CHAPITRE Xî
prreurs de M. de Montlosier sur la vie dévote.
En Usant les éloges pompeux que notre antagoniste adresse à la vie dévote , on le croirait un nouveau saint Jean Dàmascéne, ou si l'on veut mieux, un autre Fénélon. Mais qu'on ne s'y trompe pas, cette vie qu'il préconise tant , il la croit néanmoins incompatible avec l'ordre social. Oh ne peut exhorter les hommes à l'embrasser, sans méconnaître, selon lui, le christianisme, sans faire un contré-sens complet dans la religion. Pourquoi donc faire l'éloge d'un état de vie qui contrarie la nature de l'homme? N'est-ce pas un leurre de plus que M. de Montlosier a présenté aux gens simples pour leur en imposer mieux?
Mais si le commun des chrétiens ne peut, s'accommoder à ce genre de vie, s'il ne peut s'allier avec leur manière d'exister, M. de Montlosier veut cependant que la vie dévote soit le partage exclusif des prêtres. Il tmblie donc ce qu'il a
, ( «a ) avancé en cent endroits de son livré, qne le prêtre est rhoins apte qu'un autre à se plier à cette manière de vivre. En effet, la base de la vie dévote est l'abnégation de soi-même., et d'après ses principe*, le prêtre est infiniment porté à des pensées ambitieuses. Celui qui embrasse cette vie s'impose d'avance l'obligation de ne vivre que pour les autres , que pour procurer le salut de ses frères r et le prêtre ne conspire qu'à leur asservissement , ne tend à rien moins qu'à faire peser sur lenr tête un joug tyrannique. Comnaept expliquer cette contradiction?,- M?i$ puisque vous vous amendez un instant, M. le Comte, et que, rétractant l'ordre que vo^savîe* déjà donné de proscrire les prêtres, vous wua contente* de demander a leur totale séparation de la vje civile » ( Pag. 217 ), quelles raitopa nous donnez-vouspour en agir ainai? t'intérêt de la société l Mais voo^ ignorer donc que leur influence ne dépend m d'une cloison , m d'un* barre de fer? Avec leur esprit essentielkmtnt encliu k la domination , ils trouveront toujours les moyens de briser les barrière* que vous opposeras k leur envabisseroem»
( 85.) Çroyet-moi 1 11» le Comte , le prêtre ne doit |>as plus appartenir exclusivement à la vie dévote que vous et moi. Soutenir quelle n'est faite que pour lui, c'est ne pas connaître la nature du sacerdoce ; car le prêtre n'est pas prêtre pour luimême , sa mission est de se consacrer an salut des autres. La terre qu'il habite ne lui a pas été donnée pour en faire un lieu de pure contemplation , il doit la travailler de mille manières pour la fertiliser; il doit la traverser en tout sens pour y semer le bien. Sans doute il doit être saint, mais l'éclat de sa sainteté doit rejaillir au loin* C'est un modèle de vie terrestre qu'il ne faut, pas cacher sous le boisseau , mais qu'on dent élever sur les plus hautes montagnes pour être aperçu de tous. Le prêtre doit être dans l'Etat , pourengager par ses discours , et plus encore par ses exemples , les peuples à la soumission et à là paix, pour exciter les esprits indifférons, pow réveiller les consciences endormies; il doit se montrer dans la cité pour faine pâlir le viee en sa présence , il doit paraître dans le famille pour y calmer les désunions, pour y établir Petnpire deê vertus.
(84) M.] de Montlosier accuse ensuite le clergé de vouloir transporter la vie dévote dans la vie civile, sans doute pour charger les autres d'un fardeau qui le gêne ; mais je ne sache pas qu'il soit jamais venu dans la pensée d'aucun ecclésiastique de transformer les villes en de vastes monastères. Si M. de Montlosier prétend nous donner pour des vérités tous les rêves de son imagination , il lui est bien permis de l'entreprendre, mais il ne nous est pas interdit d'en sourire de pitié. À quel propos adresse-t-il une pareille accusation? c'est parceque le clergé, du haut des chaires chrétiennes , fait entendre ces paroles de son divin instituteur : Qui amat periculum peribit in periculo. Mais cette maxime consacrée] dans les évangiles , n'est-elle pas fondée sur la raison ? Sera-t-on coupable d'exagération , quand on tonnera contre des réunions Ou l'innocence rencontre souvent de dangereux écueilà ? Et si les spectacles offrent des dangers imminens , si l'on a vu des ho/nmes solidement vertueux venir échouer à des représentations dramatiques, 'compromet-il l'évangile celui qui fait retentir à nos oreilles peu attentives, cet
oracle éminemment vrai : Qui amat periculum peribit in periculo ?
Pour mieux compléter la liste de ses calomnies, M. de Montlosier assure que les prêtres ont deux balances pour ce qui regarde les théâtres j et pour le prouver , il cite l'exemple 3e plusieurs personnages augustes ; mais si nous lui demandons le nom de ce directeur de conscience qui permet à un pénitent ce qu'il défend à un autre , nous l'apprendra-t-il ? Doit-ii se fonder sur de simples conjectures , quand il s'agit de déposer sur un fait d'une aussi grave importance? Fourrait-on dire qu'un directeur a permis l'usage de la calomnie à celui qui s'en servirait après avoir rempli des devoirs religieux? Il en est de même de tous les actes défectueux : un confesseur n'en est jamais responsable.
Du reste , M. de Montlosier sait fort bien qu'une bonne pièce de théâtre ne devient pas mauvaise par cela seul qu'elle est représentée; mais bien par des circonstances tout - à - fait distinctes de la tragédie ou comédie. La charité lui faisait donc un devoir de croire que ces cir-
( 86 ) constances qui sont mauvaises pour plusieurs % peuvent cesser de l'être pour d'autres. Eo obéissant à ce précepte de la charité , il se serait abstenu de blesser des coaveoances qp'ii aurait dû respecter.