‹ Réfutation de l'histoire de France de l'abbé de MontgaillardChapitre 13 sur 21 · HUITIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

HUITIÈME LETTRE

MOKSIBUE f

Voici pourtant ma dernière lettre sur Fhistoire de la constUmtUe. Je m'y occuperai d'abord de quelques assertions ^ plus qu'étranges, sur le rôle que cet écrivain veut faire jouer à l'ami de AVashiugton dans les couuoencements de la révolution; j6 passerai ensuite aux appréciations générales et contradictoires qui terminent l'analyse des travaux de. Fassemblée nationale.

J'ai déjà appelé votre attention, Monsieur, sur les insinuation^ perfides dont Tabbé de Montgaillard, tout en prQtestfuit d§ sa vénération pour niomme des à^m mondes» avait accompagné son récit du meurtre de Berthier. Je vous recommande aujourd'hui les pages 36 1 i^3(>i^« etc., du second volume. Si i'autfniir, pressé par l'opinion universelle^ reconnaît que la droiture, des intentions et la pureté du patriotisme de M. de Lafajette ne sauraient^ étre réffoquées en doute ^ que cet illustre dtoyen

aOO . HUITliMB. LETTRE ,

aura^ dans V histoire ^ des droits à V estime, à la reconnaissance et ^U' -respect de tous les hommes de bien ( 363 ) , remarquez aussi que cette déclaration , loin de se présenter ooVnme la conséquence naturelle des laits qui précèdent , arrive à la suite d'une foule d'erreurs inconcevables , qui seraient outra-, géantes pour le pius beau caractère de Erance, selon Texpression du général Foy , si ce caractère pouvait être atteint par les mensonges et la malveillance d'un [historien tel que l'abbé de Montgaîllard. Où a-t-il pris, en effet, cet homme, que Lafijyette ne se déclara, pôur la révolution; qu'après le i4 juillet ; que, dès l'ouverture des ét^ts-généraux, il signa une protestation secrète xontre la réunion des or^ dres ; qu'il n'accepta le commandement général de la milice parisienne t|u'avec Tagrémetlt de Louis XVI ; qu'il favorisa , même avant le 6 octobre , le projet de conduire le roi à Metz, et qu'il participa ^ plus tard , à son évasion? Il'eit constant; contraire, que ce magnanime citoyjfin , nourçi des idées généreuses d'une république que sou héroïsme avait contribué à fonder, fut le premier à demander, lors de la réunion des notables en 17^7, une partie des réformes qui ont été faites depuis, et notamment la convocation d'une assemblée nationale (ij; qu'il se prononça fortement, à la seconde

(i) « Est-ce les étals-gënéraia que tous demandez? lui dit

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ASSEMBLÉE CONSTÏTUA.NTE , 1791. aOI

assembiéedesnotables^en 1788, pour le doublement du tiers et la réunion des ordres, et quMl fut connu, à Fassemblée électorale d'Auvergne, pour professer cette opinion. Il n^est pas moins certain ensuite que . ce fut lui qui , le i r juillet, c'est à dire trois jours avant l'époque mémorable, à laquelle M. de Montgaillard £ait remonter seulement son adhésion k la révolution, présenta la première déctaraUon des droits, que le vicomte Mathieu de Montmorency reproduisit à la séance du matin du 4 août, et qui fut définitivement adoptée, avec quelques amendements, le i'^^ octobre suivant. Que l'on daigne consulter les journaux du temps, et Ton y verra que l'assemblée nationale , s'étant déclarée en permanence et sentant le besoin d'appeler au fauteuil un patriote zélé , nomma Lafayette vice-présideut , pour remplacerlerespectablearchevéque de Vienne, Lefranc de Pompignan, que son grand âge empêchait: de présider pendant la nuit. Lafayette se lit aussi remarquer, parmi les premiers partisans de la révolution , en appuyant la motion de Mirabeau pour l'éloignement des troupes, et en proposant, le i3 juillet, le décret de responsabilité des ministres et de tous les autres conseillers du roi. Et oÀm«* ment l'abbé de Montgailiard expliquert*il donc les

» le président, monseigneur le comte d'Artois. » — « Oui, nott- » seigneur, répoauit-ii | et même mieux que cela. »

202 HUITlteE txmMj

acdainatioDS unanimes du peuple parisien et l'enthousiasme universel des^ amis de la liberté, au roilieu desquels Lafayette fut nommé, le i4 juillet, commandant -général de la garde nationale qui Tenait de naître sur les décombres de la Bastille, si ce député était resté jusque-là étranger à la révolution, s'il avait même protesté contre elle? Mais pourquoi chercber à combattre des allégations qui blessent l'évidence, et tombent sous le poids du ridicule? Pourquoi donner de l'importance au témoignage d'unhomme, habitué à se démentir lui-même, comme il est fiicile de l'établir ici sur une nouvelle preuve, non moins frappante que toutes celles que je TOUS ai déjà fournies ? Oui, Monsieur, Tabbé de Montgaillard a dit, à la page 36 r de son premier volume, du sujet de Lafayette, précisément le contraire de ce qu^il avance, à la page 36i du se» cond, lorsqu'il prétend que ce général ne se déclara pour la révolution qu'après le i4 juillet^ a L'assem- » blée des notables se sépare, dit-il; le marquia 9 de Ijafayette, lieutenant-général, s'est élevé, le » premier, contre les actes arbitraires et les excès » de l'autorité supérieure. Le comte d'Artois, frère » dn roi, l'invitait au silence sur cet objet; La- >> fayette exprime que les notables étant rassemj» blés pour faire connaître la vérité à sa majesté , » il est de son devoir d'énoncer sa pensée. Les dé- 9 yeloppements qu'il ajoute font une yive impre»^

▲SSEJMBLifi COirSTITUAlITE , I?^!- S^o'i

êion dans tons l6s bureaux. H propose , comme » mesures générales , la suppression des lettres de » caobet et das prisons d'état, la réhabilitation de 9 l'état dyil des protestants, la convocation d'une p assemblée des députés de la nation. Revenu de- 9 puis peu c|e rAn|érique-Septentrionale,où il avait » &it preuve des plus généreux sentiments en ia- » veur de l'indépendance nationale de cette conp trée, ce jeune offîcier-général mérita de la nation » française et de Fhumanilé, en élevant unecou- » rageuse voix contre les lettres de cachet et les » prisons d'état, en invoquant la justice royale en p fiiveur dTune classe noixitireuse de citoyens privés » de leur état civil, proscrits sous le règne de » Louis XIV, et reproscrits sous le règne de Louis XV. P Ce député fut plus loin : il sonna le tocsin des » Hbertés nationales, et demandafeiteellement que p les députés de la nation fussent convoqués par » le roi (36oet 3ôi , t.P' ). » Coucilies à présent, 8*il est possible , ces deux assertions de notre historien, dont Tune accuse Lafayette d'avoir protesté secrètement c^tre la réunion des ordres, et de ne s'être .déclaré pour la révolution qu'après le i4 jui^ let, et l'autre lui attribue les premières réclamations révolutionnaires de 1787 et 17S8, et lui £sdt sonner le tocsin des libertés nationales en* 1789. U n'est pas plus exact , Monsieur, que Lafayette n'ait voulu répondre à la confiance du peuple qu'après avoir

aQ4 llUITliiME I^ETTREy

pris les ordres delà coiir. Les vainqueurs delà Bastille l'ayant proclamé commandant de la garde bourgeoise, dans la journée du i4 , et les électeurs assemblés, le i5, à THotel-de-Yiile, ayant accueilli et ratifié ce choix avec enthousiasme , pendant que Bailiy était appelé aux fonctions de maire, tous dem acceptèrent sur-le-champ. Ce ne fut que le 1 7, après que Bailly eut complimenté Louis XVI aux portes j^e Paris, et qu'il li^i eût offert la cocarde aux couleurs d<$ la vil(e; après que Lafayette, en sa qualité' commandant-général, eut reçu ce prince, à la téte de deux cent niiUe citoyens armés; après le serment desgardea françaises et decinqà-six roili^ .hommes de différents pays , accourus sous l'étenif .dard de l'insurrection; ce ne lut qu'après toutes ces cinqon^tances, que le roi dit, ou sortir de l'Hôtelde-Yille:'f( Je.ppnfirme la nomination de M. Bailly » pour maire , et de. M- I^afayçtte ppur comman- » daut-généraL . . ^ .

- Cést à tort encon^, Monsieur, que Tabbé de Montgaillard attribue au général Lafayette d'avoir opiné pour faire investir le. r.oi du droit de paix et de guerre* QHâ.Yts ne fyt aoutcmu > dans rassemblée constituante^ que parle côté droit: I#afayette vota seulement , comçae Mirabeau, poui* que l'initiative de la proposition de psiix et d^ guerre restât à la couronne.

U est très vrai que Lafayette se montra, dans les

ûiyitizea by i^OOglc

ASSEMBLÉE COKftTITlIAVTE , 1791. ao5

émeutes, le défenseur des lois et de l'ordre public, au risque de perdre sa popularité; qu'il soutint la cause de la discipline militaire dans l'affaire de Nancy, et qu'il &yorisa le projet de départ du roi pour Saint-Cloud , afio de prouver que ce monarque éuit libre. Mais sa conduite en ces diverses circonstances ne fut point, comme le prétend M. de Montgaillard , le résultat d une nouvelle conversion politique, amenée par sa nomination au poste de major-général de la fédération ( 203, torae II ) ; elle ne fît qu'exprimer, au contraire, l'égale répugnance qu'il n'a cessé de professer pour le pouvoir absolu et la licence. Tout le monde sait, et les procèsverbaux du temps constatent, qu'à la fédération de 1790, quatorze mille députés de trois millions de gardes nationales étaient venus à Paris avec le projet lie nommer Lafayette commandant-général ; et que ^ peu avant leur^ arrivée, il avait prévenu leur intention, en obtenant, de rassemblée constituante, qu'on ne pourrait commander la garde nationale de plus d un départemont. Sa nomination à la place de major-général de la fédération était une nécessité tellement reconnue , qu'elle ne put rien ajouter à son dévouement pour la cause royale (i). Il eût été

(i) « Louis XVI BTaît nommé Lafayette major-géndral de la «i» fédération y dit Montgaillard : le dévouement de Lafayette à la cayse royale date de ceUe époque. »

plus exact de dire que, les événements du 6 octobre ayant placé le roi et sa famille sous la protection immédiate de la garde nationale de Paris^ il en était résulté de nouveaux devoirs pour son chef ; et que le dévouement de celui-ci au trône constitutionnel, émané de la souveraineté nationale ^ n^avait pu qu'être augmenté^ s'il était possible, par fadhésionde la France armée, dans cette grande solennité ^ aux décrets de ses représentants*

Quant à la prétendue participation de Làfayette à l'évasion de Louis XVI , elle est tout-à-fait invraisemblable, ne veux plus revenir à TécbantiJJon de l'habit du roi ^ montré à M. d'Ormeason^ ni à celui de la robe de la reine , fourni par madame Campan;ces puériles inventions , qui figureraient très bien dans Perrault, ne sWressmt qu^aux bon-* nés femmes. Il est constant néanmois que, peu de temps avant le départ du roi , Làfayette parla sé** rieusement au monarque des bruits qui couraient sur ce projet, et que le roi lui donna des assurances si positives, des paroles si solennelles, qui! se crut autorisé à promettre sur sa téte que le roi ne par* tirait pas. Cest ce quiamen^ le dilemme de Hanton, rapporté par M. de Montgaillard^

Des accusateurs se sont élevés cependant contre le général Làfayette, du sein de tpus les partis, à l'occasion de la fuite du roi. Les écrivains royalistes ont prétendu qu'averti des desseins de ce prince,ii avait

ÀSSEHBUSb (XmriTUÂHTB, 1791. AO^

feint de les ignorer , pour le faire arrêter ensuite , et compléter le système démocratique. Les républw cains, au contraire, lui ont reproché d'avoir été le complice de la cour, et d'avoir favorisé le départ du monarque, dans une intention contre-révolu-* tionnaire. Toutes ces assertions contradictoires sont également fausses et ridicules. Dans le premier cas^ Lafayette n'aurait pas concouru ensuite au réta^ blissement du trône constitutionnel; dans le se-* cond, il n'aurait pas pris sur lui de donner l'ordre d'arrêter le prmce , avant la réunion de l'assemblée nationale (i). Si le caractère de cet inébranlable défenseur des principes populaires ne le plaçait au-dessus de toute justification , j'ajouterais que le marquis de Bouillé, dont le témoignage ne peut être suspect de partialité en faveur de Lafayette, atteste , dans ses mémoires, combien on s'était caché de lui, pour préparer l'évasion de la famille royale; et que la reine , interrogée au tribunal révolution^* naire sur la complicité du commandant-général de la garde nationale, répondit qu'il était le der« nier bomme auquel on eût voulu confier ce secret*

(i) Quelques personnes, imnginant une troisième version, ont prétendu que Lafayelte, persuadé que le projet d'évasion n'avait été conçu que pour le compromcltre et pour le perdre lui-m^me dans l'esprit des patriotes , avait fait semblant de l'ignorer, alla 4e s'en faire ensuite un moyen de vengeance* IMbiis le caractère ilu général soffîrait pour démentir uoe telle tuppontîou.

S08 RUlTliMB LEtTfiÉ,

Pour achever de détruire, Monsieur , les suppositions et les faussetés de Tabbé de Montgaillard relativement à l'hôte des États-Unis j et afin de vous mettre à portée d'apprécier surtout l'inconcevable reproche adressé à Lafayette de s*étre Opposé secrètement à la réunion des ordres, et dé n'avoir embrassé la cause de la révolution qu'après le i4 juillet, pour se dévouer exclusivement ensuite à la cour^ je rappellerai le discours solennel , dans lequel le président delà chambre des représentants de la première république transatlantique, déclara, il y a deux ans à peine , aii nom du peuple américaiii , et en présence de cette chambre et du sénat , que riiorame , à qui Washington légua son épée, n'avait jamais dévié, dans aucune circon"* stance des événements d'Europe , des principes libéraux qu'il avait adoptés, dès sa première jeuhesse , sur la terre de Pénn. Voilà de quoi consoler , je pense, M. Lafayette, des bévues ou de la mal^* veillance d'un abbé de Montgaillard.

Cependant les dernières mesures législatives adoptées par l'assemblée constituante n'inspirent pas, Monsieur, à cet écrivain, des phrases moins acerbes, ni des déclamations moins odieuses que toutes celles dont nous avons enduré jusqu'ici Ja violence et la longueur. Le décret du i j mai 1791^ relatif à l'état politique des gens de couleur dans les Colonies» lui fournit l'occasion d'invectiver

ASSEMBLÉE COiTSTITUAJSTE ^ ^79^' ^^9

tîotitre Pétîon, Grégoire, Rewbell et Robespierre. 11 accuse ce dernier de s*ètre écrié , dans ia discussion: « Périssent les colonies, plutôt que les » principes qui font votre gloire, votre bonheur, » votre liberté 1 » Peu disposé à prendre parti , comme vous savez, pour la politique abstraite , je n'essaierais pas de défendre le champion des gens de couleur, si je pouvais croire qu'il eût réellement préféré le salut d*ùn principe à celui de rétat. Mais ayant rapproché la version de l'historien Montgaillard, de celle du Moniteur, je me suis convaincu que Robespierre, loin de plaider pour des abstractions, au risque d'amener des calamités positives , n'avait point parlé, dans son discours , des principes auxquels ou veut lui £ûre sacrifier les colonies : c'est une légère altération, que l'abbé de Montgaillard a jugée sans doute audessous de ses scrupules. « Périssent les colonies, « dit en effet le député d*Arras, s'H doit vous en » coûter votre gloire , votre bonfieur , votre li^ » berté. » Ce n'est pas, vous le voyez. Monsieur, l'application d'un vain dogme, d'un principe in^ flexible j qui fait ici sa sollicitude; ce sont au contraire des intérêts réels, la gloire, le bonheur, la liberté du pays, dont il est le mandataire. S'il se trompe , ce n'est point comme métaphysicien t^op absolu , mais comme homme d'état qui n^apprécie pas arec justesse les faits auxquels sont attachés

les avantages sociaux qu'il cherche à garantir. Que faut-il entendre ensuite par ces mots : « Périssent » les ooloniesl » Pense-t-on que Robespierre ▼ouluC accepter par là une destruction complète, l'anéantissement total des sociétés coloniales , en échange dé ee quHl croyak^tre le bien <le sa patrie? Ce se«> rait une grave erreur. Périssent les colonies! Mais pour la France seulement, si sa gloire, son bonheur, sa liberté l'exigent. Périssent les colonies I Mais relativement à la métropole ; e^est à dire périssent la souveraineté métropolitaine, le code colonial et tous ces di<oits , dérivés de la conquête , sur lesquels la vieille Europe fonde l'empire qu'elle ^œrce si cruellement en Amérique ! périsse enfin un système qui £ût opprimer la moitié du globe par l'autre, si sa prolongation, inique et barbare quant aux victimes, doit compromettre encore les intérêts les plus cbers des oppresseurs ! Et les colonies n'ont-elles pas péri en effet sous ce rapport? ITont-elles pas brisé définitivement les liens qui les enchaînaient au char de la politique européenne? Eb bien ! peut-on dire que cet événement ait livré l'Amérique au génie de lam<Mrtet de k destruction; que les sources de 4a prospérité y soient taries, et que ses anciens maitr<es aienl: vu décroîtra aussi leurs richesses et leur bonheur , en perdant le privilège de £ûre exploiter exdusivement son sol à

ASSEMBLEE GOKSTtnràlITE ^ 179'*

leur profit (i). J'en appelle au congrès de Panama, et à rombre de M. Canoing.

L'abbé de Montgaillard s'e&t poartant imaginé , Monsieur, d'invoquer à l'appui de son opinion,l'autorité d'un oélèbre ûaprobateur de resolavage, dont il citeiiiémeunpassageainsiooDça:«Je neveux » pas grossir la liste ignominieuse des écrivains qui

( I ) Conloréet, dane ses Réflexions sur Vesetavage des m'-gres , qu'il publia sous le nom de Schwartz , pasteur du saint évangile à Bienjie , s'attacha surtout à démontrer que réraanclpation des noirs éUit commandée, non seulement par la philanthropie^ mais. encore par l'intérêt des colons. Voyant tpt^ malgré les jnates anathèmes des amis de l'humanUé » la traite se perpétuait parce qu'elle était tonjonn eonsidérée comme nt3e en pratique par ceuxf-là même q«i la népnmvaient en théocie, il entreprit de déraciner ce préjugé bacbare , parvint à dépooîHer T^adavage de ses prétendus avantages économiques et commerciaux. Je trouve dans un livre , ou Journal philosophique , dont j'ai parlé déjà plus d'une fois, un passage qui se rapporte entièreraent aux calculs philantlmpiques de Condoccet..t Les intérêts bien » entendus, dk rnnleur» YÎeiincnt enenre s'aceocder avec les in- » técéts morsHi*, cnryenfin» s'il était Tfai qqclesaoin, p« » leur constitation propre , pussent seuls eaiilaiter eonrenaU^ » ment la tvre de la «me iorride , immoas-nnas n les édairer » sur les avantages de eette ezploitadion; associons-les à nne en»w treprise industrielle commune, et bientôt nous les verrons » libres cultivateurs de ces plaines arrosées de leurs larmes et » de leur sang, nous offrir , en échange de nos produits , le sucre » et ]# osfô q||i lont am déliées. » ( Xe Pndmteur,, tome III page 197, ) - . , : . •

«ift Hirmàm Lcmix i etc.

