‹ Réfutation complète du Mémoire de M. de MontlosierChapitre 10 sur 36 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Attaques de M «de Montlosier, dirigées contre les évèques en particulier. :

Dieu me garde de jamais approuver le. mal f quand bien même j e le verrais commettre par ceux à qui le sacré caractère impose une obligation plu» stricte de sainteté. Mais encore, avant de censurer la conduite des hommes , faudrait-il avoir des preuves évidentes de leurs méfaits et ce n'est passur de simples apparences que l'on doit juger leurs actions. Cette pompe dont ils s'environnent quelquefois peut bien n'être qu'un moyen innocent pour captiver notre respect ; et ces richesses d'ornemens qui nous étonnent, ne sont peut-être qu'un sacrifice imposé par les circonstances.

Ces réflexions peuvent servir à expliquer l'éclat qui accompagne quelquefois un évéque dans ses visites pastorales, ou dans quelqu'autre de ses fonctions. Je le demande à tout homme dé bonne foi , et à celui qui sait imposer silence aux préjugés avant d'entreprendre une discussion. Aujourd'hui

- ( 55 ) qu'une partie du peuple en France, depuis noire malheureuse révolution , a des préventions fâcheuses contre le clergé ; aujourd'hui que ses passions irréligieuses frémissent à la seule vue d'un habit ecclésiastique, voudrait-on que les premiers pasteurs, que l'on ne saurait trop environner de considérations , si l'on veut que leur zèle à faire le bien soit efficace , parussent dans toute la simplicité des premiers temps du christianisme, au milieu d'une populace qui s'agiterait, en les voyant, les montrerait au doigt, peut-être même s'emporterait à des excès dont notre plume refuse de retracer le tableau !

Qu'il ne nous arrive donc pas de tenter la providence, et de demander au ciel qu'il renouvelle les prodiges qui ont fondé le christianisme. Ils étaient encore assez, beaux, les temps où l'Eglise avait pour pasteurs les Augustin, les Âmbroise, les Chrysostôme , les Léon , les Cyprien, les Grégoire de Nazianze, les Martin de Tours; cependant l'histoire ne nous dit pas que ces prélats aussi célèbres par l'éclat de leurs talen$ que par l'éminence de leurs vertus, se soient conformés rigoureusement aux conseils de Jésus-Christ, et se

(56) solo* montrés a leurs brebis aussi pauvrement véhis que les apôtres.

Que saves - tous donc', M. le Comte , si les évéquea dont tous censures la conduite en disant que <t les >pétres d'autrefois n'ont pas pré- « tendu à l'espèce de consistance et de dignité que d réclame» t Les apôtres d'aujourd'hui a (Pag. 81 X ne gémissent pas les premiers de cette grandeur dont il$ sont obKgés de s'entourer? S* vous aviez péâétré dans le sanctuaire de leur conscience % voue auriex peut-être été témoin <fun spectacle bien autrement imposant que la pompe des vaines richesses que vous leur reprochez, eeluid'un combat à outrance contre les passions du coeur, et de cette profonde humilité intérieure, si recommandée par le christianisme et si peu pratiquée parmi le* gens du iponde. Combien de fois le ciliée et te bwt se sont cachés sous tféelatdela pourpre? On eonnatt la magnificence qui régnait dans le palais d'un prélat, dont le nom n'est jamais prononcé qu'avec respect par les hommes de toutes les opinions. Est-ce à dire que rougissant de l'Evangile, Fénélon n'en pratiquait pas les préceptes? Maison ?*vam historien, le cardinal do

' ( 67 ) Beaussety qui auntît pu lui-même nous servir d'exemple ea ce genre, pou» apprend que l'arche* vaque 4e Cambrai, après avoir accordé à w»

npro, d'origine illustre, ce que les convenances e^igeaiwt de lui, 4e relirait dans une humble ce)UtW pratiquée dans son palais, et que là, proetqroé devant le scrutateur des consciences, il prew tiquait defr acte* de la plus aiuoèra humilité.

Si , en affectant de parier des équipages et des palais de MM* les évoques, ou convenait au moins qug la plupart d'entre eux possédaient ces richesses avant leur nomination à l'épiseopat; si on voulait bien ajouter que l'emploi des richesses qu'on leur suppoee, souvent avec exagération, est bien autrement différent que celui de la plupart des grands du monde, alors nous soupçonnerions moins de mauvaise foi leurs aoousateurs. Si en rappelant Içs émolumens accordés k un évéque ou h un archevêque, ils ne passaient, pas sous silence lçs bienfaits qu'ils répandent sur les pauvres, les çtahlis&emens utiles qu'ils forment , et où l'innocence qi; le repentir viennent trouver un abri contre JçasçdqçÛQns du siècle, les effets de leur* déclamation» aéraient moins à craindre.

(58) J'ai connu un de ces respectables prélats , et le souvenir de ses bonnes œuvres sera toujours gravé dans mon cœur. C'est l'évêque de D.... en Provence. 'Si jamais cet écrit parvenait entre ses mains, sa modestie souffrirait trop de voir son nom recommandé à l'estime des hommes : aussi je m'abstienfc de le nommer. Mais je ne crains pas de le dire, il n'est pas un seul de ses diocésains > royaliste ou libéral , chrétien ou incrédule, qui ne parle de lui avec beaucoup d'attendrissement. Qu'il est beau de le voir dans ses courses pastorales , accompagné d'un seul domestique , gravir les plus hautes montagnes des Alpes pour ne laisser aucune de ses brebis sans consolations ; ou se servant d'une monture semblable a celle qui servit au modeste triomphe de Jésus-Christ , lors de son entrée a Jérusalem, parcourir les hameaux solitaires «t surprendre par une arrivée imprévue ces bons habitans de la vallée.

On a beaucoup admiré, et avec raison , le trait touchant de l'archevêque de Cambrai, lorsqu'il ramène , de ses propres mains , à une famille désolée une vache dont la perte faisait la ruine de la maison. Mesera-t-il permis de raconter une anec-

dote de ce bon évêque de D...., et qui a quelque ressemblance avec celle de Fénélon. Il venait de D.... à Aix, lorsqu'il rencontra sur sa route un jeune enfant qui se lamentait. Il s'approche de lui et s'informe du sujet qui l'attriste, a Je gardais mçs jeunes chevreaux , lui répondit l'enfant , et voilà que leur mère s'est égarée dans le bois sans que. je puisse la retrouver. » L'évêque désirant ne pas le quitter qu'il ne lui eût rendu sa chèvre, prend un chevrean entre ses mains, et le presse jusqu'à ce qu'il lui ait fait jeter des cris aigus» La mère qui entendit ces cris accourut, çt l'enfant fut consolé.

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