SEPTIÈME LETTRE
9mS»f iS«Bèt vlt7.
Il y a bien long-cemps que je vous entiretiens de FaMembiée ^omtituaMte', et nous n'en* MnfiMs encoee qn^ihix ptremiers mois de son existence : la faute en est à Tabbé de Montgaiilard, qui , en accu-
• mulant les erreurs, les fimssetés et les jiigiemeiits iniques $ar les hommes et les èréhements de cette époque, ne m'a pas permis d'abréger, autant que je l'aurais Toulu, aaes obfenMtions critiques sur cette partie importante de son histoire. TCms arrivons pourtant au 6 oc^o^re , journée de deuil pour
•la patrie, puisque le sang français y lut versé par des Français. M. de Montgaillard convient que cette seconde bataille de la population parisienne , contre les défenseurs dé la cour , fut aràienée par les trames et les provocations des ennemis de la révolution. Àprès s'être demandé s'il faut voir une conjuration liberticide« dans des folies, diçs.c^t^, des concerts d'instruments, dans un repas «bruyant et splcndide, que déjeunes militaires donnent aux
officiers d*an régiment; si Ton peut espérer de
faire ou de détruire une révolution avec ces moyens de mélodrame; si l'on conspire dans une orgie ; il répond hardiment : « Oui, à la cour de France , où , » comme l'a dit Mirabeau, des fêtes couvraient les » préparatife de k Saint-Barthélcimy, 9 et il décrit ensuite le repas des gardes-du*corps , où la cocarde natiouiile fut insultée ; ajoutant que ce festin se ter^ mina par des bravades insensées, et qu'on vit ainsi, k chaque circonstanee , le parti et les stipendiés de la cour irriter hi fureur de ses ennemis , sans savoir jamais les combattre» ( De i43 à 147, tôm. IL ) .
En mettant à part l'aeeusati^ de làdieté qu'un homme, du nom de Montgaillard, devait porter «Doinfl^ que tout autre, contre les royalistes , je par* tage tout-à-feit l'opinion de l'historien quant à rexistence d'une conspiration contre l'asseml^lée nationale (1) , et aux impwdences des serviteurs acdents de la famille royale ; je crois seulement que cette conspiration , ne s'offrant que comme raccom- ' plissement d'un d^voir .sacré, aux partisans de la
(i) L'abbé de Monrgaillard prétend ( i55, t. II) que, Chanderlos-Lnclos fut cliargé du commandement d'une compagnie d'artillerie, destinée à agir contre l'assemblée nationale. Laclos était alors secrétaire du duc d'Orléans, et Montgaillard le présente peftoot comme on Séide de ce prince : comment croire que la oodr lui eût confié ses seerets et Teséeution de ses pit>jeto contrçfiiévol«tîann«ires.
ÀSSEitiiLiÊB cmisTiTOAim, 1789- 1790. 173
monarchie, et devenant sainte à leurs yeux, il n'est ni justeni raisonnable d'en faire un acte dlnunoraiité politique, et dV chercher Foccasion d'une 'apostrophe insolente contre des vaincus. Mais si j'éprouve de la répugnance pour les formes injurieuses qu'em*: ploie M. deMonl^aillard en rappelant les provocations et les complots des champions de J'aristooratid et de la couronne» je n'oubUe pas aussi .vite que lui ces complots et ces provocations, quand il s'agit d'expliquer une nouvelle éruption du volcan révolutionnaire y et de qualifier les malheurs qui en dérivèrent. Malgré tout ce qu'on a dit du rassemblement populaire qui se porta sur Versailles dans la journée du 5 octobre, je ne puis me persuader en efifet qu'il ne (ut composé que de gens sans aveu et de véritables brigands. Si les libéraux d'un certain quartier sont d'accord, sur ce point , comme en plusieurs autres peut-être, avec les écrivains monarchiques, je ne suis point ébranlé par cette heureuse concordance , et je persiste à croire que /'onntmce des fêtes et des préparâtes du château, les retards mis à V acceptation des décrets constitution^ nels du 1^^ ,la rumeur d'un prochain enlèvement du roi, les bravades emportées et les tentatives des par" tisans de V ancien régime, toutes choses constatées par M. de Montgaiilard lui-même ( 149 et i5o, tom. H. ), purent irriter assez vivement des honnêtes gens, dans les classes inférieures, qui d'aiU
