‹ Réfutation complète du Mémoire de M. de MontlosierChapitre 7 sur 36 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Suite de la haine de M. de Montlosier- contre le clergé catholique.

A la vérité, M. de Montlqsier a esquissé d'une manière assez heureuse le portrait du véritable prêtre j mais qu'on ne s'y trompe pas, ce n'est qu'une ruse pour mieux faire admettre les sophis~ mes injurieux qu'il va nous débiter sur le caractère du sacerdoce chrétien. Néanmoins comme ses paroles trahissent ses malignes" intentions et décèlent une profonde hypocrisie dans celui qui les a prononcées , je vais les citer ici. Elles feront ressortir tout ce que le reste de l'ouvrage renferme d'odieux. « Une des parties les plus nobles dans & le caractère de prêtre (et qui est particulière à « l'excellente religion catholique ) , c'est le célibat <c qui lui est imposé. Je ne vois pas, en général, <c que les hommes du monde tiennent assez de

« compte de ce sacrifice L'état continuel de

g souffrances et de combats secrets qui se peignent

« sur le visage pâle de la victime, m'a fail souvent « baisser les yeux d'attendrissement et de respect.

<;< Ce n'est pas le seul sacrifice du prêtre. L'hom- « mè du monde se pare de sa compagne; il se « pare aussi de ses enfans : dans les misères de ce la vie c'est une consolation , c'est aussi un appui, te Vos enfans, dit l'Esprit-Saint, seront comme « les rejetons de l'olivier autour de -votre table, ce Le prêtre n'a à espérer ni cette bénédiction ni

« cette récompense J'ouvre le livre qui lui a

« été imposé. D'après la règle qui lui a été faite, « il doit prier Dieu à la première heure, ensuite (c à la troisième, puis à la sixième, puis encore « !\ la neuvième; le soir, c'est vêpres et complies; « au lever du soleil, c'est matines et laudes. Une oc journée, coupée ainsi laisse peu de loisir....

f( Pénétré sans cesse de la substance de Dieu , « le prêtre est la colonne par laquelle, d'un côté, « les vœux et l'encens de la terre montent jusqu'au « ciel; par laquelle, d'un autre côté, les bétié- « dictions du ciel descendent sur la terre. Il de* « vient ainsi le médiateur entre Dieu et l'homme. « Avec tant d'avantages, est-ce que le cœur d'un « prêtre ne se remplira pas d'orgueil ? au con-

( «9 ) a traire, d'humilité. Plus il approche de Dieu, et ce plus il comprend son néant et sa petitesse » (Pag. 206 et suiy.). Je m arrête à ces dernières paroles que je regarde comme une réfutation complète de tout son Mémoire. Car s'il est vrai qu'avec tant d'avantages spirituels le cœur d'un prêtre ne se remplira pas d'orgueil, il faut conclure que jamais le sentiment de la. domination ne viendra s'établir en lui et que l'esprit d'envahissement dont on l'accuse n'est qu'une chimère. Mais avant de poursuivre ce raisonnement qui a besoin d'être fortifié d'autres preuves encore plus convaincantes, je veux opposer ait portrait qu'on vient de lire les diatribes acerbes que M. de Montlosier a adressées an sacerdoce en gcuèral. « Ce <c ne sont ni les dogmes ni les préceptes qui efce fraient les nations : partout le grand obstacle à ce notre religion , ce sont nos prêtres. Amalgamés <c avec l'autorité civile, |eur autorité est odieuse; « séparés de l'autorité civile, elle devient rivale, . ce elle est embarrassante. On ne sait ni comment « la réprimer , ni comment la favoriser; on n^ sait « comment vivre avec elle» (Pag. 162). Certes, s'il existe au milieu d'un état une autre société

(5o) tellement embarrassante qu'où ne sache ni la ré* primer, ni comment vivre avec die, je ne vois pas comment les princes peuvent l'y souffrir. Mais où sont les preuves de vos hargneuses assertions ? Ce n'est pas tout d'accuser; quand on est de bonne foi comme vous prétendez l'être, il faut établir sur des preuves irrécusables les faits que l'on ose affirmer, sous peine de passer pour un imposteur. Poursuivons, ce S'il est vrai, comme nous l'assure « M: de Maistre, que la rage de la domination ce soit innée dans F homme et que la rage de la et faire sentir ne soit pas moins naturelle , quelle «c garantie se trouvera-t-il pour le gouvernement, ce envers la puissance du prêtre, lorsque suivant « le système d'aujourd'hui, au lieu de prendre « des précautions contre cette rage, le clergé « s'empresse de lui donner l'essor» (Pag. i58)? « On connaît, dit-il ailleurs , l'existence frêle et ce passagère des princes et des ministres; avec une ce telle eiîstence comment pense-t-on qu'ils peuce tent lutter contre une puissance qui ne naît ni c( ne meurt; qui, dans ses relations, embrasse le ce monde entier; qui, comme peuple particulier, « a sa milice particulière, ei^ avec eette milice,

« un général et tin souverain éloigné, avec le- « quel elle décide quand et comment elle doit a obéir au souverain qui est auprès d'elle? C'est « une folie» (Pag. 160). Ainsi donc, il est impossible d'échapper à cette puissance ennemie qui embrasse le monde,, qui a une milice dévouée dans l'universalité des prêtres, un général au ministère ecclésiastique, et un souverain dans la personne du pape. Peuples, entendez et jugez!* On ne s'avise pas de déclamer aujourd'hui contre les vertus peu apostoliques d'une foule de prêtres qui, infidèles à leur vocation, se prostituent quelquefois aux misérables passions du monde , et fournissent aux impies le prétexte de mille sarcasmes contre la religion, elle cependant qui est la première à les condamner. On a vu que cette sorte d'attaque ne menait pas avec assez de promptitude au but que l'on se proposait, et on l'a abandonnée. Grâces à la nouvelle tactique, les individus prêtres ne seront plus exposés aux ironies sanglantes' de nos philosophes : bien plus, on accordera un éloge pompeux à leur sacré caractère, en même temps qu'on s'élèvera contre la société à laquelle ils appartiennent; on dési-

( 5a.) gnera celle-ci comme un foyer perpétuel de conspiration; et s'ils parviennent à le persuader, on les verra bientôt conclure que l'existence d'un tel corps étant iucompalibleaveclebon ordre, il est de toute nécessité de le bannir delà société', et avec eux la religion dont ils sont lés ministres. Que faire en effet d'une institution qui repose sur la nécessité d'un sacrifice dont le prêtre seul peut être le sacrificateur? C'est là toute la pensée de M. de Montlosier, quoiqu'il cherche à l'envelopper d'un langage hypocrite qui peut bien faire quelques dupes parmi les simples, mais qui n'abusera pas les hommes réfléchis. Et vous aussi, vétéran de l'honneur , vous employez les détours! N'osant désigner ouvertement la religion comme le plus grand fléau de l'humanité, vous cachez cette pensée dans le fond de votre cçeur; mais vous ne craiguez pas de crier guerre aux prêtres!....

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