‹ Réfutation de l'éclectismeChapitre 8 sur 35 · VII · texte numérisé non relu

VII

Unité de l'esprit humain.

J'avoue que celte idenlilé de but el de nature que j'établis enire les philosophes et les hommes religieux de tous -les siè-

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des va au renversement de toutes les petites religions partielles que l'on est dans riiai)itu(Ii' de se faire. Nulle diiïérencc spécifique entre les penseurs : les pliilosoplies quVui regarde comme les plus irréligieux, et les philosophes les plus religieux, se trouvent être de la même famille; ils ont contrihué à la même œuvre, la culture et le développement de l'esprit humain à travers le temps et l'espace. Ils ne sont pas, comme on se l'imagine, séparés et pour ainsi dire emprisonnés et claquemurés , loin les uns des autres , dans des espèces df cellules ou de prisons. A plus forte raison ne sont-ils pas , comme on se l'imagine encore , et comme ils l'ont cru trop souvent euxmêmes , fondamentalement ennemis.

Mais , me dira-t-on , conanent voulez-vous que cette vue de l'unité qui relie tous les esprits n'engendre pas le scepticisme? Quel mérite et quelle utilité y a-t-il à être S. Paul, s'il y a mérite et utilité à être Voltaire? et comment serai-je uni de coeur à S. Paul , si j'ai quelque sympalhie et quelque admiration pour Voltaire? Kt réciproquement, si j'appartiens de cœur à la philosophie des derniers siècles, comment voulez-vous que je prenne le (christianisme pour une philosophie, puis(pi'il a fallu le combattre et le terrasser? De quelle religion voulez-vous donc que je sois ? Il faut que je sois d'une certaine religion, ou que je sois indillérent sur toutes.

Soyez, dirai-je , soyez avant tout de la religion de la fraternité humaine , et acceptez les conséquences d'une idée incontestablement acquise aujourd'hui à l'esprit humain. Que signifie cette fraternité humaine dont on parle tant ? Ne sommes-nous pas habitués à nous dire frères? N'est-ce pas là, dit-on, la révélation que Jésus principalement apporta parmi les hommes ? Quel raisonnement général faisons-nous où, soit implicitement, soit explicitement, ce principe de l'amour mutuel , de la charité , de la fraternité , n'intervienne? Comprenez donc le sens de ce mot profond. Fraternité. Apparemment, il est fondé , ce mot, sur quelque chose ; et sur quoi peut-il être fondé, sinon sur le lien nécessaire et la comnuinion nécessaire des esprits? Vous dites que les hommes sont frères; et vous ne voudriez pas voir venir le jour où cette fraternilé pKMidra un nouveau sens, une nouvelle applicalion '.

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Vous voudriez que, les hommes étant tous frères, tous les esprits fussent pourtant ennemis , et non frères ! Vous voudriez que la paix régnât entre les hommes, et ne régnât pas entre les esprits! Vous dites que rien n'est plus incontestable que ce principe : « Tous les hommes sont frères. » Mais si cela est , tous les grands esprits qui ont paru dans l'humanité sont frères , tous sont unis, tous ne forment qu'une famille. Autrement cette prétendue fraternité dont vous parlez n'a pas de sens. Qu'importent ou les siècles ou les années qui les séparent ? Dans le même siècle , dans le même temps , au même instant, les hommes sont assurément bien séparés les uns des autres, bien distants, hien dilTérenls d'intérêts et de pensées. Vous dites cependant que nous devons cultiver la fraternité , que c'est là notre premier devoir. Ainsi nous resterons divers, ayant chacun notre individualité, et cependant nous serons frères. Eh ! pourquoi , je le demande , la même fraternité ne se ferait-elle pas sentir entre les penseurs de tous les siècles? Il est temps que la république des esprits s'établisse , c'est-àdire que l'on sente la solidarité réciproque des hommes à travers le temps et l'espace. Les idées de monarchie et d'individualisme ont trop long-temps régné. On se représentait la pensée comme un domaine qui appartenait à un homme et ne pouvait appartenir qu'à un seul. Chimère ! illusion ! la pensée est à tous; elle ne saurait appartenir à un seul. C'est comme l'air qui est à tous ; c'est comme un fleuve qui passe dans votre champ , parce qu'il a coulé auparavant dans une multitude d'autres champs.

