ASSEMBLÉE CONSTITUANTE , 1789-179^* IQI
triciat féodal se débattre et périr pour tmijoura au
milieu de ses ruines, n'est-ce pas établir une parité d'importance entre des institutioDS qui prennent la vie à des^soarces diverses, et qui ne sont point soumises aux mêmes conditions d'existence? La noblesse héréditaire, née de certaines nécessités temporaires et locales, n'avait qu'une cause accidentelle : celle du sacerdoce (i) au contraire était essentielle; eiie résidait dans ce sentiment universel et indestructible, que jusqu'ici onaappelé religieux, et qui porte l'homme à s'interroger sur son ori» gine et sa destinée , sur la nature et son auteur. De nombreuses générations ont pu goûter les bienfaits de Tordre soeial, sans connaître les privilèges du sang; aucune na vécu encore sous l'empire des kns, sans donner une expression commune et publique (a) à la pensée religieuse des individus.
{\) Cette permanence absolue du gentiment tnrleipièl est fondée dans le passé l'utilité du sacerdoce, ne sonstratt pat le pouvoir religieux à l'influence de la civilisation , par conséquent à la nécessité de se modifier selon les progrès de l'cspritiimp«»n * ^Cft et «la'cvait senti l'assemblée constituante.
(a) Ce ^ne je dis ici de la communauté et de la publicité de reipressioa donnée au sentiment religieux, est du moins incontestable en ce qui concerne le passé : quant à ravenir , quelque convaincu que l'on puisse être de rindestmclîMMté de ce sentiment , il est bien difficile de prévoir comment d s'eiprintm daiie les siècles éloignés.
IQa SEPTIEME LETTRBi
Cette différence fondamentale ne s'est-elle pas fint
sentir dans tous les essais de réorganisation qui ont suivi la crise révolutionnaire? Bonaparte et Louis XYin se sont occupés successiyement , rnn,de faire, et l'autre, de rétablir une noblesse; mais ni l'un ni l'autre n'ont tenté • d'en faire un corps dans l'état, et de lui donner ses ançiennes attributions; tandis que le clergé, privé seulement de certains avantages temporels, a conservé sahié<« rarchie,sa discipline et son gouvernail apostolique* Et qu'on n'attribue pas cette différence au caprice des législateurs. Napoléon aurait certes bien préféré ses nouveaux nobles aux anciens prêtres; et Louis XYHI ne s'intéressait pas moinsTivement sans doute aux compagnons de son exil, aux gentilsbommes dont le dévouement à sa cause ayait été sans bornes, qu'aux obscurs ecclésiastiques qui avaient entonné plus d'une fois peut-être le Te Deurn en favjeur de sesennemis. Mais ces deux chefs de Ja nation française cédèrent l'un et l'autre i la force des cboses, et reconnurent Texigence des laits: or, c'était un fait incontestable que la survivance du sentiment religieux d'où dérivait rintei^ention du prêtre; et le prestige de la naissance, qui fai-' sait seul le crédit du descendant d'im grand homme ou d'un citoyen utile, n'était plus qu'une illusion. L'assemblée constituante, qui essaya de réédifier l'ordre politique avant Louis XYUI et Napoléon ,
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eut donc raison de tenir compte du fait, et de ne pas s'arrêter à V illusion (i); comme elle fit bien aussi de réorganiser la magistrature judiciaire, après avoir renversé les parlements, sans se croire obligée ensuite de refadre des majorats, parce
(i) M. leoomte cl« Mondmter, tant prôné pnr tes amis de l'égalité, de la rue Montmartre y pense bici différemment. Selon lui , la noblesse héréditaire à conservé toute son importance primitive , et la société ne peut pas plus s'en pafser que des professions les plus utiles; d'où il arrive à conclure qu'une abolition iégale ne ponrrait jamais exister en fiiit « Si la rérolulion^ dit- il, > avait jugé à propos de supprimer les notaires, les médecins» ,» les pharmaciens, comme elle supprimait autre chose, ces offices « se seraient bientôt rétablis en lait, ne Tétant pas en droit : il
» en est de même de la noblesse Est-ce l'hérédité qui s'effa-
» cera? Mais si vous conservez au fîls rhéréditc des biens de son » père, comment ferez-vous pour mettre la noblesse à part de » ces biens? Vous ne le pouvez pas. Ce qui se passe en ce moment b dàtts te parti libéral , par rapport aux enfiints de M. le général « Foy » est me preuve que l'hérédité de la noblesse est reconnue % comme la plus sacrée de toutes les hérédités.» {Mém* àtons, p;ig. 179. ) Il me semblé qtiele noble publicSste se méprend ici
gravement sur le caractère de la reconnaissance nationale qui a doté les enfants d'un illustre orateur et d'un grand citoyen. La soHScri})tion à laquelle il fait allusion est si peu un hommage tendu au principe de l'hérédité nobiliaire, qu'elle a eu pour but d'honorer la mémoire d'un éloquent défenseur de l'égalité et d*«noonrager ses successeurs politiques à la chambre élective , et non de donner une supériorité quelconque à ses héritiers naturels. Si la postérité du général Foy ne se rend pas recommandable par ses propres services, elle s'apercevra que la considé-
}94 SBPniEMB LEffllB;
qu elle avait détruit la noblesse. La justice et la religion ont une Tie commune avec la société ; Taris* tocratie héréditaire peut mourir sans elle.
