CHAPITRE IX
Erreurs dé M. de Mohtlosier , touchant îa nécessité d'une religion k
Là religion est aussi ancienne que le monde; elle natjuii.avec le premier *bo nome qui- l'a trans^ «mise à ses desceridans. Qu'on déroule les fastes 4e l'histoire x l'on y verra que dans Ions les lieux çtdaife tdqsles temps les hommes se sont occupés à apaiser le ciel ou à se le* rendre favorable; M jamais on n'a trouve de borde ai harbarpqui ii'eût quelque sentiment religieux. Toujours un Ravoir supérieur a fait prosterner le genre bu* -main au pied des autels, et de tous les points de la terre une voix puissante rfa jamais cessé de monter vers le£cieux pour y porter les prières et les ailoratifrns des mortel*, «
C'est encore une vérité incontestable et que tous Us peuples tant anciens que modernes se Mot plus à rçcùn4aUre,qua sans la religion il n'y a poidt de salut pour les peuples j (qu'elle est la
(68) plus indispensable de toutes les institutions et qu'en vain on parlerait d'avenir pour une nation , si elle refusait de la proclarrier la souveraine des intelligences. Mais M. de Montlosier n'est point de cet avis. Dans un endroit de son livré où il engage lés princes et les ministres à se débarrasser des prêtres , il leur propose un moyen facile jfonr parvenir à ce beau résultat , c'est de se passer de religion, « Si vous n'avez pas de religion , les préce très ne vous seront pas un obstacle*» (Pag. 388). Ces pafolés ne «ont-elles pas claires , n'et primentelles pas le désir de voir abolir toute religion? Après avoir employé tous ses raisonnement pour jeter de la défaveur sur le clergé, il crai* gnait apparemment qu'on ne se méprtt sur le but de ses attaques, et voilà qu'il s'explique satis figures. Princes , vous n'auriez pas osé s(vir-direotement contre des hommes que vous £ve& regardés jusqu'ici comme vos amis r vous auriez craint de manquer de politesse àJeur égard en leur donnant congé de vos étais ; faites mieux si vous ne voulez pas que les prêtres vous soient un obstacle , dé» clarezàvos sujets que les devoirs religieux vous pèsent et que vous ne sauriez en continuer la pra-
( «9 ) tiquer. Dites- leur encore que la religion est un poids qui vous accable et que vous êtes d'avis do vous en décharger. En conséquence, décrétez une ^défense des * cérémonies religieuses , fermez lès temples qui servent au culte , envoyez des hérauts dans les saloris de l'opulence et sous le chaume de: la cabane pour les faire retentir de ces mots : U n'y a plus de r* eligion; et que l'écho lés répète jusque dans le fond de vos provinces. Princes, abolissez la divinité... Les prêtres qui n'auront plus rien à faire chez vous, seront bien' forcés de s'éloigner pour courir à l'exploitation d'un royaume plus doeile. De cette manière vous sauverez les convenances et vous vous allégerez d'un fardeau qui aurait fini par vous devenir insupportable : car si vous êtes religieux vous n'auriez pas su vous garantir du joug sacerdotal; tôt ou tard les prêtres auraient été des sangsues qui auraient dévoré tout votre avoir et celui de vos sujets, ce Comment en «. effet refuser quelque- chose à des hommes quî « disposent non-seulement d'un bonheur passaa ger ici bas , mais de tous les biens de l'autre a vie » ( Pag. 288). Telles sont les conséquences du système irréligieux de M.deMontlosier.
Dins plusieurs antres endroits de son, Ouvrage, Al. deMonilosier fait.entendre que les lois ecc Jesiastiquesqui prescrivent certains jours pour Ja solennité du culte ont été faites pour d'autres temps (Pag. 198). Mais si ces lois ne syrupatisent pltiâ avec notre époque, pourquoi nous apj>renez-vou* ce qu'en votre qualité de simple ^chrétien,, yous « allez quelquefois à la messe de votre paroisse » (Pag* i83); Par cette inconséquence, vous des* cendez donc de la hauteur du siècle? C'est une chose impardonnable. Vos nouveaux alliés dont vons dédaignez Y accueil se repentiront de vous avoir fait siéger in docto oorpore , et crieront au jansénisme en vous voyant.
