‹ Réfutation de l'éclectismeChapitre 25 sur 35 · PREMIER ARTICLE · texte numérisé non relu

PREMIER ARTICLE

M. JoiilFroy n'a jamais publié aucun traité dogmatique de quelque étendue sur l'ensemble de la pliilosophie, et il commence par des McMangos. Ces fiagments roulent sur toutes sortes de questions dilTérentes, et au premier abord on ne saisit pas leur aflinité. L'auteur, dans une introduction, aurait pu montrer l'harmonie qui les enchaîne , les rapporter à (|uelques principes, à quelques vérités fondamentales. C'est un soin qu'il n'a pas pris. Cela rend l'œuvre de la crilique plus dillicile. Nous commencerons donc par dire quelle espèce de lien nous concevons entre tous ces luorceaux, et ensuite nous prendrons isolément les plus importants pour les examiner.

Ce premier article sera uniquement consacré à faire connaître la méthode de M. Jouffroy, son principe de certitude, et les résultats généraux où cette méthode et ce principe l'ont conduit.

Influence de l'École normale sur M. JoufTroy.

La nature ou plutôt l'habitude de l'esprit philosophique de M. Jouffroy est une émanation de l'École normale ; c'est à cette école qu'il faut remonter, si l'on veut se rendre compte de sa manière de philosopher et avoir le secret de son développement

[Pour ne pas nous répéter, nous supprimons dans celle réimpression ce que nous disions ici de rinfluence désastreuse que la réaction anti-philosophique de l'Empire exerça sur l'Ecole normale à l'époque de sa fondation. De cette école officielle et réactionnaire sortirent, non des philosophes, mais des psychologues, des savants sans tradition et sans but, étrangers à l'esprit émancipateur du dix-huitième siècle, et pour qui la révolution française n'était pas plus que tout autre événement historique. Des esprits ainsi formés devaient produire l'écleclisme. Voy. celle idée exposée pag. 62-70 de ce volume.]

Principe de cerlitude de M. Jouffroy.

Tout concentré qu'il fût dans l'étude spéciale de la psychologie, M. JouflVoy ne put s'empêcher de jeter un regard sur le cadre général et les bases mêmes de la philosophie. Dès le départ, il avait pris en un certain dédain les courses aventureuses et les changements de roule de son ancien maître (M. Cousin), ses oscillations perpétuelles, ses étonnants paradoxes, remplacés bientôt par de plus étonnants encore; et lui, calme et méditatif, il chercha un principe de certitude, un critérium de vérité, qui pût servir de pierre de touche aux

Arrr.MUcK. '2H\

Uivagalioiis des iiH'lapliyî.icieiis iraiiscciidcnluiix. 11 liouva, chez los Kcdssais, i;l mil en liiniière ce (iii'il ap|)elle le sens commun : mais il pril ce principe pliilùt en psycliolo^îiie ([hvai pliiiosoplie. (k' sens commun qu'il voulut niellie à la modt: n'est autre chose (|ue le con^ciisiis univtMsel, invoqué de tout lemjts dans les (^colcs. M.dhi'uieusenienl iM. Joullroy, n''ayaiit jamais débattu la question sur le terrain élevé où l'école théolotïique Ta placée dès long-temps, n'a pu donner à son principe et à son idée une valeur philosophique. Vers le même temps que AI. Joull'roy parlait de sens commun , M. de Lamennais s'emparait du même principe sous le nom d'autorité; et, rrlevaut le drapeau callioli(iue au nom du consentt-mcnl universel du genre humain, de la raison générale de riiumanilé, il haltait en broche le rationalisme, et jciait les hases d'une fausse mais vaste et spécieuse théorie. Mais tel est le vague au M. Joufl'roy a laissé son idée du sens commun comme critérium de certilude, qu'il a pu être à la fois rationaliste avoué et partir de cet axiome , et que luimême n'a jamais paru se douter de l'affinité de son principe , à peine élaboré il est vrai , avec le principe fondamental de l'école catholique. Jamais, d'ailleurs, il n'a essayé défaire usage de ce principe pour décider aucune des grandes questions de la religion ou de la philosophie; et dans l'état de vague incertitude et de demi-jour obscur où il l'a présenté, il ne l'a jamais regardé que comme une espèce de contrôle pour vérifier, confirmer ou rejeter ce qui aurait été avancé par les philr)sophes, et principalement sous le rapport de l'idéologie. jMais, même pour cet usage, on peut trouver avec justice que M. Joulïrny aurait dû mieux préciser et mieux formuler ce qu'il entend par le sens commun.

De l'observation des faits de conscience.

Continuant ses études psychologiques, AI. Joull'roy sentit le bcsiiin de donner à ces sortes de recherches le même crédit

282 APPKiNDICE.

qu'il voyait accorder aux sciences qui ont pour objet les pli nomt'nes du monde physique; et, dans sa préface d'un ol vrage deDugald-Stewart, il cntrcpiit de démontrer aux phi siciens et aux physiologistes que leur science n'était p| plus assurée que la sienne, puisque la sienne aussi parla de l'observation, et n'avait pas d'autre méthode que robseï) vation.

