CHAPITRE V
te sacerdoce chrétien est, aux yeux de M. de Mont<*losier, une institution anti-sociale^
J'avoue que les paroles dont se compose le texte de ce chapitre, et qui frappent de stupeur un homme religieux, ne se trouvent pas littéralement .dans le Mémoire que. je combats; mais elles n'y sont pas moins implicitement exprimées, comme on va le voir : « Le peuple chrétien , ditce il , est révolté de l'envahissement et des prête tentions des prêtres » ( Pag. 161 ). Mais vous qui apparemment avez sondé tous les cœurs , puisque vous vous montrez si affirmatif dans vos allégations , apprenez-nous qui sont ces nouveaux êtres à répugnance ? Le nom de chrétien est un peu trop générique. Je crains que vous vous soyez fait illusion en l'écrivant, ou que vous n'ayez pu en comprendre la véritable signification. Voudriez-vous parler des sectes séparées de la communion romaine, qui se parent de l'auguste nom
( 34,) de chrétien , quoique leur doctrine n'ait rien d'analogue avec celle de Jésus -Christ? mais il n'est pas étonnant qu'elles repoussant les prêtres comme des adversaires dont elles redoutent les lumières. Seraient- ce des chrétiens qui sont nés daqs le sein de l'Eglise catholique, et qui ne pratiquent aucun de ses commandemens? mais ceux-ci repoussent les prêtres, parcequ'ils trouvent dans leurs exhortations une censure incommode. Seraient-ce les chrétiens qui fréquentent les temples, et qui, dociles à la voix de l'Eglise, supportent avec foie le joug du Seigneur, parceque ce joug est doux et léger , et que' celui du monde est rempli d'amertume? mais où sont, parmi ces derniers, les voix* accusatrices? Vous croiriez-vous de ce nombre , par hasard ? Mais votre livre luimême nous interdit celle /pensée.
é C'est donc une voix isolée qui fait entendre des cris sinistres : c'est cette seule voix qui dénigre avec acharnement le saoerdooe chrétien , et qui le représente comme une institution funeste. « Si <c le pape, dit-il-, comme successeur de saint (( Pierre , possède une première et principale « puissance ( ce que l'on appelle l'autorité des
(35) « clefs )j les évéques, qui ne sont pas , il est vrai, ce successeurs de saint Pierre , mais qui peuvent . <( diversement se dire successeurs de saint Paul , « de saint Jean, de saint Bartjhélemi et des autres ce- apôtres , ont droit à une grande autorité ; les « simples prêtres , avec leur droit divin de lier et <c de délier , peuvent se saisir aussi de quelque ce chose de cette filiation , et prétendre à une « grande importance 9 (Pag. 77). Il dit ailleurs « qû*il ne faut pas croire que l'esprit d'envahis- « sèment est sorti seulement del'uttramontamsmë « moderne, il appartient tout- à -fait à Yesprit « prêtre » ( Pag. 95 ). Ce qui veut dire , en d'autres termes , qu'il est de l'essence du sacerdoce de porter ceux qui en sont revêtus à des actes dé domination. Il est bon de remarquer, avant dé poursuivre ce Raisonnement , que M. de Mont- 1 osier confond ici néanmoins deux choses qu'un abîme sépare : je veux dire le catholicisme et la religion prétendue réformée. Dans celle-ci , le libre examen , premier article de leur £ode religieux, s'il en existe, peut enfanter à l'infini des interprétations différentes, et la discipline, dans cette secte j n'est pas plus à l'abri de ces variations
que les croyances dogmatiques. Qui oserait en effet poser des limites au droit que s'attribue chaque réformé d'examiner par lui-même , et de rejeter tout ce qui ne sympatise pas avec ses goûts , tout ce qui ne s'accorde pas avec les- lumières de sa raison ? 11 n'en est pas ainsi dans l'Eglise catholique. Les croyances qui , chez les protestans , ressemblent aux flots agités de la mer, à cause de leur éternelle fluctuation, sont ici fixes et immuables ; il n'est donc pas à craindre que les évéques de cette Eglise prétendent jamais changer l'ordre établi par Dieu même, et veuillent s'établir les rivaux des pontifes romains. Ils savent que ce n'est pas aux apôtres Paul, Jean, Barthélemi, etc., mais à Pierre seulement qu'il a été dit par le fondateur du christianisme : Vous êtes Pierre y et sur cette -pierre f établirai mon Eglise , et les portes 'de Venfer ne prévaudront point contre elle. Le droit divin de lier ou de délier chez les simples prêtres, ne sera pas interprété par eux autrement que par la puissance de remettre les péchés, en vertu des mérites de Jésus- Christ. En cela l'expérience du passé nous répond de l'avenir , et si nous nous croyons fondés à l'af-
(37) • ■ firmer , c'est qu'il a été fait, il y a dix-huit siècles, une promesse qui ne passera pas. iVo« prœvalebunt.
