‹ Réfutation de l'éclectismeChapitre 19 sur 35 · XV · texte numérisé non relu

XV

De la philosophie de l'humanité selon M. Cousin.

Tandis que l'Allemagne accomplissait un rôle philosophique, la France , comme je l'ai dit, en remplissait un autre.

L'Allemagne s'occupait de la vie du moi. INIais n'y a-t-il donc que solitude dans la vie? n'y a-t-il que le moi, ou n'y a-t-il que des moi solitaires? n'y a-t-il que le moi, Dieu, et la nature ?

Non : il y a le semblable; les moi sont conmiunicables entre eux, et forment , dans le temps comme dans l'espace , des groupes vivants.

Qu'est-ce quelamour, qu'est-ce que la famil'e, qu'est-ce que la patrie , qu'est-ce que l'humanité? Voilà les questions pliilosopliiques qui ont occupé la France plus que l'Allemagne ; voilà le champ de so philosophie. Le résultat des deux grands siècles de la France a été de produire sur ces questions un Idéalisme de la vie du nous comparable et parallèle à l'Idéalisme de la vie du moi qui occupait les Aile-

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mands. Cet Idéalisme, c'est la doctrine du progrès et de la pcrfatibililc.

La premirro de toutes les nations , la France , a posé et débattu les hautes questions de l'iuimanilé. Son dix-!iuili<jme siècle s'ouvre par la doctrine de la perfectibilité et se ferme parla. On parle du Napolitain Vice pour avoir entrevu la vie collective de l'humanité à travers le temps; mais notre Charles Perrault, mais notre Pascal , sont antérieurs à Vico. Cinquante ans durant, sous le voile de la question de la supériorili' des modernes sur les anciens, la perfectibilité du genre humain avait élt- disculée en France; et c'est là , je l'ai démontré ailleurs (I) , qu'est le germe si splendidement dévelojjpé plus tard sous le nom de dix-huiiic-me siècle et de révolution française.

M. Cousin n'est pas de l'école française, de l'école du dixhuitième siècle et de la révolution , de l'école qui a fini par se résumer dans ces mots : Perfectibilité indélinie du genre humain. Loin de là, il fait profession , comme nous l'avons vu , de ne pas savoir ce que c'est que la philosophie française; et aujourd'hui ce qu'il repousse et déteste le plus, c'est la doctrine du progrès. Le présent, voilà sa bannière.

Aussi n'est-ce en aucune façon à la suite des philosophes français que M. Cousin s'est avancé sur le terrain de la philosophie de l'histoire. C'est en suivant les pas de l'école allemande de Hegel.

Ce n'est pas ici le lieu de montrer comment l'idéalisme allemand a été impuissant à créer la vi'ritable philosophie de l'histoire. Par des raisons que je tâcherai d'exposer ailleurs (i), le mouvement de Kant, pomsuivi par Schelliug, n'a abouti qu'à un grand fatalisme étendu à la fois sur le passé et sur le présent par leur successeur Hegel. L'Idéalisme du moi solitaire ne pouvait comprendre sympathiqiiement la vie de l'humanilé ; il ne pouvait aboutirqn'à des formules logiques. Notre ami Edgard Quinet , dans un morceau remarquable ( Revue

f i) De la loi de continuitc qui unit le Jix-hiitcième siècle au dixseptième, dans la Revue EncjclopcJique , i8 33.

(2) Voy. l'ailicle Hes^el de V Encyclopédie Nourelle.

des Deux-Mondes , tom. IV), a bien saisi le rapport de cette philosophie avec le nioraeni précis où elle parut. » Hegel, » dit-il , fonda son école au centre de la Sainte-Alliance... » Dans ce monde aussi épuisé de liberté que d'esclavage , n'y » ayant plus nulle part de spontanéité ni seulement d'appa- » rence de vie, il n'y en eut pas plus dans sa philosophie. Ce fut » la consécration fataliste de toute autorité , la sanction du » plus fort, mi mot échappé à l'abattement de l'univers , et » pris pour sa dernière idée. Comme alors toute histoire sem- » blait suspendue et muette, et que la résignation à leurs mi- » sères était la seule chose qui parût dans les peuples, la phi- » losophie ne sut elle-même que chercher et fonder le présent, » et son caractère fut de n'avoir aucun pressentiment d'un M lendemain. »

M. Cousin , tout le monde le sait , nous a donné en France, sous la restauration, c'est-à-dire aussi sous la Sainte- Alliance , une répétition du système de Hegel , sinon pour les idées ( ce que je ne puis décider, ne connaissant pas les écrits de Hegel) du moins pour l'esprit et la tendance.