Il se déclara donc hautement pour l'observation. II sj rangea.dans la catégorie innombrable de tous ceux qui suivent l'aphorisme de Bacon : Homo, naturœ minister et inierprcs, de noiurœ online tcintnm scil et potest quantum\ ohservaverit , nec amplhis scit aut potest. Il se mit com-1 plèteraent en dehors de l'ontologie absolue de Descartes et de î^pinoza, et il crut donner à la science des faits intellectuels | el moraux une base nouvelle et un nouveau lustre.

Il exposa que l'âme pouvait être à la fois sujet et objet, contemplatrice et théâtre de sa propre contemplation. Partant de cette idée que l'âme, par une espèce de sens intime, de vue immédiate, de pure intelligence , veille constamment en nous pour nous apprendre ce qui s'y passe, il enseigna, ou plutôt indiqua, une sorte d'art nouveau qui lui paraissait être la méthode d'observation des faits de conscience.

Si IM. Jouffroy n'avait voulu que prendre la défense des sciences morales, et en particulier de la psychologie, l'intention était excellente, quoiqu'un peu superflue. La vérité d'une science cultivée dans tous les temps par les plus profonds esprits, d'une science qui compte en grand nombre parmi ses fondateurs les mêmes hommes qui ont créé les autres sciences, et en particulier les sciences mathématiques et physiques, n'avait pas besoin, ce me semble, d'être démontrée. Nous ne comprenons guère, quoique cela ait ou lieu de notre temps, qu'on puisse révoquer en doute l'utilité et la certitude des recherches faites sur la nature et les opérations de l'esprit humain. Tout le monde aussi convient que la vraie manière d'étudier l'esprit est d'observer ses opérations et ses mouvements. Si donc M. Jouffroy s'était borné à affirmer que les sciences morales étaient fondées sur l'observation , et ù ce litre méritaient la même eslinie que les autres sciences

Ari'i:M)i(;i:. 283

iiatnri'llt's, il oi1t dit uiio clioso loiiio simple, il est vrai, mais utile et nn'iiloiic, en présence de l'espace de faveur exclusive d(int le matérialisme et le genre d'ol)servalions qu'il comporte jouissaient à cette époque. Mais au lieu d'exposer et d'analyser les divers moyens d'observation employés par tous les métaphysiciens, M. Joullroy ne s'attacha qu'à mettre en relief la niélhode particulière d'observation qu'il crut avoir découverte; et il eut besoin do tout son art de style pour cacher ce qu'il y avait d'évidemment cliimérique dans cette prétendue méthode d'observation. Je le r(''pète, l'assertion que la scieni e psycholop;i([ue est fondé-e sur l'observation est simple et incontestable; mais soutenir qu'il existe deux sortes d'observations radicalement différentes, essentiellement distinctes, et d'é};ale importance; l'une uniquement destinée à l'étude des pliénonièiies matériels, l'autre uniquement destinée à l'élude des phénomènes intellectuels; l'une se faisant avec l'unité de notre être, avec l'âme et le corps nnis et combinés (dans l'hypothèse de deux substances), l'autre avec l'àme seulement, qui se trouve, on ne sait comment, douée de la même virtualité que lorsqu'elle est unie au corps, qui n'a plus (rorp;anes, et qui cependant opère comme si elle en avait, voilà la chimère, l'illusion, et le sophisme fondamental que M. Joullroy présenta comme la base de la certitude des sciences morales et intellectuelles. Voilà ce qui était nouveau, en elfet, car jamais aucun des grands hommes qui ont fondé et cultivé la science des opérations de l'esprit ne s'en était douté.

Il y a plus; tous ceux qui s'étaient occupés de cette question avaient pensé que, par une nécessité invincible, l'esprit liuiiiain peut observer directement tous les phénomènes excepté les siens propres. Locke avait al'lirmé positivement que l'esprit ne peut instatilatinficut s'observer directement luimême. « Il n'i'st point , dit-il , de bien sans mélange, et l'en- » tenclemenl , qui nous élève au-dessus de tous les autres »» Ctres, porte avec soi une marque de faiblesse bien propre à » nous humilier; car tandis qu'il nous sert à observer et ù » connaître toutes les autres choses, il est incapable de s'obw server et de se connaître jamais directement lui-même :

» c'est pourquoi il faut de l'art et des soins pour le placer à » une certaine distance, et faire en sorte qu'il devienne ainsi )) indirectement l'objet de ses propres contemplations. ( En- » tendement humain , liv. II). » Il ne paraît pas que Leibnitz, que l'on n'accusera pas de tendance au matérialisme, ait eu là-dessus une autre opinion que Locke, puisque son disciple Wolf a fait précisément un Traité de psychologie expérimentale, où il s'appuie continuellement de l'expérience et de l'observation , avec la prétention de fonder sur l'observation la connaissance de l'âme et de ses opérations, et dont le premier axiome est que l'esprit ne peut étudier directement ses propres phénomènes , et que^ce n'est , pour employer l'expression même de Wolf, que « par des sentiers » coupés de détours que l'on peut parvenir à l'observer et » à le saisir. »