3» consacrent leurs talents à justifier par la politique 9 ce que repousse la morale; mais en accordant à » ces malheureux la'liberté, que ce soit successi- » vement comme une récompense de leur économie, j> de leur conduite, de leur travail (i); ayez soin » de les asservir à vos lois, à vos mœurs; donnez- » leur une patrie , des intérêts à combiner, des pro- » ductions à Éaire naître. » — a Ces considérations » d'une haute prudence, ajoute l'historien, seront » repoussées par Grégoire , prêtre à systèmes ex- » clusifs, controversiste opmiâtre, fanatique d'une 9 liberté chimérique, mais homme vertueux et '» profondément désintéressé ( 3ai, II ). » Ne di- < •

(i) « On s*(étoiin«, dit l'Mviiii que j'ai cîtédans la note pré* cëdcnte, à propos de l'ouvrage de Goadoreet sur l'eseUtvaffe des nègres ; on s'Aonae que PeselaTe DouTelleroent «ffirandii tombe

dans l'indolence et néglige lacalture. Étonnement ridicule! quoi, pendant trois siècles, l'idée du travail aura été associée dans son esprit à celle de la senritude, et l'on est surpris que, devenu libre, ila'adoaae à un repos qu'il a toujoun yu. le partage de aet opinttMenit, bneipie,- au milieu de noue-mèmes, Européens eîtiUsés, le travail commenée i peine à être eonsidéré« et que rhomme fiuîssant erapAt naguère déroger en entrant dans la -esrnere indnstrîdiel Les nègres retournent éijk à la culture; réconciliés avec les blancs* ils ne tarderait pas à sentir le prix de l'T vie industrielle, et comme toutes les races admises successivement dans l'association bumaine, ils se livreront au genre d'industrie le plus adapté à leur oiganjsation spéciale ; ils accompliront leur tâche dansrinuncnse atelier. •

ASS£MBLi£ CONSTlTUAMTii , 1 79 1 . 2 1 3

rait-on pas, Monsieur, en voyant Tabbé de Mont-

gaillard opposer ici Raynal aux orateurs qui emportèrent la décision de l'assemJblée constituante, ne dirait*on pas qi|e le décret, obtenu par la philanthropie et l'éloquence, appela soudainement et in* distinctement tous les gens de couleur, non seulement à la liberté, mais à Tezercice des droits politiques? Rien n'est pourtant plus contraire à la vérité ; et la simple lecture du décret, rapporté textuellement ( 3i8, II ) par récrivain même qui l'attaque^ suffît pour démontrer la fausseté des allégations de ce dernier, et l'inconvenance des réflexions critiques auxquelles il s'abandonne, avec autant de complaisance que d*amertume, contre les dépults qui entraînèrent la majorité de leurs collègues à une résolution conforme à la fois à la prudence politique et aux lois de l'humanité. « Le corps lé-. » gislatif, porte en effet ce décret, ne délibéyi rera jamais sur l'état politique des gens de » couleur, qui ne sont pas nés de père et de mère j» libres , sans le vœu préalable, libre et spontané » des colonies. Les assemblées coloniales actueU » lement existantes subsisteront; ipai^ le$ gens de 3» couleur, nés de père et mère libres , seront admis » diuis toutes les assemblées paroissiales et coloniales D futures, s'Us ont, d* ailleurs^ les qualités refuses, » Les prolétaires et les esclaves sont donc exceptés des dispositions libérales de cette grande mesure !

Sl4 HUITIEME LETTEEy

Ce n'est que Thomme de couleur, déjà libre par sa naissance, et qui, ayant reçu une éducation analogue, rcmplitd'aiUeiirs ïesqtêalUés requises pour être citoyen actif, ce n^est que cet homme que l'assemblée nationale appelle à l'exercice des droits politiques ; et Tabbé de Montgaillard lui reprocbe néaDmoins éPavoir précipité brusquement et sans gradiUion l'émancipation politique des gens de couleur l et il hii op|>ose Kaynaly dout l'éloquent cbapitre contre Tesciavage des noirs renferme des pages bien autre* ment véliémcntes que les discours des orateurs cou&tituant&! Raynal, qui , dans ^e passage cité, ne s'occupe que de Taffranchissement des esciavea n^ègres , et non point de Fadmission dés nègres libres aux droits de citoyen! Kaynal enfin, qui, offrant la liberté à l'esclave économe et laborieux en'récompiense de sa bonne conduite et de son trayail, aurait, à plus forte raison , accordé l'émanci^ patiott civile aux gens de couleur, dont la naissance^ Féducation domestique , et la position sociale que supposaient la contribution et les autres qualités requises pour devenir citoyen , auraient sufi^am-^ ment attesté , k- ses yeux , l'aptitude à exercer des droits politiques ! IMais il fallait à M. de Montgaillard une autorité imposante, dont il pùt s'étayer contre rkommé vertueux, quMln'a pas craint d'outrager^ en signalant ses doctrines philanthropiques, comme des dogmes qu eiifanta r hypocrisie ou le fanatisme

ASSCMBLis CONSTITUANTE ,1791. 2 i 5

reoamerU ih^ manteau de fhumamté ( 3^ft9,U);et son choix est tombé sur TautMir de F Histoire phi*

losophique^ au risque de ne pas le comprendre , et de ie citer à contre-temps.

La question de la dédiéanee et de rinviolabîKté du roi , disculée par rassemblée nationale après les événements du mois de juin 1791 , est considérée encore par Fabbé de Montgaitiard , du point de vue des monarchiens ^ Malouet, Dandré, etc. 11 oublie que le monarque avait abdiqué le trône constitQtionnel,par sa fîiiteet ses protestations, etque, pour le côté gauche de l'assemblée, il n'y avait plus de roi , jusqu'à ce qu'il eût été rétabli.» Les députés » R(^>espierre^ Pétion, jâhpeandre Lametk^ TbMi*

V ret, Roederer se font remarquer, dit-il, parmi j> les ennemis du pouvoir royal ( ^76, H » £t dix pages après, Tim de «es mêmes orateurs est désigné avec plusieurs autres membres comme le défenseur de la royauté. « Quelques factieux, dit^il, » proposent une république \ les dqputés Larocbe- » foucauhl-LianODurt, Alexandre et Charles Za- » metli^ Dandré , Duport , Goupilh de Préfeln ,

V Salles , Barnave , défendent le pouvoir royai » ( 387, n ). j> Il est fiainx ensuite que la république ait été proposée dans l'assemblée nationale ; et si dès lors elle était réellement l'objet des vœux de quelques iléputés « la plupart d'entre eux ne méritaient pas être flétris du titre de belieox.

âl6 RUITIBHE WTTBXf

Walter Scott, dont le livre a été iiniversellemenC repoussé, à cause des erreurs innombrables qu'il renferme, et des ])i éventions injustes qui Font dicté; Walter Scott, si enclin à diffamer tout ce qui appartient à la France, et surtout les hommes attachés au parti populaire ; Walter Scott a rendu plus de justice que M. de Mont<;ai!lard aux démocrates qui rêvaient déjà la république sur les bancs de Tas-^ semblée constituante.

» Ces théoriciens hardis, dit-tl, faisaient valoir » l'inconséquence et le danger de placera la tète • » du gouvernement régénéré, un prince accoutumé » à se considérer , par droit d^héritage, comme le » possesseur légitime du pouvoir absolu. Il était 3 impossible, &eion eux, comme dans la fable du 9 paysan et la couleuvre ^ que le monarque et ses » conseillers démocratiques oubliassent, Tun, la 9 perte de sa puissance, les autres le désir constant » que devrait éprouver le roi de la ressaisir. Plus » conséquents en cela, que les constitutionnels, ils » se firent répubhcaina décidés, et résolurent d'efn &cer de la nouvelle constitution tout vestige et » jusqu'au nom de monarchie. Les hommes de » . lettres qui faisaient partie de rassemblée parta^ 9 geaient en géxiéral cette opinion. Plusieurs d'en^ I» tre eux étaient doués de talents remarquables; » leur caractère les portait à Vhoiuieur ci ii la a Yertu% Mais dans gnmdea révolutions, qui

▲SSEHBLiB OORSTITUAMTE , I79I. 2I7

» peut segaraotir des erreurs de renthousiasme I» et de Tentraîneinent des passions? Dans Texcès

» de leur zèle pour ia liberté de leur pays, ils 3» adoptèrent trop souvent cette maxime, qu'un 3 but si glorieux légitimait, pour ainsi dire , tous j» les moyens employés pour ratteiodi^e. » Il y a loin. Monsieur, de ces hommes portés naturelle^ ment à fhonnatr et à la vertu ^ et dupes seiSlement de leur entJiousiasme pour la liberté^ aux factieux de Fabbé de Montgaillard.

Tout le monde a gémi. Monsieur, des résultats déplorables qu'avaient eu les rassemblements du Champ-de-Mars , dirigés contre l'assemblée pour la contraindre à révoquer le décret qu'elle avait rendu, en faveur de Louis XVI. M. de Montgaillard , qui exagère d'ailleurs le nombre des personnes tuées

en cette circonstance, semble regretter au contraire que le sang du peuple n*ait pas été versé en

plus grande abondance , et que les constitutionnels aient voulu en arrêter TeCTusion^ au lieu de -pro- . fiter de leur triomphe pour le faire couler jusqu^à satiété. « (.e mouvemeul de résolution des auto- » rites, dit-il, a frappé d'épouvante les chefs des » &ctieux; mais n'étant pas suivi d'autres mesures j> assez déterminées , il n'arrêtera que momentané- * meut leurs complots de licence et de désorgani- » aation...*. Pour juger l'importance de laconjonc- » ture, l/ifajette cmUuéecontimwr ce^'ilasibien

ai8 HUITIÈME LETXUE,

» entamé (Sgi, H). » £t rhomme qui n> pas reculé devant cet affreux reproche, si honorable pour celui qui en est l'objet , déblatère à chaque instant contre la politique sanguinaire des jacobins ! Le san^ plébéien serait-il donc sans prix à ses yeux ; et le magistrat qui le répandrait impitoyablement au-delà des bornes prescrites par la nécessité, ne ferait-il qu*iniacte de fermeté , tandis que le tribun, réduit à frapper un conspirateur illustre, ne serait qu'un moDstre exécrable ? Telle est en effet la manière dont notre historien apprécie les scènes sangîantes de la révolution. On peut promener impunément et à souhait la faux de la mort dans les rangs d'une Tile populace; la téte d'un misérable'' chibiste est sans valeur; celle d*un prmce, cfun

général, est prisée davantage ?Oui, quand il

s'agit delà vendre k un riche acheteur : demandes plutôt à Montgaillard....

L'écrivain qui se montre ainsi sans indulgence et sans humanité pour le peuple parisien, poussé à l'insurrection par le sentiment des dangers de la liberté, est pourtant le même, Monsieur, qui prend soin de constater y de page en page, l'existence de ces dangers, en rappelant les e£brts inutiles des constitutionnels pour réconcilier la cour, Faristocratie et lesacerdoceà la cause d'une sage réforme, «r La fatalité, ditril, veut qu'au moment oo les » constitulioands désirent remédier aux excès

ASSEMBL££ COiH STlTOAirTE , 179I* 211 9

9 qu'amena Ibur conduite quelquefois inconsi-

3» dérée, les aristocrates, par un aveuglement d'obs- ]» tina^ion à peine croyable, refusent de les ap* 3 puyer; en conséquence les premiers, désespérant » de ramener les nobles et les prêtres à des idées » conciliatrices, si bien recommandées par les cir- » constances, prennent la résolution de traiter sans » ménagement des hommes si peu raisonna- » bies ( 38o, II). f> Ce passage est relatif aux protestations du coté droit ; Tabbé de Montgaillard trouve bizarre, inconcevable, une obstination toute naturelle: bien plus, il y voit une raison suffisante pour les constitutionnels de traiter les prêtres et les noblès sems ménagement ; et il exige d'une abjecte populace , dont les mœurs n'ont pas été polies par réducation, dont les lumières sont bor* nées; il exige d^elle la résignation à des excès contre-révolutionnaires , que les constitutionnels eux-mêmes ne peuvent plus endurer; et s'étonne que des homfmes, teb cpe le brasseur Santerre et le boucher Legendre, ne conservent pas une héroïque modération, en présence des lésistances opiniâtres qui potissent les ducs et les comtes du parti constitutionnel à traiter sans ménagement leurs amis et leurs proches! Au reste, les constitutionnels ne sont p» moins en butte que* les répu* blicains et les aristocrates aux invectives de M. de ^Montgaillard. Gomme ils formaient la majorité de

aaO HUITIÈME LETTRE ,

rassemblée nationale « c'est sur eux que tombe surtout la condamnation rigoureuse portée contre Tensemble de ses travaux, à la Un du second volume, a Cçtte assemblée 9 dit l'bistorien , si étrangement » surnommée constituante, a désorganisé la monar- » chic avec une inconcevable célérité. Elle a lancé la » France dans l'abîme ; elle fuit, et la constitution , ». qu'elle a si péniblement mise au jour, aura le sort

des testaments des rois absolus ( /15i ). La majo- » rite de cette assemblée, ajoute- t-il, , semblable à » la plupart des assemblées délibérantes en tout » pays, n'est qu'un troupeau docile par défaut de » lumières ou d'expérience, par faiblesse d'ame> et 9 aussi par vénalité ou cupidité ( 357 )* *

Gomment accorder cela , Monsieur, avec les reraercimens votés à cette assemblée au nom de l'univers entier, à moins de supposer que l'univers ne se trouvât intéressé à ce que la Erance fût lancée dam Vahime? Mais ces remercîmcnts , direz-vous, dat4>nt du commencement du premier volume, des premières pages du discours préliminaire , et l'abbé de Montgaillard ne se souvient pas de si loin. Je ne le conteste point; il ne faut pas trop exiger de sa mémoire , après ce qife nous avons eu occasion de remarquer si souvent en fait de contradiction. Mais la réfutation des passages injurieux que vous venez de lire ne se trouve pas seulement dans le discours préliminaire ; je puis la prendre aussi à côté de ces

ASSEMBL^B CONSnTUAJrrK , I79I* lai

mêmes passages, (f CependaDt, dit notre auteur, si î» les passions du parti dominant dans cette fameuse » assemblée ont amené un si grand nombre de » funestes événements; si, dès les premiers jours, » ce parti conduisit la révolution dans des routes I» sanglantes (i), il serait injuste de ne pas convenir » que cette assemblée a proclamé les vrais prin- » dpes d'un gouvernement libre : elle n*en a pas » Êdt l'application , mais elle les a reconnus. Ces » principes d'éternelle vérité, semés dans les es- »; prits , doivent y germer^ et se faire jour à travers » les sopbismes dont on les recouvre ; sous ce rap* » port, rassemblée nationale a produit un bien » inappréciable, et le genre bumaiu lui doit des » remerdments. On peut assurer qu'avant un demi- ]» siècle, les droits de l'homme et du citoyen, jD proclamés par l'assemblée nationale de France ,

(i) H. de MontgaQlard, iU page 468 da même voliime^ place, an contraire, les principales fautes de rassemblée constituante , et les excès qui accompagnèrent ses réformes , après les commencements orageux de la session. « Depuis le G octobre » 1789, dit-il, ses erreurs furent si graves, ses torts si nom- * breux , elle amena sans nécessité de si grands maux , etc. u II 'croit aussi qu'à c^te époque l'assemblée nationale put maîtriser U rérolnlion et la diriger à son gré ( 446 , II ) ; oubliant ainsi tout ce qu*il dit ailleurs delà douUe impuissaneer de la majorité conétîttttionnene, vis-à-Tis des royalistes et des républicains. 'Déjà il avait prétendu { qu'il était possible d'éviter une rénovation complète, et de s'arrêter aux modifications les plus

» formeront, dans les deux mondes , le premier » chapitre d'une nouvelle organisation sociale » qu'aucun despote , qu*aucun gouvernement ne » peuvent plus , sans d'extrêmes dangers , refuser » aux nations ( 4^0 , 461 ) !!! »

Je ne veux point m'arréter, Monsieur, à tous faire remarquer avec quelle force Tabbé de Montgaillard détruit dans ces dernières phrases tout ce qu'il a dit contre les auteurs de ia déclaration des droits , contre cette divulgation de principes abs^ traits y contre Mathieu de Montmorency, élève de SieyeSy et tous les partisans de cette énonciation métaphysique ( i4o et i4f , tom. II ). Je suis trop pressé de vous exprimer mon contentement d'être 5^ vite sorti de ïabime oii nous avait entraînés l'assemblée constituante,, et de pouvoir ainsi esp^er de lire un jour le premier chapitre de rorganisatioa

urgentes que pouvaient exiger les anciennes institutions. Walter Scott, qui partage d'abord cette opinion, reconnaît ensuite les difficultés dont son application était entourée; elles se trouvent dans U résistance opiniâtre que les privilégiés devaient opposer aux moindres réformes » et dans l'irritation que cette persévérance ne pouyatt manquer de &ire naître dans U» masses populaires. H. de MontgaiUard insiste ponrlnnt en vingt endroits différents du second et dti troisième Toinmes , sur U vîolenoe des passions qui mirent aux prises le patridat et Pocblocratie; sur l'impossibilité d'amener les nobles à une transaction quelconque > et d'arrêter , par conséquent, U fureur 4e la m\ili^tude et les envaliissements de la démocratie.

▲SSXMBLiB GOVSTlTDjUITB y '791*

sociale qu aucun despote ne pourra, sans d'ex' trémes dangers^ refuser aux nations. J'oublirai alors que ce chapitre ne -fut d'abord qu'une énon' dation métaphysique sans avantage positif pour les peuples ; j'oublirai que ses auteurs , dépourvus de lumières et de courage , et dominés par la cupidité nous précipitèrent dans Vabtme ; je ne me souviendrai que des reraerciments que leur aura votés M. Tabbéde Montgaillard, au nom du génre humain y au commencement et à la fin de Thistoire de leurs travaux.

Dans ma prochaine lettre, je vous entretiendrai de l'assemblée législative.