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leurs manquaient de pain , pour les entraîner à Versailles, où on leur signalait la cause de la disette et la source des obstacles qui arrêtaient la marche de la révolution. S'il en eût été autrement , penset*on que cette abjecte populace lorsque le roi parut au balcoÀ pour annoncer sa résolution d'aller fixer sa résidence à Paris, eût fait retentir les airs de ses acclamations, ainsi que TaÛirment tous les historiens de cette funeste journée, sans en excep» ter celui même que je combats ? Est-il vraisemblable ensuite que la reine eût été accueillie par des vi* vat (i) , de la part des furieux qui, un instant auparavant, menaçaient sa vie, si l'attroupement dont les dispositions homicides devinrent si subitement iaoffensiyes et même bienveillantes. 'ne s'était re*cruté , comme l'assure l'abbé de Montgaillard , que de ce qu'U X avait de plus impur, déplus vil y de pbis eryf^deux dans les boues dm fmtjbour^ Saint-
(i) Walter Scott n'a point omis cette circonstance échappée à tint d'antres Mstoria» : il fi»t hn lamir gré àt cette cinctîtBdey dans un liffc rem|»lid'ailleafs.de tant de nfosonget et de calomnies. L'écrivahi anglais dit an reste a« fliqet du souttrement du
S octobre : « Il ne parait pas que le rot , ni les ministres, aWnt eu w le moindre avis de ces mouvements insurrectionnels; il faut V bien qu'il ne sc soit pas trouvé, à Paris, un seul royaliste qui » ▼onlût risquer un cheval ou un domestique pour en porter la » nouvelle à Venattlea où U était ai nécessmre ^*eUe arrivât % iM. raéflMwca de M«* GaoïpMt déneolail ctita tccwlwe.
ASSEMBLÉE OOJCSTiTUAJÎTE, 1789-1790. IJ^
Antoine et Sami-'Marceau^ dms les gcUetcLs et les égoûts des quartiers voisins de la (>rève ? Si cette cohue dégoûtante avait été aux prdres de quelques brigands ? Il y avait des scélérats sans doute parmi ces citoyens, exaspérés, que la faim et rirritatiou politique avaient &it aooojurir en foule à Versailles; il s'en trouve dans toutes les réunions d'hommes tant soit peu nombreuses; comment ne s'en serait* il pas rencontré dans un soulèvement des dasses pauvres , où le défaut d^éducation et la grossièreté des mœurs rendent les excitations au crime plus fréquentes et plus dangereuses? Mais pourquoi conclure toujours du particulier au général, quand cette logique conduit à oulrager une portion intéressante du peu{^e, à souiller la gloire d'une nation, et à calomnier Fespèce humaine, en supposant que les masses peuvent devenir sciemment criminelles , et n'être mues que par des intentions perverses ? Ce qui se passa , le 6 octobre au matin ,
qa« M. de Sûnl^riett écrivit à la reîne qui se tvowraU à Tria* noB» de sentrer à YenaUle»» lonqne M. de Cnbière partit pour aUer avertir le roi à Meudon'^ et IWiter à quitter w chaise au tir, il feUait bien que des stîs fussent arrivés de Paris. Walter
Scott, après ce reproche injurieux aux royalistes, trahit encore la vérité à l'égard des patriotes^ en plaçant au 6 octobre les féli» citations que Bailly adressa à Louis XVI, le 17 juillet, à l'occasion du retour de Ne<^er, et de l'entrée du roi dans sa capitale» après k prise do la BastiUe.
