PREFACE. XI
pëes de bandelettes , devant lesquelles ils se prosternent sans beaucoup de profit. Les autres ne voient là que des cadavres , et en ont une sorte de dégoût et d*borreur, comme on a de cadavres. Idolâtrie d'un côté , irréligion de l'autre , voilà la conséquence. La négation du progrès religieux par les uns a amené Tirréligion chez les autres. Elever la religion dans une ^ère febnleuse au^essus de l'homme et de la terre , revient à enlever la religion de la terre. En séparant , comme n'ayant dans leur essence aucun rapport, la religion et la philosophie, en ne voulant reconnaître par conséquent qu'une philosophie corollaire pour ainsi dire de la religion une fois faite, c'est-àdire en défendant à la raison humaine et au sentiment humain de dépasser les bornes atteintes à un certain moment , le Catholicisme a forcé l'esprit humain de proclamer provisoirement le divorce absolu de la religion et de la philosophie. Ainsi les uns, en niant le progrès religieux, ont précipité fatalement les antres dans la même erreur, en leur faisant rejeter indistinctement tout le passé religieux comme au-dessous de la raison humaine. Voilà en effet où nous en sommes aujourd'hui ; les philosophes depuis deux siècles ont tendu , les uns ouvertement y les autres secrètement , à ce divorce dont nous parlons entre la philosophie et la religion , à cette séparation en deux domaines -essentiellement divers. C'est qu'ils voulaient être libres, sentant que Dieu lui-même demandait et attendait d'eux un progrès nouveau , et qu'ils ne l'eussent pas été , s'ils n'eussent pas d'abord répudié l'héritage de l'humanité antérieure. Mais le moment est venu , nous le croyons , d'adopter une autre marche , et de continuer le mouvement de nos prédécesseurs sans le copier servilement. La philosophie aujourdliui est assez forte pour ne pas redouter d'être écrasée dans son berceau. L'avenir, donc, nous l'affirmons , reviendra sur cette séparation qui mettait Dieu d'un côté , l'homme de l'antre, comme d la vie n'était pas une union continuelle de