CHAPITRE PREMIER
Deoein de M. de Moollotter en écrivant sen Mémoire..
Le oûm do père de lapatrie fut décerné autrefoi* par un peuple reconnaissant à un citoyen: qui, bravant tes périls où l'exposait sa déoaarebe courageuse , ose révéler un complot, qui ne tendait à rien moins qu'au bouleversement dé touie l'Italie. Serions-nous moins généreux que les Romains, si, pendant que nous nous livrons à une trompeuse sécurité , un homme se présentait à nous pour nous initier aux mystères d'une conjuration qui menace la société tout entière.
Non , chex un peuple qui se pique d'honneur, et qui compte la reconnaissance au nombre de ses vertus, cet homme recevrait une récompense digne de ses services, et l'histoire serait chargée de transmettre son action héroïque à la postérité la plus reculée.
Français, voici un noble chevalier à qui son dévouement à la cause sacrée de la religion et du
irone avait mérite plusieurs palmes glorieuses» Près de descendre dans le tombeau, il * voulu en .cueillir de nouvelles; et, à eet effet, il vient étendre sur vous une fbain protectrice ; il vient vous garantir des coups fuuestes que des ennemis acharnés se disposent à vous porter. Cependant comme la société dont il annonce la ruine, ne chancelle pas encore snr sa base,. ne vous hâtes pas cette fois de lui décerner un nouveau triomphe, mais examinez si les révélations qu'il vous fait reposent sur quelque fondement solide.
« Un vaste système, dit-il, tranchons le mot, « une vaste conspiration contre la religion , h contre le Roi, contre la société, s'est élevée » { Page. 1 ). En vérité, voilà du sérieux* Quiconque lira ces étonnantes paroles, ainsi placées h la tête tJu Mémoire û consulter , en sera sans doute effrayé, et s'empressera de connaître les perfides agens d'un projet aussi criminel. Supposons néanmoins qu'après les avoir lues, un de ces hommes au-dessus de la crainte s'avisât de fermer le livre pour se procurer le plaisir de découvrir lui* même les coupables. Croit-on qu'il devinât jamais la pensée de M. de Montlosier? Ses soupçons
(i6) propose d'immoler. Que Ton aimerait bien mieux vous voir descendre dans l'arène, le front découvert* et voui entendre déclarer franchement ce que vous êtes. Vos déclamations seraient tarins à redouter, elles ne séduiraient personne ; au contraire , il peut arriver que ce ton de réserve et de modération que vous empruntez, captive quelques hommes, peu réfléchis, et leur fasse adopter vos étranges suppositions. Ou vous êtes l'ami des prêtres , ou, vous ne l'êtes pas. Si , comme votas le dites a ils soin l'objet de votre respect » (Pag. 4-), vous êtes inexcusable d'avoir lancé contre eux un libelle diffamatoire. Si vous êtes leur ennemi, dépouillez alors ce masque avec lequel vous vous ménagez une certaine réputation d'hoimne religieux. Mais vous avez senti qu'on repousserait vos attaques avec plus de succès, si l'on connaissait à fond l'adversaire que l'on a a combattre.
^Lorsque, dans l'assemblée constituante, un député de l'opposition s'avisa de rappeler les faiblesses d'Henri IY , au milieu des questions sérieuses qui s'agitaient, vous sûtes bien ramener ce pétulant orateur au véritable point de Ifcquesr
( 17 ) lion 9 et vous dites alors , avec beaucoup de raison : oc Qu'on ne peut parler de ces sortes de (c choses sans jeter de la défaveur sur la cause des <c rois (1). » Croyez-vous qu'en exposant au mépris du public ces vases saints que vous avez tirés des tabernacles, vous ne jetiez pas aussi de la défaveur sur la religion? Ce serait vous abuser étrangement de le penser. Voyez le triste effet qu'a produit dans le public , lors du procès intenté à deux journaux, la révélation de quelques anecdotes ecclésiastiques, sinon controuvées, du moins exagérées par ceux qui étaient intéressés à les publier. Cette partie du peuple, qui adopta les faits sans examen, et qui a toujours le défaut de conclure du particulier au général , manifesta des intentions hostiles contre le clergé qui s'était rendu coupable de tels actes. Certes , si ce peuple a porté ce jugement, il y a deux mois, lorsque trois ou qnatre prêtres seulement étaient inculpés, quel cri d'indignation ne va-t-il pas pousser lorsque votre livre lui sera parvenu , ou quand le Constitutionnel lui en aura officieusement pré-
(i) Séance du 18 mat 1789.
sente l'analyse. Doutez-vous qu'il ne maudisse ces hommes que vous leur représentez comme les seuls ennemis de Tordre social. Tremblez donc, M. le Comte, qu'il ne se livre aujourd'hui aux mêmes désordres qu'à une époque fâcheuse encore -si rapprochée de nous. Vous savez, mieux que personne combien ce cri, cet infâme cri : à bas les prêtres! lui faisait commettre de crimes pendant ses scandaleuses rîrgies ; c'était aussi-en chantant cet épouvantable refrain qu'il promenait d'un bout de la France à l'autre son glaive destructeur.