1^6 SBPnÈME LETTRE,
'80IB le balcon du château de Versailles, prouve que les brigands n'y étaient pas en majorité, et que les excès de la veille, ou de la nuit, loin d'appartenir à une poignée de bandits, ne doivent être encore attribués qu'à Texaltation des têtes et à Texaspé* ration réciproque des partis. D'ailleurs il est constant , d'après le récit même de M. de Montgaillard, que les gens de la cour, le duc de Guiche, par exemple, et M. Savonnière donnèrent le signal du combat, dont Fissue fut si funeste aux gardes-ducorps; et il n'est point vrai ensuite, ainsi que le prétend cet écrivain, que dix ou douze de ces militaires eussent été massacrés âans la journée du 5.
Félicitons néanmoins. Monsieur, l'abbé de Montgaillard, lui qui trouve tant de plaisir à médire,
d'avoir voulu rendre justice à la garde nationale de Paris et à son digne chef, dans une circonstance où ils avaient été en butte à tant d'outrages et de calomnies. Il est à regretter seulement qu'il n'ait pas énoncé , d'une manière plus positive, qu'on refusa au général Lafayette la garde de postes importants, pour ne lui confier que ceux des anciens gardes françaises, ce qui facilita l'envahissement du château, du côté du parC, où la garde nationale n'avait pu obtenir d'être placée.
L'abbé de Montgaiilard regarde, du reste, le duc d'Orléans et Mirabeau comme les instigateurs de
ASSBMBLiB GONSTlTUAjrtS , 1 789- 1 79O. 17^
ces tristes journées, c'est à dire qu'il répète ce que tant (Tautres ont répété avant lui, et sans fournir de noavelles preuves. Seulement il mêle à cette accusation banale quelques unes de ces grossières ' invectives, dont il recèle une mine inépuisable, ca qui né suf^rait guère pour infirmer la décision de rassemblée nationale (i), ni pour rendre suspecte la
(i) < Ltnqalipfès «tttint de ndberdiity dit l'«oteiir de la ré* » ponse è H. LacrelèUe, après m eumen ««Mi approfondi, I» l'assemblée constituante a proclamé Tinnocence du duc d'Or-*
» léans et du corote de Mirabeau, de quel droit et sur quelles preu- » Tes plus authentiques vient-on présenter ce jugement comme » Qli grand scandale? A quel autre empire pourrait-on done » ptétendre que oetté «ttendilée e4t céd^ , al ee n'est à celoi d'iurt » intime
» . déclara Id^aiéine » en '179k que k due d'Orléans nViVaît pas » autant de torts qn'on l'aTait cm. A-t-elle jamais témcpgné le
» désir de favoriser les vues ambitieuses que l'on supposait au » duc d'Orléans? N'a-t-elle pas au contraire poussé jusqu'au plus » haut degré la crainte delà partialité en sa faveur, et de donner a à son égard le moindre ombrage à la cour; soit par exemple^ a dans la dilcittsiDn télatrve à la branche djss Bourbons d'Espa* » igne, soit dans la question des apanages? Notis demsaderona » enfin, quel parti, quels'horomes qntjamais Ait ancnne tenta- » tive pour porter le duc d'Orléans, soit au trône , soit même à » la régence? Nous demanderons (juelles étaient ces chances iii^ » ccssam ment ouvertes à son usurpation? S'il cri fut question » lors du roouTement du 14 juillet 1 789 ? Si son nom fut seule^ t ment pnHumeé lors de Tanestation dn sot A VaMMS, €A » jnin 1791? •." «
la
1^8 SEPTlilME LETTRE ,
procédure du Châtelet, ii VhistxÂre n'arait pas
d'autres éléments de conviction à nous offrir.