C'est encore par la logique , et avec ce qu'il appelle l'absolu, que M. Cousin est arrivé à sa philosophie de l'histoire. De même qu'il n'avait pas cherché Dieu en lui par la voie du sentiment et de la raison associées , mais en dehors de lui par la logique, de même il n'a pas senti l'humanité en lui, et ne s'est pas uni à l'humanité; il n'a pas même cherché l'humanité, mais il a cherché ce qu'il appelle les lois de l'histoire , comme un non-moi complètement étranger à sa vie.

Comment M. Cousin arrive-t-il par l'absolu à comprendre rhistoire ou la vie de rhumanité? C'est en vertu d'une formule , de la formule du fini et de Yinfini , de Vunité et de la multiplicité. Cette formule est la baguette magique avec laquelle il a parlé de l'Orient et de l'Occident , de l'Inde et de la Grèce , du Christiartisme et de la philosophie , enfin de omni re scibili. Nous sommes donc bien forcés d'examiner la valeur de cette formule. Au surplus, quand nous saurons positivement ce qu'elle vaut et quel est son sens véritable, il sera peut-être évident pour nous que M. Cousin en a fait un

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singulier abus, ei dos lors il ilt'viondra inulile d'examinor s«?rieusemout sa pliilosopiiie de l'iiistnire.

11 faut d'al)ord savoir comment M. Cousin arrive à celte précieuse rormulc. C'est par l'aniilyse et la rc'duction des catégories dans Ies(|uelles , non pas seulement depuis Arislotc, mais depuis l'Inilien Capiia, et sans doute avant lui , les logiciens classent nos id(';es. M. Cousin a réduit à d^'ux ces catégories. C'est là, avec Vimpcrsonnalilc de (a raison , ce que IVf. Cousin appelle ses grands travaux, sur lesquels il fonde sa gloire pliilosopliique. Ecoutons-le parler:

« Il y a plus de douze ans que, pour la première fois dans » une chaire pul)lique , j'ai donné une énumératlon complète » des éléments de la raison humaine , une réduction de ces » éléments, et une analyse de leurs rapports. Je me conten- » terai aujourd'hui d'exprimer les résultats de mes travaux, )) laissant à vos luétlilatioiis le soin de féconder ces germes, » et me liant à la vertu de l'histoire , qui , en les développant, » les confirmera. J'ai l'air peut-être de hasarder beau<oup , » et je ne fais (pie résumer les travaux de toute ma vie... 11 » faut aller vite, il faut vous dire brusquement que la raison » humaine , de quelque manière qu'elle se développe , quoi V qu'elle aborde , quoi qu'elle considère , soit qu'elle s'arrête » à l'observation de celte nature qui nous entoure, soit qu'elle » s'enfonce dans les profondeurs du monde intérieur , ne » conçoit toutes choses que sous la raison de deux idées. Exa- » mine-t-elle les nombres et la quantité ? il lui est impossible » d'y voir autre chose que l'unité ou la multiplicité. Ce sont )) là les doux idées auxquelles toute considération relative » au nombre aboutit. L'un et le divers, l'un et le multiple, » l'unité et la pluralité , voilà les idées élémentaires de la rai- » son en matière de nombre. S'occupe-t-elle de l'espace? elle » ne peut le considérer que sous deux points de vue : elle n conçoit un espace déterminé et borne, ou l'espace des es- » pacos , l'espace absolu. S'occupe-t-elle de l'existence? » prend-elle les choses sous ce seul rapport qu'elles existent ? )) Elle ne peut concevoir que l'idée de l'existence absolue , ou «l'idée de l'existence relative. Songe-t-elle au temps, elle » conçoit ou un temps déterminé, le temps à proprement par-

