‹ Refoulement du Sahara. Première partieChapitre 9 sur 33 · RUE LE · texte numérisé non relu

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ment à mesure qu’il marche vers l'équateur, mais, vu la masse énorme de ce courant, le réchauffement est très lent. L’on voit dès lors quelle discordance 1l y a entre l’atmosphère et la masse océanique sur près de 3.000 kilomètres de parcours.

La transition entre les régions à fortes pluies du Chili méridional et les contrées arides du nord s’opère dans la zone centrale du Chili, chaude et médiocrement humide (25 jours de pluie à Valparaiso sur la côte, 21 jours à Santiago à quelque distance à l’intérieur) et dont le climat rappelle celui des régions méditerranéen: : | nes, Italie, Grèce, etc... (1)

A partir du Rio Huasco au Nord du 28° parallèle jusqu’à l’Ecuador, la discordance devient telle que toute la côte n’est plus qu’une suite de déserts ou de pampas entrecoupés seulement de quelques ravins plus ou moins fertiles.

Ici l'atmosphère repose sur des eaux plus froides que ne le comporte la latitude, et la capacité calorique des eaux en mouvement est telle que le soleil est impuissant à les réchauffer à une température qui corresponde à leur latitude. Or il est absolument indispensable que l’air s’échauffe au contact de sa base pour s’élever assez haut jusqu’à donner de la pluie.

Au lieu de courants ascensionnels producteurs de précipitations météoriques, nous avons affaire ici à des mouvements de descente : C’est l’air des hautes régions du ciel qui descend au niveau de la mer.

Dans ce mouvement il se réchauffe, certes, mais ne s'enrichit point en vapeur ; son aridité est par suite considérable, ce qui nous explique que tous les auteurs que nous avons consultés sur ce sujet s’accordent à dire que, plus encore qu’au Sahara, l’air y est d’une sécheresse extrême : Le papier s’y brise comme verre, les cadavres se momifient.

Sur des milliers de kilomètres en bordure du littoral il n’y a plus ici pénurie de pluies comme au Sahara, mais absence complète : Vingt à trente ans se passent dans les déserts péruviens sans qu’on voie tomber la pluie. Lorsque Boussingault visita les côtes septentrionales du Pérou en 1832, 1l y avait 88 ans que la pluie n’était pas tombée à Chocope. (2) Nous lisons dans la « Grande Géographie Illustrée » de Bong (3) que la « costa » péruvienne est caractérisée par son extrême sécheresse à tel point que «la vue d’un nuage est un spectacle qui attire les gens sur la «place publique des cités». Victor Huot nous dit que la «costa» péruvienne, terre aride, «est plus déserte que le Sahara, sauf au fond des ravins où la culture peut «être très riche » tandis que la «costa» de l’Ecuador est humide.

Chose singulière : Dans certaines îles des Galapagos «aucune plante ne pare le sol, aucune pluie ne le mouille à toucher la mer » et cela jusqu’à 200 mètres d’altitude ; les roches y conservent leurs arêtes vives, indice de l’absence de pluies. A partir de 200 mètres de hauteur apparaissent d’abord «cactus et lichens ; plus haut arbres «clairsemés ; puis brusquement la forêt touffue.» (4) Elisée Reclus nous confirme le fait : « La végétation ne commence guère qu’à 200 mètres de hauteur aux Gala-

(1) Victor Huor.— Atlas de Géographie moderne, F. Schrader.

(2) «Nouvelle Géographie Universelle», Elisée Reczus, Vol. XVIII p. 519. (3) Vol. Amérique, p. 290.

(4) BoNG. — « Grande Géographie Illustrée», Vol. Amérique, p. 299.

pre

« pagos. Jusqu’à cette altitude les roches sont dénudées, les saillies, les arêtes sont «très prononcées. Au-dessus la végétation commence par des cactées ; plus haut « des arbres clairsemés, puis brusquement l’épaisse forêt. » (1)

De ces constatations résulte que l’air sec provient du zénith. 1 y a là une immense masse atmosphérique qui descend sur les eaux froides de l’Océan et s’étale au pied des monts jusque vers 200 mètres d’altitude.

Mais sur les massifs importants de ces îles la masse atmosphérique cesse d’être descendante et des pluies se produisent.

À cette cause prépondérante qu'est le courant de Humboldt vient s’ajouter l’action nocive des vastes étendues de sable mobile qui s’étalent sur les côtes du Chili septentrional et du Pérou.

Aussi le Chili septentrional est-il une région chaude et sèche au climat continental : journées brûlantes, nuits glacées ; d’un caractère franchement désertique, sans arbres, sans gazon même. Il est possible que sa richesse en salpêtre contribue à l’assèchement de l’atmosphère, notamment dans le désert d’Atacama.

Plus au nord, tout au long de la «costa» péruvienne, les courants d’air froid descendant ont pour effet d’engendrer des brumes de 200 à 250 mètre: d’épaisseur qui n’atteignent pas 400 mètres d'altitude. Ces brumes, auxquelles s’ajoutent des rosées nocturnes dénommées « garruas», persistent pendant les six mois de saison froide d’avril en octobre (Elisée Reclus) surtout en août et septembre (géographie Illustrée Bong) empêchant ainsi l’échauffement du littoral.

Malgré l'humidité continuelle de l’hiver en certaines de ces régions, 1l n’y pleut pas, ce qui juitifie l’observation faite par de Martonne, observation signalée au début de ce chapitre, sur l’action des courants marins froids qui rendent le climat plus humide mais pas toujours plus pluvieux : 4 Lima ne connaît que deux saisons « bien marquées : l’hiver de juin à décembre, pendant lequel le thermomètre oscille «entre 12010 et 180, et l’été de décembre à mai, où le thermomètre varie de 180 «à 280. L’atmosphère est toujours saturée d’humidité, surtout dans les mois «d'hiver pendant lesquels un brouillard humide cache le soleil... juillet et août «sont les « mois des pluies » ; mais la plus grande quantité d’eau pluviale recueillie «en 12 heures est de 9 millimètres ; en général le pluviomètre ne marque pas plus « d’un millimètre et les pluies sont insensibles. Aussi les toits de Lima sont-ils plats « comme des terrasses ; une pluie véritablement torrentielle est un événement qui «ne se produit qu’une ou deux fois par siècle et qui prend tout le monde à l’impro- « viste.» (2)

On dirait qu'ici ces précipitations météoriques sont dues au mélange des masses atmosphériques descendant du zénith avec celles qui reposent sur le courant de Humboldt.

Il importe de noter «que ces déserts du Pérou, du Chili étaient autrefois riches «en eau ; on en voit encore les traces, comme en témoignent des troncs d’arbres « énormes enfouis dans le sol...» (3) Entre Iquique et Harantajaya on a reconnu

(1) Elisée RecLus. — « Nouvelle Géographie Universelle», Vol. XVIII p. 471, (2) Dictionnaire de Géographie, VivieN DE ST-MARTIN : Lima. (3) Nouvelle Géographie Universelle, Elisée Reczus, Vol. XVIII p, 745 et 746,

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