La constitution civile du clergé et laiiénation des biens ecclésiastiques mé mènent à vous parler,
ntion n'est plm autant tfanmiiNble par btffîtftgeqne 1è suppose M. de MàntliMitflr , et elle «entii» décroHie sa gloire patrinonî«1e ,
de génération en génération, jusqu'à complète et très procliaine eitinction. Quoiqu'en dise l'éloquent et courageux dénoncinteur des jésuites, je ne crois pas que l'utilité de la noblesse soit au<^ jôurd'bui aussi généralement admise qùé celle des médecins et des phermaeiwis, et je préfère , sur ce point , l'opinion de Walter Scott, et surtout eeUe de l'abbé Coyer, qui, à l'aapett des pro» grès sociaux par lesifuels l'esprit de paix et de travail aè substituait de plus en pins i l'esprit de guerre, prévoyait que k noblesse , înstïhlée pour rendre des scnrices qui allaient deteniif superflus , devrait abandonner son existence oisive, et se rendre capable des nouveaux services qu'exigerait et apprécierait dorénavant la société , pour ne pas tombér des sommités aux rangs infimes de Tordre politique. Dans la noblesse commerçante , ce^ écrivain attaque ainsi le pr^ug^ «pti entaduit la profession du commerce. « £b quoi, dit-on, nous ▼etrioos donc des gentils- » bommes peser , mesurer dans une boutique I Yant<-il mieux lea » Toir ramper sur un petit fief , dans une Tégétatlon obseurè , » dans une oisiveté méprisable, dans une léthargie aussi funeste » à leur famille qu'à l'état? Le préjugé est déjà vaincu dans nos » colonies , où des gentiisbommes d'ancienne race se sont enri-i » cbis et élevés par le commerce. » Il a succombé depuis dans la mère patrie, où la noblesse s'associe aux entreprises iadustneilesi comme elle accepte tous les jours des emplois de finance qui entraînaient autrefois k dérogeance attadiée au négoce^
ASSEMBLÉE coïts riTU A If TE , I'y89-I790, IqS
Monsieur , du prélat qui provbqua la ruine de son ordre, et fut considéré comme le patriarche constitutionnel de la France. L'abbé de Montgaillard,; l{ui n'est indulgent que par méprise ou distraction^ a conservé entièrement, à son égard, sa présence d'esprit; et, cette fois, on peut du moins l'en féliciter haute^nent. ce L'évéque d'Autun, dit-il, est ce » personnage &meux qn^on retrouve dans les prin- » cipales phases de la révolution , croissant et dé- » croissant comme elles, et célèbre enûn à force de » variations politiques. » Il cite ensuite une tettre de Mirabeau au comte d'En traigues, dans laquelle ce génie bouillant caractérise ainsi l'homme qui dovait recueillir ses dernières pensées : « Pour de l'ar- » gcnt, il a vendu son honneur et son ami. Pour j> de l'argent > il vendrait son ame, et il aurait rai- » son, car il troquerait sou fumier contre de l'or* » Mais si l'abbé de Montgaillard n'a pas cru pouvoir se départir de sa sévérité ordinaire, en faveur du diplomate, que Napoléon disait être toujours en état de trahison , de complicité avec la fortune , Té* diteur s'est empressé de faire acte de courtoisie à l'égard de ce somptueux révolutionnaire-restaurateur , qui officia pontîficalemeirt, dans la solennité du Champ-de-Mars, à l'autel de la patrie, célébra Tanniversaire du slf janvier sous la république, et servit tour à tour, avec une égale fidélité, Bonaparte et les Bourbons. Oui, Monsieur, au bas de la