Eh! quel mal , je le répète , peut-il donc résulter de cette vue de l'unité de l'esprit humain dans le développement successif des idées? Il me semi)lc au contraire que c'est le chaos que la confusion qui règne aujourd'hui dans la tradition du genre humain.

Jésus , dans cette prière que tant de générations ont répétée pendant tant de siècles après lui, disait : « Seigneur, Père éternel des choses , faites que l'harmonie qui règne dans les cieux règne aussi sur la terre ! » Or quelle est cette liarmonie qui règne dans les cieux ? Les astres ne pèsent-ils pas les uns sur les autres, et n'est-ce pas de leur mutuelle action que

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n'siilto riinniionic ciMcslo? Nous avons on In puerro jusqu'ici sur la icrie; nous avons eu, non pas rtiquilibioirsullaiit d'une mutucllo action , d'une influence ri^ciproquc , pareille à celle (les astres , mais la guerre. Les hommes ont été en guerre avec les hommes , les familles avec les familles , les nations avec les nations : et de mOme les esprits ont été en guerre avec les esprits, les écoles avec les écoles, les religions avec les religions; el au sein de toutes ces guerres, une guerre incessante, résultat de toutes les autres, et qui les résume toutes, a été la guerre de ce qu'on a appelé la philosophie et de ce qu'on a appelé la religion.

Mais ne pourrons- nous donc jamais transformer cette guerre en paix par la conquête de cette vérité, que les esprits sont nécessaires les uns aux autres , qu'ils posent, comme les astres, les uns sur les autres, mais que delà doit résulter l'harmonie, et non la guerre ?

Or, si les esprits sont nécessaires les uns aux autres, ils Pont donc toujours été. Ya si, dans le passé, la liberté , la fraternité des esprits n'existait pas, si elle n'était ni reconnue en droit, ni établie en fait, si elle n'existe pas même aujourd'hui , si la race humaine est encore divisée en tyrans et en esclaves , il a dû s'ensuivre la guerre.

Cela nous donne à la fois la raison et de la guerre qui a existé et qui existe encore entre les esprits, cl de l'harmonie qui doit un jour remplacer cette guerre.

La guerre existait : est venu Jésus qui a prOcIié la doctrine de la fraternité, la doctrine de la roî)î»i»/i/oH , la doctrine qui unit ensemble en Dieu tous les hommes comme membres d'un mC'me corps : l'iium corpus , et unus spiri- Inx; tenus Dcus et palcr omnium, qui est super omncs , et peromnia , et in omnibus Jio&{s(Ephes.). N'est-ce pas là, je le demande, la doctrine de S. Paul , le grand interprète de Jésus? n'est-ce pas la doctrine de tous les Pi-res du Chrisiianisme? n'est-ce pas la doctrine renfermée dans ce mot de ri-lvangile : Vous vies tous frères ; ce qui n'a de sens qu'en s'élevant à l'idée collective de riuimanilé et à l'idée de la vie universnjh' ?

Puis, dans ces derniers siècles , sont venus les philosophes,

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ui ont proclamé la tolérance , la liberté , l'égalité des hommes. Toutes ces formules se répondent et se répètent, La tolérance de Bayle et de Voltaire ne diffère pas au fond de la fraternité de Jésus; la lijjerté et l'égalité des politiques de h révolution française n'en est également que la reproduction.

Mais , par de là ces formules morales de fraternité , de liberté , d'égalité , il est une métaphysique qui les renferme et les expUque. C'est la métaphysique du Christianisme, que nous pouvons aujourd'hui contempler sans voile et traduire ainsi : Il y a solidarité dans l'esprit humain ; il y a communion spirituelle entre tous les hommes ; l'esprit individuel vit dans un milieu formé de la raison universelle de l'espèce ; l'esprit de chaque époque et de chaque homme est primitivement un édifice construit par les travaux des générations antérieures , et par la coopération de l'humanité tout entière.

Cela veut-il dire que nous devions faire également cas de toutes les tendances antérieures de l'humanité , confondre , par exemple , toutes les philosophies et tous les philosophes dans la même estime ou dans une commune indifférence, les accepter au même titre,' et priser Terreur comme la vérité ?

Oh! non, certes; Dieu nous garde d'arriver à une pareille conséquence; car ce serait la léthargie et la mort. Mais parce que nous apercevrons clairement l'unité de l'esprit humain , cela nous empcchera-t-il d'introduire la distinction nécessaire dans cette unité?