Nous oserons donc affirmer que M. Jouffroy, bien loin (l'avoir ramené la science psychologique , et par elle toutes les sciences morales, à la méthode d'observation, les a au contraire éloignées, autant qu'il était en son pouvoir, de la véritable route , en leur en indiquant une to'ut-à-fait imaginaire. Aussi sa tentative pour donner crédit et autorité à la psychologie auprès des savants positifs , comme ils se nomment, loin d'avoir un heureux succès, eut le plus fâcheux résultat. Croyant que M. Jouffroy était en cette occasion le véritable représentant des sciences métaphysiques, et en particulier de la psychologie, ils confondirent sa proposition hasardeuse avec la méthode d'observation de tous ceux qui ont cultivé ces sciences, et ils en triomphèrent ( I ).

Les partisans de l'idée de M. Jouffroy ont dit que cette préface était \aprcface d'une science (2). Nous ne voyons pas les fruits que cette méthode nouvelle d'observation appliquée aux faits de conscience a rapportés jusqu'ici , à moins qu'on ne veuille lui attribuer ce roman sur le sommeil, si

(i) Rioiissais, De l'Irritation et Je la folie: Auguste Comte, Cours Je philosophie positive.

(^) M. Damiron, Essni stir l'histoire de In philosophie en France au eii.v-rivui'ièiric siècle.

AI'PKMUCF. •2S."i

ingt'iiioux, si .siipcrficiel, et si faux, que M. Joullrov a reproduit dans le volume de ses Mi-langes , malgré les justes critiques qui l'ont accablé à sa n.iissance ( I ).

Tour que la méthode d'observation de ^I. Joufîroy parût vraie, il fallait (|ue Tàme, sans être appli(iu('-c à aucun objet, penstit cependant; et même il fallait (lu'ellc n'eût pas seulement alors ce que les métaplnsiciens ont appelé des pensées imperceptibles, mais qu'elle pensât d'un(! pensée réllécliissante. Or le sommeil présente un élat d'inaction et d'insensibilité, où l'esprit, bien loin de réllécliir sur ses connaissances , ne sent pas même qu'il existe ; hors le temps des songes , il ne s'aperçoit pas qu'il pense. De plus, l'état dans lequel INI. Jouffroy mettait son observateur des faits de conscience ressemblait fort au sonuueil. Il fidlait donc que le sommeil n'existât pas pour que la méthode de M. Jouflroy ne fût point unccbimtre. Il sentit l'objection, et n'hésita pas : il affirma que l'âme ne dormait jamais.

Certes jamais paradoxe ne fut plus contraire au sens (ommun. Locke, qui pourtant n'avait pas érigé \c sens commun en juge suprême des opinions philosophiques, était moins hardi que M. Joull'roy sur ce sujet : quoiqu'il admit deux substances, l'esprit et le corps, il admettait le sommeil. {Entendement humain, \i\. II, ch. • ).

Mais de même que M. JoullVoy ne s'était nullement embarrassé de l'opinion de Locke sur la nécessité du corps pour

( i) Que ce nous soit une orcasion Je ra|)|)eler la mémoire d'un lionini t dont les travaux sur le soinincil , sur les propriétés mei veilleuses de l'extase, et sur toute la partie niiiaruleuse des religiuus, laissés aujourd'lnii dans I ombre après avoir élé tranchés par la mort la plus cruelle, reparaîtront un jour avec éclat; d nu des pins grands esprits que nous ayons connus , et chez leiiuei la vertu morale élail a'issi hiiiile que l'inle'iigence. Tous ceux (|ni oui connu DtitraiiJ , tous ceux du moins qui l'ont aimé, auraient su gré à M. Joutïrov d'iudi(pier à ses lecteurs que ses conjectures sur le sommeil avaient élé combattues par un homme si riche de savoir et d'expérience. Les réponses que Rerlraud til aux articles de M Juuffroy fe trouvent daus l'ancien Globe, tome V.

286 APPENDICIÎ.

que l'âme pût penser, il ne s'embarrassa pas davantage des arguments de Locke sur le sommeil (I).

En général, M. Jouffroy et la plupart des psychologues modernes ont traité les plus graves questions sans paraître avoir aucune connaissance des travaux de leurs prédécesseurs. Et cependant on pourrait très légitimement douter que la psychologie soit plus avancée aujourd'hui qu'elle ne l'était au temps de Nicole et de Malebranche , de Locke et de Leibnitz,

Nous reviendrons en temps et lieu sur les principes de M. Jouffroy en psychologie (2) ; nous ne les discutons pas ici. Encore une fois, nous ne voulons ici que saisir la liaison intime des diveis travaux de M. Jouffroy et étudier sa manière de philosopher, liais, pour cet objet même, il était absolument nécessaire d'indiquer son point de départ psy-