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'^D 1er, ou le temps en sol , le temps absolu , savoir l'éternité, » comme l'espace absolu est l'immensilé. Songe-t-elle aux >' formes? elle conçoit une forme finie, déterminée, limi- » tée, mesurable, el quelque chose qui est le principe de cette » forme, et qui n'est ni mesurable, ni limité, ni fini, l'infini » en un mot. Songe-t-elle au mouvement, à l'action? elle ne » peut concevoir que des actions bornées , et des principes » d'action bornés, des forces, des causes bornées , relatives, » secondaires , du une force absolue, une cause premià-e au- » delà de laquelle, en matière d'action, il n'est pas possible de j> rien rechercher et de rien trouver, Pense-t-elle à tous les » phénomènes extérieurs ou intérieurs qui se développent » devant elle, à cette scène mobile d'événements et d'acci- » dents de toute espèce ? là encore elle ne peut concevoir que » deux choses, la manifestation et l'apparence, comme appa- » rence et simple manifestation, ou ce qui, tout en paraissant, » retient quelque chose encore qui ne tombe pas dans l'appa- » rence, c'est-à-dire l'être en soi , et , pour prendre le langage » de la science , le phénomène et la substance. Dans la pcn- » sée, elle conçoit des pensées relatives à ceci, relatives à » cela , qui peuvent être ou n'élre pas , et elle conçoit le » principe en soi de la pensée, principe qui passe sans doute » dans toutes les pensées relatives, mais qui ne s'y épuise pas. )' Dans le monde moral aperçoit-elle quelque chose de beau « ou de bon, elle y transporte invinciblement cette même ca- » tégoric du fini et de l'infini , qui devient ici l'imparfait et le » parfait, le beau idéal et le beau réel, la vertu avec les mi- » sèresde la réalité, ou le saint dans sa hauteur et sa pureté » non souillée... Voilà, selon moi, tous les éléments de la )) raison humaine : deux termes, l'un nécessaire, absolu, un, ') substantiel, causal, parfait, infini; l'autre imparfait , phé- » noménal , relatif, multiple, fini. Une analyse savante iden- » tifie entre eux tous les seconds termes et tous les premiers » termes entre eux; elle identifie l'immensité, l'éternité, la » substance absolue et la caiwe absolue , la perfection et l'u- » nilé d'une part; et de l'autre le multiple , le phénoménal , » le relatif, le limité , le fini, le borné, l'imparfait. ( Cours » rfp1828. )»

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Ces pages sonl fort belles, sans doule , mais je trouve M. Cousin un peu ténuh-aire d'avoir répété si souvent qu'il était le troisième , aprOs Aristote et Kant, qui eût sérieusement abordé la classification , la coordination et la réduction des lois de la pensée. ( Préface de IS:iO el Cours Je 18:28. ) (Jui ne sait que Hanius , le contradirleur d'Arislote, attaqua K.'S divisions pliil(isoplii(|ues de IT-cole , et y substitua une nouvelle nianiOre de diviser? Qui ne sait que ses divisions consistaient toujours en deux membres contradictoires l'un à l'autre?

La division reproduite par i\I. Cousin n'est d'une certaine façon que celle de Ramus ; et je dis qu'exposée comme il la exposée, elle n'a d'autre valeur que celle d'un instrument lu- {;ique, comme elle était dans les mains de Bannis.

En effet , M. Cousin n'a pas compris la raison profonde de sa formule. D'où vient cette dualité perpétuelle dans toules nos idées , d'où vient que nous ne pouvons rien concevoir sinsquune dualité surgissi% que le tini suppose linlini , Tiiiiilé la niulliplicité , le phénomène la substance , oic. , ou réciproquement ? D'où vient cela, dis-je? M. Cousin nous dit que c'est le résultat de son analyse des principes régulateurs de la raison; qu'U a pesé, supputé, critiqué les catégories; (lu'Aristote en avait fait dix, Kaiit quatre, et qu'il les a ré- (luitesà deux. Ce travail est méritoire, sans doute; mais c'est toujours de la logique trav.iillant sur de la logique : je ne sens pas là la vie.

La raison profonde de ces doux grandes catégories exposées par M. Cousin, est dans la formule de la vie, dans la formule de l'être, dans la formule de Leibnitz, le moi, le non-moi, et leur rapport.