Je reviens à l'examen du sacerdoce chrétien , si malignement interprêté par M. de Montlosier. A qui donc a-t-il voulu* en imposer, quand il fait découler du pouvoir tout spirituel de lier ou de délier, tant chez le pape que chez les.évêqnes et les prêtres, un autre droit i suivant lui , inhérent au premier , celui de s'emparer de toute autorité. Mais si cet esprit d'envahissement de pouvoir est 3 selon lui, une èorrçéquence nécessaire def leur éiat ; si c'est un résultat nécessaire de la consécration qu'ils ont reçue , il s'en suit, ou qu'il faut les laisser agir , puisqu'ils n'entreprennent rien qui ne* soit dans le cercle de leurs attribution* ( à mQÎns qu'on ne dise que la religion catholique est d'invention hufmaine), ou qu'il faut "les proscrire de tous les lieux, pareeque l'on ne pourra jamais échapper à leur funeste influence. Si l'esprit sacerdotal est tel , quHl failfe mettre entré les mains du clergé le gouvernement des enoscs civiles j si c'est une folie pour les rois , comme il le dit ailleurs (Pag. 160), de prétendre
arrêter le torrent d'une invasion sacerdotale , il faut conclure que VEtat doit baûnir de son sein le clergé catholique , sous peine de s'en laisser asservir.
Et qu'op ne croie pas que cet esprit d'envahissement ne soit qu'un trait distinctif de l'époque
où nous vivons. Non : M. de Montlosier n'en veut
pas seulement au clergé actuel, il attaque également celui de tous les âges et de tous les pays. Comme le mal réside, selon lui; dans l'institutipn elle-même du sacerdoce, il a donc existé de tout temps et dons tous les lieux , de même qu'il existera toujours, à moins qu'il se rencontre un audacieux qui tente de l'extirper dans sa racine. Les artistes de Fanarchie, en 1792 , quand ils eurent consommé un de leurs plus épouvantables forfans, la mort de l'infortuné LduisXVI, tenaienti!s un autre langage? et n'est-il pas à regretter que M. de Montlosier, qui se déclarait alors le champion deshpnpes doctrines, n'ait pas mêlé sa voix à celles des Murât, des David, des Danton , des Robespierre, etc. ! Peut-être ne serions-nous pas attristés de ses perfides dénonciations. Cette \pix , qui e£t été cpnïopdvieayec beaucoup d'autres
(59) plus criminelles encore, n'aurait peut-être pas retenti jusqu'à nous y et nous ne serions pas réduits à la triste nécessité de réfuter un vieillard pour lequel nous ne voudrions avoir que des senti mens d'estime et de vénération.
Les paroles de l'auteur sont expresses : « Telle ce est , dit-il, dans tous les temps , soit auprès des <c rois, soit auprès des peuples, V attitude des ptê- <K très. Pans cette guerre^ d'une singulière espèce , <$ la rusè r leur est aussi bonne que la force. S'at- « tribuant tout droit , ils appellent prudence le « sursis qu'ils veulent bien accorder aux rois et ce aux peuples, mais toujours en vedette pour <( épier le moment, ilè temporisent quelquefois, « ne se désistent jamais ( Pag. 277). Partout le ce grand obstacle à notre religion , ce sont les ce prêtres.... Voilà le vrai en Angleterre , en Allecc mâgne, en France» (Pag. 162). Ainsi, dans tous les temps, et dans tous les pays, les prêtres montrent Une attitude ambitieuse. Ils déclarent, dans tous les temps une guerre continuelle aux rois et aux peuples, tantôt en employant la force, tantôt en substituant la ruse à celle-ci; temporisant quelquefois, accordant volontiers des sursis
(4o) aux rois et aux peuples, mais ne se désistant jamais de leurs prétentions.