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page (1949 ton). II) qui conticut la phrase que je viens d'extraire de la lettre du comte d'Entraigues, on trouve une note ainsi conçue : « Mirabeau ca- » lomniait évidemment Tabbé de l'érigord. Au » reste, les injures et les calomnies d'un homme » tel que Mirabeau , ne sauraient porter atteinte , » dans rhistoire, à la réputation de M. Févéque » d'Autun., Tallej^rand-Périgord. £lle est fixée en » Europe sons les rapports Phonème état y de m bon citojen et de royaliste fidèle. » On ne pouvait raisonnablement mettre un pareil langage dans la bouche de Fabbé de Montgaillard, qui, après avoir attribué les rapports, les discours, les compositions <lipiomatiques^ et jusqu^aux simples lettres de M. de Talleyrand, à l'abbé Desrenaudes et à l'abbé Laubry, et avoir déclaré que Tex-évèque d\4.utun a beaucoup d'esprit, mais peu d'instruction et de connaissances positives, et qu'il ne saurait passer pour un granvl homme d'état qu'aux yeux des hommes qui prennent la souplesse de l'esprit pour le génie et la représentation pour le talent ( 3o3 et 304^ tom. II), rappelle, avec uîje espèce de satisfaction maligne, la lettre que ce royaliste fidèle adressa, le i % décembre 1 792 , à la convention , pour se justifier, comme d'un crime capital , du zèle qu'on lui supposait pour Louis XVI, alors en jugement ( 3o8 ). Il était donc indispensable que l'éditeur prît ici, pour son propre compte, le nouvel acte de Jt»ieii-
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Teillance y dont on ne pouvait faire honnear à TécriTain, et il s'est proclamé hardiment Fauteur de
la note apologétique qui concerne M. de Talleyrand. Du moins si , pour bien mériter de ce dernier y il n*avait pas cru nécessaire.d!outrager la mémoire de Mirabeau et de parler de ce flambeau
de la tribune française, avec l'accent du dédain
Ignorait-il par hasard que son. magnifique protégé était loin de regarder comme méprisable l'autorité du célèbre orateur; qu'il se fit, au contraire, une gloire d'avoir assisté. à ses; derniers, moments, et qu'il se prévalut même de l'amitié dont il disait avoir été honoré par cet homme prodigieux, comme .on peut le voie dans la dénonciation de Briot, qui 9XX!msat\elK^ndtoy^ndeïéditeurMo la cause de tous les maux de la patrie? Il était permis certainement, à llannotateur^, qui reste témoin imT passible des plus graves, insultes envers les hommes les plus irréprochables, de s'indigner soudainement, à ses périls et risques, au.sujet dune attaque contre le prince de Bénévent; .ndais: ce-mouvement de générosité devait être contenu dans de certaines limites, et ne pas nous arracher le cri de lord Li verpool : T/us ù ioo àad (i). -
Ne soyons pourtant pas trop surpris , Monsieur ,
(i) Hons disooi en français : c'est trop fort ; mtfis Teipreision anglaise est encore pins énergic^uc.
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que l'abbé de Périgord puûsa rencontrer des écrin Tains tellement convaincna de ses yertus publn ques et privées , qu'ils ne craignent pas de violenter sa modestie pour lui faire agréer l'éloge de son civisme et de sa fidélité monarchique^ La conduite des hommes d*état est toujours diverse-? ment interprétée; Fun exprime la louange, là où l'autre croit devoir blâmer; et les fayoris de la fortune ne peuvent jamais, d'ailleurs, manquer d'apologistes. La peste ^ dont les ravages sont bien autrement effrajraiits que les maux dont une admi-t nistration inhabile ou déloyale peut accabler un^état ; la peste en trouverait, a dit un grand homme, si elle avait des bénéfices ^ donner, jraime croire que, même dans ce cas,* nous n'aunons rien à signaler î}^ obligeant ^ pour elle, dans le livre de l'abbé de Moptgoill^d : mais jie ne serais pas étonné d'y voir {Itleater un jour la candeur de Fouché, la loyauté
politique de M , le patriotisme du général Sor...,
ie désintéressement de D , la continence de IMinr
grat, la mansuétude de Carrier #t la philanthropie de Trestaillons.
J'ai l'honneur y etc.
aUlTtBMB URTRS, etC, 199