Mais que veut donc insinuer Tabbé de Montgaillard y Monsieur, lorsqu'U affede de rappeler que le comte de Provence ( Louis XVIll) resta complètement ignoré pendant les événements des 5 et 6 oct(d>re? «r Personne, di^il9 ne fait comiattre où il » se trouvait pendant que des forcenés boulever- » saient le cbàteau. Dès huit heures du matin, il » avait achevé sa toilette; il était coiffé , poudré , » habillé avec sa recherche ordinaire, et revêtu de » ses ordres. La plus grande tranquilhté paraissait ». régner sur sa physionomie; il sortit de son ap- » partement sans qne>les brigands qui avaient dé- » vasté le château eussent troublé ^n sommeil et » se fussent même infoitnés de sa personne. €e »* prince se rendit à huit hetirës'et demie auprès tlu » roi (i63, t. II). » Si Ton pouvait se méprendre sur les intentions de Thistorien, dans le soin qu'il prend id de constater le respect que les brigands montrèrent pour le sommeil de Monsieur, tout en remplissant le château de dévastation ; si la perfidie delà dernière phrase que j'ai citée paraissait encore douteuse, toute incertitude cesserait en lisant ce passage de la page i 8i» au sujet du procès. de Favras. a Nous ne dirons pas jusqu'à quel poinf MoMSixira » put donner son assentiment aux projets contre- » révolutionnaires de Favras; noais Ton crut fer-
Digitizod by Gû*..'^tL
ASSEMBLÉB CONSTITUANTE , I789-I79O. I79
» mernent dans ce temps-là, et IbpinioB publique
» est encore persuadée, depuis la restauration de la » maison de Bourbon, que le système de contre-révo- » lution ét le projet d'enlèvement du roi entraient » dans les vues politiques ie'Movsitm.llest certain « que ce prince désirait depuis long-temps de se faire » TOUTAU vonrs nommer aÀ^BiT du rojrauine.»Le but de Tabbé de Montgaillard , en nous parlant du çalme, de la sérénité et de la toilette du comte de Provence, de Tespèce d'inviolabilité dont les dévastateurs du château Pentourèrent , est à présent dévoilé* liC projet d*enlèvement du roi entrait dès iors les vues de Monsieur; il voulait tout au moins se faire nommer régent du royaume (i), et la populace, qui mit en danger le trône et la vie de son frère, admise à la couEdence du premier prince du sang, ne Foublia dans les excès qu'elle commit envers les autres membres de la funille royale, qu'en
(t) « Ce prince, dit plus loin l'abbc de Montgaillard ^ apprit » le M octobre, à Ham, états du roi de Prusse , In nouvelle de » r.ézécutioii de U reine. I^rscpi'on la lui annonça, il était dc- » bout deraut la cheminée de son appartement; U en frappa du » poing le mantean aYCC fbree, et se tournant vernies personnes » qni se tronvaient dans l'appartement, U dit : ilfe mUà mainte^ » nant dans une beUe position! Nous verrons si la cour de » Vienne me refusera encore la régence. Cette anecdote a été » donnée par le baron de Breteuil : le duc d'Avaray Fa confir* » mée, en 1796. » (page 460, t. III.)
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considération de ses pensées ambitieuses, dont elle
venait même hâter Faccomplissement. Voilà ce qu'indique clairement notre historien. Je laisse aux écrivains de la cour, plus instruits que moi de tout ce qui concerne la vie intérieure des princes, le soin de repousser les conclusions que Tabbé de Montgaillard cherche à tirer ici des détaib d'antichambre qu il nous donne , de la coiffure et de la physionomie de Moi(siii,UR^ j'observerai toutefois qu'il serait assez surprenant de voir TacctEsateur véhément du duc d'Orléans, relativement au 6 octobre, désigner insidieusement, à la même page, un autre prétendant, comme initié au secret de cette journée , si Ton ne savait que l'abbé de Montgaillard est habitué à ne reculer devant aucune inconséquence, pour si odieuse qu'elle puisse être, lorsqu'il s'agit de multiplier les victimes de sa malignité, et d'assouvir son immense besoin de nuire. Mais sans me constituer l'apologiste du comte de Provence, ce qui ne m'appartient pas, comme vous savez, je vous parlerai d'une lettre manuscrite, qu'on m'assure avoir été adressée par ce prince à Tun de ses favoris, à la fin de 1 789, et de laquelle il résulterait que Mo:xsieur, profondément convaincu de l'incapacité des conseillers de la couronne, mécontent de la marche incertaine de Louis XYI, et se sentant capable de saisir et de diriger le timon de l'état, n'osa jamais néanmoins.