J'ai l'honneur , etc.

aa4 KEtTYlitME hKITMÈj

NEUVIÈME LETTRE

Monsieur

L'assemblée constituante, que nous avons laissée sous le double poids des anathèmes et des bénédîc-* tions de Fabbé de Montgaillard, a rempJi la tàclie dont elle avait été çbargée , non par des cabiers y ou mandats écrits , mais par le génie des siècles» par la marche progressive de l'esprit humain , par le cours inévitable des clioses. Une grande révolution s'était opérée lentement et graduellement , ' dans les mœurs et les idées du peuple français ; les

institutions qui avaient servi de garantie à l'ordre social du moyen âge ; qui avaient fait la force et la gloire de l'état (i), alors qu^elles étaient appro**

(i) n a été longtemps de mode^ dans le monde plûlosopliiqney de considérer les institutions du moyen âge comme absolument pernicîenses et oppressives. Ce préjugé , qui produisît, en 1789,

une exaltation utile contre un système social, devenu abusif, n'est pas même tout-à-fait déraciné encore; nous voyons, au contraire, de temps à autre, les invalides de l'école chtiquey soutenus de quelques jeunes vétérans^ s'efforcer de le raTÎTer, en lui prêtant la duileur généreuse de leur libéralisme et de ■ leur talent. On dirait que Tamour-propiey aux prises avec la

ASSEMBLEE LKGiSLATfYE, I79I.

priées k ses besoins et à ses lùmièfes , a vaiem perdu depuis long-temps cette vertu de relatigjj. j^estée» en arrière y au li^m 4e fiuivce pio^yement ^siei^r ^ant de la ciyi)jfiatioi;i , elles a*4^tsuflDt fim qufi

rftison , les empêche de convepip que rAr(pu]jisfU4Q9 Mqiiile qu'ils ont décriée à bon droit dans sn vieillesse , .pi|( AVQÎr'atlfin MS jonn d*iilUité.et de bonté relatifM». ils aiimsat m^u soppofier.ëes effets «ans causes, que 4*aiC0Qrder la moindre in^iiveiMie aalutaire an piitridat.eC an sacerdoce 8i^r.r^doeatîon progressive de l'espèce bnmaine ; et, s'obstînant è refuser an système théologîque-féodal toute puissance cjpable de produire les aaiûliorntions qui se sont manifestées pend;int la durée ou à la suite son empire, ils expliquent les progrès dont ils s'enorgueillissent, .p9r uoe.itfipul&ioncQnstamraent rétrograde, et font aiasi,.du ^é- .veloppement eontinn du prinetpp de la perfecti)>Uitë^ ifn n^mcfe perpélael. Les écrivains pHcocseuis.de la révc^Iution oqt coqiniisy il est vrai , la m^me erreur et la même injustice ; mais, en cela , ils ne tirant, em, que:snUr,la loi de leur temps , et leur méprise seconda méine raccompllssement de la mission (juMs avaient à remplir. Il était, en cÛ'ct , dans Tordre des j)rogrès de la civilisation , qu'au moment où l'incompatibilité des vîcillçs iu^titiitio^)^, avec des idées et des besoins nouveaux , aurait produit.pp ^oaiaise universel, les plus hautes, capacités inteUectpeUes 9e txouvjtB- .aent amenées À af^iqqer passagèrement et spécialement leurs elforts à la démolition complète d'un édifice miné de tont^ parts, sans songer que d'autres générations purent y jouir des avantages -sociaux proportionnes aux lumières alors acquises. Mais le philosophe qui, après rachcvcment de cette œuvre immense et terrible, peut étudier l'histoire du.mojren âge dans \q silence de4 passions, en dépit 4ea «ris d'alarme qae la peur des xevcnwto arr^die ,à que^ues ef^its forts , et ni9lgi:é les folles

comme traditions surannées, condamnées irrévocablement par Topinion, dont les arrêts obtiens nent tôt ou tard leur exequatur dans le domaine politique. mission de rassemblée constituante

naiftoet que ibnt entendre des léfpoDM de CintAmes qui essaient ▼eînement de resnisir des armes brisées à jamais : le philosophe dtt 19* siècle doit juger un ordre soeial irrévocablement détruit , •Tec cette générosité qu'inspire rnie victoire décisive , et cette justice éclairée qui ne pouvait se faire entendre nu milieu des hostilités. C'est ce qu'a fait Saint-Simon , lorsque s'élevant audessus des préjugés de la révolution et de l'école, il a démontré la supériorité du système théolegique>£éodal sur Tordre politique des Grecs et des Romains , après aToir étabU, comme point de eomparaison , que la meilleure oi^ganisation sodale serait celle » 1* qui rendrait la condition des hommes^ composant la majorité de la société la plus heureuse possible, en lui procurant le [)lus de moyens et de facilités pour salisfiure ses premiers besoins; a® dans laquelle les hommes qui posséderaient le plus de mérite, et dont la valeur intrinsèque serait la plus grande^ auraient le plus de focilité à parvenir an premier rang, qnelle que ia position où les aurait placés le hasard de la naissance; 3* qui. réunirait dans une même société la population la pins nombreuse , et qui lui procurerait les plus grands moyens de résistance contre Fétran- . ger; 4" qui donnerait pour résultat des travaux qu'elle protégerait, les découvertes les plus importantes et les plus grands progrès en civilisation et en lumières. Sous ces divers aspects, le moyen Age l'emporte, en effet, de beaucoup sur l'antiquité ; les masses actives, chargées delà production matérielle, n'y subiluent plus, comme è Sparte , à Athènes et è Aome , le joug d'un maitre, à qui U législation accordait le terrible droit de vie et de mort smr ses esdaves, sans quela loi rdigleose vint atténuer , par quelques

AssEMBiiâi lâiBUiLàTSfm f X79I- 337

lut précisément de proclamer solenneUemeBt et de revêtir, du sceau de la loi , la sentence de mort <jue la raison , cesu]préme juri des peuples, avait prononcée contre Tancien régime. Vous savez

inspirations pliilantliropiques , les rignenrs de la loi civile. Si elles sont attachées à la glèbe, ce n*est plus qu'une sujétion indirecte qui pèse sur elles, et leur servage les met moins a la discrëtioa que sous la protection ctc leurs seigneurs , dans un temps ou l'esprit de compétition hostile fait d'un Toisin tat ennemi , et réduit 1a faiblesse laborienae i accepter la tuteUe de k force armée. Chez les anciens,. U hiérachie politique condamnait, rhomme d'Sesprit h»u de génie, qui avait en le malheur de.naifre dans les conditions infimes , à rester dans un état perpétuel d'infériorité. L'ingénieiix Phrygien, à qui nous devons l'invention de l'apologue, ne cessa d'être l'esclave d'un philosophe, que pour porter de ville en ville et de cour en cour, la tache de son origin^ et pour devenir, sons le titre humiliant d'alfranchi, le devin ou Ubouffui des arisiQcvates .et des rois. Epictète fiit oUîgé deitenîr constamment son ame dans une situation extrà-nonnale» de se donner l'exaltation ou la fièvre du Portique, pour supporter sans accableinent le poids de la servitude. Sous le régime théologique-féodal, au contraire, le préjugé de la naissance n'interdisant point aux plébéiens l'ex crcice des fonctions sacerdotales, la .roture lettrée prima bientôt la noblesse ignorante , par Taseendant de la religUm et de la aeienoe, et parvint à composer le premier corps del'éut. Esope, si abreuvé de dégoûts et d'amertume par son maître Xanthus , aurait pu s'élever k la dignité de prince de Téglise , là où Spiridion fut revêtu de l'épiscopat, où le pâ^re de Montalte , héritier d'un pécheur de la Judée, orna son front d'une triple couronne.

£avisagées sous le i^pportdela population, de l'étenda

228 IVEUTIÈBIB LETTRE,

comment elle s'acquitta de cet acte rigoureux, quoique juste , et combien elle sut comprendre la haute magistrature nationale , que l'ordre des temps lui avait réservée.

Tant que renfermée dans le cercle de sa destination spéciale, elle s était livrée à la destruction des privilèges et des abus, ses décrets avaient été

territoriale et de la puisakiice défensive,' les sociétés de Fantiqnfté le plos fortement Constituées et /les plus avancées en cnrflwatiott, ne le cèdent pas moins à la société européenne du

moyen ùgc : pour elles , tout ce qui tétait âU-delà des quelques lieues carrées qui formaient le domaine républicain , se confondait dans une même dénomination , celle de barbares , et ces barbares, soumis un instant à la domination de la Grèce et de Rome , ont fini par triompher de Rome et de la Grèce; tandis fue l'Europe tibrétienne et féodale a rejeté les Maures sur les côtes d'Aftique^ forcé les Immmes da nord à adopter sa reUgioB •t Ms lolsy et teAda i peu près imponîble tonte iMmTcBe ktup^ lion des l^iVAiss'^

* Ces races asiatiques , loin d'ttre anjourcnini redoutables ponr la cîrilisation de l'Occident , comme a semble le penser l'abbé de Montgaillard , qunnd il nous a menacés du barbare joug delà Russie, ne se maintiennent dans un toin de l'Europe que par les ictrigues de quelques cabinets , qui leur imposent même Tobligation de se discipliner, si elles veulent être to« lérées plus ]ong*temps parmi les nations policées. L'alliance que la cour de Pctersbourg vient de contracter avec celles de l'aiis et de Londres en faveur de la Grèce chrétienne , annonce, en outre, que les hommes d'état de la Rûtoîe ont compris qu'il leur importait plos de s'entendre avecles peuples «ivilisés contre la barbarie > qoe d*«niier leors cosaques, baslirs et calmouks contre la civilisation : ce tnotiTeir.ent est dans nne direction ioTene de «elle iniHqncc et tedoolëc M. de AIontgullMNi.

ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE, 1791. Stg

accueillis universellement comme l'expression des vœux publics; et nul écrivain imparUal n'avait songé à ternir Tédat de cette première période de la révolution. Mais à peine eût-elle entrepris de rééditer Qur les ruines dont elle s'était environnée, que des réclamations s'élevèrent de tout coté. Connaissant mieux ce qui avait cessé d'être applicable à la France , que ce qui pourrait lui convenir désormais * elle devait exceller e|i effet dans ..la démolition, et s'égarer en cherchant à reconstruire. Ses instrumenta de subversion , ses moyens d'attaque contre la monarchie ahsolue et l'aristocnsitie avalent été des principes abstraits, tels que la souveraineté du peuple et régalité primitive des hommes; elle fut d'autant plus portée à croire que ces dogmes, si efficaces comme sigents corrosifs, pourraient aussi servir de base à une réorganisation , que les éléments du nouvel ordre social ne s'étaient pas encore suffisamment révélés. De là sa constitution métaphysique, ses erreurs, ses hésitations et la,tentative rétrograde des réviseurs.

Cependant comme il s'agissaitmoins alors de trouver la nouvelle forme politique qui, en définitif, s'adapterait le ipieux aux. faits sociaux de notre âge, que de maintenir la proscription des^ formes anciennes , et de faire triompher les réformes opérées par Tassembliée nationale, des efforts et de Tobstioation des ennemis soulevés coutre elles, au-dedam

d3o IfEUViàMS LETTRE ,

et au-dehors de la France; il importait peu que la constitution correspondit plus ou moins au futur état normal de la société. Sa perfection , toute passagère, ne pouvait consister que dans la plus grande somme de ressources défensives qu'elle offrirait à la révolution contre ses opiniâtres etpuis^ sants adversaires. Aussi, lorsqu'on 179*2, l'œuvre des constituants se trouva déshéritée du respect et de l'amour des peuples ^ ce ne fut point à cause de son caratère ontologique, mais plutôt pour son insuffisance à repousser les attaques des partisans de l'ancien régime. Ce délaissement à peu prés universel, qui succéda au plus vif enthousiasme^ ne IVappa nullement de stérilité d'ailleurs, comme on a coutume de le dire , les travaux de l'assemblée nationaleJSi-Fntopie qu'elle avait ccmçue disparut au milieu de la crise révolutionnaire, pour n'avoir pas reçu uue puissance vitale, capable de résister • aux tempêtes que la cour, le clergé, l'anstocratie, Goblentz , Pilnitz et les passions populaires firent éclater sur la France; si la constitution de 1791 périt, pour avoir géné , et non facilité le dévelop* pement du principe démocratique qu'elle avait reconnu , et dont la coalition des rois, 1 émigration et les résistances intérieures nécessitèrent tue application complète en 179^; les décrets de r78c> l estèrent, les souvenirs du jeu de paume et du 1 4 juillet continuèrent d'enflammer les ames, et lea

ASSBHBLÉB LiGiSLAHYB , 1 79 1 • ^3 A

' résultats de la nuit du 4 aaùt et de tant d'autres séances- mémorables consacrées à l'abolition de»

abus survécurent, pour attester que les états-généraux remplirent la véritable mission que leur avait confiée le peuple français, non de faire une constitution, mais de le (it'barrasser d'institutions onéreuses. D'autres viendront après eux qui sauront ou pourront mieux défendre la révolution due aux efforts de leurs devanciers, pour laisser, à leur tour, à des successeurs placés dans une situation moins orageuse et moins critique , le soin de cber« cher une organisation conforme aux intérêts matériels et moraux des nouvelles générations.

Une opinion, assez généralement répandue et reproduite par Fabbé de Montgaillard , attribue pourtant les malheurs qui suivirent la clôture de l'assemblée constituante, à la résolution qu'elle prit de déclarer ses membres non éligibles à la législature suivante (i , et de laisser ainsi à des mains inexpérimentées, la direction de la machine politique qu'elle avait péniblement organisée. U me semble. Monsieur, que cette opinion est tout aussi erronée que celle des anglomanes ^ et qu il n'est ni plus juste ni plus raisonnable de fairepeser une telle

(i) Jtf. Blignet a partagé cette opuiioD. « Malheureasement , » dit-il^ les membres de rassemblée actuelle ( la constituante } ,

» ne ])ouvaieiit pas faire i>artic de la suivanlc; on l'avait aÎHsi » décidé avant le départ de V areunes. » ( Tgme I, pag. aGi. )

te^pcmsBibiiité sur rassemblée nationale, pour s'être exclue dle-tnémè du droit de réélection , que pour

avoir rejeté les deux chambres. supposant que le décret, dont on dit les résultats si funestes^ n'eût pas été rendu , et que les constitutionnels qui avaient formé la majorité dans les états-généraux, fussent parvenus à se rendre maîtres des délibéra-» tions de l'assemblée législative, qu'aurait en effet gagné la France à ce qu^ls se perpétuassent ainsi dans la représentation nationale ? Leur réélection n'aurait pas empécbé les émigrés de se rassembler en armes sur les frontières, les prêtres de semer la haine du nouvel ordre de choses dans les consciences, la cour de correspondre avec les con*« Bpiratettrs et les étrangers, le peuple de s'irriter à Taspect de tant de machinations, et les deux partis d'en venir enûn à un combat décisif. Se seraientils déclarés contre les républicains ? Mais cette dé* termination aurait facilité le triomphe des royalistes purs, en repoussant Tinter veutiou de la multitude ^ dans une guerre où son appui pouvait seul balancer l'assistance donnée par les rois à la contre^ révolution; et les législateurs, dupes de leurs scrupules constitutionnels, auraient^ comme depuis le parlement napolitain et les cortès d'Espagne , laissé périr la constitution dans le sang de ses défenseurs, par respect pçur ses formes. Ou bien, la nation voulant.sauver,àtout prix, son indépen-

ASSEMBLÉE L£GISLA.TiV£ , I79I* ^33

dance et sa liberté, en dépit même de ses repré»

sentants, aurait refusé de se soumettre à la direction timide et funeste qu'ils auraient essayé de lui imprimer; et des soldats moins faciles à battre que eeox de la Bidassoa et des Abruzzes , des généraux plus forts contre la séduction que les O'Donne], les Moriilo et les Ballesteros, surgissant alors de son sein, l'explosion du volcan populaire serait devenue d'autant plus terrible qu'elle aurait été contrariée par eeux-là mêmes qui auraient dû placer en elle leur plus grand moyen de salut public, sauf à préserver de ses laves dévorantes le plus de victimes possible, sans nuire au succès de la cause nationale. Dans le premier cas , la France , n'évitant la terreur de la démocratie, que pour tomber dans une réaction monarcbique non moins sanglante , aurait eu à gémir à la fois et sur les excès que les révolutions entraînent, et sur la perte des améliorations qui les accompagnent: en d'autres termes, nous n'aurions pas à déplorer aujourd'hui un moins grand nombre d'actes de cruauté , sans glorieuse compensation, et nous serions privés des bienfaits immenses que nous avons recueillis à la suite des efforts et des malheurs de nos pères (i).

(i) Je ssb loin de prétendre que la rérolntion , aée des progrès de l'esprit humam , pÀt être définitÎTement étouffée par les

décrets d'une assemblée ou la défection de quelques individus: tous mes raLsonnemeuts teadeul| au ooatrairc, à prouver quQ

a34 WEDVlèME LETTRE,

' Dans le second cas, l'opposition de rassemblée

législative aux mesures indiquées par Fopinion. publique, comme seules applicables aux circoustances, n'aurait £ait qu'ajouter à Texaspéradon universelle, et la démagogie triomphante y aurait trouvé l'occasion d'étendre le cercle de ses ven- . geances et de multiplier les supplie^.

nulle combinaison politique, que nuls efforts individuels ne ponvaicnt empâcher des réformes indispensables de s*opérer, un peu pliu téton nn p)ea plus tard. Mais dans l'hjpotbèse où j'aiconaenti à me placer , pour oombattre les adrefsaires de mon opinion dans lenra derniers relrancbemenls, ces réformes auraient été retardées par une sanglante réaedon ; et 1«i générations , aujourd'hui cinancipées , bc dcbaltiaicut encore dans leurs cliaincs , comme le peuple espagnol , ou la nation napolitaine, hissant à d'autres générations la tâche de renouveler des tentatives d'affranchissement, et d'accomplir la régénération exigée par l'esprit et les besoins du siècle, an prix de nouveaux sacrifices et d*iné* vitables catastrophes. Heureusement U nation française s'est trouvée assez avancée pour ne pouvoir reculer » on même s'arrêter, avant d'avoir terminé la destruction des abus qui pesnienl sur elle. Les efforts do 1789 à 1800, nous ont fait jouli immt-diatcment et irrcvocableraent du fruit de nos malheurs et de nos succès., JSotre révolution n'est plus àfitire, et toute amélioration sociale, désirée comme développement de cette grande réformation , poon^a s'obtenir désormais sans remuer encore une fois la société dans ses entrailles, sans recourir anx mêmes moyens qui , dans le passage d'un ordre social suranné à une organMation meilleure, firent triompher les réformateun , des. purtiiîaus de l'ancien régime.

Pende* ton, au contraire, que les constitntîcwnels^

las de cette opiniâtreté nobiliaire et sacerdotale qui a poussé M. Tabbé de Montgaillard à s^écrier : « Oui , et Ton ne saurait trop le répéter , la noblesse » et le clergé ont perdu Louis XVI ( 392, tom. II ), » eussent cberché à déjouer les manœuvres des contre-révolutionnaires, par des décrets ou des mesures extrà-légales, selon la gravité des conjonctures et Timminence des dangers publics ? Mais c'est précisément ce que fit l'assemblée législative ^ qui se déclara impuissante à sauver la patrie, dès que ses périls dépassèrent la force et 1 étendue des moyens constitutionnels, et la forcèrent à convoquer une convention investie de la plénitnde du pouvoir souverain. La réélection des constituants n*aurait donc encore rien changé aux événements ultérieurs de la révolution.

Mais non , Monsieur , la majorité de rassemblée constituante aurait eu beau se déclarer rééligible, et ne pas signaler les derniers mois de sa session par un acte dabnégation et de désintéressement, qu'elle n'eût jamais obtenu sa translation compacte dans rassemblée législative. Ses destinées étaient accomplies: placée au timon du char révolutionaire , en 1789, elleTavait conduit d'une main ferme et vigoureuse à travers les décombres de l'édifice féodal: mais depuis elle avait tenté de le faire marcher à reculons , et la popularité, acquise au

^36 NEUVIÈME LETTRE

jm de paume se trouvait; jgrayement compromise^ par les décrets qui firent ensanglanter le Champs de-Mars, Si donc les électeurs de 1791 avaient pu choisir les députés parmi les membres des états* générauxy cette latitude laissée à leurs suffrages n'aurait servi qu'à ramener un an plus tut sur les bancs de la représentation nationalé, les démocrates de la première assemblée, ces orateurs de Textréme gauche que M. de Montgaillard poursuit incessanunent de ses injures, Bujsot, Barrère^ Lanjuinais, Rewbell, Grégoire, Pétion, Robespierre, etc. ,etc. ; car les constitutionnels, vu la disposition générale des esprits, n'auraient pas été traités plus favorablement dans la nomination des représentants que dans le choix des administrateurs; et l'on sait qu'ils rentrèrent presque tous dans la vie privée, à la fin de leur mission légis* lative (i), tandis que ceux de leurs collègues, considérés dès lors conune • républicains, ^ent partout appelés à des fonctions publiques.

Mais quels hommes succédèrent donc à rassemblée constituante } pour qu'on ait cru devoir re-

(i) La&yette ctBaillj, que leur- juste célcbrîté et leur popularité immense semblaient devoir piésenrer du discrédit qui atteîgnil les eonsHtutioimels ^ se voyant dépasséiipar- le tomnt» démocratique , et ne voulant pas céder à son impétuosité » donlièrent leur démission. Cette démarche de leur part confirme oa^* fj^Q je dis ici de U direction des esprits et de l'éut de l'opiAion*

ASSEMBlil liCISLATlTS, 1791.

gretter si vivement qu'elle n'eût pas rouvert immédiatement le temple des lois à ses membres? Demandez-le à l'abbé de Mon tgail lard , il vous dira que rassemblée législative se composait de quatre cents avocats ou légistes sans considération^ eorerçant près des tribunaux inférieurs^ de soixante-dix prêtres constitutionnels, et d'autant de littérateurs ou poètes sans renommée ^ soudainement transformés en LiatTgues, anciens valets des cour* tisans de Versailles , aujourd'hui courtisans du peuple ou de la commune de Paris ( i et a , tom. III ). Ce tableau ne le cède en rien à celui des états-généraux: l'ordre des avocats est toujours la pépinière des nullités qui décident des destinées de la France. En vain il s'enorgueillit de Vergniaud, de Guadet et de Gensonné; l'iiistorien semble ignorer qu'ils portèrent, du barreau à la tribune, le vaste talent oratoire et les proioiules connaissances qui ont rendu leur nom immortel , comme il oublia que Thouret, Barnave et liecbapelier s'étaient formés à cette école. Ainsi, Monsieur , ne nous lassons pas d'admirer les desseins de la providence, qui , pour donner un caractère sacré à la révolution , dont le but est d'introduire dans le code politique des .na* tions, les maximes de Téyangile sur l'égalité, et d'Uumilier les superbes, aux termes de l'écriture > si heureusement rappelés par M. Alexandre La-

ft3S HEUTIÀME L£m£^

Tneth(i), permet que cette révolution triomphe, en se laissant conduire par mains de plus en plus inhabiles.

