PREFACE. VII
» forte raison (îvltons-nous en gt'néral la polémique contre les n lionimos. Occupés de la reclierclie de la vérité, les questions ') de personnes ne nous intéressent gut-re. Nous nous disions M donc : A quoi bon , dans un livre de la nature de celui-ci , » introduire une telle discussion , qui semblera à bien des gens » dirigée principalement contre un homme et contre l'opinion ') d'un homme? Mais nous nous sommes dit aussi : Il est trop » vrai que, par un certain concours de circonstances, l'ah- » sence et la négation de toute philosophie a pris aujour- » d'hui la place de la philosophie sous le nom d'éclectisme, ') et que rairaibilssemeut ou plutôt la destruction de toute » conviction sincère et généreuse est la suite de cette usur- » paiion. Et nous avons écrit.
» Comme ces plantes parasites qui ne jettent pas dans la «terre de racines, mais qui s'élèvent en grimpant après » l'arbre dont elles vivent, et en s'y cramponnant depuis le » tronc jusqu'aux derniers branchages, le sophisme que nous » combattons s'est cramponné à l'arbre entier de la philoso- » phie depuis la base jusqu'au sommet. De là l'étendue obli' »> gée de notre réfutation.
» Après tout , nous croyons que cette polémique ne sera t) pas sans fruit. Renverser l'erreur, c'est, jusqu'à un certain » point , étabhr la vérité. Car en vertu de quoi renvcrse-t-on » l'erreur, sinon en vertu d'une intuition plus ou moins claire » de la vérité? Nous n'aurons pas combattu l'éclectisme sans » poser en même temps plusieurs vérités utiles.
)' Qu'on veuille bien considérer d'ailleurs que l'histoire » entière de la philosophie est pleine de polémiques. Il est » impossible de travailler à l'édification des doctrines que » l'on croit vraies sans sentir le besoin d'anéantir celles que » l'on croit fausses. Il y a des opinions qui ont accompli leur » œuvre, et avec lesquelles il est temps d'en finir. Les cr- )' reurs gênent les vérités, et les empêchent de se rapprocher.
VHI PREFACE.
» (le se condenser, de triompher. Voilà pourquoi ceux qui » sont le plus occupes d'élaborer leurs propres idées et de » rassembler toutes leurs forces pour arriver à l'établisse- » ment syslémalique des vérités qu'ils possèdent déjà ou M qu'ils entrevoient, sont cependant forcés quelquefois de « se détourner de ce travail intérieur, pour critiquer les au- » très. Il en a toujours été ainsi dans la religion et dans la » philosophie ; et c'est bien à tort qu'on a quelquefois at- » tribué à de misérables passions, ou regardé comme vaines, » toutes les utiles et nobles polémiques dont tous les siècles » nous ont légué des exemples. Il serait bien plus vrai de » reconnaître que si Dieu a livré le monde aux controverses » des hommes, comme dit l'Écriture juive, c'est qu'il a » voulu faire avancer l'humanité par le moyen même de ces » controverses. »
Ce serait peut-être ici le lieu de montrer qu'en eflet nous avons établi dans ce livre un certain nombre de vérités neuves et utiles. Mais si nous avons clairement exposé nos pensées, le lecteur saura bien de lui-même remarquer ce que nous pouvons avoir dit de bon , et recueillir ce qui méritera la peine d'être recueilli.
Toutefois, si l'on désirait avoir, dans un résumé concis et sans explication, le nœud des idées au moyen desquelles nous avons combattu l'éclectisme et l'avons poursuivi jusque dans ses derniers retranchements, nous commencerions par dire que c'est la Doctrine du progrès et de la perfectibilité, laDocTRiNE DE l'idéal, qui nous a constamment inspiré, et que si , dans cette espèce de combat , nous avons l'avantage sur nos adversaires, c'est à celte Doctrine , qui n'est pas de nous , mais qui nous a été enseignée et transmise {i) , et qui
(i) Nous croyons avoir démontré solidement ailleurs que le c/i.vhiiitièine sièile u'ibt [las vtuu uLoiilir à un pur crititijine , à uue
PhEFACE. IX
nous apparaît aujourd'hui comme sortant de l'humaniic tout entière, que nous rapportons l'honnour de cette victoire. N(»us dirions ensuite que l'enscniljle d'idées do{?maliques, formant une sorte d'anti-édcctisme ou d'antidote à l'éclectisme, répandues dans le cours de cette réfutation , peut se résumer sous trois cliofs principaux , savoir :
1° La notion que nous donnons de la philosophie;
2° Le sens et le but final que nous attribuons aux diverses philosophies qui se sont succédé depuis Descartes;
5" La formule psychologique où nous paraissent avoir abouti ces diverses philosophies.
C'est sur ces trois points que le lecteur aura à se décider entre nous et les éclectiques.
Premièrement, sommes-nous dans le vrai ou sommes-nous dans l'erreur en prétendant , comme nous l'avons soutenu dans cet écrit , que la philosophie et la religion sont au fond une seule et même chose ? Sommes-nous dans le vrai ou sommes-nous dans l'erreur, en prétendant , comme nous l'avons également soutenu , que tout l'atelier de la science humaine, divisé en apparence en une multitude de sectes hostiles les unes aux autres, n'a travaillé avec celte désunion que pour préparer providentiellement la communion de l'avenir; que tous ces grands esprits du passé, si nous savons les comprendre, au lieu de se nier et de se détruire, se prêtent un mutuel ap-
pure négatiou, mais qu'il s'est résumé dans une doctrine positive et virtuellement orjjanique , la Doctrine de la perfectibilité. Les bases de cette doctrine avaient été largement jetées en France dès le commencement du dix-huitième siècle. A la fin de ce siècle, Turgot et Condorcel en furent les principaux formulaleurs. Dans ces derniers temps, Saint-Simon fit , au nom de cette doctrine , appel à l'avenir. En tant que nous appartenons à une école, nous sommes de cette école; car c'est par elle que nous avons été éclairé , et que nous sommes venu à la phiiosopliie.