ASSEMBLÉE COHSTITUANTB, 1789*1790. 181
concevoir rien de semblable à ce que lui prête M. de Montgaillard, et se charger d'opérer, en son nom, le salut de la monarchie et de sa femiUe. « Il » y aurait peut-être un moyen, dit-il, qui serait de » me montrer tout-à-fait sans m'embarrasser d'eux, » dememettreassezenavantpour me rendre même » à craindre si je pouvais avoir de mauvaises inten- M tions, et ensuite de leur tendre une main qu'ils » seraient bien obligés de prendre; mais jamais je » ne jouerai un pareil rôle ; j'aimerais mieux périr » ici avec eux, ou, comme d'autres, aller en pays ji étranger manger le pain de la pitié, que de man- » quer à ce point, quoique à bonne intention, aux » principes que j'ai sucés avec le lait. (B.) » N'ayant pas eu communication de l'original de cette lettre, je ne saurais vous offrir la garantie de son authenticité, qu'on a cru pouvoir me donner à moi-même; mais la phrase que je transcris ici me semble se rapporter parfaitement à la conduite du prince, qui, après s'être déclaré pour la cause populaire, dans l'assemblée des notables, s'arrêta tout à coup au milieu de sa carrière libérale, et se renferma dans la plus stricte neutralité jusques au moment de son émigration, en 1791 ; car le discours patriotique, prononcé le a6 décembre à l'Hotel-de- Ville, ne doit être considéré que comme un acte purement défensif , dicté par la. nécessité de détruire les impressions fâcheuses répandues dans le public
l8a SWTtÈUE LETTaEy
contre Monsieur , à Toccasion des phns et de Tarrestation du marquis de Favras.
Aussi mauvais peintre du 6 octobre que du i4 juillet, tour à tour détracteur inique et ridicule de rassemblée constituante , ou panégyriste déclama* teur, Tabbé de Monigailiard, après awoir attribué seulement à un reste de pudeur l'instruction que la majorité de la représentation nationale permit de £lire contre deux de ses membres, vent bien considérer comme une amélioration importante dans notre législation le décret du 9 octobre, relatif à la jurisprudence criminelle, et reconnaître que la réformation des lois sur cette matière doit être mise au premier rang des plus grands bienfaits qu'ait reçus la France (i65, t. II). Mais pourquoi oubliet-il de dire que ce décret salutaire fut provoqué par la commune de Paris, qui, sur Ja demande de Lafa jette, interprète de la garde nationale, ût parvenir le vœu des amis de Thumanité à l'assemblée constituante par une députation (i).
On trouve. Monsieur, dans le même chapitre, de graves inexactitudes sur le fameux Liure rouge. H n'est point vrai que les noms de Maury et do Mirabeau aient figuré publiquement, en 1790, sur la liste officielle des pensionnaires secrets du trésor royal. Tout ce qui concerne Torateur du côté droit
( I ) Voir Vt/ùwmtU de BaUfy.