L'être , le moi passe à travers les phénomènes et survit aux phénomènes : de là , avec l'idée du fini donnée par le non-moi dans le phénomène , l'idée de Vin fini, ou plutôt le sentiment de rinlini , dcmm'' parle moi qui survit au plK'nomènc. De là l'idée do l'unité et de la plural té , de la substance et de la forme, etc. Nous portons i'inlini en nous, et nous trouvons le fini à chacun de nos pas , car nous sommes linis dans chacune de nos manifestations.

Ainsi ce que M. Cousin a pris pour l'absolu trouve véritablement son explication clans la psychologie même , et reçoit de la psychologie sa lumière.

« Les catégories, dit quelque part M. d'Eckstein, sont semblables à la couverture d'un livre; c'est la couverture, c'est la reliure, ce n'est pas le livre. » M. Cousin a pris la couverture du livre pour le livre.

v^i M. Cousin avait véritablement compris d'où venait ce dualisme éternel qui l'a frappé, il se serait attaché à la formule psychologique qui l'explique , au lieu de s'abandonner témérairement à une formule de haute logique.

La formule psychologique , étant bien comprise et sentie en nous, est lumineuse par elle-même; transformée en formule abstraite et de pure ontologie elle aurait encore prêté sa lumière, et lapplication n'eût pas été incertaine.

AL Cousin fait précisément Tinvcrse. Il saisit dans le vague la formule du fini et de l'inlini , il en fait Dieu , et puis redescend sur la terre. Je dis quen procédant ainsi , il n'a pas le sens de sa formule, et qu'il risque grandement de s'égarer à chaque pas dans les applications.

En veut-on une première preuve bien éclatante? La voici. Je prends la conscience humaine , la pensée , le fait intellectuel, et je demande à M. Cousin où est l'unité, la pluralité, et leur rapport. M. Cousin ne peut manquer de répondre, et il répond en effet, en vingt passages de ses écrits que je pourrais citer, que le monde extérieur, le non-moi est le multiple, la pluralité ; que le moi au contraire est l'unité. Cela en elfet me paraît incontestable : le sentiment de la pluralité nous est donné par les phénomènes, celui de l'unité par la substance qui se sent survivre dans tous ces phénomènes. Mais , cela étant, il est évident aussi que si nous passons à l'aspect du fini et de l'infini , lemoi doit représenter l'infini et le non-moi le fini : cela , dis-je , est une conclusion nécessaire, lié bien ! le croirait-on? M. Cousin dit tout le contraire : » C'est, dit-il, » le moi qui représent? éminemment le fini dans la ct.n- )) science. ( Cours de 1828, vu' leçon, page 28. ) » lit M. Cousin insiste longuement sur ce point, et il en fait dériver cette conséquence que le moi représentant le fini , les hommes

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n'ont pas clrt commencer par le point de vue du fini , mais par le point de vue de l'infini , parce que le moi , ou ractivilt' volontaire fl libre, a dû se pri-ndieà tout avant de se connaître; d'où yi. Cousin d<''duit que IT-poqnc où l'iuimanité s'est perdue pour ainsi dire dans l'infini a dû C-tre la première époque ; d'où l'Orient avant la Grfîcc , etc. , etc. Conroit-on un pareil défaut de logique! Quoi! les termes unité, infini, substance, etc. , se correspondent , dites-vous, et pourtant le moi se trouve être à la fois l'unité et le fini , c'est-à-dire dans les deux séries. Mais M. Cousin sait si peu retrouver sa formule dans le fait intellectuel qu'il ne se contente pas dc'dire que le moi est le fini; il ajoute que le non-moi est aussi le fini ; a 1,0 fini, c'est le 7noi et le non-moi. ( Ibid. ) » Où donc est l'inlini dans la conscience? Sera-ce le rapport par hasard? Quoi! le rapport du fini au fini sera l'infini! Est-il possible de s'égarer et de se contredire à ce point ! C'est , encore une fois, je le répète, que M. Cousin n'a pas le sens de sa formule, parce qu'il ne l'a pas trouvée par une vraie ontologie, par une tuilologie que j'appellerais psychologique, niais seulement par Imsard, j'entends par des considérations logiques.

Or, si lui ps\rliologue, arrivé à une haute f umulc ontologique, en fait une si absurde application à la psychologie, com • bien n'est-il pas à craindre que, sa formule en main , il ne se trompe sur toute chose !

