‹ Réfutation complète du Mémoire de M. de MontlosierChapitre 15 sur 36 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De Tultramontànisoie et de la déclaration de 1682.-*- • Erreurs de M« de Monttosier à ee sejet.

L'Eglise est une dans sa doctrine; et ce principe qui sert à la distinguer des diverses sectes chrétiennes > est de l'essence même du catholi * cisore. En vain se dirait-on catholique, si, en- matière de dogmes > on pensait autrement que l'Eglise gardienne du précieux dépôt de la vérité; et *}u consentement de tous les docteurs chrétiens , l'Eglise romaine est cette dépositaire incorruptrice des vérités révélées. C'est donc vers elle qu'il faut lever les yeu* pour s'assurer de notrô croyance; c'est dans son sein qu'il faut puiser Faliment de notre foi. Telle a été depuis la prédication de l'évangile la croyance généralement reçue dans l'Eglise catholique. Pourquoi faut-il que des principes si clairs, dont les conséquences sont, si faciles à déduire, aient été la cause de plusieurs querelles dans la chrétienté, et le prétexte de

. (88) mille accusations contre la vraie religion de Jésus- Christ ?

L'Eglise catholique vivait en paix. Un roi grand par son caractère, plus grand encore par son respect pour la religion, oublie un instant ce qui faisait véritablement sa grandeur, et allume, au sein de son royaume, un foyer de disputes qui n'est pas encore éteint de nos jours.

Suivons M. de Montlosier dans l'historique de ces évènemens. Plus d'une fois nous aurons à gémir de la triste impulsion qu'a donnée un roi de France à des disputes qui ne tendent à rien moins qu'à affaiblir la foi dans les uns et refroidir la charité dans les autres. <c Louis XIV, après avoir « contenu au-dehors les prétentions des puissance ces étrangères , à Rome même , les prétentions « du pape, n'eut point à s'occuper, comme il aucc raità le faire aujourd'hui, des divers pouvoirs « de l'Etat ;, il était lui-même, à ce qu'il nous dit ce dans ses mémoires, tout l'Etat; et cependant; ce au milieu de ses faiblesses comme homme , je ce veux parler de ses amours et de ses colères , ( ce courbé .par ses sentiment religieux devant la ce puissance religieuse , et voulant savoir un jbur*

(*9) ce ce que c'est que celte puissance, le voilà qui se ce présente devant les' états-généraux de la reli-' ce gion , je me permets d'appeler ainsi l'assemblée ce du clergé de i€8a! Quelle est, leur demandece t-il , cette puissance menaçante qui gronde sans ce cesse autour de moi? Je veux lui être soumis ce comme chrétien; mais, comme souverain, ce quelle est auprès de moi son action, quelle est

ce son étendue, quelles sont ses limites? Et

<e Bossùet fut chargé d'agiter avec toute la sagesse ce dont il était capable, cette difficile et redoutace ble question » (Pag. 55). Voilà donc en peu de mots l'origine du gallicanisme : car je n'appelle pas de ce nom les libertés qu'une tradition constante dans les Eglises' de France doit nous faire respecter. Le gallicanisme proprement dit , n'est aujourd'hui que la croyance aux quatre articles de la déclaration du clergé en 1682, et l'ultramontanisme n'est que le catholicisme tçl qu'il était entendu avant cette déclaration.

Mais revenons sur nos pas.

M. dtf Montlosier nous parle d'abord des prétentions du pape contenues dans Rome même, et il regarde cette action de Louis XIV comme un

'(9°) fleuron digne d'embellir sa couronne. Nul doute qu'il ne s'agisse ici de l'affaire des franchises. Mais comment, de nos jours, ose-t-on accorder des louanges à un acte de despotisme, qui pèse tant sur la mémoire du grand roi ! Quoi , parcequ'un homme , qui se croyait tout l'Etat, a prétendu imposer des lois à un autre pouvoir indépendant du sien, en blessant toutes les loià de la justice, il faudra applaudir à cet acte arbitraire ! Est-ce bien à un ennemi de la prétendue domination des prêtres, qu'il convient de courber le front devant cette action tyraunique? Est-ce bien aussi l'allié des révolutionnaires, qui doit parler en faveur des franchises? Ne sait-il pas que c'était une usurpation criante, et qui a été la source de mille désordres? Si mon témoignage ne suffit pas pour confondre M. le Comte , il ne récusera pas au moins celui d'un homme qu'on peut croire assurément quand il dit du bien du clergé. « Depuis long-temps > dit Voltaire, il y avait dans Rome un abus difficile à déraciner... Les ambassadeurs étendaient le droit de franchise affecté à leur maison, jusqu'à une très