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ASSEMBLÉE ooRSiiTiuinn , 1 789- 1 790. 1 83
est d'abord démenti» d'une mauièrQ absolue > daA» une édition récente de ses œuvres (i); «pouità Mirabeau , il n'est pas possible de présumer que son acceptation des largesses de la cour ait été aussi solennellement divulguée à une époque où elte n'existait peut*étre pas encore; et, en supposant qu'il fût réellement aloi:s le pensionnaire du roi, onnepeutpAsadmettrequece fait ait reçu, en 1790, la publication dont parle M. de Montgaillard , paroe que , dans ce cas , le nouvel auxiliaire du trône , perdant aussitôt toute influence et tout carédit dans rassemblée et la nation , n'aurait pas laissé à ses amis la faculté de contester cette alliance , et ne serait pas descendu enfin dans la tombe avec, les regrets universels des patriotes les plus austères ^ les plus exigeants (2). Mais que dire, Monsieur, du négociateur de Louis XYI^ qui, chargé d'entretenir les relations de son maître avec le plus redoutable des tribuns du peuple, se laisse accompagner dans cette délicate mission par le premier curieux qui lui témoigne le désir de voir un homme célèbre (3949 II)? Que penser surtout de Tinconsidération et de la légèreté de ce ministre, lorsqu'on sait que œ curieux, qui n'était autre que M. l'abbé de Mont-
(i) Essai sur Péioquenee de la chaire et planégyriques, tSà?. (a] La translation des^cendres dé XSnibeait' au PanMop Ait décrçtée sur la proposition. d« Robe^etnii
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gaillard, n'ayait alors que dix-huit ou dix-neuf ans? Par égard pour la némmrede M. Delaporte , je suis oMigé de soupçonner encore une fois la yéracité de notre historien , à moins de supposer, avec un assez grand nombre de personnes, que l'intendant de la liste civile pût conduire effectivement chez Mirabeau un M. de Montgaillard , dès lors assez âgé pour chercher à se glisser et pour être admis dans des négociations de ce genre, et que l'abbé, dans sa trop grande préoccupation, a pris sans doute l'histoire de son homonyme pour la sienne ; mais j'aimerais autant alors la version de ceux qui prétendent que c'est l'homonyme qui a fait l'histoire de l'abbé; et, dans tous les cas, ma raison se refuse à croire qu'un des fonctionnaires les plus éminents de la cour ait compromis le secret du roi et de Mirabeau, secret dont la conservation était si nécessaire à tous deux, ,par complaisance pour un curieux ou un intrigant. Avez-vous remarqué, du reste. Monsieur, avec quelle assurance le Montgaillard, quel qu'il soit, qui parle dans le volumineux pamphlet dont nous nous occupons, dit avoir vu, entendu, connu presque intimement les hommes du rang le plus élevé , et les personnages historiques de notre époque? Fox Ta entretenu familièrement; Sieyes lui a confié qu'il n'avait plus rien à apprendre des hommes; Champion de Cicé lui a rapporté que Louis XYI disait, avec un accent de
AS&2MBL££ GOHSTITUiUrTS , 1 789- 1 79O. 1 85
douleur et en élevant les mains, au sujet de son frère Monsieur : « Il sera toujours le même! » le chancelier du duc d'Orléans, M. de Latouche , lui a raconté que Mirabeau avait renoncé à intriguer pour son maître en disant que c était un misérable qui n'était bon quà être prince ^ et quWabandon^ naît à ses vices; M. d'Onnesson lui a révélé qu'ayant voulu avertir Lafayette du projet de départ de Louis XVI, le commandant de la garde nationale lut ayait montré l'échantillon de l'habit que le roi se faisait faire pour partir (i); madame Campan s'est confessée à lui, à Saint-Gecmain , d'avoir trahi la reine en fournissant l'échantillon de la robe que cette princesse devait porter dans le voyage (a); le
(1) On aMine que M. La&yette rtgtxài ce eonte comme tellement ridicule, qu'il n'en parle qjOLKWte le sonrire qui eiprime encore plus l'indifférence que le mépris.