(i) Nous venous d'avoir tout récemment i'ocrasion d'examiner les opinions émifes par les pliilosophes et les physiologistes sur le somneil. Il lésultede nos recherches que ce n'est pas seulement l'école de Gassendi et de Locke, mais aus-.i l'école de Leibnitz quia admis un état "OÙ il ne nous reste absolument (ce sont les expressions » mènies de Wolf j aucun sentiment de rien. » Nous avons montré comment la fausse dualité de Y âme-pensée et du corps-machine, ou, en d'autres termes, de l'âme définie cogitatio et du corps défini extensio, introduite par Descartes, pouvait conduire en effet à l'hypothèse absurde embras.-ée par M. Jouffroy. Mais nous avons montré aussi que Descartes et tous les cartésiens étaient fort éloignés de ce fentiment, jiuisqu'ils attribuaient la cause du sommeil au corps, et admettaient une modification complète de notre vie spirituelle par l'efft-t de la modification qu'é|)i'0uvait le corps ■mackine , ne s'expliquant pas d'ailleurs sur ce que devenait alors \ âme-pensée. M. Jouffroy est véritablement le premier qui ait soutenu que « l'esprit, » pendant le sommeil, n'est pas dans un état spécial , mais marche et » se développe absolument comme dans la veille. » Voy. l'article Sommeil de \ Encyclopédie ISouvelle , xxxiii'' livraison.

(a; Nou> avons tenu depuis, et trop anq)lemenl peut-être, notre promesse. Nous renvoyons ru particulier au présent volume, De l'Eclectisme , If partie, § VI ctsuiv.

APPExnu'.i:. 287

choloRiquc ; cav nous soutenons que tousses autres travaux en (kroulcnt , et qu'il a porté dans toutes les questions philosopliiques qu'il a abordées ses habitudes de psychologue.

§ IV

Hypothèse psychologique de M. JouîTroy.

Or ce point de départ psychologique, ce n'est pas Ihypothèse de deux substances, esprit et corps , comme on l'enteiidait au dix-septième siècle; comme l'entendait Descartes (lorsqu'il ne faisait pas de l'ontologie pure) , plaçant le siège de l'àme dans la glande pinéale, et écrivant en physiologiste son traité i\(is Pansions ; comme l'entendait Locke, qui fit tellement de cette liaison nécessaire des deux principes le fond de son système , que les théologiens l'accusèrent de détruire la spiritualité de l'àme; comme l'entendait Leibnitz, dont le système de l'harmonie préétablie n'est autre chose qu'une conciliation de ces deux termes esprit et corps, et une explication de leur harmonie ou de leur unité; comme l'entendait môme enfin le grand chrétien Uossuet (i). C'est

(i) « Dieu, dit Bossuet {De la Connaissance de Dieu et de soi- » même), Dieu a voulu faire toutes sortes d'èlres : des èlres qui )) n'eussent que l'étendue avec tout ce qui hii appartient, figure, ,. niou\ émeut, repos, tout ce qui dépend de la proportion oh dis- )) propoiliou de ces choses; des êtres qui n'eussent que l'intelligeuce » et tout ce qui convient à une si noble opération, sagesse, raison, ). prévoyance, volonté, liberté, vertu ou vire (les anges, les d( mons}; « enfin des êtres où tout fût uni, et où une ànie inlelligeute se Irou- » vàl jointe à un covps. L homme étant formé par un tel dessein, M nous pouvons défiuir lame raisonnable substance intelHi^i nte née » pour vivre dans un corps et lui être intimement unie. L'hoirime )' tout entier est compris dans celle définition , qui commence par ce » qu'il a de meilleur sans oublier ce qu'il a de moindre, et fait voir n l'union de l'un t-tdc l'autre, n

("onibien la définition de B :s net : L'âme est une tubstonce intcUi-

(juelquc chose de bien plus simple, en vérité. C'est le spiritualisme, moins l'un de ses deux éléments. Le second des deux principes admis par tous les grands métaphysiciens

s^citte nie pour l'ii-re dans un corps et lui être intimement unie, est préférable à .ctlle de M. de Boiiaid : L'homme est une intelligence servie par des organes (*) . Autant la première est complète, autant la seconde est incomplète , et peut par conséquent prêter à l'erreur. L'une est d'un sage qui connaît le fond de la nature humaine, la relation et le jeu néces^ai^e des deux substances qu'il se croit en dioit d'y distinguer, et qui, tout en donnant la jtiédomiiiance à la plus grande, ne sacrifie pas la moindre : l'autre est d'un fanfaron , qui sera d'autant plus embarrassé de la passivité de notre nature qu'il aura plus dédaigné le corps et exalté la souveraine puissance de l'âme, 'l'ous les grands métaphysiciens du dix-septième siècle eussent adopté la définition de Bossuet ; nos nouveaux psychologues ont pris pour point de départ celle de M. de Bonald.