grande distance qu'on nomme quartier De là

pp asile assuré a tous les crimes. Par un autre abus >

( 9» ) ce qui entrait dans Rome sous le nom îles ambassadeurs ne payait jamais d'entrée. Le commerce en souffrait, et le fisc en était appauvri. Le pape Innocent XI obtint de l'empereur, du roi d'Espagne, de celui de Pologne et du roi d'Angleterre, Jacques II, qu'ils renonçassent à ces droits odieux. Le nonce Ranucci proposa à Louis XIV de concourir comme les autres rois à la tranquillité et au bon ordre de Rome. Louis répondit qu'il nes J 'était jamais réglé sur l'exemple à? autrui , et que c'était à lui à servir d'exempte (i). Il envoya à Rome le marquis de Lavardin en ambassade pour braver le pape. Lavardin y entra , malgré les défenses du pontife, escorté de quatre cents gardes de la marine, de quatre cents officiers volontaires, et de deux cents hommes de livrée, tous armés... Le pape est le seul souverain à qui on pût envoyer une telle ambassade, et la faiblesse de ses Etats fait qu'on l'outrage toujours

(i) Cet exemple était cfe favoriser chez un de ses •voisins la contrebande qu'il réprimait dans ses Etats par vri code barbare, et de protéger contre les lois les vo- 1 ençs et les assassins. \Noto de Voltaire. J

( 9* ) impunément » (1). Certes îl n'y a rien qne déraisonnable dans ces paroles de Voltaire; pourquoi fânt-il que M. de Montlosier le soit moins que ce philosophe? Que dirait-il si l'empereur des Russies f celui d'Autriche, le roi de Prusse, ainsi, que les autres souverains, parmi les conditions qu'ils pouvaient nous imposer en 18 j 6, avaient exigé de notre roi un quartier comme droit d'asile. Voilà qu'une bonne partie de la capitale serait habitée impunément par une compagnie de vrais spadassins; et ce ramassis d'étrangers dont Paris abonde, pourrait ainsi s'abandonnera tous les crimes, sans que l'on pût les forcer dans leur quartier, devenu pour eux un refuge inviolable. Le bon sens s'indigne à celte seule supposition. Que M. de Montlosier n'eut-il été également indigné des franchises de Rome, nous ne nous serions pas arrêtés sur ce sujet.

« Quelle est cette puissance menaçante qui « gronde sans cesse autour de moi , souvent au- « dessus de moi, dit le roi ». M. de Montlosier, en

(1) Siècle de Louis XIV.

( 93 ) mettant ces paroles dans la bouche de Louis XIV, ne comprend pas le ridicule dont il couvre son personnage. A les prendre dans leur stricte acception, ne semble-t-il pas que, comme souverain, il n'a au-dessus de lui aucune puissance qui puisse le faire fléchir* Mais pour être souverain, est-on moins soumis aux ordres du ciel que le reste des hommes? Cette égalité devant le maître de l'univers, n'est-ce pas ce qui nous console souvent dans les persécutions que nous avons à essuyer? n'est-ce pas encore cette égalité devant Dieu qui nous fait supporter le dédain des grands avec plus de calme et de patience? n'est-ce pas parçeque nous pouvons leur dire : « Mon vengeur est au ciel, apprenez à trembler, » que nous poursuivons la pénible carrière de notre vie avec moins de chagrins, avec plus de résignation . <c Je veux lui être soumis comme chrétien ». Vous serez donc soumis en cette qualité aux peines qu'il plaira à la puissance spirituelle de vous infliger. Si vos fautes méritent un anathéme, s'il vous faut implorer la miséricorde de Dieu dans l'attitude d'un humble pénitent , que deviennent alors ces imposantes paroles : « Qu'est-ce que cette puissance mena*

(94) çante qui gronde sans cesse autour de moi, sotr» vent au-dessus de moi ». Mais le tort n'est qu'à celui qui les a imaginées. M. de Montlosier sans doute a voulu en accepter la responsabilité.

