CHAPITRE YIH
ItonfeUe» erreurs cte M, de Môntîosier, et ses attaques | contre Tés Evéques-Paîrs.
LoRdQtTE les fauteurs des excès dont la révototîoti française s'est souillée, forent fatigues de leurs desordres, et qu'un audacieux se fut présenti pour recueillir les débris de la société et la reconstituer de nouveau , il n'oublia pas de la placer sur ses antiques bases , c'est-à-dire de la fortifier de la religion , la seule et vraie conservatrice des empires. Mails il s'en faut bien que cet homme ait accompli tout ce qui était en son pouvoir pour rendre à la religion son ancienne splendeur. C'est moins son éclat qu'il souhaitait relever, que de se procurer par son moyen un point d'appui chez les hommes religieux. Aussi quand il crut la couronne de saint Louis affermie sur sa tête, par un excès d'ingratitude qui pèsera toujours sur sa mémoire, il méprisa ce qui Pavait aidé si puissamment à s'attirer l'estime des Fran-
(6i) çais , et fit essuyer h l'Eglise des outrages de plu* d'un genre. Il enchaîna Celle à qui il devait la plus grande partie de ses succès, et prétendit l'asservi* à sa puissance d'un jour. Dcs~lors les églises privées de leurs pasteurs , n'eurent pas même l'espérance d'être consolées j la clôture de plusieurs maisons ecclésiastiques,, si nécessaires pour former à la vertu les jeunes clercs; la captivité de plusieurs prélats et de plusieurs autres ecclésiastiques distingués par leur mérite ; le silence imposé aux meilleurs orateurs chrétiens dont on redoutait le zèle évangélique» et tant d'autres faits qui accusent Napoléon , font nssefc comprendre au* moias clairvoyans que la religion de Clovis, de Cbarlemagnett de saint Louis, devant laquelle Henri IV et Louis XIV avaient également courbé leur front ; qu'avaient pratiquée naguère les Villa rs, les Tnrenoe, les Condé, l'honneur de notre antique gloire; qui avait eu pour pontifes Besstfet, Féoélon et Befcunce; pour prêtres Vincent de Paule et Boerdoise; pour orateurs Massilkm et Bourdaloue; était dès ce moment l'objet d'une lente persécution qui ne (mirait qu\nyee la religion elle-même.
( 6a ) Comment faut-il donc appeler l'assertion dé M* de Montlosier quand il nie ce triste état de l'Eglise de France , et qu'il assure avec une inconcevable hardiesse , « que le» institutions religieuses « étaient rétablies partout à l'époque delà restaure ration et que le pouvoir a eu tort de n'avoir aperce eu partout que des ruines, et de s'être précipité # vers la religion et le clergé; que c'étaient les inscc titulions religieuses qui manquaient le moins » ( Pag. 286). Veut-on savoir ce qui pressait le plus, selon ce singulier publiciste, c'était moins la religion que le rétablissement des institutions féodales qui ont si long-temps pesé. sur notre pays. La création de l'ancienne chevalerie eût plus flatté son cœur» que la réédification dei tous les temples renversés par l'ouragan révolutionnaire. Ce désir perce dans tous les ouvrages que le noble Comte a comppsés depuis la restauration, et il avoue dans celui qui nous occupe , a qu'il ne vou- « drait pas répondre que le rétablissement des ce tournois n'amusât beaucoup tout le peuple de ç Paris, et que les dames, si le costume antique ce leur allait bien , ne raffolassent de ce spectacle » ( Pag. 275J. Voilà donc une réunion de beaux
chevaliers et de dames, parées à l'antique, qui lui paraît préférable à une cérémonie religieuse. En vérité on ne sait si l'on doit plutôt rire que s'attrister de ces inexplicables bizarreries.
Est-il bien vrai encore que le gouvernement français- se soit précipité vers la religion et le clergé, comme l'assure M. de Montlosier. II a doue oublié les retards qu'a éprouvés l'exécution du concordat entre le souverain pontife et le roi de France, et le pitoyable état dans lequel se sont trouvées jusqu'en 18&2 , la plupart des Eglises dénuées de pasteurs, comme sous les dernières années de l'empire. Il a également oublié les tracasseries de plusieurs ministres qui ne voulaient de la religion que ce qu'il leur en fallait pour se maintenir dans leur poste , et qui regardaient l'Eglise de France comme une branche de leur administration, M. de Montlosier connait ces choses mieux que nous , et s'il ne les a pas avouées , c'est sans doute pour avoir occasion de lancer de nouvelles épigraipmes contre l'épiscopat.
Ce n'est pas sans quelque inquiétude qu'il voit plusieurs évêques adtqis dans la Chambre des Pairs; ces prélats, selon lui, «faussent toutes les
(64) « altitudes quand on les voit quitter l'élole pour (( la toge et la toge pour l'étole , et cumuler les ce fonctions de prêtre 9 de législateur et de mace gisirat » (Pag. a 16)* Mais pourquoi les exclure d'une dignité dont vous pouvez vous-même être revêtu ? Leur refuseriez-vous les lumières qu'il* peuvent acquérir aussi bien que vous? Je ûe sache pas que les Suger , les Ximenès , les Richelieu et les Mazarin 9 aient moins connu la manière d'administrer un royaume que les Pombal, les Sully , les Colbert, les Turgot, etc. Tous avouez vous-même oc qu'après avoir suivi nos a vieilles chartes, vous avez été convaincu que oc l'administration des évêques non - seulement (( égalait , mais encore surpassait en équité,, en « bonté , en paternité, l'administration la plua <c renommée des hauts barons » ( Pag, 22a). Quel crime trouvez- vous donc que quelques évêques pleins de lumières et surtout de vertus , soient mis aujourd'hui sur te même rang qu'occupant un bien plus grand nombre de hauts barons, pour y discuter les grands intérêts du royaume, dont ils sont obligés plua que personne de prendre la défense, puisque par leur étët , ils doivent avoir
( 65 ) pour tous les membres 4e ce royaume des en- 1 trailles. de père ?
Il ne s'opposerait pas à "la vérité à ce que ce U <c nionarqute appelai quelquefois auprès dé lui les <K princes de la ?îe spirituelle. La Gourdes Pairs (c en Angleterre feit entrer de même momentané nément dans son enceinte un ceVtain nombre de a grands )tfges qpi Téclairem sur les formes du « droit , mais ce n'est que momentanément; elle ce se garde bien de les constituer en çffice perma» <c nent et d'en "faire une puissance » (Pag. 2S7 ). Pour excuser ses intentions, M. de Monilosier cite donc l'exemple de l'Angleterre , el c'est précisé.ment dans ce pays que la haute Chambre est le plus pourvue de Pairseoclésiastiques : mais, lui dira~t-on, puisque c'est dans nos Chambres, que les grandes questions politiques et religieuses sont agitées à la fois r ne convient-il pas que la religion ait aussi ses représen tans ?*Qui éclairera nos législateurs sur différentes matières tant de dogmes que de disciplines, si les dépositaires-nés de la foi ne sont pas présens pour s'opposer à la confusion des deux pouvoirs? Car on peut sans manquer de respect à nos illustres seigneuries, avancer
(66) qu'il est impossible qu*la science eecMsiastiqu* leur soit moins familière qu'aux éréques, el ce n'est paa ks injurier de dire que les premiers pasteurs dans la haute Chambre y sont comité le phare qui éclaire le chaos des diverses nuances d'opinions religieuses -que l'on remarque parmî ses membres.
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