M. de Montgaillard, satisfait au reste d'avoir témoigné son dédain pour les avocats , les prêtres et les littérateurs de rassemblée législatÎTe, revient à sa prédilection pour les propriétaires^ « entréd, dit-il, » en si petit nombre, dans le congrès national, que 9 le premier des intérêts en tout pays fut bien loin » d*étre représenté. » Le bomte de Boulainvillers ne met pas plus tle zèle et d'obstination à défendre la cause de l'antique noblesse , que notre abbé n'en apporte à faire prévaloir exclusivement les intérêts territoriaux. Mais la persistance du champion £éodal me rappelle une définition de Beaumarchais, dont j'ai quelque envie de vous parler à propos des gens d'élite de M. de Montgaillard. I .'auteur du mariage de Figaro se demanda un jour : « qu'est- ' » ce qu'un noble ? x» et son esprit original lui fournit cette réponse :« Un homtne qui s'est donné la peine de » naître. » Ne pourrait-on pas en dire autant aujourd'hui du propriétaire par droit d'héritage , de rhomme qui , s'autorisant des travaint ou des services des générations éteintes, absorbe les produits des générations présentes, sans donner en

(i) Voir le discours de ce célèbre constituant^ sur la proposition de déclarer k religion catholique, religion de l'étaL

ASSEMBLÉ liGISLATlVB, 1791. ïiSq

-échange aiicmi service ni aucun travail ( i ). Cest pourtant cet homme que tant de publicistes ont youlu placer aux sommités de Tordre politique , -comme -si la société était constituée pour l'oisiveté , coramo si elle distribuait l'influence et le crédit entre ses membres , en raison inverse de leur utilité! Gardons-nous sans doute de dépouiller les riches oisifs, et n'allons pas, voltigeurs de V ancienne Rome y réclamer la loi agraire ; loin de nous de telles pensées. Mais sans remuer la cendre des Oracques , sans troubler en rien la douce quiétude des propriétaires improductifs , sans oter une obole du capital sacré qu'ils possèdent, ne sera-t-il jamais permis de désirer qu'on cesse de les considérer comme les citoyens les plus utiles, les plus sages, les plus moraux, les plus instruits et les seuls capables d'assurer quelque stabilité à l'ordre social? J'aurais des exemples frappants à opposer à la présomption légale de sagesse et de capacité , admise exclusivement dans tant de pays en &veur de la propriété territoriale, que Napoléon prisait aussi

(e) h ne fiiiit pas confondre le repos d'un homme latigué par on long travail, <piand bien mdme cet bomme cbarmerait ses dernières années par le choix heureux de ncmihreuses et délicates jouissances , arec llndoleute oisÎTeCé d'un jeune homme qui se figure que le peuple est trop heureux de travailler pour le * délivrer de l'ennui, en mventant chaque jotir, pour lui, de nouveaux plaisirs. ( Producteur , tom. IV , pag. ai6. )

I^O NEUTIÀME L£nA£» .

pardessus tout, dans rintérét deson ^UYoir. « Ëa-

j) touroiis-nous des grands propriétaires, disait-il ., .» ils craignent de voit trembler le sol , et redou* 1» tent par conséquent les révolutions. i>Le sol cependant résiste mieux aux orages politiques que je commerce, Tindustrie et toutes le^ prx^fessions dont Texerdce n'est possible ou proiqpere qu'au milieu des relations pacifiques des citoyens entre eux; le négociant , le manufacturier, l'artiste, le médecin, Tavocat, tous les hommes laborieux enfin qui travaillent pour la société dans la carrière des sciences , des beaux arts ou de Tindustrie-, ne sont donc pas moins intéressés que les •propriétaires au mainte de l'ordre, puisque la proposition contraire serait plus raisonnable et plus vraie? Napoléon a rétracté d'ailleurs, dans l'exil, lorsque les illusions du pouvoir s'étaient dissipées, les erreurs qu'il avait émises sur le trône. « Jadis cm ne connaissait qu'une espèce de pro- » priété , dit-il, ( Mémorial de 6kiintte*Hélène ) celle p du terrain ; il en est survenu .une nouvelle , celle » de l'industrie, aux prises en ci^ moment avec la » première. C'est la guerre des ciî^amps contre les » comptoirs , celle des créneaux cor.\tre les métiers. » C'est pourant pour n'avoir pas voulu recon- » naître cette grande révolution dans la propriété , » pour s'obstiner à fermer les yeux sur de telles » vérités, qu'on fait tant de sottises aujcnu d liui , et

» que l'on ft'expose à tant de bouleversements. » Malgré cette conversion du génie, M. de Saint-* Ghamans , qui n'a rien de commun avec lui , s'est imaginé, cette année, de nous rameuei à l'économie politique de Quesnay (.quaat:àk question des propnétaires seulement , car le médecin de Louis XY « quoiq^e déjà un peu ancien , est encore trop avancé d'ailleurs, pour le noble vicon^te) ^t de venger l'opulence oisive, des criailleries des travail^ leurs, qui osent prétendre qu'elle n'est pas l'unique source de la prospérité publique, et qu'elle ne doit pas être ainsi la gardienne privilégiée des lois. Un écrivain , sorti des rangs où la dérogeance est inconnue, s'est cbargé de réfuter l'honorable député dans une brodiure pleine de sel et de^ raison , . intir tulée Lettre d'un plébéien à M. le vicomte de Saint» Chamans , par un an%i du, commerce : vous ne serez pas ^cbéd'en trouver id quelques cits^tions. « Voue » le savez, Monsieur le vicomte, dit l'audacieux » roturier, l'oisiveté est le fléau de la société, la » mère du^ vicy^ Çelui qu^ yit dai^, Tinaction, sans I» emploi, sans profession v P^iit^-îl pa<* cela .'seul » qu'il est propriétaire^ dire Mtde.,*,?

» Tout ce qae je puis vous accorder est que U pro» ^ priétaîrè qui ne fait que tîbnsommer est utile , pas fi autrement utile que le Lazaroni de Naples, le men- » diantd'£spagne, à la seule difféiencç gu'il con- » somme davantage ; cette utilité . est seulement

jG

msiïvAiw umaB, » passive et obscure; sa consommation est impro- » ductive, et'alors qufl laisse dans l'inactivité ses

9 facultés intellectuelles et corporelles, la patrie » ne lui doit pas plus de reconnaissance qu'au raen- » dîant. » Ce raisonnement, pour être de bonne logique , ne séduira pas le noble économiste auquel il s'adresse; mais si Tautorité d'un homme titré devait avoir plus de poids auprès de M. le vicomte de Saint-Chamans , que celle d'un dialecticien qui h^t pas de quaàté , on pourrait lui opposer Topimon de M. le comte d'Hauterive, qui, dans ses Considérations sur la théorie de timpât et des deites, pousse Tirrévérence envers les propriétaires oisifs , jusqù'à déclaref , page 4, 9^ société existe par r association^ des trOvdux, et qu*dle n'existe que pour cette association. Je vous renvoie, au reste. Monsieur, sur cette grave question, au chap. XI des Nouveaux principes d'économie politique de M. de Sismondi (i);

(,) « Des législateurs tirés eos-ttémes éet disses qm ont » fiiU fortune, dit M. de Sismondi, ont cru que «om'étâitfMS » a*sw d'assurer »ux riches la jouissance de leurs richesses , -» qu'a fallait f*ii« «n sorte que ces ricliesses fussent toujours à

* eiixetàl«ii»eiifaiiU.Ceqiiiavait été acquis par l'activité, » ils ont wulu qu'on pAt le garder dans le repos , sans que l ac-

* tivité des antres pût fiiire ce qu'ils avaient lait eux-mêmes, et , ils ont érigé en maxhne d'état que l'ordre soeial tenwt à la » conservation des anciennes foiAines dans, les aneitnMS fa-

ASSEMBLÉE LtGiSLiLTIVE , I79I.

En mettant à part la soliicitude opiniâtre que les

propriétaires inspirent, je ne sais trop pourquoi, à l'abbé de Moutgaillard, son histoire de l'assemblée législative n'est d'ailleurs, Monsieur, qu'un nouveau tbsu de calomnies atroces et de déclamations furibondes contre tous les partis. De longues pages y sont consacréesà flétrir l'émigration, dont il affecte de ne pouvoir comprendre les moti& f^ausibles,

» milles. C'est une question d'économie politique que d'examînef » quelle ioflaesoe ont pu avoir , sat le dévelop{»eineat de l'agri' » culture et de rindiistrie, les gamaties données à l'orgueil des » familles par toutes les précautions qui ont été prises pour > empêcher les riches de se ruinor et de Tendre leurs biens. » (^Nouv princ. d'écon. pol. , tom. I , pag. a54 et suiv. )

« En arrêtant sa pensée sur la société et sur ses rapports , on » est frappé y dit Necker, d'une idée générale qui mérite bien » d'être approfondie : c'est que presque toutes les institutions- » civiles ont été faites pour les propriétaires. On est efirayé , en • ouvrant le code des lois , de n'y découvrir partout que le » témoignage de cette vérité. On dirait qu'un petit nombre » d%ommes, après s'être partagé la terre, ont fait des lois x> d'union et de garantie contre Li multitude, comme ils auraient w mis des abris dans les bois pour se défendre des bêtes sauva- » ges. Cependant on ose le dire, après avoir établi les lois de » propriété, de justice, de liberté, on n'a presque rien fait encore » pour la classe la plus nombreuse de citoyens : Que nous im- » portent vos lois de propriété , pounaient-ils dire? nous ne V possédons rien. Vos lois de justice? nous n'avons rien i dé- » fendre. Vos lob de liberté? si nous ne travaillons pas demain, » nous mourrons. » ( Motn. de Sully , pag. 1 70. )

a44 NEITTlklIB LETTRE ,

quoiqu'il ait lui-même émigré. A son avis, la noblesse des provinces 9 noblesse agricole et militaire,

n'était point froissée par la révolution. « Il est aisé » de prouver, dit-il, que ses pertes étaient d'opinion, » et qu'eUe obtenait des avantages positif. La féo- » dalité était abolie ; mais la noblesse par la sup- » pression des dîmes ecclésiastiques, gagnait, comme » propriétaire des terres, plus qu'elle ne perdait » par Textinction des droits féodaux. Les distinc- » tions , les droits honorifiques étaient supprimés, 9 la vanité perdait; mais la noblesse des provinces , » cette classe nombreuse désignée sous le nom de » petite noblesse , prenait sa part de l'égalité civile » attribuée à toutes les fonctions publiques ( 6 , » tom. ni ). » Si la noblesse n'avait éprouvé dans la nuit du 4 août 1789, que des pertes nominales, plus que compensées par des bénéfices réels , pourquoi ravoir donc présentée, à cette époque, comme injustement spoliée? pourquoi ces pertes vous ontelles fait accuser l'assemblée constituante d'avoir violé le droit de propriété, et méconnu Pautorité du jurisconsulte Domat sur la prescription? pourquoi, sous votre plume, les faits changent-ils incessamment de nature selon que vous vous occupez . de leurs auteurs ou de ceux qui en forent l'objet? Mais ces pertes dopinion ne suffisaient-elles pas d'ailleurs pour expliquer la répugnance des gentils* hommes pour le nouvel ordre de choses? Les dis-

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ASSEMBLÉE UéCISLATIVE , I79I. nl^S

tinctions, les droits honorifiques formaicsnt la portion la plus précieuse du patrimoine des nobles , qui, uourriSy dès le berceau, des illusions de l'orgueil aristocratique, devaient mettre plus d'importance au nombre de leurs quartiers qu'à l'étendue de leurs terres. Quon appelle tant qu'on voudra, du nom de vanité ou de préjugé ^ le sentiment qui les entraîna hors des frontières: ce sentiment, transmis héréditairement et fortifié par l'éducation, n'en était ni moins naturel , ni moins irrésistible. Ne pouvant plus s'opposer efficacement , dans leur propre pays, aux progrès d'une révolution qui blessait au moins leurs intérêts moraux ^ ils tournèrent les yeux vers Tétranger , triste et dernière ressource qui leur fut offerte , pour dcfendi e tout ce qu'ils avaient au monde, de cher et de sacré. S'ils compromirent ainsi leurs biens matériels, et méconnurent, selon l'abbé de ?>Tontgaillard , les avantages positifs que leur présentait rabolitioii des dîmes, c'est une raison de ne pas les juger aussi sévèrement que le fait cet écrivain, et de ne voir, dansleur détermination, que le résidtat d'une inspiration généreuse et d'un accès d'exaltation cheraleresqiie. Mais vous, M. de Montgaillard, qui ne concevez pas, qui n'avez pas éprouvé parconséquent la puissance de ce sentiment lorsque vous abandonnâtes votre patrie, pourriez-vous faire expliquer par les truchements que vous avez laissés eu ce monde , pour

communiquer avec les vivants du fond de la tombe; pourriez-vous faire expliquer les motifs de votre émigration , et préciser la nature des intérêts réels qui vous entraînèrent à prendre une résolution si coupable à vos yeux, au mépris des bienfaits du décretsnr les dîmes, pour la caste à laquelle vous avez la prétention d'appartenir, tout en ne cessant de déclamer contre elle? U se pourrait qu'une réponse franche à cette interpellation, s'il était permis de l'obtenir sans indiscrétion et sans scandale, ne

rendîtpas votre présenceàHambourg,àRastadt, etc., aussi excusable que la réunion à Worms et à Co-

bientz (i) des hommes qui cherchaient à réparer

(i) M. de Hontgaillard s'exprime aînst sur le cabinet de Coblentz : « Tous les grands intérêts de l'état sont disentés a la » toilette d'nne nouvelle Porapadour, d'une nouvelle Dubarry, > qui distribue les honneurs et les places : la politique , c*est à » dire la contre-révolution, est dans les boudoirs.» ( ii et la, IIL) U est jnste d'ajouter que Pannotatenr intervient en cette occasion pour démentir l'historien, et dédarer qu'il n'j avait certainement ni Pompadour , ni Dubany à CoUentz. Votci, au reste, ce qu'on lit dans le Mcmorialde Sainte- Ihicnc sur la cour des princes émigrés : « Les princes^ dit M. de La s- Cases, passaient, » engendrai, leurs soirées dans leurs intimités particulières î » l'un était In ])lupari du temps cliez madame dePola«tron, » à laquelle il portait des soins que la constance et ses formes • ont rendus respectables. Les intrigants trouvaient peu leor » compte avec madame de Polastron, qui , douce, bonne, ex- » cellente , tout-a-fait desintéressée , tenait à demeurer absolu-

.ASSEMBLAS UfoliLAClTBi I79T* ^4?

leurs pertes d'opinion y tandis que vous courriea après dea éitwUages positifs.

Mats j'entends crier de tout côté : à f hérésie} au paradoxe! Quoi! me dit-on, vous excuseriez les hommes vraiment coupables qui passèrent la /ron' tière avec le dessein de reparaitre en mnemis armés ( 57 , tom. III ). Votre indulgence est uu attentat à la morale publique; elle viole les premiers priuci pas de Tordre social, et blesse les notions fondamentales regardées comme sacrées par îcs honnêtes gens de tous les partis, par Tabbé de Montgaillard et Walter Scott, comme par les écrivains anonymes qui se sont empressés de réfuter le romancier anglais! Je me souviens , en effet, d^avoir lu dans t aire de la révolution et de Napoléon Bonaparte , certaines phrases qui ont mérité l'approbation de ses adversaires (i); je n'ai point oublié non plus qu'uQ illustre émigré, M. le vicomte de Châteaubriand, a fieiît dire lui-même à un paysan étranger,

» ment ëtranfèra aux aflkiMt»... Mommum passaft ms tobées

» cliez madame Balbi, spiritndle, amie chaude, ennemie

» décidée. Moksieur y demeurait parfois assez tard, et quand » la foule était écoulée, le cercle rétréci, il lui arrivait de ra- V conter, et il faut avoner qu'il noua était ausii supérieur par » les grâces de m. conTersation que par son rang et sa dignité. »

(i) « Il fiiul se aonveuir » dit Walter -fiootl , que da momeat • où les émigrés passkent la frontière, ils perdirent tons les^ » avantages de leur naissance et de leur éducation, et qu'ils • » abandoiinaicnl un pays que c'était leur devoir de défendre.»

S43 WSUrÛMB LBTTRB,

dans son Essai sur les révolutions ^ que Ton ne doit jamais abandonner sa patrie \ et malgré ces imposantes autorités, j'ose croire encore que le sol n'est pas la patrie; qàe rhoninae, né sur ce sol^peut être conduit à le quitter pour y reparaître en conqué* rant, sans devenir criminel; et que tout citoyen, mu par des intentions pures, persuadé que la cause qu'il défend est celle de son pays, a le droit de s'appliquer levers que Corneille a placé dans la bouche de Sertorius. Si cette conviction est le résultat d'un faux jugement, d'une appréciation erronée, les événements Tébranlent tôt ou tard, surtout chez les esprits supérieurs, comme cela est arrivé à MM. de Chateaubriand , Hyde de Neuville , etc. , et k force des choses finit par indiquer, d'une manière certaine, dans quel camp se trouve réellement la patrie , ou le drapeau du bieu public et des intérêts généraux de la société; mais il suffit que cette conviction ait existé , pour que les actes qui

On diiaitqae le tory anglais vent seWeoncilièr iâ avec les libéram français, aux dépens des émigrés : mais ranteur des Lettres de

Paul s'est trompe dans ses calculs ; il n'a fait que blesser les uns, sans apaiser les ressentiments des autres, et qu*étcndre le cercle de ses inju&tiees et de ses préventions nationales contre tout ce qui porte on nom français. Cependant il a obtenu de l'un de ses rélutateiirs cette phrase élogîense : « Toute la partie du 4* cba- » pitre, qui traite de rémigrafioa est bien sentie : les justes re- » pfoebes adressés aux émigrés sont motivés sans aigreur et » n'admettent point de réplique. >

enontétéla,suite ne puissent pas être imputés à

crime à leurs auteurs , ainsi qu'on a coutume de le faire au sujet de Féraigration royaliste (i). Je TOUS prêche là , Monsieur, je le sais, une doctrine qui fera jeter les hauts cris à plus d'un patriote. Cependant puisqu'elle me parait conforme à la raison et à Féquité, pourquoi craindrai-je d'en faire solennellement profession ? Que les libéraux qui seraient tentés de me dénoncer au comité directeur^ si toutefois il a survécu à JVL de Marchaugy, réfléchissent d^ajUeurs qu'ils ont été amenés à leur tour, par certaines circonstances, à mobiliser la patrie j pour la transporter aussi hors des frontières de France; qu'ils se rappellent qu*en i8a3, lorsque la crainte de la contagion fit place à la peur de la iièvre constitutionnelle , et que le drapeau de la révolution fut déployé dans la Catalogne ou sur les bords de la liidassoa, nos plus ardents patriotes furent les premiers à lier leur cause à celle des cortès:, et à ne voir que de généreux défenseurs de leurs droits, dans les soldats français que nos tribunaux condamnaient comme transfuges. Pour moi, j'avouerai sans hésitation, quoiqu'il puisse arriver, que la légion libérale organisée sous les auspices

(1) « Je (lis entraîne à celte démarciie , a tiil 31. de 1, as-Cases, » par des opinions fausses, sans doute, mais pures et Lonnctes; » et personne n*a , excepté moi-même , le droit de me les re* > procber. »

aSo NECVIÈME LETTRE,

de Rotten, n'offusquait pas plus mon patriotisme ,

que les rassemblements de Worms, sous le prince de Condé, n'alarmaient celui des partisans de randen régime; et bien que je n'éprouve nulle sympathie politique pour ces derniers, je ne cesh serai d'invoquer, en faveur de leur exailalion et de leur bonne foi monarchique , ce que j'aimerais de voir accordet* à la sincérité et à l'enthousiasme des hommes avec lesquels j'ai pu avoir une communauté de sentiments, d'opinions et d'intérêts.