C'est, en effet, je crois, ce que je démontrerais être arrivirelativement à la plupart des questions soulevées au sujet de riiistoire , dans ce célèlirc Cours de lS-28, si brillant, si hardi , mais si téméraire en tout et si faux. Maître d'une formule de la Trinité qui rellîMe les véritables formules, M. Cousin eu a fait, avec une parfaite sincérité, un cnVoyal)le abus. I)ie;i n'étant autre choso que la nécessité du fini et de linlini , de l'unité et de la pluralité, riiumanilé, à plus forte raison, ne pouvait pas être autre chose. Se plaindrait-elle de n'être qu î cela , de n'être que matifre au fatum de celte loi , quand l^ieii lui-même n'est pas antre chose? Et si Dieu et l'humanité U'sont que cela, la terre et les astres trouveraient-ils mauvai-. qu on les expliquât, par cette même loi fatale? M. Cousin .t

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donc expliqué Dieu, la création , l'univers , la lerre , les astres , l'humanité, le monde oriental , le monde grec , le monde chrétien, les temps modernes, toutes choses en un mot par cette formule. Mais toutes ses explications ressemblent un peu à celle qu'il a donnée de la géographie de l'Inde. Il s'agissait des rapports généraux qui lient les climats , les lieux, toute la géographie physfquc à l'histoire. Pour (pielle sc'-ne , se demande M. Cousin, l'Orient a-t-il été prédestiné? Est-ce pour une représentation du fini , ou pour une représentation de l'infini? f< Assiérez-vous, dit jNI. Cousin, l'époque du (ini dans un » continent très compacte , extrêmement éleudu en longueur » et en largeur, et formant une masse dans laquelle il y aura » peu de fleuves, etc. ? » Les fleuves sont , dans les explications de M. Cousin , le signe infaillible du fini et du mouvement. Malheureusement l'Inde, le pays de l'infini, de l'imniobihté et de l'enveloppement par excellence , scion M. Cousin , est le pays du monde où il y a le plus de fleuves grands et petits. Les géographes, je crois, en comptent près de mille.

Emporté ainsi par une formule dont le sens profond lui échappe, un métaphysicien ressemble à Phaéloh conduisant le char du soleil. Il roule aisément dans les précipices. M. Cousin rencontre sur ses pas la question de la guerre , et il fait l'apologie delà guerre, non comme ayant été nécessaire et ayant servi et devant servir encore au progrès de l'humanité, ce qui eût été vrai et pliilosophique, mais comme nécessaire d'un nécessité absolue. El comment efit-il fait autrement? Où trouverait-il , je vous le demande , l'élément du lini, du multiple , et de la variété ? INlais dans la guerre il y a les vainqueurs et les vaincus : INI. Cousin prend le parti des vainqueurs; les vainqueur- ont toujours raison, dit- il; et il entreprend de démontrer ce qu'il appelle la moralité du succès. De pareilles leçons de philosophie, dépourvues de toute lumière morale, sont funestes à l'espril , et ne conduisent qu'au scepticisme.

Tel est ce Cours de IS28 qui restera, je crois , dans la langue française comme un monument , non de i)hilosophie , mais de la puissance de la mél.iphysique , même lors<iu'elle s'égare et qu'elle part témérairement de principes incertains et mal assurés pour s'élever au sens de toutes les choses.

PE L'ÉCLECTISME. Sî'^

Les Allemands nous disent que lo syslinic de M. Cousin sur lUcu nVst qu'une ailt ralion et une sorte de rontrefaron du sjslèmp de lulenlilé absolue de Sfliellin? et de lle^el ; suivant eux aussi , les applications que M. Cousin en a faites à l'Iiistoire sont un emprunt fait à ce dernier. Nous ne sommes pas en état de décider cette question. Nous ne l'avons pas étud é . ce syst.'>me de Schelling et de Hegel , que M. Cousin lui-même reconnaît pour être le vrai et par conséquent le modèle qu'il a cherché à imiter ou à retrouver. Nous sommes venus à la pliilosopliie par la voie de la France, et non par la voie de rAllcmasiie; mais si ce système aboutit, comme celui de AF. Cousin , à la destruction de lldéal qui relie l'homme à Dieu, nous combattrons ce système , et nous sommes sûrs d'avance qu'il est faux (I).

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