CHAPITRE XV
Su! le de l'histoire des jésuites et des erreurs de M. de Montlosier.
Nous avons entendu M. de Montlosier nous parler de la rébellion et de la cruauté, comme étant les principaux traits de l'esprit des jésuites. Il est étonnant qu'une occasion s'étant présentée pour user de ces méchans moyens, les jésuites n'aient pas voulu en profiter. Pourquoi n'ont-ils opposé aucune résistance lorsqu'on a voulu les bannir de plusieurs royaumes? Pourquoi n'ont-ils pas soulevé les Etats romains, quand un pape a détruit leur congrégation? Sait-on seulement qu'ils aient murmuré contre les coups qui les frappaient avec taut de rudesse? L'histoire n'en fait pas mention j ce qui prouve qu'ils obéirent sans se plaindre, et qu'ils aimèrent mieux tout perdre, tout sacrifier, plutôt que d'enfreindre une promesse qu'ils avaient jurée aux pieds des autels , je veux dire l'obéissance aux représentai!* de Dieu sur la terre.
Comme M. de Montlosier n'a pas trouvé prise dans cette conduite des jésuites, et qu'il veut néanmoins trouver des prétextes à sa critique, il les blâme de s'être retirés en Prusse et en Russie après l'abolition de leur ordre (Pag. 48). Où voulait-il qu'ils se réfugiassent? Quoi! frappés de proscription, ils abordent la terre d'exil et vous leur disputez le dernier asile? Quelle générosité est la vôtre ! Est-ce ainsi que*vous vous montres sensible à la vue du malheur d'autrui? Auriezvous donc souhaité qu'ils demeurassent dans les mêmes villes qui avaient été témoins de leur gloire, et qui maintenant voyaient leur humiliation et leur défaite? Y auraient-Us trouvé la tranquillité? N'auraient -ils pas été pour leurs ennemis un su jet continuel de dérisions? La raillerie n'aurait-elle pas armé ses perfides dards pour percer ces victimes de la persécution?
Quand la révolution eut éclaté en France, les jésuites, selon M. de Montlosier, accoururent chez nous , parceque « partout où il y a du mouce veinent, du trouble, un théâtre, on peut être g sûr de les voir paraître; c'est leur aliment, te leur élément. Dans des pays tranquilles , il n'y
( 1*3 ) « a rien à faire» (Pag. 48). Nous sommes en* core dans le cas de demander à M. de Montlosier des preuves de ce qu'il avance, puisqu'il n'en fournit pas. Quand il nous aura nommé les jésuites qui sont venus se mêler k nos troubles ; quand il aura désigné les lieux qui ont été pendant la révolution le théâtre de leurs intrigues , nous pourrons croire à son témoignage. Qu'il nous permette de suspendre jusqu'alors notre jugement
Mais, en supposant que les jésuites soient venus exploiter la révolution française , et celte fois l'accusation est nouvelle , croyez-vous, M. le Comte, que notre pays eût beaucoup souffert de leur apparition? Qu'aurions-nous perdu, si, au lien des Marat, des Robespierre, et de tant d'autres législateurs de cette espèce, on nous eût placés sous la tutelle d'un nouveau Lai nez, ou d'un autre Ricci , à qui la science du gouvernement ne manquait pas, et qui entendaient un peu mieux les intérêts de leurs subordonnés, que ces spoliateurs de la fortune publique, dont- la France a tant à se plaindre. .
, « Sous Buonapftrte, ce n'était encore que
( (*4 ) « quelques pères de la foi bien petits, bien « humbles , bien obscurs. Dès que la restaura* « tion survient , le nom de jésuite se prononce « ouvertement » (Pag. 4c)). On sait que Buonaparte, qui possédait Part de juger les hommes, avait eu plusieurs fois l'intention de confier à un corps enseignant la direction des collèges royaux; / ainsi , ce n'est pas de lui personnellement que les jésuites pouvaient avoir à craindre; mais la forme du gouvernement ne leur permettait pas de se montrer comme aujourd'hui. Les blâmera-t-on encore de s'être ainsi conformés aux lois? Leur nom, dites- vous, se prononce ouvertement aujourd'hui. Mais la liberté individuelle qui nous est garantie par la charte, peut-elle établir une exception à leur égard? Du reste, la même puissance qui les avait détruits ayant jugé à propos de les rétablir sur le même pied qu'auparavant, ils ne sont coupables d'aucun acte de rébellion en Rappelant du nom que leur a donné leur saint fondateur.
Le récit que nous fait M. de Montlosier de la visite d'un jésuite à un ministre du roi, en 1817 (Pag. 49), ressemble trop à un conte fait h plaisir,
( ia5 ) pour qu'où le réfuie sérieusement. Je ne le rappelle à son auteur que pour lui signifier de o£ plus nous parler de moines, quand il voudra nous entretenir des jésuites , parcequ'ils n'appartiennent pas à cette classe de religieux , à moins qu'il trouve son plaisir à s'entendre de nouveau accuser d'ignorance (1).
(1) S'il veut s'en assurer, il n'a qu'à consulter VAL* manach ecclésiastique qui s'imprime à Rome , et que Ton vend à Paris.