Revenons , Monsieur, à Tassen^lée législative. L'abbé de JMontgaillard qui nous a fait jeter dans l'abirae par la constituante^ pour nous en retirer aussitôt avec éclat, nous y replonge maintenant ( aSîi , in ), sans nous laisser entrevoir cette fois une main secourable qui puisse devenir libératrice. « L'assemblée constituante avait été perfide, dit-il, » mais courageuse, du moins à son début. Celle » qui l'a remplacée a, du premier au dernier jour, »- réuni la lâcheté à la perfidie. Arrivée avec la fièvre » révolutionnaire, elle s'est acharnée à renverser ce » qui restait encore de l'ancien état monarchique. » £iie plonge la France dans l'aàime, et /ait avec » précipitation. Mais ses chefs se sont réservé de » reparaître avec des attributions plus malfaisantes; » on va les retrouver à la convention, oii soutenus i> des auxiliaires infernaux qu'ils auront évoqués , » ils combleront la mesure du crime. » C'est aiusi^

Digiiizeo by

Monsieur » que notre historien caractérise les ora* leurs influents de la seconde législature. En vain la

postérité, qui a commeucé pour eux, environnet^Ue de son admiration et de son respect , les nom^deVergniaud, de Brissot et de Gondorcet,

l'abbé de Montgaillard, peu touché des hommage^ unanimes rendus à leur mémoire, oppose hardiment ses arrêts à ceux de l'opinion publique. Les

grands hommes de la faction des girondins , comme il les appelle , ne furent que des opocats ambitieux , des sophistes du crimes des plébéiens dévorés du . désir de la célébrité ( 1 56 , III ). Et ces grossières injures ont été précédées des plus làckes insinuations , pour donner quelque consistance aux dif£amations de Bertrand de Molleville. « S'il fallait en 3» croire ce ministre, dit-il, M. Delessart , vers la £n » de novembre 1791 , aurait &it faire des proposi- » lions pécuniaires , à lîrissot, Isnard, Vergniaud , » Guadet , à Tabbé Fauchet, etc.; ces députés au- » ratent tous consenti à vendre au ministère leur » voix et leur influence dans l'assemblée, à raison 9 de six mille livres par mois pour chacun d'eux; » mais M. Delessart aurait trouvé que c'était les » payer trop cher. » Et l'écrivain qïii invoque complaisamment le témoignage d'un imposteur systématique, pour faire planer d'odieux soupçons sur des têtes illustres , ne dit pas un mot dont on puisse induire qu'il doute de ia véracité du muiistrel et

a5a NEUVIÈME lettre,

l'éditeur qui s'est cru obligé de faire une note pour

démentir Mirabeau , et attester le civisme de l'abbé de Périgord, laisse insulter ici aux mânes des illustres victimes du3i mai, sans daigner prévenir le lecteur de se tenir en garde contre les assertions mensongères d'uu infatigable artisan d'intrigues liberticides i Comment lire sans indignation toutes ces pages diffamatoires, où les ennemis de la révolution , désespérés de n'avoir pu en arrêter les progrès y s'efforcent d'en souiller les triomphes , en dégradant les grands caractères qui conduisirent le peuple à la victoire; en prétendant qu'ils purent dompter en secret, avec de l'or, ceux qu'ils trouvèrent invincibles sur la place publique, et sous les coups desquels ils fuiircnt par succomber? La cour a acheté Pétion! ose dire l'abbé de Montgaillard ( tom. m), et selon lui, Pétion fut pourtant l'un des auteurs de la journée du lo août ( 162, 111 ). Qui pourrait s'étonner après une telle imputation ( que je craindrais de qualifier trop faiblement en ne l'appelant qu'infâme ) contre le magistrat vertueux , à qui Paganel a rendu une si éclatante justice, et que madame Roland se plait à signaler comme un véritable homme de bien i^) et

(1) « Pétion, dtsnitia reine, est jacobin, républicain. » Et c'est

le prétendu corrupteur du inaire de Paris ^ c'est llerlrand de MoUevilie qui rapporte ces paroles \

ASSEMBLÉS LJÉGISLATIVE,

homme bon; qui pourrait s'étonner de trouver daiis le même ouvrage une semblable accusation de vénalité contre Danton et Marat ( 171 » m )? Certes, je suis loin de placer ces deux hommes, dont l'un, cruel par système, parut Tètre aussi par tempérament, et Fautre ne craignit pas de se montrer impitoyable toutes les fois que sa politique l*exi^ea : je suis loin de les placer à coté de Pétion et des autres girondins calomniés par Bertrand de MoUeville 9 sous le rapport des mœurs et des qua» lités personnelles, indépendantes du caractère public : mais je ne crois pas plus qu'ils aient été aux gages de la cour que ne le furent les amis de Condorcet et de iloland j et je u'bésite pas à vous citer comme l'expression de ma propre pensée, le jur gement qu'un nouveau biographe vient de porter sur la corruption dont on a accusé le ministre de la justice au a septembre. « Qu'on flétrisse ,tant qu'on j» voudra, dit-il > la mémoire de Danton, pour ses » excès démagogiques, sans lui tenir compte des » circonstances ni des provocations; niais qu'on ne » Im prête pas toutefois un caractère vil , qui i'au- » rait rendu incapable des mêmes excès qu'on lui » reproche; car ses torts ou ses crimes politiques, » coftime on voudra les appeler, appartiennent » tous aune exaltation révolutionnaire telle que, » si elle fut quelque fois voisine de la férocité , elle

il54 VEUTliMB LBTTBB,

j) fut du moins incompatible avec la lâcheté et la » bassesse (i). »

Il est Trai , Monsieur , que l'abbé de Montgaillard,

rencontrant incessamment les prétendus pensionnaires de la cour à la téte des ennemis du trône ,

^i) La Biographie universelle , rédigée sous Tiofluence des irères Michaud, par des écrivains éminemment monarchiques , «▼<me que Danton refusa les offres de la cour, en ajoutant, toutefois , que la tentative de corruption n'échoua auprès de loi qu'à cause de la modicité du prix mis à Sa oonsctenee. Cette supposa tion me parait peu TratsemUaUe ; les conseillers de Louis XYI devaient trop sentir l'importance d'une telle acquisition , pour marchander misérablement le roi des halles ^ s'il avait été réellement à vendre : l'or n'eiît pas manqué pour le payer. On a cité pourtant des recas montrés par M. de Montmorin, et signés de la oain même de Danton; mais M. de Hontmorin ne disait pas les tenir de l'audacieux tribun lui-mime; la personne tierce, qui prétendait leurservir d'intermédiaire, put donc tromperie ministre , et s'approprier les sommes destinées k Danton, en contrefaisant sa signature. Je dii ii plus, si Danton eût accepté l'argent du roi, il n'aurait pas fait la sottise d'attester sa honte par écrit, et ne * se serait pas exposé aux menaces de divulgation que lui firent les ministres abusés, et qu'il ne dédaigua>, comme TaToue AL de MontgaiÛard lui-mime, que parce qu'il savait bien qu'elles ne pouvaient l'atteindre. M. Migaet, dont le jugement fait^aujonrd*hui autorité sur les hommes et les événémanls de cette époque , a cependant admis lui-même, comme prouvée, l'accusation qui veut faire du ÎNlirabeau de la populace, un stipendié de la couronne. * Ce puissant démagogue, dit-il, offrait un mélange « de vices et de qualités contraires. Quoiqu'il/ât vendu à la » eonr, U n*éudt pourtant fos intf; cmrUestdet eantetêres qui

ASSEMBLÉE LÉGISLAHYS^ ^19^'

est obligé de supposer qu'ils volaient Targent du roi ( 171 , III ): mais, de quelque cécité que fussent frappés les conseillers de ce prince, est«il vraisemblable qu'ils eussent poussé Taveuglement et la stupidité jusqu'à se méprendre sur les résidtats

» relèvent Jusqu'à la bassesse. » (^Histoire de la révol. yranç, ^ tom. 1, pag. 382. ) Cette dernière proposition peut séduire certains esprits par son étrangeté^ charmer l'oreille <le plos d'un lectear par Pantitliése qnî l'exprine; maît je n'en crois pas ■Hiins qu'elle manque de joatasse et de véitté. Si Danton y répur- Uicain par principes, né pour servir la démagogie, se mît aux gages de la royauté conspirant contre le nouvel ordre de choses, la vigueur de son caractère, loin de relever la bassesse de sa conduite, ne put qu'ajouter à sa dégradation morale, en l'aidant à donner effrontément les apparences de l'enthousiasme et de rénergie dviqaes à la plus profonde perversité. Dans-ee cas, «n ne povmdt pas bii «ppfiqncr ce que j'ai dit de Utrabeau, qai n*aoqépU les seeoaj» du tcésor royal que pour défendre la royauté constitutionnelle telle qu'il jugeait nécessaire de l'établir et de la conseiTcr; qui se fit, par conséquent , le pensionnaire du roi, sans abandonner d'intention, au moins, la cause du peuple^ sans renoncer à ses doctrines antérieures, sans feindre des opinions démentSes par sa CMiseieniie , et sans être obligé de «adier d'odieincet seciets cngagjnnenis «yec le pouvoir, par las démonstrations démagogiques les plus yiolentes. Maïs non» rkomme qui, la veille du 10 août , glacait'd'elTroi les démocrates les plus austères par son audace et son exaltation révolutionnaires ; qui s'écria , dans les journées de septembre : Périsse ma mémoire , et que la France soit sau\'ce ! Non , cet homme ne souiUo jamais son fanatisme républicain^ par de honteux marches avao les «mstmkdfi la liberté publiq^e•

A 56 heuti^kb LETiiiX)

de rinfluence exercée par le maire Pétion , par It ministre Danton et par le journaliste Marat, aux approches des journées de juin, d'août ou ue sep« tembre t79a?que dans réioîgnement du danger > sous les tentes d'outre Rhin , quelques ardents contre-réTolutionnaires aient pu désirer des catas^ trophes capables de produire le bien, dans leur système, par l'excès même du mal, et de sauver la monarchie, en mettant en péril les jours du mo« narque, cela se conçoit; qu'ils aient compté sur quelques misérables , soudoyés par l'étranger, pour intriguer dans les rangs subalternes , et provoquer des mesures odieuses dans les clubs , nous pouvons l'adinettre encore : mais que les royalistes qui entouraient Louis XYI, et dont la première pensée s'appliquait sans doute au sadut de la &mtile royale , aient payé les moteurs des soulèvements populaires au milieu desquels le roi , sa femme , ses enfants et eux-mêmes semblaient devoir perdre inévitablement ia vie; que ces moteurs salariés ne fussent autres que les principaux révolutionnaires , ceux-là mêmes dont l'exaltation démagogique ne pouvait provenir que d'une conviction profonde et d'un zèle fanatique pour la cause de la liberté , c'est ce que l'autorité de M. de Montgaillard« soutenue de l'assentiment des esprits crédules, dupes des mensonges de Bertrand de Mollevillc, ou des visions de M. Dulaure, ne pourra jamais m'empé-

cher de repousser comme calomnieux et ridicule « Cependant ni Pétion , ni Danton , ni Marat n'é^ talent membres de l'assemblée législative, et c'est d'elle que je dois vous entretenir spécialement. Eu la taxant de lâcheté et de perfidie, M. de Mont-» gaillard semble d'abord s'être réservé d'excepter quelques orateurs du coté droit de cette accusation in£aimante:on le voit en effet transporter, dès lespre^ mières pages da troisième volume, sur MM. Bec« quey , Hua, Bigot, etc., la prédilection qu'il a manifestée pour Mounier, Maiouet etLalli, dans son histoire de l'assemblée constituante. Mais ces nouveaux favoris éprouvent bientôt, comme leurs devanciers> que Thumeur de leur apologiste n'est pas mowÀ capricieuse ni moins changeante que celle du potentat le plus feçonné à l'inconstance par son éducation princière. A la suite de quelques phrases, où leurs talents, leur courage et leur fidéUté au trène constitutionnel sont opposés aux opinions anarchiques des ùrissolinSy girondins et fédéraiistes : a Que faisaient donc à l'assemblée nationale, 9 s'écrie tout à coup l'abbé de Montgaillard ^ les w Lacépède, les Pastoret(i), les Viennot Yaublanc , te les Lacuée-Cessac, les Lemontey, les Beugnot,

(i) M. de Montgaillard en veut surtout à M. Pastoret; il Jui % reptoché, daas son premier volume, de «'être marié^ le ■ 4 juillet 1789, et lai a feit dire, è cette occanon , qu'un hammê Ao- ^biU s'occupe de sa /ortime en tout ten^ ; depnie il ii*a easié

»5S ' NEUVli^B LXTTRlSy

» les Bigot Prtameneu, les Quatremère-Quincy , » les Mathieu Dumas, etc. 9 etc., et cette foule de 3» députés se disant royalistes constitutionpels ? » ont-ils défendu le roi , la patrie , la liberté ? Se » soDt-ils exposés pour faire respecter les lois? onty ils seulement blâmé, désapprouvé les assassins?... » Non. Ces dépntés ( tous couverts des grâces , des » bienfaits , des faveurs de la restauration ) iais- » sent en 1791, froidement, tranquillement emj) prisonneret assassiner la famille ro3rale; ils insiil- » tenta l'humiliation du roi, et délibèrent contre lui

» et devant lui! L'extrême lâcheté des députés

» se disant constitutionnels enhardit les < députés » démagogues. » Voilà comment M. de Montgaillardjugeetqualiûe, aux pages i54 et i55 de son troisième volume, les hommes que. quelques feuilles auparavant il signale comme des citoyens recommandables , et dont il ose vanter encore les principes et la conduite politiques , après ces dégoûtantes injures, dès qu'il croit trouver dans leur modération un contraste accusateur à établir contre les républicains , devenus, à leur tour, Tobjet de ses brutales apostrophes. « Les démagogues » les plus ardents de cette assemblée, dit-il, lurent

^ le harceler et de le poursuivre à outrance. 11 faut que M. le marqnis, dont je soia loin d'ailleurs de vouloir me constiturr le diampiM,aitdoiinéqttélqueti]jetd'aîgreur etdehaioe À M.i'abbé, à sea procbes, ou à ses annotateurs!

iLSSEMBLÉE LÉGISLA.TIVB , 1 79 1 .

9> Bazire, Brissot, Gambon, Garnot, Ck)ndorcet,

» Gensonné,tuadet,Isnard, Vergniaud, etc. Que m pouvaient contre cette horde de forcenés quel- 9 ques défenseurs de la justice, de Thumanité, j» Becquey , liigot de Préameneu, Daverhoult, Ma- » thieu Dumas, Stanislas Girardin (i),Hua, Jau- » court, Ramond? Cette minorité n'avait à son » usage que le langage de la raison ( îi35, tom.III ). » Les députés se disant constitutionnels étaient donc les défenseurs de la justice, de l'humanité, alors même qulls laissaient froidement, tranquillement emprisonner et assassiner la famille royale ; quils insultaient à F humiliation du roi! Ils luttaient malgré leur Impuissance, et avec la seule arme de la raison j contre une horde de forcenés , et cependant , ce fut leur inertie qui encouragea ces forcenés, et qui les fait accuser aujourd'hui de n'avoir défendu ni le roi, ni la patrie, ni la liberté; de ne s'être jamais exposés pour faire respecter les lois; de n'avoir pas seulement blâmé, désappro^vé les

(i) M. de r/irarain,aontla perte récente a cxcîté de si justes regrets dans le camp des constitafioimels , siégea à Tcxtréme gauche de rasscablée législative , dans les premiers jours de la session. Depub a se rapprocha du centre , et finit par se trouver à l'extrême droite à répoque da 10 août. Ce digne élève de Rousseau , que nous avons vu si briUanl , si spirituel, doué de tant de facilité, à la tribune de notre chambre des d^tutés, semblait alors tout-à-fait dépourvu de talente oratoires.

l6o mCCVliME LETTRE ,

assassins ! Toutes ces incohérences, ces antimonies

ne déparent point, Monsieur, l'histoire de l'abbé de Montgaiilard: elles en forment, au contraire, les éléments indispensables, et recèlent peut-être le secret de ses succès; car, selon la remarque du Constitutionnel même, chacun passe rapidement sur sa part d'injures, pour s'arrêter complaisam* ment , soit aux louanges dont il est Tobjet, soit aux invectives dirigées contre tout ce qui n'est pas lui. Mais puisque nous en sommes aux démagogues ar^ dents de l'assemblée législative, à Carnot, Condorcet et yergniaud,yZ<^//e^^rf du peuple ^ patriotes prétendus inébranlables ( a35 , lU ), voyons si l'abbé de Montgaiilard ne nous indiquera pas lui-même comment ces fanatiques ambitieux furent conduits inévitablement à républicaniser leurs opinions, par l'opiniâtreté naturelle des ennemis de la révolution; par l'impossibilité de rattacher sincèrement à la constitution, un prince qui avait hérité du pouvoir absolu, et les ordres privilégiés , dont une disposition législative ne pouvait soudainement anéantir les habitudes et les prétentions aristocratiques. Pour trouver cette explication apologétique de la conduite des démocrates, dans le livre de leur accusateur, nous n'aurons pas à chercher longtemps; il ne faudra que se reporter à la page 36 du même volume, et nous y lirons : « Oui , ce sont j» les préjugés des aristocrates, l'obstination du

ASSEMSLÉK LiGISLATiY£y 1791* a6l

» clergé, les intrigues de la cour, et le système des j» conseillers secrets , pendant les trois annoes pré- » oédentes qui firent germer et fomentèrent les idées » de démocratie , et qui poussent aujourd'hui vers » la république. Comme ils sont privés de bon » sens ceux qui disent: Point d'accommodements , » tout ou rien! en proférant ce cri de guerre, ils » le font répéter à leurs ennemis; ils se donnent » encore pour ennemis ceux qui désiraient ne l'être » plus, ceux qui ont cessé deTétre, et auxquels on » montre d'implacables représailles. Aussi , suffira- » t-ii aux écrivains et aux harangueurs révolution • 9> naires, pour nourrir les craintes etFanimosité » générales, de redire les phrases des écrivains de » rémigration (i). j> La résistance aveugle des

(i) On Ut, dans la Réfutation de la vie de Napoléon Bona^

parte de sir Waltcr Scott, par M. *** , le passage suivant : « La » plupart des lioinmes de l'ancien régime qui occupaient de a grands emplois, émigrant, tous ceux qui voulurent rester )» furent promus aux nouvelles charges créées par W constitu- » tien. Malheureusement un trop petit nombre prit ce parti; » c'est bien id qu'on peut, par une bypotbèse pins que pro- » bable, assurer que, si au lieu d'aller cbercher des secours sur » la terre étrangère , les magistrats et les chefs de l'armée fussent » restés à leur poste , la révolution eût été ce qu'elle devait elre »> par son irrésistible nature, complète sous tous les rapports; » mais son histoire ne contiendrait pas les pages sanglantes qui » la souillent ( Page a6 et 27, tome I). • ^ « Sans l'émigration a qui amena la guerre, dit M. Mignet, sans le sebîsme qui

a6a HBUviiBfx LErriifi ^

absolutistes étant ainsi proclamée la cause première de la tendance républicaine qui s'était emparée des esprits , et les démocrates se trouvant constitués

» amena les troubles, le roi se serait probablement fait à la » conititution, et les révolatioiinaires n'auraient pas pu songer a à la république ( Page 401 » tome I ). » Il est très vrai que Témigestion provoqua l'explosion démagogique de 179a et 1793; nais il ne iaut pas oublier qu'elle fut provoquée elle-même par les mouvements révolutionnaires de 1789, dont les ëmigrants ne pouvaient comprendre la justice et la nécessit»?. L'émignition et le jacobinisme étaient les conditions indispensables d'une crise régénératrice , où les sentiments et les intcrt^ts les plus contraires devaient se trouver aux prises. Sans doute ^ si les royalistes eussent poisé comme les patriotes ; si ceux que la révolution dépouillait eussent agi opmme ceux qu'elle favorisait; si MM. de Breteuil , d'Avaray, deBouillé, etc., eussent voulu s'entendre avec Bamave , Pétîon ou Robespierre , notre grandè réforme politique n'aurait pas été ensanglantée. Mais cette heureuse concordance aurait supposé l'absence d'intérêts et de passions ennemis , et alors il n'y aurait pas eu de révolution à faire. Si celleci fut inévitable, comme l'a très bien prouvé M. Mignet, c'est qu'elle ne devait qu'exprimer l'incompatibilité désormais absolue des privilèges politiques de la noblesse et du dergé • avec les lumières et l'importance réelle du tiers-état; et cette op])osition d'état et de sentiments, entre les diverses classes delà nation , ne pouvant s'éteindre précisément au moment où elle amenait ime lutte décisive, devait produire , inév itablement aussi, les grands incidents, par lesquels se manifesta l'obstination réciproque et naturelle de deux paitisj inconciliables jusqu'à la victoire complète de celni qui représentait les véritabUs besoins nationaux et les idées du siècle.