Oui , en effet , si nous nous bornions à contempler l'unité de l'esprit humain, sans considérer en même temps que cette unité tend à chaque instant à produire un résullat , que cette unité n'existe par conséquent qu'en tant qu'elle est efficace et active , que cette unité est pour ainsi dire organisée pour produire toujours un eflet et un effet différent à chaque instant de la durée, comme notre corps qui, étant composé de divers organes, n'est une unité que parce que ces divers organes concourent ensemble à produire un tout; si, dis-je , nous fragmentions en parties l'unité de l'esprit humain, précisément parce que nous verrions que ces parties sont des parties essentielles de cette unité , et faute de voir que ces parties se péuètrcnt toutes et agissent d'ensemble , oh ! alors nous tom-

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bel ionsdans le pur panthcîisme ; et de là rindiffërcnce, le soepticismo , la kUliaigie , ot une vf^ritable mort do l'àme. Mais puisqu'au contraire nous n'arrivons à concevoir riuiité de l'esprit liuinain quo par ses effets, nous ne pouvons en conclure autre chose, sinon que l'unité de l'esprit humain est adr-quale ù l'activité de l'esprit humain, qu'elle existe concurremment avec cette activité et disparaîtrait avec elle. Or, cette activité suppose précisément la distinction. Aussi n'est-ce pas à titre de disiinclion que nous attaquons en ce moment la distinction de philosophie et de reli>;ion , c'est à titre de dislimt on fausse. Aléme apri-s avoir renversé celte distinction , il en reste une autre; et celle qui reste est la vraie La distinction qui reste est celle-ci : Tous les vrais penseurs qui ont paru jusqu'ici dans l'humanité ont été religieux à divers degrés , suivant les époques , c'est-à-dire suivant la dislance plus ou moins grande où se trouvait l'humanité d'une doctrine religieuse. Voilà la vraie distinction qu'il faut établir entre eux, au lieu de cette distinction d'hommes religieux et d'impies, de philosophie et de religion, qu'en établit ordinairement.

Supposons une société organisée sur le principe de la fraternité : tousseraient égaux, tous seraient frères; et cependant tous ne rempliraient pas les mêmes fonctions; au contraire, tous remi)liraient des fonctions dill'érentes ; il y aurait parmi eux des diiïérences, non seulement d'âge et de sexe, mais de fonctions; il y aurait, en un mot, parmi ces frères une hiérarcliie. En quel sens donc seraient-ils frères? En ce sens qu'ils se sentiraient solidaires les uns pour les autres, unis les uns aux autres, de telle façon que chacun contribuerait au bien ou au mal de tous , par l'intermédiaire du lien qui les unirait , ou du milieu qui les rassemblerait , la société , la patrie, lié bien , il en est de même de cette association des esprits que nous concevons avoir existé dans le passé, à travers les siècles. Tous ces morts-vivants pour ainsi dire ( et ils vivent en effet, d'une certaine façon, puisque leur pensée exprimée vit et se transmet d'âge en âge ) , tous ces mortsvivants ont été solidaires les uns pour les autres ; ce qui n'empOche pas qu'il n'y ait parmi eux une hiérarchie à établir. El cette biéiarchie, ce classement, ce choix, nous avons un

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principe clair, évident, pour l'établir. C'est le principe même de l'unité de l'esprit humain et de la solidarité réciproque des hommes. Tous ceux qui ont marché dans cette voie, tous ceux qui ont contribué à établir p:irmi les hommes la fraternité, ia liberté, l'égalité, la solidarité réciproque, ont été dans la voie religieuse, dans quelques ténèbres d'ailleurs qu'ils aient marché. Mais ceux qui ont fait le plus dans cette voie sont les premiers. Oui, évidemment, si l'unité de l'esprit humain est la vérité à laquelle nous ont conduits et le Christianisme et la Philosophie , il s'ensuit que nous pouvons et que nous devons jalonner le passé d'après ce principe.