(( Le corps, continue Bossuet, n'est pas un simple instrument ap- » pliqué par le dehors , ni un vaisseau que l'àme gouverne à la » manière d'un pilote... L'âme et le corps ne font ensemble qu'w/z )) tout naturel... Aussi trouve-t-on dans toutes nos opérations quelle que' chose de l'âme et quelque chose du corps; de sorte que pour » se connaîire soi-même , il ne faut pas seulement savoir distinguer, » dans chaque acte , ce qui appartient à l'une d'avec ce qui appar- M tient à l'autre, mais encore remarquer fout ensemble comment » deux parties de si différente nature s'entr'aident mutuellement... » Sans doute Ventendement n'est pas attaché à un organe corporel » dont il suive le mouvement ; mais il faut pourtant connailre qu'on » n'entend point sans imaginer ni sans avoir senti; car il est vrai )> (pie , par un certain accord entre toutes les parties qui composent » l'homme, l'âme n'agit pas sans le torps, ni la partie inlellecluelle » sans la partie scnsitive, etc. »

(') Il faut convenir que cette définition, attribuée ordinairement à M. de Bonald , qui l'a seulement reproduite, est littéralement de Platon. Mais c'est une erreur de Platon. J'ai montré ailleurs que tous les défauts monstrueux justement reprochés à sa République proyiennent de cette fnc\\T.\(>y,VnTÙc]e J-'galitè (\c,VEiieyrlf>prdie T^nuvelle, § X.

APPENUICr. 28!)

(lu (lix-scplième siùcle a disparu pour nos nouveaux psychologues; ils t'iiniiucnt nèrouieut le corps, qu'ils appellent la bôie, l'animal , la niacliiue , ol ils le renvoienl dédaigueusement aux physiologistes. Celle chose, disent-ils, ne les regarde pas : eux , ils ne s'occupent que du moi, et ils d<-duisent toute leur psychologie de ce qui est renfermé dans la notion du moi.

Toute la diffrrenre que les théologiens du Chrislianismc mettaient enlre l'ange et 1 âme humaine , c'est , disaient-ils, que l'ange est une substance complète, sub.^taiitia complela^ et que Tàme est une substance incomi)lètc, i<ub,<<tantia inroîuplela ; c'esl-à dire «jue l'ange a tout ce qu'il faut pour ètie ange, el existe iiidépondammcnt de toute autre substance ; au lieu que l'âme humaine doit être unie au corps : l'ange est un tout , aulieuque l'àme humaine n'est qu'une /JO/V/c. Mais nos psychologues sont bien plusspiritualistesque ne le furent les théologiens. Ils anéantissent la distance que ceux-ci avaient bien voulu conserver entre rànie humaine et la nature angéliciue. Des philosophes avaient douté qu'il y eût entre l'esprit et le corps la distinction d'une sidjstance à une autre substance; l'union nécessaire de ces deux substances à tous l(>s momenis , dans riiypDlht'se des théologiens, ne les contentait pas; ils auraient voulu davantage, et ils poussaient la nécessité de cette union jusqu'à ne voir dans l'esprit et dans le corps que des propriétés diverses d'une même substance : mais jamais partisan de l'esprit substance , jamais théologien n'avait nié ce qu'on appelle dans tous les livres de mélaphysique la loi fondamentale de l'union de l'àme et du corps. Le fond même du spiritualisme , je le répète, c'est cette union intime de deux substances nécessaires l'une à l'autre. Mais, encore une fois , le spiritualisme de Pascal , de lîossuet , de Descartes, de Malebranchc, d'Arnaidd, de Nicole, n'est pas le spiritualisme des nouveaux psychologues. « L'homme, avait dit " Pascal, n'est ni ange ni bêle. » Nos psychologues décomposent l'homme en deux substances complètes, l'ange et la hèle. Celte sid)siance double à tous les instants, admise jusqu'à eux, ils en font deux substances isolées. Le mystère de celte uiii(m ronlinuellement nécessaire, ce secret du Créateur,

'IWi AI'PKNHICi:.

comme (lisent unanimement tous les métaphysiciens et tons Jes théologiens , ce mystère ne les occupe pas , ne les embarrasse pas; ils le nient. De Tâme, substance incomiAète , ils font une substance complèle; de cette moitié de Thomme ils font un tout ; el pane qu'ils ont distingué deux substances, ils croient que la substance esprit que leur analyse leur a donnée peut se suffire à elle-même, et c'est avec l'âme seule qu'ils vont étudier la vie de l'àme.

O abstraction ! Les physiologistes , par la même raison , ne devraient-ils pas étudier la vie du corps indépendamment de la respiraiion et de la nutrition, de l'influence de la lumière, de la chaleur , de l'électricité, indépendamment des actions diverses que d'autres êtres, soit organiques, soit inorganiques, exercent sur le corps ? Car l'air que le corps respire , les aliments qu'il digère , ne sont pas le corps , quoiqu'ils influent sur liu , comme le corps lui-même (nos psychologues ne le nient pas ) influe sur l'esprit. Mais y a-t-il , je le demande , vie du corps sans respiration , sans nutrition? la vie du corps ne résulte-t-elle pas essentiellement d'une relation constante et d'une communion perpétuelle , quoique perpétuellement variable , avec l'univers extérieur? en sorte que l'être que les physiologistes appellent un corps n'est qu'un cadavre aussitôt que celte communion cesse, et que ce qu'on devrait véritablement appeler un corps, ce serait ce corps plus tous les milieux qui lui donnent la vie, qui répondent à sa vie, qui viventaveclui el avec qui il vit. Et de même, où nos psychologues modernes ont ils pu trouver des raisons de s'imaginer qu'ils pouvaient étudier l'esprit indépendamment du corps avec lequel il vit aussi intimement uni que le corps l'est au monde extérieur?

