XVI
De la philosophie de la nature selon M. Cousin.
Quelques lignes me suffiront pour exposer tout ce que M. Cousin a émis d'idées sur la philosophie de la nature. Dans sa Préface de 1820, il adopte le système do M. Azaïs, que lunivers est gouverné par deux forces ou lois, Vejrpansion et la concentration. L'expansion , c'est , suivant M. Cousin, l'analogue de la spontanéité dans l'homme, la concentration l'analogue de la réflexion : " Comme nous avons réduit à deux >■ les lois de la raison et les modes de la force libre, do même » ne pourrait-on tenter une réduction des forces de la nature » et de leurs lois? Ne pourrait-on réduire tous les modes réa guliers d'action de la sature à deux modes qui, dans leur M rapport avec l'action spontanée et réflé hie du moi et de la » raison, manifesteraient une harmonie plus intime encore
(i) Tôt. l'article Hegel de V Encyclopédie Xouvelle.
» que celle que nous venons d'indiquer entre le monde inté- » rieur et le monde extérieur ? On entrevoit que je veux parler » ici de l'expansion et de la concentration; mais tant que des » travaux méthodiques n'auront pas converti ces conjectures » en certitudes , j'espère et je me tais. »
Je cherche ce que cela veut dire. Nous avons vu que , selon M. Cousin , l'homme n'intervient pas dans la spontanéité, que c'est Dieu qui pense en nous, que la raison est impersonnelle; mais que l'homme, le tnoi , reparaît dans la réflexion. Il en serait donc de même dans la nature. Dieu opérerait en elle par l'expansion, et le mol de la nature, si l'on peut parle, ainsi , se manifesterait dans la concentration. Je ne vois pas d'autre sens à ces phrases; mais cela même n'a pas de sens.
Quoi qu'il en soit, M. Cousin a plus tard changé son point de vue. Car dans son Cours de I82S, « l'atlraction est le ietour » de la variété à l'unité , comme l'expansion est le mouvement » de l'unité à la variété. ( v* leçon. ) )>
11 seml)le que M. Cousin ne voit dans les phénom' niîs de la nature qu'un mouvement de va et vient perpétuel, sire oscillation constante et toujours la même comme celle d'tia pendule : le va du balancier il l'appelle expansion ; le vient est pour lui la concentration ou l'attraction. Mais cela est absurde. Qu'entendent les physiciens, les chimistes , les astronomes, par attraction? Ils entendent que les corps s'attirent. C'est donc en vertu de l'attraction qu'ils s'épandent , qu'ils s'échappent du lieu où ils sont pour passer dans un autre lieu , qu'ils se détachent d'une cerîaine combinaison où ils étaient engagés pour passer a une autre combinaison. L'attraction est donc ainsi la cause de l'expansion. La vérité de Newton n'est pas, nous le croyons, le dernier mot de la philosophie naturelle; mais elle est sur la route de la vérité ultérieure, et l'idée de M. Azaïs adoptée par JNL Cousin n'y est en aucune façon.
Qu'est ce que la vie dans la nature ? Une suite de compositions et de décompositions. Coeiment s'opi-rent ces compositions et ces décompositions? Par l'attraction. L'attraction sert aussi bien à désagréger un composé qu'à en former un nouveau.
Or, si l'attraciion , comme cela est certain , sert à désagréger
DR I. hCLECTISME. 25.»
les composas, elle esl donc le passage de l'unité à la variéu?, de môme que, servant à produire de nouveaux composés , elle est le retour de la variété à l'unité.
Il n'y a donc pas deux lois , il n'y en a qu'une. Ce qu'il faut découvrir, ce que la science demande à la mélapliysique, c'est de donner l'idée métaphysique de l'attraction , de définir métapliysiquement celte force.
Mais ce n'est pas ici le lieu de suivre des idées que nous avons commencé à exposer ailleurs. Il est évident que la métaphysique de M. Cousin na pas prise sur les phénomènes des sciences naturelles.