Ainsi, parce que nous apercevons le rapport, le concours et en définitive l'unité des efforts individuels au sein de l'iiumanité, nous ne sommes nullement réduits pour cela à la misérable condition de n'avoir aucun choix à faire, ni aucune règle pour nous guider dans notre choix. La fraternité mal comprise, entendue plutôt sentimentalement que mélaphysiquenient, pourrait conduire là ; et en effet le Christianisme n'est-il pas tombé dans cet excès lorsqu'il a exalté, par exemple , la nullité et l'idiotisme , dans ce mot de l'Évangile : (( Bienheureux les simples d'esprit ? » Mais le principe métaphysique de l'unité de l'esprit humain entraîne comme conséquence nécessaire que nous limitions la fraternité du Christianisme , en introduisant dans sa formule une distinction. Tous les hommes sont frères veut dire seulement : Tous les hommes sont solidaires; ce qui laisse le champ libre à la distinction. A quoi il faut ajouter : Tous les hommes ont toujours été solidaires, même alors que, ne comprenant pas ce lien mutuel et cette solidarité , ils se classaient d'une façon absolue en familles, en nations ennemies, ou bien en philosophes et en hommes religieux ; ce qui laisse encore le champ ouvert à la distinction.

La philosophie, après les travaux de l'ère moderne , nous semble donc , théoriquement et pratiquement , je ne dis pas seulement sur la voie, mais en pleine possession d'une vérité supérieure à celle du Christianisme, en ce sens qu'elle comprend la fraternité chrétienne, mais en même temps la détermine et la limite : c'est le principe que nous venons de sou-

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tenir; c'est le principe, dt'jà entrevu et prorlamd dans tous les livres de piiilosopliie de noire temps, de l'unité de respril humain.

Jésus, quand il apporta la religion de la fraternilé, disait qu'il ne venait pas renverser, mais perfectionner la loi moïsiaque ; et il déduisait en effet de ce principe : Vous êtes frères, des conséquences qui teudaientà perfectionner la vie pratique et la morale des Juifs, astreints auparavant à ce seul principe: Vous clcs Juifs. De même la Pl)ilosopliie qui vient après li; Cliristianisnu^, en faisant comprendre aux hommes le vrai sens et la portée de la loi clirétienne de la fraternilé , transformée dans la notion de l'unité de l'esprit humain, ou de la solidarité mutuelle, déduira de là des conséquences qui, sans renverser le Chrislianisme, perfeclionneront le Christianisme au point de le reléguer dans Tliisloire.

Vous éles frères , aimez-vous les uns les autres, mène à constituer un couvent sous la direction d'un abbé , ou à souffrir dans la société civile, si on y reste , toutes les imperfections sans les corriger. Mais L'tspril humain est un , vous êtes tous solidaires, mène à organiser sur la terre le meilleur état social possible, et à ne pas souffrir lâchement les imperfections à mesure qu'on les découvre. Le premier de ces principes conduit à un état passif, et engendre à la limite une, indifférence paresseuse , une véritable léthargie, comme on l'a vu trop souvent parmi les chrétiens les plus fervens ; le second, au contraire , enseigne et prescrit l'activité. Le prc- )nier a introduit ou souffert l'absurde distinction de César et de l'Eglise, du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel , et a abouti linalement à la papauté et à la monarchie; le second va à l'établissement de la déu)ocratie religieuse de l'avenir.

C'est vraiment une admirable chose que la suite et l'enchaînement du Christianisme et de la Philosophie , arrivant tous les deux par dos voies diverses à ce grand principe de l'unité de l'esp it humain. En considérant celte vérité , je la vois à la fois éclairer le passé, le présent, et l'avenir. Conséquence de l'étude du passé, elle sert à nous faire véritablement comprendre ce passé; elle en est dérivée dans noire esprit, cl cependant elle l'édairc ù ce point que je dirais

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volontiers que sans elle ce passé n'a aucune lumière. Mais ce n'est pas tout ; la même vérité sert à la fois à nous conduire dans le présent et vers l'avenir ; elle nous explique ce qui fut et ce qui doit être; elle est ainsi du même coup principe de science et priucipe d'action; elle gouverne la philosophie, mais elle gouverne aussi la morale et la pohtique.

]Se craignons donc pas de nous y attacher, comme à la vérité la plus religieuse et la plus évidente que nous puissions embrasser. Ne craignons pas de dire que maintenant les voiles se découvrent, et que nous commençons à apercevoir clairement le but providentiel de tant d'elforts en apparence hostiles. Il s'agissait de constituer au sein de l'humanité le principe de l'unité de l'esprit humain, de la solidarité mutuelle des hommes, ou, en d'autres termes, la notion même de l'humanité :

Tantœ molis erat Humanam condere geulem.