Mais , partis de la réaction la plus complèle contre le matérialisme, les psychologues de l'Ecole normale devaient adopter celte abslraclion. On dirait que, trompés par le mot de spiritualisme qu'ils avaient pris pour bannière, ils ont^ru que le spiritualisme consistait h éliminer , à chasser violemment le corps de la science qu'ils cultivaient; et ils se sont mis ainsi en dehors de la science même , telle que l'entendaient tous leurs devanciers.

Aussi la psycholoiçio. telle (pi'ils l'avaient faite, esl-rl!c au-

AlM'I.M)lCi;. '21)1

jourd'lnii tli-soitco , abandonn(''C. Son aslro a pâli (i<:vaul iiiif scionce noiivclk' et iiiit-ux fondi'e, parce qu'elle est fondée sur une plus large rodierclie, V anthropologie.

A un physiologiste qui ri-jclterait la communion ducorpi avec le monde exlérieur, que resterait-il ? \Jn cadavre. A des métaphysiciens qui rejettent de leur science la communion de l'esprit avec le corps , que devait-il rester ? Un cadavre aussi, la logique.

Le physiologiste verrait des canaux, des nerfs, des muscles, du sang, tous les instruments et tous les produits de la vie, c'est-à-dire de la communion du corps avec le monde extérieur ; mais la vie aurait disparu.

Et de m(}me le psychologue rencontre les canaux de l'esprit, la sensation, l'attention, le jugement.

La physiologie n'est plus que l'anatomic ; la psychologie n'est plus que la logique.

Kn se bornant donc , par une abstraction illégitime, à ce qui découle de la notinn du moi, on arrive bientôt aux limites de la ps)chol()gie : il faut donc s'arrêter court, ou se lancer dans une autre science, dans l'ontologie. NLiis il ne faut pas surtout vouloir faire de la psychologie expérimentale, et parler de méthode d'observation ; car, dès que \uus parlez d'expérience el d'observation, le corps vous devient nécessaire à deux lins, pour observer et pour être observé dans son union avec l'esprit, attendu qu'il n'y a pas d'esprit virant sans corps, et qu'ayant rejeté le corps vous n'avez plus ni l'instrument ni l'objet , puisque vous n'avez plus l'être complexe espritcorps , source et matière de votre science.

Il n'y avait donc plus de psychologie possible à faire pour ces puristes du spiritualisme. Dans les limites où ils s'enfermaient, tout était fait avant eux; tout avait été fait, je le répète , soit par les anciens , qui ont très bien distingué les principales opérations de l'esprit , soit par les modernes , et principalement par les métaphysiciens du dix -septième siècle. La Logique de Port-Ilo)al renferme autant de vérités et infiniment moins d'erreurs qu'ils n'en ont enseignées.

L'anatomic a toujours été plus facile a faire que la physiologie ; c'est une science faite depuis long-lemps, et à peine

perfectible aujourd'hui : la physiologie est à peine commencée. De même la logique est falle depuis long-temps; la connaissance de l'esprit 7yiort est fort ancienne. M-iis la connaissance de l'esprit vivant , c'est-à-dire en communion avec le corps, et par le corps avec l'univers, la physiologie de l'esprit, est une science toute nouvelle.

Que fallaii-ii donc faire, encore une fois, pour perfectionner Ij psychologie? Il fallait l'enter sur la physiologie. De même que la physiologie repose sur la communion du corps avec le monde extérieur ( I ) , de même la psychologie devait reposer sur la communion de l'esprit avec le corps. Il fallait suivre la voie ouverte par Descartes dans son traité des Passions, la voie tracée par Locke, lorsqu'il établit en principe l'union nécessaire de l'esprit et du corps. On n'eût pas été matérialiste pour adopter la question posée par Cabanis de l'influence du physique sur le moral et du moral sur le physique. Tout en restant fidèle à l'hypothèse des deux principes esprit et corps, c'est-à-dire au spiritualisme ( puisqu'on voulait être spiritualistes ) , on pouvait s'occuper de la science de Gall et de Spurzheim. Il y avait aussi une vaste carrière dans l'étude de ces singulières facultés du somnambulisme dont plusieurs sont aussi constatées qu'elles sont merveilleuses, et qui n'affectent pas moins le corps que l'esprit (2).

Au lieu de cela , M. Jouffroy et ses amis se sont plongés dans l'abstraction du m- «. Dès lors ils n'ont pu que répéter quelques vérités découvertes depuis long-temps, et en cela ils ont été utiles; puis , voulant aller plus loin , et ne marchant pas avec les ménagements qu'avaient leurs illustres devanciers, afihmatifs et tranchants ils n'ont pu faire que du roman et de l'erreur,

(i) On disliiigiie ordinairiMiient en |llly^ioIogie la vie interne de ce (jii'on iioninie la vie de relation. Mais il est évident ([ue les fonetions mêmes de la \ie inleine ne scxéeuleut que par suite d'une certaine \ie de relation.