ASSEMBLAS LiaisiiAlifB 9 1 79 1 . a63

•A état de simple défense^ il semblerait que Thistorien a regardé comme nécessaires au salut de la

révolution, les mesures violentes adoptées par les républicains; et qu'il va par conséquent traiter ce» derniers avec plus d*indulgence qu'ils n'ont coutume d'en obtenir de leurs héritiers bénéficiaires eux-mêmes, les écrivains libéraux. Mais l'abbé de Montgailiard, vous le savez, Monsieur, dédaigne trop Venchalnement logique des idées, pour tojfi^ ' descendre à raisonner froidement et à mettre un syllogisme à la place d'une calomnie ou d'une injure: aussi, n'avez-vous pas été sans doute plus étonné que moi, en le voyant reprocher à Lafayette de n'avoir pas exterminé ces démocrates, issus des torts et des perfidies combinés de l'aristocratie et de la coui-, lorbqu'il vint Icriner leur club, et menacer le jacobinisme au milieu de ses envahissements et de sa puissance. H convenait à l'historien qui n'a pas craiuî de blâmer cet illustre patriote de sa trop grande modération au Cbampde-Mars, de ses efforts pour épargner, le plus possible , la vie de ses concitovens ; il lui convenait d'exprimer le regret que Paris n'eut pas été enseveli dans les flammes oû noyé dans le sang, par le général même que cette immense capitale avait appellénaguèreà la tète de ses phalanges civiques : car, il faut le dire. Une tient pas à M. de Montgaillard que l'un des noms les plus purs de la France n'en

s64 mmikiot Lsrntx,

soit devenu Tun des plus odieux, et que tous les iouvenirsdeg]oire(i),deyertu et d'héroïsme, dont

(i) L'abbé de Montga illard cherche même à atténuer la gloire , moissonnée dans les champs américains, par LafayeUe et AocLanabcau. «Luckncr, dit-il, a pour seul titre an conunan-

> dément de l'armée d'Alsace , les ravages qu'û a exercés , et le » mal que, dans la guerre de sept ans, il a, comme chef de par-

> tisans, fait aux troupes françaises. 'Les deux autres ont leux» » services aux États-Unis : cependant la guerre d'Amérique n'a » produit qu'un seul exploit digue de mémoire dont on puisse » faire honneur à Tarméc française, snvoir : la capitulation )» d'York-Town, résultat des manœuvres de l'.i m irai de Grasse, » dans le Chcsapcak, et de l'active intrépidité du maréchal-de- 1» camp Saint-Simon (83, III ). » Il est vrai que le siège d'York- Town est la seule expédition à laquelle la division française ait

' pns part ; mais son digne draf , Rocliambean , avait &it la guen« de Flandre et la guerrede sept ans , où il s'était particulièrement distingué , notamment à la bataille de Clanster-Camp , où il commandait une brigade sous les ordres du maréchal de Castries. Quant à Lafayette, il était à la tête d'une division américaine , et l'on sait que ce fut par ses habiles manœuvres que lord Cornvrallis fut conduit à la position d'York-Town. L'arrivée de H. de Grasse dans la baie de Chesapeak ne fit que fermer aux Anglab leur retraite du eàté de la mer. Le marédial-de-camp Saint-Simon, amené des fies par Tamirsl , avec une division de trois mille hommes , fut d'abord placé sous la direcHon du général Lafayette , qu'il joignit à sa dernière position de la campagne; il psssa ensuite sous les ordres de Rochambcaii, lorsfjue Washington eut amené, du nord, le corps d'armée de la division française et une division américaine, il fit bien y sans doute f Qif is rien de plus, que les autres maréçhaux-Hle-eamp français.

ASSBBfBtiB lidsuLTiyBy I79I* a65

se compose la longue carrière de liofayette, n'aient été souillés par des actes de carnage et de dévastation, «c Ayec plus de fermeté, dit-il, en sepor- » tant sans le moindre retard à des mesures déci- » dément et brutalement agressives envers les anarj» chistes , Lafa V ctte aurait incontestablement rendu

de la vigueur à la majorité du corps législatif

» 11 aurait indubitablement suÛi de deux ou trois » mesures énergiques et promptes^ telles que la » destruction ou r incendie deshkXÀmenX^ oii se réu- » nissaient la société mere des jacobins et le club » des cordeliers, pour neutraliser leurs premièrs » efforts , et leur ôter les moyens de correspondre » avec les départements , pour déconcevLer^ c'est à » dire écraser les girondins ( io4 et io5, III). » Quel bizarre homme d'état, Monsieur , que Tabbé de Montgaillard ! Il veut, sans contredit, le irioujphe de la révolution, à laquelle il prédit de si salutaires et si vastes résultats, en vingt endroits divers de son livre; il s'attache à prouver que la cour , les prêtres et rémigration provoquèrent, par des manœuvres et des attaques insensées, le déchaînement des passions dtîmagogiques et l'emploi des moyens extrêmes; il affecte néaiuiioiûs de se séparer du parti révolutionnaire, et déclame, avec plus d^emphaseet de brutalité que jamais , contre les jacobins, parce qu'ils acceptèrent toutes les conséquences de leur position, et qu'ils osèrent ne pas reculer devant lea

l66 VSUTiniE LZTTIIE,

mesures défensives , nécessitées par les machinations et les hostilités imprudentes qu'il s*est appliqué lui-même à constater; il dit enfin anathème aux défenseurs de la cause qu'il prétend être la sienne, dés qu'ils sont réduits à ensanglanter les autels de la liberté; à opposer le système de la ter^ teur au traité de Pilnitz^ au manifeste de Brunsivick aux notes insolentes de l'Autriche (1)9 à la défection des généraux, aux complots, aux soulèvements et aux assassinats de Tintérieur; et tout à coup cette philanthropie , qui Ta rendu infidèle à ses drapeaux, qui lui a fait préférer l'humanité à la révolution d*où le bonheur du genre humain doit sortir un jour ; cotte philanthropie l'abandonne, et il regrette que la politique homicide, incendiaire, dévastatrice, pour laquelle il manifeste tant d'horreur quand elle est invoquée j)ar les démocrates, n'ait pas été largement employée contre eux;

(1) L'abbé de Mo ntga illard ne craint pas d'affirmer, pag. 6i, tom. III, que la note du cabinet antridiieii , s\ iojuriense fiour la nation française , et Tnne des pièces les plus hostiles à la révolation, fut rédigée par Bamave et Adrien Dupoit , et que la reine en fit passer le modèle i Bruxelles. Cette assertion est évidemment calomnieuse; Duport et Barnave parent servir le roi constitutionnel, mais jamais le roi de la contre révolution ; et ce n'était pas, par rintcrmcdiaire des plus illustres patriotes de 1789, que Louis XVI pouvait correspondre avec les monarques absolus, qui allaient tenter de lui rendre son antique pouvoir sur les ruines de la oonstitittion.

ÂSSEtÊBLÉM LéGfSLÀTPn j 1791* ^67

alors même qu'ils ne faisaient^ selon ses propres expressions, que répéter le cri de guerre de leurs ennemis, et qu'assurer la victoire aux principes qui doivent affranchir le monde ! Le glaive exterminateur, objet d'épouvante et d'effroi, lorsqu'un peuple irrité lagite violemment sur des têtes orgueilleuses et long-temps oppressives, ne serait-il donc qu'une arme loyale et bénigne entre les mains du gouvernement, de Faristocratie, ou des gens comme il faut ^ qui s'en serviraient impitoyablement contre la multitude exaspérée, qu'ils auraient poussée à l'insurrection par leurs excès ou par leurs fautes? Et les victimes plébéiennes perdraientelles leurs droits à l'intérêt et à la pitié des cœurs généreux, parce que de superbes sacrificateurs auraient essayé de les flétrir , comme dans les Pays- Bas, dans la Suisse et en France , du titre de gueux ^ de pâtres et desans'Cuhttes (i) ? Mais l'abbé

(i) « Plus liabilei que noos, disait Mirabeau .à la tribime de » l'assemblée constitoaiile, les béros bataves qui fondèrent U • liberté de lear pays prirent le nom de gueu*; ils ne vonlorent » que ce titre, pnrce qnë le mépris de leurs tyrans ATait prétendu

» 1^ en flétrir , et ce titre, en leur attacliant cette classe itiimense « que l'aristocratie et le despotisme avilissaient . fut à la fois » leur force , leur gloire et le gage de leurs succès. Les amis de » la liberté choisissent le nom qui les sertie mieux, et non celui » qui les flatte le plus; ils' s'appelleront les remontrants ^ en » Amérique; les pâtres , en Suisse; lés gueiuf , dans les Pays-Bas. » Us se parmat des injures de leurs émiemis; ils leur ôterout

a68 HKUTjteB LXTTBE ,

de Montgaillard pensait-il rceUement , Monsieur^ que la démagogie, née, selon lui , de la violence de 1*0 pposition royaliste, eût cédé sans combat aux violences des conslitiilioniiels? [/artillerie est impuis-^ santé contre les idées, nous a-t-ii dit lui-même;, on ne peut pas sabrer, fusiller, mitrailler xme opinion, et le républicanisme n'était pas autre chose. Entièrement de son avis sur ce point , j'ajouterai qu'il était tout aussi impossible de brûler cette opi-^ nion que de la tuer , et que les torches, dont ce chaleureux ami de I humanité déplore ici la non inter-^ vention , n'étaient propres qu'à raviver la fièvre démocratique, au Heu de Téteindre, et qu'à la rendre plus meurtrière, eu irritant déplus en plus la na-^ tion, non seulement contre les partisans de Tancien

- régime, mab encore contre les patriotes de 1 789 ( i ) ,

» le pouToir de les humilier avec des expressions dont ils auront » su s'honorer. »

(i) L'abb^de Montgaillard attribne à LafiiTette, à Rochambean et à ITarbonne « un projet de contre-rérolntion qu'ils auraient conçu et arrêté à Metz , pendant le séjour du ministre dans celte ville. « Il était question, dit-il, de faire évadw* * Louis XVI par Pontoise et Dieppe, où il seserait embarqué pour » Ostende, et de celte dernière ville il devait se rendre à Metz. » Le département de Paris, ayant Talleyrand Périgord àsatéte, » se serait alors emparé de l'autorité dans la capitale, et aurait » réuni lés membres de l'assemblée l^ialatrre et de l'assemblée » constituante sur lesquels on pouvait compterf celte nouvelle » assemblée e&t déclaré Paris en iniunreetion coutvt la conitita-

AS5E1IBIJ&B LÉGISLATIYB 1 79 T . 269

qui, faisaat ainsi une guerre d'extermination aux républicains, dont le système n'était que le produit des circonstances , et s'opposant au développement de la puissance populaire , seule capable de vaincre l'obstination des anciens privilégiés, n'auraient pu être considérés, dès lors, que comme les plus odieux d'entre tous les fauteurs de tyrannie et de contre-révolution.

n est maintenant inutile. Monsieur, que j'entreprenne de discuter en détail les assertions et les appréciations de Tabbé de Montgaiilard, sur les événements du ao juin, du lo août et du a septembre 179a (i) : comme il ne cesse d'attribuer les

9 lion et U loi « et La&yelte aurait marché à fortes journées rar » la capitaleà la téle de son armée. Ce projet de contre^rérolation, » pour si insensé qu'il fût, parait avoir été réellement tenté. »

( Page 91 , tome III.) Je crois pouvoir affirmer , au contraire, que ce projet n'a jamais eu d'autre existence que celle que lui donne ici rîmagination bizarre de l'abbé de Mon tgaÛIard. Napbonne , Tua des meilleurs ministres qu*ait eus la France^ passa effiectirement à Metz en allant TÎaiter les frontières. H trovra dans cette ville Luckner et Rochambeaii, qui 7 reçurent de sa main le bâton de maréchal de France, et Lafayette, commandant l'armée du centre, dont le quartier général était à Metz. Les trois généraux furent ensuite mandés à Paris pour déterminer le plan de campagne contre les ennemis; mais il ne fut jamais question, entre eux , de projets qui eussent le moindre rapport avec la fable de M. de MuntgaiUard.

(i) MM. Tliien et Mignet ont fidt nn tableau des massaew

malheur» de la France à ceux qui subirent la révolution et à ceux qui la firent; comme il répète, à chaque page, que Louis XVI, sa famiUe , la noblesse et le clergé furent les propres artisans de leurs infortunes, et qu'il déblatère cependant contre les girondins et les jacobins , pour avoir, sans utilité, sans motifs et sans excuse , appelé ces mêmes calamités sur leurs opiniâtres ennemis ; il me faudrait revenir incessamment sur ce que j'ai déjà dit tant de fois, et vous finiriez par vous fatiguer de me voir péniblement attaché à relever de trop nombreuses et trop choquantes contradictions. Qu il vous suffise de remarquer que les ministres de celte époque, royalistes, feuillants (i), ou girondins , ne

de septembre, tel qu'on devait Vallendre de lent impartiMité «t de la supériorité de leurs vues. Ils ont eu le courage d'expliquer ces affrcttMS journées, comme le firent Garât et Danton , comme Va fait Tîapoléon , dont je crois utile de citer ici les paroles mémorables : « Ce fiit bien plntèt l'acte dn Êinatisme, dit-il, >, que celui de la pure scélératesse; on a tu les massacreurs « de septembre massacrer Fun d'entre eux pour aToir Tolé . durant leurs exécutions. Ce terrible événement était -dans la . force des choses et dans Tesprii des hommes. Point de boule- > Tcrsement politique sans fureur populaire , point de danger . pour le peuple déchaîné, sans désordre et .ans victimes? Les . Prussiens entraient; avant de courir à eux , on a voulu faire » main basse sur leurs auxiliaires dans l>aris. Peut-être cet « événement influa-t- il, dans le temps, sur le salut de la France.»

( Esprit du Mém, , page /, 7 4 , tome D. ) ' (i) M. de IN'arbonne est surtout maltftité par rabbé de Mont.

Dig C

A8SSMBUSB LÉGISLATIT», 1791. 271

sont pas mieux traités que les législateurs d'opinions diverses ; que Bertrancl-Molleville, Narbonne^ Roland et Dutnourier (i) se présentent comme également inhabiles ou factieux , et que cette partie de l'ouvrage , publié sous le nom de Tabbé de Montgaillard, est en tout digne des premiers volumes où

gaillard ; ce mmiatitt» selon lui» présentait encore moins de garanties à Louis XVI que TallejraDd Périgord. « Il entretenait ,

» dît-il , des relations intimes avec madame de Staël , qui con- » Daissait ainsi tout ce ([lù se passait dans le conseil de Louis XVI; » elle exigea de Narbonne qu'il dénonçât le roi , comme formant

• au-dedans et au dehors des projets de contre-révolution. Narn bonne ( il Ini rend pourtant cette justice ) refusa de se préter'à

• une telle in&nde; mais madame de Staël s'en chargea elle- » méme^ et envoya au Journal de Paris une lettre oulrageanto » contre le roi , signée Narbonne, Le ministre n*osa pas la désa» w vouer; mais à peine cette lettre eùt-ollc été publiée, que M Louis XVI chassa IS ai bonne du inini^tèic. » fPage 91 et 92, tome lU.j Cette prétendue lettre outrageante contre le roi, rédigée par madame de Staël, est encore de rinventkm de M. de Montgaillard; il y eut seulement des lettres adressées par les généraux à Narbonne , pour lui témoigner combien sa présence au ministère leur paraissait nécessaire; elles furent insérées,» rinsu de ce ministre, dans le Journal de Paris , et cette publication motiva son renvoi.

(i) Le portrait de Dumourier me parait admirablement tracé par M. Mignet : « La première partie de sa vie politique* dit-il, » se passa à chercher par qui il pourrait parvenir, et la seconde, » par qui il pourrait se conserver. Courtisan avant j 789, coostî- » tutionnel sous la première assemblée, girondin sous la seconde» » jacobin sont la république, c'était éminemment un personnage

a7a mnviàiiB lèttbîc^

nous avons eu si souvent roccasion de surprendre^ en flagrant délit, le génie malfaisant de l'historien.

11 me reste à vous parler, Monsieur, des diamants de la couronne, égarés dans le pillage du garde-meuble et remis à un employé subalterne , nommé Chariot , par un sans -culotte de ses

» de position. SCais il «Tait tontes les râsBonfces des grands » bommes; nn caractèHft entreprenant, nne activité infatigable ^

» un coup d'rcil prompt, sûr, étendu; nue impétuosité d'action « et une confiance dnns le succès extraordinaire j et, en outre, » il était ouvert , facile , spirituel , hardi, propre aux factions et » ans armés, plein d'expédients, étonnant d'à-propos , et ^ dins 9 «ne position , sachant s*y soumettre; pour la changer. H est » vrai que ses grandes <{nalités se tronyaient af&ildies par » quelques débuts, n était hasardeux, léger et d'une grande » inconstance de pensée» et de moyens » à cause de son besoin » continuel d'action. 3Iais le grand défaut de Dumourier était » l'absence de toute conviction politique. « ( Page 3o8 et 3og, tome I.) Il était, en effet, tellement démoralisé sur ce points qu'ilne pouvait croire à la probité politique des antres, et qu'il dit un jour à Gamot , Ml sortir d'une réunion^t»ù l'on avait arrêté des mesures terribles que les républicains croyaient être com* mandées par le salut public : « U fiiut avonerj que nous -soninles » de grands scélérats! » — « Gardez cela pour] vous , général, » lai répondit le sincère patriote, et ils se séjiaKTcnf. Carnot a pensé , du reste , que Dumourier n'avait pas eu d abordj'intention de trahir la république, et qu'il ne fut conduit ù la - défection que par ses revers^ essayant ainsi de donner i sa défaite l'apparence d'une connivence criminelle avec l'étranger, et aimant mieux passer pour traître à la France révolutionnaire que pour guerrier inhabile*

ASSEMBLÉS LiciSLATITSy 1791-

amis ( aa3 , III ). C'est dans le chapitre consacré aux travaux de rassemblée législative que se trouvént les détails île ce faàt \ présen tés cf ailleurs d^une manière tout-à-fait inexacte par M. de Montgaillard; Cet écrivain prétend en effet que <c Chariot , retiré à Âbbeville', 'sa patrie, et sentant sa fin très prochaine, dit à M. Delattre-Dumontville, qui Pavait secouru dans sa détresse : u Ouvre le tiroir de » cette petité table; ii y a dedans uiie petite boite ; » preiids-là, et, si je meurs, fais-en Ttisage que tu i) voudras : j'exige seulement que tu ne regardes » pas ce qii'il ^ a dedans ^ jiire-Ië moi. Dumont^ ville, ajoute^t-il , sortît âvec la boîte qui était fermée par un papier cacheté. Il fut le lendemain savoir des nouvelles de Tétat de Chariot , on liii apprit qu'il venait d'expii'ei^. ftentré éhez Ihi, Dumontviile ouvrit la boîte, et y trouva des diamants

pour uné somme d^environ six millions Dumont-

ville <iottsérva ces diamants jusqu'à l'époque de la

restauration La restauration effectuée, il vint à

Paris, et écrivit aussitôt à M. le eoibte Blacasd'Aulps ; M. de Blacias lui répondit, le jour même, de Se rendre chez lui; Dumontville y vint , et exj)liqua^ au ministre de la liste dvile, la cause de soii