Je me résume et je dis que c'est un avantage de notre temps que de commencer, à comprendre enfin le but de toutes les luttes qui ont eu lieu dans l'esprit humain , mais qu'il ne s'ensuit en aucune façon que nous puissions conclure de cette vue je ne sais quelle indifférence générale pareille à la mort. Tout au contraire, plus nous comprendrons nettement les efforts antérieurs de l'humanité, plus nous aurons charge de faire aboutir ces efforts à un résultat. Si la vérité de notre siècle consiste à apercevoir l'unité de l'esprit humain , jusqu'ici cachée implicitement dans ces mots, si universellement acceptés et répandus, de tolérance, de fraternité, de liberté, d'égalité, de là ne résultera pour notre siècle ni l'apathie, ni le scepticisme. De là résultera, au contraire, pour notre siècle , un principe d'action et un but, un devoir et le moyen d'accomplir ce devoir, un idéal et la force nécessaire pour marcher à cet idéal. Car, reconnaissant la liberté et la fraternité des hommes dans la notion métaphysique de l'unité de l'esprit humain, il nous faut la réaliser sur la terre. Voilà donc la règle d'action , le principe régulateur de la politique. Et de même pour la science. L'unité de l'esprit humain re-

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conmio, la pliilosopliie consistera évidemment à dt^m^Icr avec pins (le précision eornmonl tous les débals de l'espril Imninin ont tendu à l'imitt''; elle consistera à estimer par lonséqiicnt tout ce qui a été fait dans cette voie, à critiquer sé-vèremeiit tout ce qui y a été contraire. Ue là une Tradition nouvelle. Sur le principe de la fraternité, les chrétiens avaient déjà construit leur Eglise et leur Tradition. Sur le même principe agrandi, riiunianité construira une Église et uneTFadilion plus universelles. La boule de neige aura grossi, voilà tout.

llien donc n'est ébranlé par l'identilication que nous faisons de la philosophie et de la religion. Nous pressentons, au contraire, que tout sera par là conlirnié, établi solidement, mais sur des bases plus larges. Non , il n'en résultera pas rapalhie et la mort ; car évidemment nous ne pourrons comp'-cndre l'harmonie de tous ces esprits en apparence si hostiles les uns aux autres, que parce que nous posséderons une philosophie supérieure, une religion supérieure, qui comprendra toutes ces philosophies, toutes ces religions partielles. Or cette philosophie, cette religion, fondée sur l'unité de l'esprit humain, sera pour nous ce que les religions antérieures ont été pour nos prédécesseurs sur la terre, un principe d'action et un idéal.

Que nous soyons encore à distance de cette doctrine et de cette tradition, cela est trop vrai. Mais le devoir est d'y tendre. Or, ce qui empêche d'arriver à cette Tradition supérieure, à cette Philosophie, c'est précisément la dislinclion que l'on fait aujourd'hui entre un philosophe et un homme religieux. Rien n'arrête plus les progrès de toute philosophie, rien n'arrête plus les progrès de la société politique, rien n'arrête j)lus riiumanité en un mot dans sa marche, que cette fausse distinction. Voilà pourquoi nous ne croyons pas avoir perdu notre temps en la sapant comme nous venons de le faire.

Cette distinction détruite, il ne sera plus permis à un homme de nous dire: « La philosophie est une chose, la religion une autre. Quant à moi, je suis philosophe, je suis une raison pure, je représente la réflexion, je suis l'abstraction pensée ; »

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Ou bien : « Je ne me décide pas sur les questions religieuses, je. laisse cela aux prêtres conslitués et au peuple. Je tire humblement mon chapeau aux prêtres, et je laisse le peuple croire ce qu'on lui enseigne ; »

Ou Inen encore ; « Je ne me décide pas même entre Platon etEpicure, entre Pythagore et Pyrrlion. La philosophie, à toutes Içs époques, reproduit toujours quatre grands systèmes, y compris le scepticisme. Je prends un peu dans tous ces systèmes ; je mange à tous les râteliers, je suis éclectique. »

A un tel homme on répondra: Tant pis pour vous, car vous n'êtes pas philosophe. La philosophie est la pensée, il est vrai, mais la pensée entée sur un sentiment. Les grandes pensées viennent du cœur. Montrez-nous donc que vous êtes sentiment en même temps que pensé*. Vous prétendez être par vous-même, à titre de penseur, de même que certains artistes de noire temps prétendent être par eux-mêmes à titre d'artistes. Vous vous trompez comme eux. Si vous êtes philosophe, vous êtes le serviteur de l'humanité. Vous pensez par elle et pour elle.

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