XVI PREFACE
rions aussi bien dans certains sentiments ou principes moraux et politiques acquis aujourd'hui à l'humanité que dans la yérité psychologique en question. En un mot , la philosophie, au premier chef, serait pour nous la Doctrine du progrès et de la perfectibilité , à laquelle et à l'histoire de laquelle nous rattacherions tout le progrès purement métaphysique ou psychologique fait depuis deux siècles et entendu comme nous Tentendons. Mais néanmoins, la Doctrine même de la perfectibilité ayant besoin d'une vérité religieuse supérieure , et cette doctrine impliquant le progrès religieux comme tout autre progrès, ou plutôt encore cette doctrine devant être dans son essence même une vérité religieuse , par conséquent une vérité métaphysique au premier chef, une vérité formule de l'être et de la vie , il s'ensuit que l'on peut considérer le résultat des travaux psychologiques des derniers siècles , ou en d'autres termes la formule psychologique dont nous parlons, comme caractéristique de l'état actuel de la philosophie et comme sa proposition finale quant à présent.
Véritablement la philosophie a dès à présent trois noms correspondants aux trois termes de la formule psychologique de l'homme. La Trinité de l'esprit humain étant sensationsentiment-connaissance indivisiblement unis , il en résulte que la philosophie ou la religion est indivisiblement politiquemorale-métaphysique. Or, comme politique, la philosophie moderne est la Doctrine de l'égalité; comme morale, elle est la Doctrine de l'idéal , la doctrine du progrès et de la perfectibilité ; comme science enfin , ou comme métaphysique, elle est la Doctrine de la trinité, puisque le résultat de tous les travaux philosophiques depuis deux siècles est, en psychologie, cette formule de l'être et de la vie. Quant à un nom collectif pour exprimer Yunité de la philosophie, s'il en fallait un autre que celui de religion ou de philosophie, nous appellerions volontiers l'ensemble que nous venons de
PHÉFACB. XVII
définir Doctrine db la PBRFecTiBiLiTé. Car il nous semble que ïécole française, qui a résumé dans cette formule le grand mouvement de destruction du Christianisme, en tant que forme, et de Tordre moral et politique qui correspondait à cette forme fausse , ayant pris la plus large part à cette éversion du passé et à la rénovation de Tesprit humain qui en sera et qui en est déjà la suite , et ayant d'ailleurs saisi sentimentalement le point capital de la question sous toutes ses faces, à savoir l'idéal en toute chose, dont elle a fait le progrès, en le mettant dans Tavenir au lieu de Tenchaîner au passé , a mérité par là de servir de tige à cet arbre de l'avenir qu'elle a pour ainsi dire planté de ses mains, et par conséquent doit obtenir de nos respects que nous conservions sa formule , et que de plus en plus nous portions haut sa bannière : In hoc signb vinces. Mais, quelque nom que l'avenir donne à cette unité de la science, du sentiment, et de l'activité humaine, ce qui est certain, c'est que cette unité est constituée par ces trois termes : Trinité, Idéal, et Égalité,
Egalité sous le nom de fraternité , Idéal sous le nom de Verbe , Trinité avec l'anthropomorphisme d'une des personnes divines , constituaient également le Christianisme/ La philosophie n'est qu'un progrès sur le Christianisme. Mais c^est un progrès. Les grandes choses ont toujours fait suite aux grandes choses qui avaient précédé. Jésus dit lui-même dans l'Evangile qu'il ne vient pas renverser Moïse et les Prophètes , mais les confirmer, les expliquer, et les développer.
Ainsi, au bout de tout ce désordre apparent de l'histoire des religions et des philosophies, une grande synthèse serait possible, et non seulement possible, mais déjà fort manifeste. Tons ces éléments divers» que l'on divise d'abord absurdement sous les titres de religion d'un côté et de philosophie de Tantre, comme deux camps séparés, et qu'ensuite , dans chaque camp , on divise en sectes irréductibles , ou existantes