(i) Est-il raisonnable de croire qu'une femme du caractère de madame Campan se soitrenduecoupable d'une aussilàclie trahison, etifn'elle ait poussé le cynisme et la perretsité jusqu'à se vanter de ton erime ? Sa famille et ses amis peavent opposer aux allégations invraisemblables de Pabbé de MontgailUrd| le témoignage âU personnes les plus recommandâmes de la cour de Louis XVI (C). Onsaîtd'affleursqne madame Campan était depuis quelque temps aux eaux du Mont-d'Or , avec son beau-père mourant, lors de la fiiite du roi. 11 n'est pas vrai non plus que ses Mémoires r/Ki' nuscrits renfermassent des passages scandaleux sur Marie>Antoinette, que Tabbé de MontgaiUard prétend avoir été snpprimés par Tabbé Girant. On peut se convaincre de la fiiosscié de cette
l86 SSPTjiMB LBTTRB,
comte de Lille (Ix>uis XVIII) a daigné radmettr^ dans sa société à Blankembourg (i), et lui cominu-
niquer les choses les plus importantes; enfin il n'est pasuun événement politique à raison duquel il n'affîrœe qu'il tient de Tun des principaux acteurs les détails souvent invraisemblables, qui paraissent destinés à faire, de moitié avec les injures, la fortune de son livre. Je ne veux point qualifier, Monsieur, le métier que suppose cet empressement auprès des hommes influents de tous les partis, ni contester à Tabbé de Montgaiilard le privilège de Vubiquité; j'observe seulement que si sa grande jeunesse ue le rendit point indigne des nombreuses et augustes confidences dont il nous fait part, c'est qu*îf sut prouver de bonne heure sans doute qu'il en est de l'aptitude, pour certaines fonctions, comme de la valeur, qui, dans les races héroïques, n'attend pas le nombre des années.
I>ious approchons cependant, Monsieur, du ^ novembre, que le clergé firançais a inscrit parmi
allégation chez les éditeurs qui ont reçu communication complète des papiers de m.idame Cainpan.
(i) Un M. de Montgaiilard vit en eiTet le comte de Lille à Blankembourg, ce dont ceiprinoe n'eut pas, dit-on , à se féliciler; mais ce n'ëuit pas l'abbé sous le nom duquel V Histoire de France a été publiée. Il&nt croire encore qiie ce dernière pnsiciJa carrière de son horoonynie pour la sienne ^ on que son lîm est bien le fait de l'homonyme.
ASSAMBLÉE COU STITUAHTS , 1 789-1 79O. 187
les jours les plus funestes de la révolution. Vous savez, en effet, que ce jour-là les biens ecclésias* tiques furent déclarée propriétés nationales^ et mis en conséquence à la disposition de l'état, par un décret rendu sur la proposition même d'un prêtre, l'éTeque d*Autun, Talleyrand Périgord. Que trouverons-nous, dans M. l'abbé de Montgaillard , sur cette aliénation du patrimoine sacerdotal? Si nous nous reportons à ce qu'il a dit de la suppressicm des dîmes, et de l'opposition vive de Sieyes , dont le discours , Jhrt de justice et d'une vigoureuse dialectique^ lui fait oublier un instant la haine qu'il nourrit d'ailleurs contre ce métaphysicien ; si nous avons gravé dans notre mémoire la censure amère, dont les représentans de la nation ont été Tobjet, à l'occasion du décret du la août, et pris acte surtout de la phrase suivante: « Ainsi les premiers pas de 9 l'assemblée nationale dans la route de la liberté » sont des injustices perdues pour la nation ^ et con^ » tagieuses pour l'avenir ( tom. II ); » il est naturel de nous attendre à voir la résolution du % novembre, relative à la vente des biens du clergé, considérée comme le résultat de la contagion que Fauteur vient de signaler, et comme le complément de la spoliation des gens d'église. Nous risquerions fort néanmoins, Monsieur, d'éprouver quelque désappointement, si nous comptions trop sur une nouvelle boutade édifiante de l'abbé de Mont-
l88 SEPTIÈME LETTRE^
gaillard, contre rassemblée constituante , et en fe*