Ailleurs , M. de Mootlosier fait entendre, que la religion n'est pas une institution indispensable, comme on le croit communément, et il prétend « que par la force de • l'habitude , et sans son « entremise, on peut obtenitles observances les « plus difficiles » (Pag. 235); et un peu plus haut: <c J'ai £ écarter de, fausses doctrines qui « mettent, le principe des mœurs dans la reliée gion » (Pag. 201 ). Le voilà donc en opposition avec les législateurs et les hommes éclairés
( 71 ) «le tome» U*s épocpies, qui uni cru qu'à la religion sekle appartenait la sanciioq des mœurs ; qu'elle seule pouvait obtenir de41iomtne une véri table obéissance aux lois qui régissent h société, et qu'inutilement on commanderai; l'observation «Pune- morale publique, si la religion ne venait apposer son autorité. Les lois humaines sont ellesmêmes* un frein* impuissant pour empêcher le débordement des mauvaises mœurs. Que peuvent être , en effet, les Jois d'un pays pour un homme qtà ne croit pas on Dieu , sinon des chaînes tyranniques qu'il s'èBbrCej-a de briser dès qu'il en aura l'occasion ; et puis, les lois punissent-elles tous les crimes? Peiivent7elles, comme la religion, faire tremblçr le coupable qui n'a , pas de témoin 9 qui se croit assuré d.e l'impunité, et de jouir ainsi du fruit de ses forfaits? N'est-il pas vrai encore qu'il se trouve des hommes qui , à force d'artifices, sont parvenus à placer leurs injustices sons la protection même des lois ; témoin ceux qui s'adonnent à l'usure.
Il est donc vrai que. la religion seule peut faire fleurit les mœurs, et qu'il n'y a m force £ habitude , ni férule de régent qui puissent rendre un cœur
(7>) vertueux . Jetés tes yeux sur ces êires qui pût abj are tout sentiment religieux, principalement dans la classe des misérables, quelle dégradation nVperc**vez-vous pas dans tout leur être? Sont-ils capables de quelques sentimens généreux, ces hommes grossiers et immoraux? Ils se traînent dans la fange du vice; ils s'en repaissent comme d'une pâtura délicieuse, et Fon ne trouve iier^en eux qui retrace la noble image du Créateur: tant leur corruption est profonde! Qui retirera ees hommes de cet abîme de dégradation morale dans lequel ils sont tombés? La force de l'habitude? igais ils n'ont d'habitude que pour le vice ! Les lois humaines? mais .elles ne peuvent pas aueiadre tous les désirs coupables, tous les actes immoraux ! 11 n'y a donc que la religion teule dont le ire^n puisse les retenir. Mpis par qui sera prîpbée cette religion ? Qui entreprendra cette fonction pénible et rebutante de converser <wee je. vice, ppur le faire rougir de lui «même? Je ne vois . qu'un bon prêtre capable d'une telle entreprise. Non, je me. trompe. M* de Montlosier me dit et qu'il n'est pas $q ressort des prêtres ft <|e léfotwer lçs ipœurs, qu'ils wqtpeq propre
« à cette œuvre » ( Pfcg. 139). Voilà une découverte admirable } mais qui donc chargerez-vous de cette œuvre si essentielle? «Les théâtres, la « littérature, tés académies J> ("Pag. a4a). Je n'examine pas ici si les maximes que l'on débite au théâtre sont propres ou non à corriger les mauvaises moeurs (1) , et si la littérature bu les adfrdétyûes ne contribuent pas plutôt à les corrompre quîà le^ épurer j mais encore faut-il que la classe ignorante de la société puisse comprendre 1er ipaximes do théâtre et sache démêler ce qu'elles peuvent avoir de bon, d'avec ce qu'elles ont de dangereux. Il faut qu'elle soit à portée, aussi de suivre les mouvemens de la littérature, et capable de puiser des sentimens généreux" dans les maximes académiques. Certes, ce n'est pas là une petite tâche. M, de Montlosier l'anibnionnerait-il?
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{î) On traitera plus bas cette question.