aussi prendre en considération leur. puissance évaporatoire par unité de surface, d’autant plus grande que la profondeur. des eaux est plus faible, ainsi que leur situation par rapport au territoire à restaurer. Nous avons, de notre côté, démontré dans notre mémoire sur l’hydrogénèse que l’ensemble des forêts algériennes est moins efficace sur la pluviosité que le serait la Mer Roudaire.

Il s’agit ici d’une nappe d’eau de huit cent mille hectares en région chaude, de faible épaisseur, à évaporation très intense par suite, et ces dépressions ont dans leur voisinage les Monts de l’Aurès, s’élevant à douze cents, quinze cents, deux mille six cents mètres, situation favorable à la production des pluies au profit du Sud de la Tunisie et de la province de Constantine.

Assèchéments divers

Des lacs ont disparu, celui de Menghour (ou Menkoug) en particulier (latitude 260 5 ; longitude 5° 7 Est) sur lequel le Commandant Flatters navigua en radeau et «pêcha, par des profondeurs de huit mètres, divers poissons, notamment de gros «silures » (1) et dont Foureau et autres explorateurs trouvèrent le lit absolument desséché, comme il l’est à cette heure. Il en est de même du Iac Taoudenni, dernier vestige du grand lac Le Djouf, transformé depuis en salines.

«Il n’est pas douteux que, pendant la période géologique qui a précédé la «période actuelle, les pluies ont été autrement abondantes qu’elles ne le sont de «nos jours» (2). Les oueds sahariens étaient, à une époque relativement récente, de forts beaux fleuves qui roulaient un volume d’eau appréciable.

Autre fait. « En l’an 863 de notre ère, un texte arabe rapporte que des émi- «grants arrivant du Touat se seraient établis sur les bords d’un grand fleuve qui «coulait régulièrement. La légende rapporte aussi qu’à une époque plus éloignée de nous, le pays de Temaneck était couvert par les eaux. Aujourd’hui cette région est sèche, mais elle montre un lit d’oued extrêmement large, profondément taillé « dans les terrains tout récents Pliocènes ou post-Pliocènes.

« Ces rivières ont donc creusé leur lit dans ces terrains avec, comme consé- «quence, la destruction de la continuité du réservoir de la circulation des eaux «souterraines et l’assèchement de la région voisine». (3)

Dans «l’Armée d'Afrique » de mars 1925, M. E. Gautier, l’éminent auteur de tant d’études approfondies sur le Sahara, parlant d’un barrage et d’une canalisation dans une région aujourd’hui tout à fait inhabitée, barrage signalé par le Docteur Tripau, dit : «Nous sommes là en Mauritanie Marocaine, dans une région qui a « joué, il y a peu de siècles, un rôle historique important avec les Marabouts de la « Seguiet-el-Hamra et avec les Almoravides. Comment un coin du monde aussi « déshérité a-t-il pu jouer un rôle historique ? Cela reste une énigme s’il était déjà. «au 11® et au 15€ siècles aussi absolument inhospitalier qu'aujourd'hui». (4)

(1) «L’Armée d'Afrique», avril 1929, p. 114.

(2) et (8) Considérations hydrologiques sur l'Algérie, par A. BRIVES, Professeur à la Faculté des Sciences d’Alger, p. 9 et 12.

(4) Monuments Mégalithiques et Redjems de la région Sud d’Ain-el-Barka, « L/ Armée dat frique», mars 1925, p. 109.

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Autre citation se rapportant au Sahara Nord-Ouest : les travaux topographiques et tectoniques des Missions du Service Géographique de l’Armée qui lèvent la carte du Sahara Nord, démontrent qu’un grand lac quaternaire s’étendait sur tout le Touat et le Gourara..... L’oued Mya à Ouargla avait une largeur de plus de

6 kilomètres. (1) Syrie et Palestine

En Syrie, le lac d’Antioche est le dernier vestige d’une ancienne mer. (2)

« Le Dactylopius Vitis ou Cochenille blanche confirme la réalité de l’assèche- «ment de la Palestine. Cet insecte vivait autrefois sur les feuilles de vignes et les «rameaux ; la trop grande sécheresse de l’air, sa trop haute température, l’ont con- «traint à vivre exclusivement sur les racines avec le champignon Bornélina et à «s’abriter dans des gaînes souterraines ; en vingt ans on ne l’a observé qu’une « seule fois sur les feuilles ; ce fut en l’année 1907 exceptionnellement pluvieuse ». (8)

Diminution des pluies en Algérie depuis notre occupation

Dans la publication du Gouvernement Général de l’Algérie parue en 1922s intitulée « Les Territoires du Sud», M. Lasserre, Directeur du Service Météorologique, signale que les pluies qui tombent depuis trente ans sont moindres que celles qui tombaient pendant la période antérieure. À Géryville, Biskra, Laghouat, Touggourt, Ouargla, Ghardaïa, Aïn-Sefra, le calcul permet de voir que sa diminution a été de 24 % pour l’ensemble de ces sept stations météorologiques.

Dans la huitième, il est vrai, à Kl-Goléa, les chiffres indiquent un accroissement de 12 millimètres ; mais cette exception n’est qu’apparente ; elle est due, ainsi que le dit le Directeur du Service, à ce que les indications d’un pluviomètre décuplateur n’ont pas été divisées par dix en janvier 1917.

Dans le rapport présenté par M. Lasserre au Congrès de l’Eau en janvier 1928, intitulé : « Aperçu de la pluviométrie en Algérie», le Directeur du Service Météorologique a comparé les pluies tombées du 127 janvier 1860 au 31 décembre 1879, relevées par Angot, à celles constatées par son propre service du 1€ septembre 1914 au 31 août 1924. Il conclut page 16 :

«On distingue trois aires où la moyenne de pluie l'emporte sur les résultats « d’Angot, savoir :

« Une bande étroite et parallèle à la côte, allant de Tlemcen à Téniet-el-Haâd ; « Une aire englobant la Mitidja et une partie de la grande Kabylie ;

« Une autre qui s’étend sur la partie Nord de la province de Constantine et « dont la limite méridionale passe au Sud de Sétif et de Tébessa.

« Partout ailleurs il y a déficit, plus particulièrement accusé sur le littoral oranais «où il dépasse 25 %, ainsi que dans l'Atlas saharien et le Sahara...

(1) Capitaine LEMAITRE. — «L'Armée d'Afrique», juin 1925, p. 290.

(2) «Bulletin de la Société de Météorologie d’Alger et de l’Afrique du Nord», 1925, n° 102, p. 159, Colonel DANzAC.

(3) P. Vraa, de l’Institut, — « Revue Scientifique», 15 septembre 1924,

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