veur de l'ordre ecclésiastique. Satisfait sur ce point envers la représentation^ par les reproches qu'il lui a adressés au sujet des dîmes ; il veut à présent donner son tour au sacerdoce , et il choisit généreusement le moment de sa ruine. La dîmcy dont la suppression , sans clause de rachat , lui causait , aux pages 123 et 1 24 9 une indignation si profonde, n'est plus , à la page 171, qu*un grand val fait par le clergé aux laboureurs et propriétaires de terres; il invoque à ce sujet l'ombre de Charles JVIartel et de Charlemagne , cite un capitulaire du synode de de Francfort , en 794 , et se livre ensuite aux déclamations les plus injurieuses contre la papauté. « La maxime: ahùne tout plutôt, c'est VesprU de « r église y si hardiment énoncée par Boileau, dans » le Lutrin, devient, dit-il, le code politique de la » cour de Rome ; et à force de superstitions , de » fraudes, de violences, d'empoisonnements, d'as- » sassinats et de dépositions d'empereurs et de » rois , les papes réussirent à établir leur double
9 droit de souveraineté temporelle et de souve-
.>> raineté spirituelle. Le clergé se servit à peu près » des mêmes moyens pour établir le droit de la » dîme qu'il prélevait..... Les fîaits avancés par » Thouret sont hors de tonte contestation fondée; » les capitulaires, chartes, clu*oniques et tous les » monuments écrits du moyen âge prouvent Tau*
ASSEMBLÉE CQKSTlTUAirTE , 1789-179^* l3g
» thénticité de ces fiiits..... Il en résulte, de l'aveu
» même du clergé, que l'état, en cas de besoin, » avait le droit de disposer des biens enlevés par » les nobles aux ecclésiastiques , que les biens du clergé n'étaient ni sacrés, ni inaliénables; il en 9 résulte que ^l'assemblée nationale étant Fétat, B la nation assemblée pouvait légalement abolir » la dirae, prendre les biens du clergé et les ap- » pliquer aux besoins de la cbose publique ( 17 1 9 172, 175, toin.II). » Cette logique est pressante^
Monsieur , il est seulement à regretter qu'on ne puisse la concilier avec ia dialectique vigoureuse de Sieyes, dans le discours, ybr^ de justice ^ qu*il prononça en faveur des dîmes.
Puisque nous en sommes aux matières ecclésiastique, abordons , Monsieur , la question de la constitution civile du clergé. L'abbé de Montgaillard veut bien accorder à la nation le droit de modifier le matériel du culte , de changer l'état temporel des ministres de la religion , d'altérer les formes extérieures suivant lesquelles ces ministres doivent propager la doctrine et administrer les sacrements. « 11 » n'y a, dit-il, que les intérêts particuliers des pré» » lats et l'ambition des cardinaux qui méconnais*
» sent ce droit. cette loi si fameuse, ajoute*t«*il,*
» et si mal à propos intitulée Constitution eùnie du » clergé j eût été convenablement exprimée ; JJécret 9 sur la police intérieure du clergé. ]Dle touchant
190 SlPTliME LETTRE ^
» nullement au dogme, les changements de disci*
9 pline qu'elle ap[)orte, n'élant ni plus impo^-tants, B m moins convenables que ceux que Fautorité sé» » eulière avait, à diffei*entes époques, établis en » France, le clergé de ce pays n'avait aucun motif A réel et légitime de les rejeter ( 249, tome II).» Malgré laGonvenanoede ses dispositions, et Fillégitimité de l'opposition qu'elle rencontra, la constitution civile du clergé , selon M. de Montgaillard, fat, réprouvée par ,1a philosophie comme par la discipline ecclésiastique alors en vigueur, et même par le véritable esprit religieux. Cet écrivain pense au reste que l'assemblée nationale tomba dans une étrange contradiction lorsque, d'une main, elle détruisit la noblesse, et que , de l'autre , elle voulut eonstituer Tétat civil du clergé. Il ne comprend pas c|ue la société pouvait se passer plus long-temps d'aristocratie héréditaire que de religion ; que la première avait été attaquéedansson principe, et la seconde seulement dans ses abus;' qu'il était possible jie reconstituer Tétat sans y faire entrer une noblesse qui, de son aveu, n'avait plus aucune racine dans l'opinion , et non sans y donner une organisation quelconque aux ministres charges de subvenir aux besoins religieux des peuples. Prétendre en effet que les régénérateurs de la France devaient s'abstenir de relever l'édifice sacerdotal sur de nouvelles bases, parce qu'ils laissaient le pa-