Ce serait peut-être ici le cas de peindre l'ardente animosité de Louis XIV au sujet de la régale; car c'est pour se venger du pontife Innocent X1L, qui lui en disputait les droits , qu'il convoqua les évêquea du royaume; mais il me faudrait dévoiler aussi toutes les intrigues de plusieurs évéques de cette assemblée, raconter l'ambition de l'archevêque de Paris, qui, dans Pespé-» rance d'obtenir un chapeau ronge, flattait servilement uqe cour temporelle, tandis qu'il humiliait par ses bravades son supérieur dans Pordre- ecclésiastique; et cet archevêque de Reims, Le Telfier, tout dévoué au parti janséniste, et d'un caractère tellement âpre, tellement vindicatif, qu'on lui eût fait consommer un schisme plutôt que de lui faire adopter des idées raisonnables. Et ces artifices dont Bossuet fut obligé de se servir pour apaiser les esprits violens et satisfaire à la fois à sa conscience. Si je voulais , dis-je , mettre au grand jour tons les ressorts mis en jen par les faisérables

(9M passions humaines dans celte circonstance , je craindrais trop de choquer certaines oreilles gallicanes (i).

Les quatre articles furent donc rédigés pas B04suet et adoptés à la majorité des voii. La ftorbonne ei les universités les proclamèrent comme une doctrine appuyée sur la tradition; les parlemens les regardèrent comme un symbole qn'il eût fallu ajouter à celui de Nicée, et les firent décréter par le prince comme lois de l'Etat. En conséquence, Louis XIV rendit un édit , touchant cette déclaration du clergé , par lequel il était ordonnée toutes personnes aspirant aux dignités, de s'engager, par serment r de soutenir les quatre articles de la déclaration. Les députés dn second ordre à l'assemblée de 1682, qui avaient été nommés à des évechés, ne purent après cela obtenir des bulles, et le pape exigea d'eux une lettre de satisfaction , qui fut expédiée. M. de Montlosier

(1) 6a trouve tous ces détails dans V Histoire de Bosguet, par le cardinal de Beausset , et surtout dans les Nouveaux Opuscules de Fleury , dont M. Emery est l'éditeur*

(98) dément XI, après cettp explication du roi, envoya les bulles.

Ou a dû remarquer dans celle dernière lettre combien les senti mens du mbnarqiie .avaient changé depuis 1683. Il ordonnait alors l'enseignement de la déclaration , il s'érigeait ea docteur , et prétendait imposer une croyance a ses sujets ; et voilà que trente ans après , quand les revers lui eurent appris qu'il était homme, devenu moins impérieux et plus sage, il dit expressément qu'il ri est pas juste d'empêcher ses sujets de dire leur apis sur une matière qu'on est Ubre de soutenir départ et d'autre. M. de Momlosiei* ne voit encore ici oc qu'un témoignage de respect et de « courtoisie dans cette réponse du monarque, et a nullement une espèce de rétractation de sa «c part » (Pag. 63). Cependant avouer que Ton peut soutenir de part et d'autre l'opinion que l'on veut, n'estrce pas revenir contrte celle dont il avait ordonné l'enseignement d'une manière absolue , et pour laquelle il n'avait pas CrairU de porter le trouble dans la catholicité. Pensent-ils autrement ceux que vous appelez ultramontains ?' Onl-ih jamais soutenu que* l'opinion des quatre 'articles

•(99) était hérétique ? Les plus exagérés d'entre eux ne l'ont pas osé.

Il nous reste à examiner la conduite de cette partie du clergé qui s'est montrée rebella au* ordres du ministère , quand on lui a enjoint l'enseignement de la déclaration. On verra comment M. de Montlosier a confondu deux choses essentiellement différentes , et combien il eut évité d'erreurs, s'il eût écrit avec moins de précipitation.

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