(2) Tout cela sest fait ou a commencé de se faire. Mais ce ne sont j)as les psychologues qui l'ont l'ait; raulliiopologie, je !e ré|ièle, a détrôné la psydiologio.

AITI-NDiCE. 2i>3

Ce sont (les romans, en effet , et nous employons ce mot parce que nous n'en trouvons pas d'autre qui puisse rendre notre pensée, ce sont des romans que tous ces beaux articles où M. Joul'froy simule avec un art merv<'illenx la logique la plus rigoureuse, ne s'apercevant pas qu'il a commencé par une pétition (le principe.

L'empereur Adrien, près de mourir, fit, comme on sait, de petits vers où il s'adresse à son âme ; il la flatte , il la caresse, il rai)pelle sa poiile àme , sa mignonne , l'hûte chérie de son cori)s , et finit par lui demander quel logis elle va désormais liabiter. M. JouflVoy commence toujours, sans s'en apercevoir, par faire, comme lempereur Adrien, un portrait chimérique (le cette àme à hujuellc il altrihue toutes les propriétés de Té- Ire complexe esprit-corps , de l'homme enfin, de l'iiomnic vivant. C'est là sa pétition de principe. Cela fait , il raisonne admirablement.

S'agit-il, par exemple , de l'observation des faits de conscience ; 'M. Jouffroy n'a eu qu'à réduire en art , en méthode, \'lii/})othi:te psychologique dont il était parti. Aussi faut-il convenir que si sa méthode d'observation est fausse, elle a , (|uanl à celte hypothèse, la valeur d'une démonstration par l'absurde. Vous êtes embarrassé de savoir comment , avant pris la précaulion de ne rien chercher, de ne penser à rien, et vos sens étant dûment endormis, votre conscience va s'observer elle-même. Il vous parait que vous ressemblez à un liomme qui voudrait se servir d'un télescope , et qui commencerait par le démonter et en diriger le inbe vers un point où aucun objet ne serait visible. M. Jouffroy n'est pas embarrassé. N'a-l il pas son àme , une àme complète, aussi complète, ma foi , que si elle était unie au corps ; cette àme n'estelle pas doui'e de je ne sais combien de propriétés , telles que l'activité, l'unité, l'identité personnelle, l'intelligence, la sensibilité , la liberté? Qui pourrait donc l'empêcher de s'observer , de s'examiner? N'est-elle pas maîtresse chez elle? Pourquoi ne se mettrait-elle pas en exercice , et n'useraitellc pas de ses propriétés ? Evidemment ces propriétés sont bien à elles, dit M. Jouffroy, elles ne sont pas au corps.

Ehl précisément , non. Toutes ces propriél's, tous ces al-

tributs que votre analyse vous a donnés n'appartiennent qu'à l'être complexe esprit-corps. Ils appartiennent à Yhomme., ils n'appartiennent à aucune des deux substances que vous distinguez dans l'homme sous les noms tVesprit et de corps. Ils sont le résuUnt de la vie de l'homme , c'est-à-dire de la communion de l'esprit avec le corps , et par le corps avec le monde extérieur.

Vous commencez donc par supposer ce que vous avez besoin qu'on vous accorde , et vous raisonnez ensuite à votre aise.

S'agit-il du sommeil ? c'est la même chose. L'âme de M. Jouffroy est comme un matelot dans son navire , comme un propriétaire dans sa maison; elle ouvre et ferme ses sens à volonté ; elle veille à travers ses jalousies ; elle a fait faire silence autour d'elle , et se repose nonchalamment , ou médite , o;i prend des distractions. Cette âme ressemble beaucoup à un homme complet, à un homme esprit-corps, qui ne dormirait pas. Est-il étonnant que l'ayant ainsi faite , M. Jouffroy soutienne avec beaucoup de plausibilité que Tàme ne dort jamais?

De la vraie et de la fausse analyse.

Voilà ce que nous appelons des romans psychologiques; pourquoi faut-il que M. Jouffroy ait porté, dans toutes les questions philosophiques qu'il a traitées, la même habitude de faire des pétitions de principes!

C'est qu'il a porté partout sa terrible analyse ; c'est qu'il déteste, c'est qu'il méprise, c'est qu'il abhorre la synthèse. Il y a des esprits qui voient plus ou moins confusément , mais qui voient tout ensemble ; il y en a qui ne peuvent vwr que (les parties : ceux-ci sont plus facilement clairs , mais ils deviennent parfaitement faux lorsqu'ils prennent pour vivant le fragment de cadavre qu'ils ont détaché avec leur scalpel; car la iv'c est dans le tout ensemble , cl elle n'est que 1 j.

AIM'I NUICK.