Voyage M. de Blacas traita Dumontville avec une

grande distinction... Lui dit de revenir le lendemain avec le dépôt en question, et Tassura qu'il le conduil*aft ansisitôt chez le toi. Ponctuellem'éfit èxadt au

1^4 KKUViiilME LETTRE ,

quart-d'beure indiqué |. Buinontvilla fut introduit chez M. deBlaca» aussitqt,qu*il se présenta ; le ministre lui demanda à voir les diamants , les examùia beau-i* coup, prodigua de nouveaux éloges k Dumoutnlle^ et finit par lui dire que* des .affaires d*état enipê* chaient sa majesté de le recevoir, mais qu'il revint le lendemain , et qu'il jouirait du bonheur d*enten* dre, de la bouche même du roi, toute la satisfac* tion qu'éprouvait sa majesté d'un si beau trait d'honneur et de bdéUté. J\L de.Blacas garda la boîte de diamants.... Dumontville &e présenta le lendemain chez le ministre qui ne frit pas visible; il eut beau s'y présenter pendant huit Jours consécutifs^ la poite demeura fermée....; DumontviUe revint à Abbeville, et ne cessa, pendant plus de quatre mois, d'écrire à M. de Blacas, qui , fatigué sans doute de ses importunités , lui fit envoyé^ un brevet de chevalier de la légion d'honneur, en novembre i8i 4-» Ce récit était fait. Monsieur, pour laisser, dans l'esprit des lecteurs, des soupçons peu hono» rabïes pour le ministre de la maison du roi , aussi s'empressa-t-il de réclamer, à l'apparition du livre de M. de Montgaillard , pour indiquer la destination toute naturelle • qu'il avait donnée» an dépôt de M. Dumoutville : mais voilà que les héritiers d'une dame Cordonnier viennent de démentir, à leur tour «t judiciairement, le conte ingénieux çt malin de «otce historien } ils. ont établi , devant le tribunal

.. iju.^ud by

ASSEMBLÉE LEGISLATIVE, Ijyi» aj5

d'AbbevilIe: tf Qu*ud sieur Duchesne, ayant trouvé

» six diamants sous les décombres d'un vieux bâ- » timentf les vendit à la veuve Cordonnier, orfèvre » en cette ville ; a^ que celte dame l ayant appris » que les diamants de la couronne avaient été sou»» » traits en 1 793 , engagea un de ses amis, M. Delat* » tre-Dumontville, à vouloir bien remettre ces ob^ » jets au roi; 3^ que trois de ces diamants furent j> reconnus appartenir en effet à la couronne, et 9 que les trois autres furent rendus à la veuve Cor« » donnier, qui les vendit, à son profit, 4*000 fr. ; j> 4° ^JUG le roi, pour récompenser la fidélité dont 9 il recevait une preuve si éclatante , accorda, sqr » la liste civile, à M. Dumontviile , une pension de » 6,000 fr. qui lui fut payée pendant cinq ans , avec j> la croix de la légion d'honneur ; 5** que la veuve » Cordonnier, n'entendant point parler de ses dia- I» mants, crut devoir rappeler la remise qu'elle » avait fait faire par M. ûelattre, et que, par suite j» de ses réclamations, la pension fut retirée. » Les magistrats d'AbbevilIe, tenant pour constants les faits allégués par les héritiers de la veuve Cordonnier > faits indiqués par une note trouvée dans les papiers de cette dame, et sur lesquels ils se fon-* daient pour démontrer qu elle avait été trompée, ont condamné le héros de M. de MontgaiUard 4 ia restitution de 29,000 francs .et frais.

J ai l'honnçur , etc.

2']^ DIXIÈME LKTTRR ,

DIXIÈME LETTRE

Paris y le i5 leptonibn 1827.

MoNStEVft 9

Tant que Tabbé de Montgaillard Sadsait Thistoire spéciale d6 la UgislaHve , il était naturel qu'il ne

vît rien de si criminel qu'elle dans nos fastes révolutioDnaires; vous savez qu'avec sa résolution de pendre tous les objets sous les plus noires couleurs, celui dont il s'occupe actuellement est toujours présenté comme le plus hideux, sauf à lui donner ailleurs une teinte moins sombre pour faire ressortir davantage la laideur d'une nouvelle victime; aussi avez- vous lu, sans doute, comme moi, sans étonnement , cette phrase du chapitre que f ai analysé dans ma précédente lettre : « Assemblée » nationale, dite législative, oui, tu fus cent fois, » mille fois plus coupable que la convention! Tu » détrônas Louis XVI, tu le livras aux bourreaux, » tu bouleversas la France de fond en comble. » Assemblée nationale, tu donnas le signal des V crimes; la convention ne fit que les exécuter I* ( Pag. 1 55, III. ) Mais nous arrivons maintenant 4 r^ûstoire de la convention elle-même, Monsieur,

COlîVEIfTIOlf KATlONALfi, 179^-1793. 277

et il &at bitti s'attendre à la yoir ^lépasser à son

tour la législative dans la carrière du crime, et s'offrir au lecteur^ encore effrayé du tableau de cette dernière assemblée-, sous un a&pect plus borriUe que

tout ce qui précède et tout ce qui suit. On pressent déjà le sort que Tabbé de Montgaillard réserve aux nouveaux dépositaires de la souveraineté nationale,

en lisant en tète du livre qu'il a consacré au gouvernement républicain y ces deux vers de Xoltair.e;

Ex^ermiDeç , grands dieux, de la terre Q&.i|oiia sommci^. QttÎGonqae avec plaitar xé^and le aang dea howiniHi !

Cesimprécationspbilanthropiquessotîtédifiantes,

Monsieur, surtout chez l'écrivain qui refusait naguère à Lafayette la qualité d'bomme d'état, parce qu'il ne voulut pas exterminer les jacobins à la suite des tristes événements du Champ -de-Mars , ou les brûler dans leurs clubs, après le 20 juin , au risque d'incendier la moitié de Paris. Mais l'abbé de Montgaillard ^ qui ne saurait ainsi se défendre d'avoir lui-même encouru i'anathème qu'il a sans doute l'intentioB d'invoquer ici contre la coipvention, en commençant fastueusement Tbistoire de cette assemblée par les vers quejeviensde transcrire; l'abbé de Monlgaillard a-^t-il pensé- réellement que les implacables du parti républicain eussent répandu av>ec plaisir le sang des hommes? Croit-il quaime époque déterminée, les mères du pays le

plus civilisé de Funivers se soient donné le mo^ pour n*enfiuiter toat à conp que des êtres féroces, sar un sol renomtiié pour les mœurs doaces de ses

habitants ! et qu'entre les vieilles générations, qui fi-, rent-ooosidèrer la France comme une terre amie de l'humanité, ét \ek gémérations qui justifient chaque jour davantage cette antique réputation, il se soit rencontré une génération de barbares ^ sans res-i semblance fiMcane avec celles qui la précédaient, ni avec celles qui devaient la suivre, et portée par ses dispositions natives à trouver d'horribles jouis-. $ances dans les immolations! S'il était vrài que la représentation nationale, choisie sur tous les points de l'empire, parmi les citoyens, jugés les plus ca-!' p«bl<(s d'exprimer les idé«& et les passioas alon donlinantes, eût en effet - frappé ses victimes apec .|>4ur<r, ôt tressailli d'allégresse sur des monceaux ' ^e cadain*es, il faudrait biefi admettre Texistence de ^ette jace monstruedse dans la généalogie de liotre nation. Heureusement il n'en est point ainsi : les tigres qui, tels que .Carjier, Dumas, Fouché et quelques autres , s'abreuvèrent complaisammeht de sang humain , ne forment qu'un groupe isolé dans le vaste tableau des excès - révoltitionnaires » où racharnemeilt inévitable des deux partis pousse réciproquement, et malgré eux, à la cruauté, les hommes que leur penchant naturel aurait conduits, à la philanthropie en des témps ordin^ires. En vé'ut*

CONVENTIOlf KÀTiOMALE, 1792-1793. 279

on un eiéeknplé frappsntf Méirat, Thotnintetype des

politiques sanguinaires^ Marat, dont le nom, entouré dosoùtenirsâtroces, n'inspire aujourd'hui que Texécnitidn et le dégoût ; Màrat lui-même n^était

pas cruel par nature, et cherchait moins à satisi^e les besoins de sou cœur qu'à réaliser lesaâreul

la faux de la mo#1f"'StlflëS' ennemis de la révolution. Avant 1789, alors que son caractère primitif n'a-i ^fi>piàmè WitMi fkHEbi âèvrè^magogiqne; que la plupéffr dès esprits spéètetîftse flattaient de réformer l'état sans secousse, par la seule application de MMPII^^

séÉirHÉk^^^^Vi^f^ étfèrMM^^ mnçais.

dans une arènei meurlritTe pour s'y éfftf^égorger; Ht professa iwtflÉKieÉH tes^doctrinfiir gèiiéreu$iélfi#i'

soplies du temps , et plaida énergiquement, dans un

k'abiitilÛNi de lapéine^te

\h préilfitf^^éKittl^lés iM^lIFds quér rencontrait la régénération de la France, il ne sut eoucevoir la v^ctoîrié du pstt^tt qu^ilili^ît embrassé ,

lijêÊ^pÊÊÊmmÊimi^ pbtif^iâi coh-

traricr l'exécution de son effroyable système ; lorsqu'il sembla demander au nom de la liberté, ce que Caligula avait souhaité pour la tyrannie; en i 793t au milieu même des accès les plus violents de sa ra|;e U9mMïiide,.on'l^.¥U dispnter ciialeurisuitimeut

ado miiiif .uranis, . . ,

des victimes au bourreau , toutes les fb^qi^^ilide ]bs, jugea pas coupabit^s de^mmes de ciFconstance, qu'A avait imaginés dans son coJe particulier: c'est ainsi qu'à là fameuse séance du a.juia, il insista pour fairei irétBépif le cercle de la proscription , et qu'il parvint à sauver Dussanlx , Xantb^^as etDucos (i). Et l'exemple de JVIarat n'es);.poiiit ^ne exception ! Les d^ocrates, considérés -communément comme les plus ardents terroriste , après lui, et qui, plus que IjLii, eurent de l'influeace sur rétablissement et li^ marche du gouyernemex^f révolutionnaine^J^ le patron des septembriseurs y Robespierre, Pidole^es^ jacobins j et liarrère, surnommé, t^nacrépii de la gM^^f^^^ s'étaient iaits au^ les s|y,oc^ts dp rh^nai^té, en demandant que la peine capitale £^t rs^yf§0 de notre législation , tandis que , dociles encore à l'impulsion naturelle de leur ame, ils n'avaifqit pas^ subi r^pire des passions politiques. A plu^. fortet raison, les conventionnels à qui leurs ennemis euxxnémes n'ont jamais contesté un caractère honorable, d^s vues désintéressées etdes vçrtus pri^^>; Carnot, Chénier, Grégoire, Brissot, Condorcet {i) etc., n^ sauraient ^tre çousidérés comme ^j^ant assççié \mxs:

(i) Dacf» ne fut sauvé que raonieiitaiié]nent. Sa généreuse constance à défendre ses illustres an&is , finît par Inl en fiiire partagerlesoru ' *

(a) H. de Montgaillard ne Vent péinf fttré de diitineilin en flrveur de ces hommes célèbres. « RobespienrCi Marat^ Saint* Just,

CONTENTIOlf HÂJiQNÂLE^ 1792-1793. aâl

^ùakj4»v9c plaisir y k.àb&.mMs terribles, qu'à leurs ^eux la nécessité n'aurait pas commandés* Quan4 TcM'g^msateur de la viictoire, appelé à prononcer siirfle«M\de^.LoitisX;V3, et prêt â émettre le roté

funeste qui Fa fait mourir lui-même sur une terre

ét^mg^^4épGs^^<^ Jamais ie}ÏTOue,devmrnQ.pe8si » davantage sur mon cœur;» il exprima la pensée et

peigàiiraslftiation morale de cette assemblée, qu'un ministre de Loy^;^VlII(.^. d^ Serre) n'a paspi^pty,

^9A^4t|)l9^«pu&l9 protection de son éloqnanlœ, eudéelaraot à la tribune de la chambre des députés, que la majorité de la convention était sqine, O^p^^i^à^ avec M. Mignet,

personnages et les %i^?oo^A:iW5SJ«b^ aveugle des pai tis,.

tia^térUsé^rique , M. Thiers a semblé croire que lesi

hommes d'état de 1793 contemplaient, sinon a9i»âi »&^^i^,^fe6fitteie IHnsiûue l'abbé de MontgaiUârd'J' aïl'Ubinim'iyoiÉ^ ïnàifiérènce, les^

crifices J^umainç que leur imposa trop souvç^^t ^l^i^^

fai»>hîlilil|ltiaalli!î»#ek)n .mot, que les girondin»

n'Osaient pas concevoir des moyens de salut public

- m«»r..*ie|slï-.^,,ii„ m- ' ■ ...î ,

»• pe ioûl pas plus atroces, dit-il, et ne présentent pas leurs sen- » timents sous des expressions plus furibondes que leurs obscurs » coiiégues Robert, etc., ou que les disciples dct Blutes ^ Con^ »>iionca^,ri^eni#r.« (Pagt aei> toaielIL)

^82 jniukUE LETTRB,

proportimnés «m dangers delà patrie, et que le

triomphe de la Montagne sauva ainsi la république, il déclare ea effet que, s'il eût vécu dans ce tempslà, il aurait suivi les bannières de la Gironde , quoiqu'elle diit compromettre, à son avis, les plus chers intéi^éts de la f'rance (i)^ et il motive cette

(i) « Leur opposition (celle des girondins) a clé dangereuse, » dit M. Thiers, leur indignation impolltique; ils ont cominroiDis >' la réYdlntîon^ k liberté et la France : ils ont compromis même »' la modération, en la défendant avee aigreur, et en mourant, »• iU ont cntxitnd dans leur chttti ee qu'il y arrait de plus génénns » et de plus éclairé en France. Cependant j'aurais voulu être » impolitique comme eux , compromettre tout ce qu'ils avaient ■ compromis , et mourir, comme eux encore , parce qu'il n'est » pas possible de laisser couler le san^^ sans résistance et sans »' indigmatiàH,m ( Page 3oi , tome IV. ) M. Tbiers écrivait ceci au aiin dMnepaiac profonde^ et loin des ctrconaCapees qui entraîné^ wtÊk 4bb iMoiniM, non inofait lensibles que hn,, A iM^'* via éot^ pe;^u. eip«fnglanté ^ quille vfgar^aient eomm^ eslpl 4e dance etde la liberté de leur pays. S'il eût Técn an milieu ^e qes circonstances, et s'il eût compris aussi bien qu'aujourd'liui quel devait être le parti libérateur, pour la révolution, il est prcsuii^able que son a me, ouverte inévitablement aux impressions de l'atÉiosphère de cesMips-ovagevi , ée serait iliise àù niveau d^ aa tête. £t odi tn senonsrttoos, âi let {wlitiqMa dé k Jtei^tMt Mîtnt pn^ reculer en i793^oomilie |ea bistorîena lya :|fMt^,49« Tant les conséquences du système qui renfermait, à leurs yeux, let seuls moyens de salut public? La rérélufÏMi lH fttetlév la France auraient été compromises ! Mais non, les boihmes» ne manquent jamais aux circonstances. «Si Pompée et César, dit ¥ Montesquieu^ eussent pensé conune Bnitus et Calons d'autre^

convzifTiôs VAtiovÀLEf 179^-1793. aS^

grave inconséquence, sur la répognakic^ iiivinciblé d'un cœur généreux, à laisser couler le sang sans résistance et sans indignation. Mais la plupart des hom^ mes qui se prononcèrent pour Robespierre et Dan* ton contre Vergniaud et Guadet, parce qu'ils pensèrent comme M. ïbiers, comme M. de Maistre (i)9 que le jacobinisme pouvait seul résister avec succès à la coalition des aristocrates, des prêtres et des rois, n'étaient pas naturellement plus dispo^-^ sés, que M. ThiersluiHnème^ à devenir spectateurs' ou acteurs impassibles dans nos sanglants débats. S'ils eurent le courage de remplir une tâche pé- Bible,(Odiease; repoiisséepàr leqrs indinatibnsprë^ mières autant que par les babitudes- contractéês sous TinÛuence d'une éducation libérale et distinguée (a) ; sllawnièrenl-mâeiîi^ fidre Ttoloiioe l|lei«nif

» auraient pensé comme comme Pompée et César. » Nous poiiTons dire aujourd'hui : « Si Robespierre et Danton eussent agi comme » Guadet et Vergniaud, d'autres awaient agi comiii« Robearï 9 pierre et Danton.» » '

. (t) Noifei^ Conndér0Uiom$ €ur im Pnaa».

(a) Peot-on cronè, par exemplê, que ilei liomaies telll*^ LepeUetiar Saint-Fargèatt» UUmvh de SëfcMlea' et «^doMèt^ dont les prmcipes , lés nœnrs et la position dan» le' mohdé étalent si peu conciltables avec le san<!-culotisrne , se prêtassent • de bon cœur à tout ce qu'il exigeait d'eux? Non, sans doute; mais ils voulaient, avant tout, sauver la révolution, et ils sentaient que rappaidMpMSU)Mpa|«lMKslci» ét*îtîiidlsptaMU6( îb durent Tacceptcr arec toniei set l^niéqQeaets» C'eil yitm

DDUkME LETTKEg

sentim^ts personnels , que de refuser leur coopération à des mesures dont lis attendaient la défaite complète et définitive des contre-révolutionnaires, ce n*est pas une raison de leur supposer moins d'aversion , que n'en témoignent les historiens , pour rhorribie spectacle que dut offrir inévitablement Tapplication du systènie auquel ils crurent devoir se résigner dans Tintérét de la république. Il résulte seulement de leur détermination , que le salut du peuple, tel qu'ils Tentelidaient, remporta chez eux sur leurs propres inspirations , et qu'ils furent plus puissants sur eux-mêmes que ne l'aurait été M. Thiers, quand ik étouffèrent toute considération privée, et se condamnèrent à destounnents intérieurs, pour suivre le parti qui devait faire triompher., selon eux» Isl caivie nalioiiala. £t peut-

ii*avair pu, dans l'éloiguemeot de la scène, comprendre exacte^ Vient la situation forcée des acteurs, que tant de libéraux étrangers, Fox, Shéridan , etc. , cessèrent d'u,nir ostensiblement leurs ▼ceox anx efforts des révolutionnaires français. Je. tiens d'fiii membre do comité de Mlatpublicraneçdotesutvaiitt : « Pendfint » ut léuu»' dft ce opmit^, Hémult de S^fiiéUes leçiit une lettre > qu'il se ]iàt« dft parcovrir, et qii*îk remit ensntte, (m totirianty 9 k celui de set collègues qui se trouvait le plus près de. lui; la » lettre était de Lavaterj le républîcam suisse témoignait i » Héraull son étonnemeat , de ce qu'un homme y placé si haut j» pw sa . naissance ^ son éducation , ses talents et ses mœurs » doucM ei pttUgtf mit pUj^ disailnUk» ^'associer à des vandales » gipsnerWf ignorants e$ Untces. •

comrsNnoN NATioirÂi.fi, 1 792-1 798. i85

on penser que la conquête de la liberté , par les seules armes de k raison , Ae lenr eût pas semblé préférable aassi, s^ils l'eussent jugée possible? étaientils eux-mêmes sur des roses y tandis que leurs ennemis gémissaient dans lés cachots oa ndarcfaaient au supplice? Geri*est jamais de plein gré queFon s'entoure de cadavres et de ruines, et que Ton se plac^ dans la cruelle alternative de r^ecevoir où de donner la mort Ah! que ces hommes tant maudits, dont les belles années s'écoulèrent à travers le sang et les larmes , durent trouver la vie amère et mettre peu de prix à sa conservation (t )^ en se voyant réduits à vieillir au sein des tempêtes ^ sans pouvoir s'abandonner aux douces affections qui font le charme et le bonheur de l'existence humaine ! sans qu'il leur fbx même permis d'espérer d*autre récompense qu'une inévitable réprobation , à la suite du sacrifice immense que leur arrachait Fexigeance de la pdlîtique! Eh! c'est nous, fils ingrats de oeft inflexibles démocrates, qui s'immolèrent tout en-> tiers au triomphe de la révolution, sans qu'un reste d'égoïsme les fit au moins songer à leur mé-

(i) « C'est ({uitter peu de chose qa*une vie in«Uieureiise, dam « laqndle on est condamné à Tégéter le complice ou lo témoin '» impuissant du crime..... » Samt-Just ttvça ces lignes peu de joura «Tant le 9 t3icnnido»« dans on petit écrit imprimé après ■sa morr, et intitulé : FtwigmeMs sur Us insUwions répubU-*

moire ( i ) ; c'est nous qui venons aujcmrd'hui , parés

des dépouilles du privilège abattu, insulter aux tnàries de ses vainqueurs , et appeler la flétrissure sur h tombe de ceux, qui vécurent dans les alarmes^ et périrent misérablement, pour nous assurer la jouissance des avantages sociaux dou\ nous sommes si fiers ! Quand sera donc assouvie la haine des partis ? quand cesseront les préventions des contempo-» rains , pom* faire place à la justice de la postérité (a) ?