, Citons encore des passages sur l'article que nous examinons , puisque , en mettant à nu ce faisceau d'impiétés, nous parvenons à découvrir les poisons les plus cachés du Mémoire, ce J'ai « vu passer avec toute la pompe des cours le ce monarque, objet de notre culte (1); autrefois « tout se pressait sur son passage , aujourd'hui ce sans doute le fonds de respect et d'affectiou se « conserve : pourquoi les témoignages ne sont-ils « plus aussi vifs? Le silence des peuples est la le- <c coq des rois; mais ici n'y a-t-ijquedu silence» ( Pag., 360)? Voilà un fait que d'autres peut-être contesteront, mais qui ne doit pas nous arrêter ici. Il pous importe peu aujourd'hui de savoir si, sur le passage de Charles X, dans les rues de la capitale, la foule interrompit ou n'interrompit pas : ses travaux pour aller saluer le prince de ses acclamations; maisjce qu'il nous importe de connaître, c'est le motif du silence dont veut bien nous
(1) Nous allons voir bientôt ce que nous devons croire dp Ja véRérîriipn de M- de Mon tl osier" pour Charles X t
(4! ; entretenir M. de Montlosier, et qu'il assure avoir remarqué. Les journaux de l'opposition ne manquèrent pas aussi d'apprendre à leurs nombreux abonnés qu'un petit nombre de personnes s'était trouvé sur le passage d eViotre monarque, ce que Ton peut expliquer aisément, à mon avis, sans dire que le respect pour le Roi ai t été affaibli dans les cœurs î mais ceux-ci l'attribuèrent à des causes purement ministérielles, si je puis m'exprimer ainsi. Pour les uns. c'était la réduction des rentes; les entraves, mises à la liberté de la presse, était pour les autres un motif suffisant pour expliquer ce faible concours des habitan s dé Paris. Mais , le Croirait-on ? M. le Comte n'adopte aucun de ses avis : sa perspicacité est bien plus pénétrante que celle des journaux de l'opposition. 11 est entré plus avant dans l'intérieur des consciences. Je nev sais s'il étfàt alors posté sur une de ses montagnes de l'Auvergne ou sur quelque donjon de ses anciens châteaux , mais il paraît que l'horisonj s'étendait beaucoup pour lui ,. jet qu'il voyait mieux "que nous. Qu'est-ce donc, eii effet, suivant lui, que ce silence affecté de huit cçnt mille âmes ? Pourquoi les -ouvriers n'ont-ils pas abandonné
leurs ateliers une journée entière pout courir audevant d'un souverain dont l'image est dans tous les coeurs? M. deMonilosier va nous l'apprendre ; (et ne rideatUamici; car le sujet, à la vérité plaisant sous un rapport, a aussi spn côté sévère ). 11 nous apprend donc a que le peuple ayant « connu que son roi avait abandonné la vie direct tienne pour embrasser la vie dévote , a craint « qu'il ne s'eàtourât que de congréganistes , de ce moines de toute espèce, et de ses seuls amis « catholiques , et que c'est ce qui l'a- porté à monte trer île la froideur dans une circonstance où il «c n'aurait dû laisser éclater qu'une vive alé- « gresse » ( Pag. 370 et 27 1 ). Quand un écrivain, brisant toutes les barrières, ose ainsi pénétrer dané l'oratpire d'un prince vertueux , porter ses yeux profanes sur des objets que cache la pourpre , tourner ensuite en dérision les secrets d'une âme religieuse, on craindrait de se rendre complice, de sa profanation , en réfutant ses erreurs 5 il suffit de les transcrire: elles portent avec elles le cachet de l'impiété , et sont frappées par là niéme du sceau de la réprobation*
Mais ce que nous ne saurions nous empêcher de
réfuter , c'est une crainte qu'il ose insinuer et qui calomnie non-seulement le clergé, mais endure la France entière. Ecoutez donc cet homme à présages sinistres, ce Des millions de Français ce fidèles n'ont pu préserver Louis XVI du sort « de Charles I er , tant était forte alors Fimpul- « sion donnée aux opinions populaires; avec celle ' . « qui est donnée aujourd'hui aux opinions reli- « gieusës > des millions de Français fidèles parce viendront-ils à préserver la France des évènec< mens de Jacques II » (Pag. 3o5) ? Français, vous l'avez entendu, voilà le crime dont vous devez bientôt vous rendre coupables , à l'instigatiou des prêtres!
Mais quoi ! un homme qui a vécu long-temps en Angleterre, et qui doit par conséquent en avoir étudié l'histoire, la dénature tellement pour le triomphe de ses éalomnies , qu'on pourrait lui crier avec plus de raison qu'u'q grand écrivain , mentiris* impudentissimè ! Qu'a de commun la France de Charles X, avec l'Angleterre de Jacques II? Où sont les factions qui déchirent notre royaume comme le royaume de Jacques était déchiré? Où placez- vous ce nouveau prince
d'Orange ennemi de noire Roi , et qui entretient des agens dans notre France; qui envoie des émissaires pour semer la discorde, pour y disposer les esprits à son arrivée ; qui fait des préparants secrets contre nous, et qui s'annonce hautement comme médiateur entre Charles X et ses sujets? Si tout cela est illusoire aujourd'hui, il n'en était pas de même en Angleterre ; c'est donc à tort que vous craignez ppur notre Roi l'obligation d'aller chercher une seconde fois, sous un ciel étranger, un asile que «es sujets lui refuseront. Vous avez calomnié les prêtres, vous avez outragé la religion, et vous avez cru le peuple français capable d'un nouvel attentat sur la personne de son Roi !