Si donc, faisant «ne abstraction , vous n'avez pis en mOmo temps le soin de ne prendre celte abstraction que pour une opération de votre esprit , qui n'a d'autre but que de faciliter votre t^lu<lc ; si vous prenez au contraire pour une entité , pour un Otro réel , ce que vous avez abslr.iit de l'être , et que vous attribuiez a celte partie les propriétés qu'elle ne possédait que par son union avec le tout , vous commettez la plus grande erreur qu'un pliilosoplie puisse commeltre; et si ensuite vous vous armez de ces propriétés que vous avez à tort attribuées à la partie par vous abstraite, pour discourir à perle de vue sur les con é(|uences , vous pouvez être un dialecticien fort habile , un ixlmirable écrivain , mais à coup sûr vous êtes dans l'erreur.

Quy a-l-il d.ms la connaissîmce liumainc? Il y a Dieu, il y a l'univers visible . il y a l humanité, il y a I homme individu , fl dans l'homme il y a le corps et l'esprit , les sensations, les sentiments, les passions , la volonté. Kn présence de ce grand tout, que fera M. Joullroy ? Liera-l-il d'un lien harmonique Dieu, l'univers, l'humanité, riiommc, et dans l'homme h; corps et l'esprit , les passions et l'intelligence? Non. Armé de son analyse et de son abslraction , il divisera , il coupera , il séparera , il désunira , croyant que la philosophie consiste essentiellement à diviser, à séparer, à désunir.

Quand on sépare ainsi toutes choses, et qu'on donne à ses abstractions une valeur absolue, on se met en dehors de la science de la vie ; car la vie , je le répi'te, est dans le tout ensemble, et elle n'est que là. Elle est dans l'action continuelle de Dieu sur ses créatures , elle est dans l'action continuelle de l'humanité collective sur chaque homme , elle est dans l'union de l'esprit et du corps, elle est dans l'union du corps et du mande extérieur : mais elle n'est dans aucune des abstractions que notre esprit peut faire; elle n'est pas dans le monde sans Dieu , elle n'est pas dans un liumme isolé de l'humanité, elle n'est pas dans l'esprit sans le corps , elle n'esl pas dans le corps sans le monde exléricur. « Les parties du monde, dit Pascal , » ont toutes un tel rapport et un tel encliainement l'une avec » l'autre, que je crois impossible de connaitre l'une sans l'aMUv ' cl sans le tout, n

296 APPK.NDICE.

Qu'il ne soit poui tant possible à notre faiblesse de nous élever à la connaissance du tout que par des abstractions successives, rien n'est plus évident ; mais c'est à la condition de ne prendre ces abstractions que pour ce qu'elles valent.

Mais s'il est vrai que la vie soit dans le tout, et que, prenant une partie, vous vouliez voir la vie dans cette partie , et même expliquer le tonit par la parie, il est bien sûr que vous ne pourrez raisonner qu'à la condition de faire une pétition de principe. M. Jouffroy a porté plus loin que personne la philosophie de la dissection : aussi croyons-nous qu'on citerait diflicilenienl un philosophe qui ait fait plus de pétitions de principes et de plus éclatantes.

Nous venons d'en voir un exemple pour les matières de psychologie : nous en verrons plus tard un non moins singulier pour la philosophie de l'histoire. Nous venons de voir M. Jouffroy , ayant à expliquer Vhowme , commencer par éliminer le corps , le mettre hors de cause , le déclarer hors de la question, et, attribuant à l'àme seule les qualités, les propriétés, les attributs qui appartiennent à l'homme esprit et corps, expliquer ainsi facilement les phénomènes de la vie de l'homme par les propriétés de l'àme. Nous le verrons dans un autre article, ayant à expliquer le développement de Vhinnanité , éliminer l'humanité ou du moins presque tout ce qui constitue l'humanité , la mettre hors de cause , la déclarer en dehors de la question , et expliquer son développement par le développement de ses idées. M. Joulfroy a procédé dans la question do ïhumanité comme dans la (juestion de Vhomme. Ha abstrait , et il a prèle à la partie qu'il avait abstraite les propriétés qui n'appartiennent qu'au tout. L'àme ne vit pas sans le corps , et n'a pas sans le corps les propriétés que j\l. Joulfroy lui prête ; de même les idcts de riiumanité ne se développent pas toutes seules. Mais une fois que M. Joulfroy a supposé que l'âme vit sans le corps et a toutes les propriétés que nous lui remarquons dans son union avec le corps, il lui est assurément bien facile d'expliquer le sommeil et toutes les questions qu'il voxidra traiter, puisqu'il a muni par avance son âme abstraite des propriétés du tout. Et de mOme, ]\I. Joulfroy ayant a expliquer le développement de l'humanité, et commençant

AIM'E.NUICE. 2!)7

|):ir siipposiM- ([\ui IV'Iémcnt idées se développe tout seul , iii- (It'pciulaiiimeiit de riiumanilé , a pu K'diiiie aisément la quesliuuaiidévcloppeineuldos idées de rhuiiiaiiilé, et dire, comme il l'a fait : L'humanité ne se développe pas, ne change pas, elle reste toujours la même; ce sont les idées de l'humanité qui se développent (I).

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