Cependant Pabbé de Montgaillard , après avoir donné une eï;pression poétiqueàsa répugnance pour la convention, aborde Thistoire de cette assemblée ; et s'arrêiant dès la première séance , où la royauté fut abolie et la démocratie fondée, il s écrie: « La » fwkte devenir une république : quel contrei- » sens! » ( a/|0 , III. ) Je ne veux point examiner jusqu'à quel point cette exclamation peut^tre justiûée par les considérations que notre publiciste

(1) On confiait le mot de Danton : « Périsse ma mémoire, et » que la France soit saavée. »

(2) « Le mouvement rérolotionnaîre vne fois établi, dit M. de » Maistre , la France et la monarchie ne ponvaient être faavéea > que par le jacobwÎCTie,;.^ No» n«fe«x« qni a'emlufraMeront » très ])eu de nos souffrances, et qui dbnaeront aor noa tomm beaux, riront de notre ignorance actuelle; ils se consoleioat » tiiémentdes excès que nous aurons ttus, et qui auront cout- • tenà rwtégrilé du plus beau toyaume. » ( Considérations sur la France,)

COirVEHTXOlC SATiONALEy I 792- 1793.

a tirées de l'état de nos mœurs; il mè suffira de TOUS faire observei* qu'il n'a nullement compris la cause y le caractère ^ le but du système politique adopté en France le ai septembre 1792.

Lorsqu'après la ciiute du trône constitutionnel, et rinvasion des Prussiens en Champ^o» les rer présentants de la nation proclamèrent la république^ cette détermination ne fut point, ainsi que l'ont pensé tant d'écrivains , le résultat d'une préférence spontanée, accordée aux institutions démocratiques par des sectaires, ayant dès long-temps médité l'application de leurs théories à la France , et libres de choisir entre diverses formes de gouver«» nement. La plupart des hommes qui , au-dedans et au-dehors de l'assemblée, applaudirent avec enthousiasme à la motion de CoUot d'Herbois^ n'avaient pas osé porter leurs vues au-delà de la monarchie constitutionnelle , pendant les premières années de la révolution: les événements ultérieurs, c'est à dire les manœuvres de la cour, des prétr^ et des émigrés, et la révélation progressive des sentiments inconstitutionnels du monarque (i) les poussèrent seuls au républicanisme , de Faveu même de l'abbé de Montgaillard. Ce furent donc les circonstances

(i) II ne faut pas oublier que, loin d'incriminer cette répugnance invincible pour l'ordre constitutionnel, je U regarde comme natorelieckcft lia roi élevé 4ans les auuûmet da poaToir

SàSS DIXl^E LETtRE,

qui lear indicpi jtént et oomniaiidërent même Tor^ ganisation gouvernementale, dans laquelle le parti patriote devait trouVei^ lés.ressourcesdéfeDsiyes réclamées par 6a situation périlleuse, en donnant ka± classes inférieures assez d'influence politique pour leur permettre de s'occuper de leur î>ropre salut ^ et dë repousser V dans une guerre d'extermination ^ au milieu même des désordres et des excès de l'anarchie, l'agression opiniâtre d'un ennemi puissant^ qui ne poutait être définitivement vaincu que par la colère du peuple (i), et Tappui de la multitude. Si les fondateurs de la république ne reconnurent pas eux-mêmes la inain de la nécessité, sbus le poids de laquelle ils rendirent lé femeux décret du 21 septembre; s'ils crurent constituer la France

(i) « Règle géliéntt, ^ Napoléofl, jamais de réroliitioji ato<^ * ciale, sans terreur. Tonte révolution de oette nalure n'est et ne*

» peut être dans le principe qu'une révolte. Le temps et le succès « seuls parviennent à l'ennoblir, à la rendre légitime; mais en- » core une fois^on li'a pu y parvenir que par la terreur. Comment » dire à tous ceux qui remplissent toutes 1^ adrainistratioiis, » possèdent tdiltes les chargé , jouissent de ttntès les fortunes» » aDes Tooft-en? U est dair c^n'Os se dâfendraiefat U faut done les » frapper de terreor, les ijMttre en fuite» et e'èst ce qu'ont fait la » lanterne et les axécutibns populaires. La terreur, en France, a « commencé le /» août, lorsqu'on a aboli la noblesse , les dîmes , » les féodalités, et qu'on 3 jeté tous ces débris au peuple. Il se » les partagea , ne voulut plus les perdre, et tua. » [Esprit du Mémorial ^ SainU^Uélène » page 4?^ i tom. IL }

CONVENTION NA.TiONAL£ , 179^-1793. ^89

pour rétat de paix et an long avenir, quand ils ne faisaient que subvenir aux besoins du moment , qu'eorégittenter proyisoirement la nation révolutionnaire, en 'la distribuant dans divers corps militants, soUs le nom de districts, municipalités, sections^, clubs» etc. , etc.; cette méprise , fç^it ii^évi- •table<te l'exaltation des uns et delà profog^^ préoccupation des autres, ne change pas, dans l'histoire,, la^ nature de leur résolution, et. ne saurait en-faire une bévue politique, comme Ta pensé M. de Montgaillard, après qu'elle a obtenu les résultais passagers et salutaires qu il lui était rései'yé de. produire, iii^pei;i4ammen%4^.i|l tétions et dâ vues •des bomraes d'état qui l'avaient conçue. L'établissement du végÂB^ rj^ilJMbiicâûi pe 4ut pas u^^u plys une ribuveUe réVélutitm , comme le [prétend M. Mîgnet, lorsqu'il dit en parlawl de la muljtitude: « ÀloirS'éUjB fit sa. révoli||ion> comme la çlasse » moyenneavaitfait" la tienne (^^71, tora.J ). »Les réformes de i789s'étaie|^t opérées en e£fet au proiit et par le concours detôutes les classes de la nation , autre que celle des privilégiés ; la multitude avait combattu au 14 juillet, comme au la août^ parce qu'elle avait compris dès lors qu'elle n'était pas moins favorisée que la classe moyenne par l'extiuction des abus; et les cbefe qu'elle suivit, en 1793 , sortaient des mêmes rangs que ses guides dans l'as-

semblée constituante (i). Uextension Jonnée à son importance jiolitique , par la fondation de l'ère républicaine, ne fit que Tappeler à une d^nse plus active et plus régulière de la cause qu'elle n'avait pu servir directement jusque-là ciue par des soulèvements instantanés ou des journées. Ainsi, en prenant dans l'exercice de la souveraineté une part d'autant p1u$ grande que la permanence de son intervention devenait plus nécessaire et plus urgente; en se revêtant de romnipotence nationale, parce que selon la judicieuse remarque de M. Mignet, pour dé^ fendre la patrie , Ubd faUut la gouverner ^ elle ne fit point une seconde révolution , ainsi que Va cru cet écrivain , mais se chargea seulement de veiller plus spécialemeiit, et «e consacra en effet d'une manière plus absolue, au triomphe de la première, dont les résultats avantageux pour toutes les classes intéressées à raboUtion du privilège légal, étaient incessamment remis en cfUestion par des efforts contre-révolutionnaires, à l'égard desquels la haute moyenne bourgeoisie se trouvaient également frappées dHmpuissatice (i). C3ela est tellement vrai, qu'après la cessation du danger qui provoqua Té-

(i)Saint-Jasl, Robespierre, Danton, Camille Desmoulins, etc., n'iippartenaxeiit pas à une dasse inoii» élevée que ceUc d'où soriSrtnt Bamave, BIcnmiir, l>«porti ïlw»ttcli «^c.

(a) « Quand ouatant foit-daiisime révolution, dit Durand- « MaUlane, que d*y faîw entrer If pèofle comme partie, non

GONVBKTION irATIOITALE , '791-1 793* aÇt

rection à\i gouvernement de la multitude^ ce gouveraementxlisparat, sans qu'il s'opérât réellement one eontre-révolution au préjudice de la classe populaire, ainsi détrônée; sans que celle-ci fut privée des améliorations sociales > antérieures à son avénemeat au timon de Tétat; sans qa*dle ftt^'déAérîtée du btenfiiit de la grande réformation de 1 789 , effectuée à son profit, comme à celui des classes élevées et mitoyennes, avec lesquelles elle nVc«^ de partager depuis les fraits de cette révolution pi inutive, laseiile qui doive conserver ce nom, parpe que^seule^ elle a produit les innovations 'qijj|^:.];^« clamaient IfiNntéréts généraux de la société, et qui pouvaient survivre à toutes les formes politiques ^pasÉigi^âa^ut ^t successivement employées pour raaintentr««|iindispensables changements , et poûr conjurer la rétrogradation.

Cependant le procès du roi devient à son tour, ainsi qu'on devait s'yipittendre, un tezt«| fécond pourTabbé de Montgaîllard de plus ^en plus disposié à faire d'odieuses amplifications, non seulement contre la convention, mais encore contre la nation tout entière, sans en excepter les royalistes

» seulement légale , mais nécessaire, peut-on le congédier htVA^ » queraent et contre son gré ? Éb le devait-on après ses loi^ » et imporUnts services ? Cir, tans lai , disons-le, nos oittteq», » Avec leurs belles phrases cadencées, qu'auraient-ib fiiit? » ( HUmirede la convention nationale, i» part, cbap. , p. 19.)

- J>IXI£M£ LETTRE f

eux-mêmes (i). « Les anarchistes, dit-il, ont dé- V ployé. leurs derniers efforts pour amener la mise » en accusation du roi..»..Du£riche-Valaaéy organe » de la commission extraordinaire des vingt-quatre, » fait à la convention nationale un rapport expo- » sitif desf ièçes trouvées dans les papiers rectteillis » par le comité -de surveillance de la commune » de Paris. Ce rapport est une accusation remplie » d'expressions outrageantes, étayée de sophismes » absurdes (2), empreinte d'une rage sanguinaire

« Dans la seconde moitié du i8* siècle, dit cet écrivain , » la noblesse de France, comme la noblesse espagnole, sous le i> débile Charles IV, ne présente plu» que des caractères décom- » pwës; tous les 'hcatuncs ioTestis du pouYoîr, cm placés près du » ttoovqae» Mut «tni vertiv» tana pxincîpes de momie» sans 9 talept», wn» mérite, itnt-ejLp^rieaoe^et pretgâe riaa lioiiBiar^ » ce sont des courtisans 9ig bas empira Or, voilà ce qui fiùt » cronler^es trônes ^îet ifcm eet accident d'un prince faible , qui » ne saurait jamais être qu'une circonstance au milieu de plu- » sieurs autres.» Plus loin il ajoute : « La cour et ce qu'il y » aTait d'éminent en France, cardinaux, prélats, grands seigneurs <» et- hauts financiers, ét qtaq^cs magistrats aussi, étaient pion- « ^ dans des abtiiies de •eorrupttMi, 4*imnioratité^ d'avarioe,' • et, osons même le dire, de fripponneries...» Qu'on ne dise » point que les partisans de'la «évolution , les jacobins , les anar- » chistes ont calomnié la cour, le clergé , la noblesse, en parlant » de la corruption quirégnait dans lesclasseb élevées avant 17Ô9! • .( Pag. 428 et 429, tome III.)

(a) Valazé , dans son rapport, accusa Louis XVI d'accaparement de blé y de tncie et de café. de Hontgaillard» qui èak

COIfVEIfTION IfÀTlOiXALE, 179^-1793.

9 ( ^6 et a6r9 , UI ). » M. de Momgaillarct paM

ensuite en revue les divers orateurs qui prirent part à ces tristes débats y et, s'arrétant aux noms de Gondoroety de Chénier, et de Camus, il semble surtout jaloux de déchirer' ces grandes réputations^ de porter sur elles sa dent envenimée, au risque de ne mordre que sur du granit , sdon l'expression du prisonnier de Sainte-Hélène. Tant que durera l'histoire de ce procès funeste, il rejettera avec indi* gnalion lesgriefe imputés à l'infortuné monarque, ' après les avoir lui-même énumérés complaisamment jusqu'ici et les avoir même exagérés : il se constituera d'office le défenseur du prince qu'il accusait naguère , pour avoir l'occasion de déblâtérep contre ses accusateurs actuels ; il établira une comparaison entre le jugement de Charles l^' et celui de Iiouia XYI ( 44 ^ 9 ) ; îl s'alta^eca à démontrei^

reproche ici des, so{)hisnies absurdes., a reproduit pourtant la, même inculpation dans son histoire : « L'ex-constituant Dnndré » ( directeur général de la police, sous Louis XVIII, en 1814 ) . » avait fait , dit-il , des accaparemeiHs considérables de sucre et » de café; il s'était associé avec la -maison Cihot et €harleniagne^ » Isisant la graAde épicerie , et en coimviit, siras dés motift % oemmcrciawi) son séjonr à Paris, U jKétait sans danger nn des ». agents secitets de Louis XYI; et eorrespondait avecoe monar-. » que par Finterinédiaire de Bertrand de MoUeville. La plus » grande partie des marchandises de Dandré fut pillée et vendue >» dans les deux journées des 28 et 24 janvier 1792. Louis XVI » 7 perdit» dit-on» plus d'un million.» ( Page 5a, tome IIL)

a()4 DIXlÈMt LETTftE,

que l6i régicides -français ne peuvent fâs, oooune ceux d'Angleterre, exeuser leur conduite par le fanatisme rdigieux , et les actes inconstitutionnels de la couronne ( , Ul ) ; it absoudra la pation britannique de toute participation au meurtre de son roi, tandis .qu'il attestera la complicité du peuple français dans^ la condamnation du petit-fils de Louiâ'XlV; et il finira paroonclurede ce parallèle, que nous fûmes féroces pu lâches, dans les mêmes circonstances où nos anciens nvanx smnifestèrçnt une courageuse désepprob|itîondrf excès qui. ensan*. glarrtaient leur révolution.

Keprenons cette comparaison y Monsieur , afin de répondre à tout ce qu'elle renferme d'inexact et

d'injurieux pour notre nation. Ce n'est pas que la gloire d'un peuple , qui n^clie depuis long-temp^ la tête de civilisation , puisse être compromise par les assertions de l'abbé de Montgaillard; mais quand la malveillance et la légèreté du libeliiste ont usurpé les formes inïposantes de Tbistoire, et peuvent ainsi tromper la foule des lecteurs trop confiants sur événements et leurs résultats, il me paraît indispensable de r^idre aox fiiits bistor riques lenr véritable caractère, et de ropousser, autrement que par le dédain , les attaques du plus mince pampblétanre.

Sans doute, aux yeux du moraliste et de Vins* torien , Jx»ui$ XYI ne se présente point comme un

CONVEFTlOir ITATldNlLB, 1792-1793. AqS

roi criminel, pour ii*aToir pu adhérer de bonne foi à des innoTatipns , qui,, dan» l'atmosphère politique où il était placé , devaient elles-mêmes lui sembler crimineUes^ Mais si la postérité , dont les arrêts à l'égard des individus se {opdent sur la moralité des intentions , ne voit rien qui ait pu altérer les vertus d'un prince dans les actes qui le firent accuser de dissimulation et de parjure, parce qu'il ne pouvait les considérer lui-même que comme des moyens légitimes de défendre ses antiques droits, et d'échapper aux envahissement^ delà dé* mocratie , il n'en est pas moins vrai que ses torts politiques vis-à-vis des patriotes français dépassèrent ceux de Clwles envers les presbytériens d'Angleterre, et qu'il suffit pour s'en convaincre de lire les mémoires des écrivains de la cour , du» marquis, db» Ferrière> de Bouillé,,.de. madame Campan, eta dont les aveux ont été si soigneusement recueillis par^ M. de IVtontg^Uard (i). Après avoir

(i) L'acte d'accusation de Louis XVI se trouve rësumé dan$ la table analytique de l'abbé de Montgaillard, avec l'indicatioa des pages où soat développés les^iififf éaooQ^ coptr^œ prince} je Taie en donner i|p extrait :

« Looii Xyi tient nn lit de juilîce à.Ven»illei ponv.ofdimnef Venregiftrement cte nonTeanx; impéts (tome I, page - 366 ) ; n'e. de volontë que ccMe. de ton ministre ; tient nn Ut justice ponr faire enregistrer un édit d'emprunt montant à 440 raillions; il exile les opposants (page 374 et suivantes); casse un arrêt du

Çariemeat contre les lettres de eechet ( 379 ) ^ le oopp d'éUi contra

306 DIXI£MB LKTTREf

constamment traité la révolutioii en ennemie, soit en secret^ soitouvertément , Loois XYI, ne pou-« .

vait plus être à son tour qu'un ennemi pour elle..

pureté de sa conscience, sa foi vive en la justice de sa cause, si universellement appréciées aujour**

d'iiui, n'étaient pua propres alors à désarmer des

1rs ji.iilcments lui aliène l'afTection du peuple (/jo/, ]• tient uu lit de justice pour rctablissoincnl d'une cour })lénière qui péril dans son germe (/|05)j tient la mémorable séance ou lit de justice du a3 juin 1789 (tome II, page renvoie Nec^^er (66)^ vefnse Molgueinent des troupes et rétablisfeDent de& gardes bouifeoiws (69^); Appranve ]« garde çatîooalf) et défend aua^ personnes àft son service d*«n revêtir runiforme (9^).; regarde comme un crime le vœu pour la constitution anglaise ( 126); projette son départ et paraît au repns de$ gardes-du-corps, où la cocarde nationale fut foulée aux j)ieds(i46, 1 54 ) ; il accepte solennellement les décrets constitutionnels ( 196)^ prête serment à la preUiiére fédération ( a53 est décidé, à protester en secret contre les décrets de rassemblée ( ft6i ); répond au dépiirtemenl qu'il ne songe pas à son départ , et il av^it CQmuuindé les.reUis ;^ fait écrire à ses ambassadeurs qu'il accepte la constitution , et envoie des agents secrets pour démentir cette lettre f 3o8); son évasion; arrêté à Varennes (3/47); prête serment à la constitution (4^1 ) » «adresse une proclamation aux émigrés, pour qu'ils se rallient à la constitution , et met son veto sur un décret contre les émigrés (tome lU, pages 5, sa , aS a^et son Hfeto sur un décret contre les prêtres insermenté (29); sa conduite timide et contre-révolutionnaire; intéressé dans les opérations ra.ercantiles. de Dandré (38^ /|3 et suivantes); met son vtffo sur la Ibr-. mation d'un camp près Paris; préparc un nouveau projet d*é-f vasion (8/|)i pleins pouvoirs donnés à JBreleuil pour j»gir à l'é-

COîTVENTIOlNr NATIONALE, 1793-1793. 297

réformateurs non moins persuadés qu'ils étaient eux-mêmes les défenseurs exclusifs du bon droit. De ce conflit de prétentions et desentiments inconciliables, soutenus, départ et d'autre, avec une obstination égale à la sincérité de chacun des com-

tranger ( 25o )i etc., etc. « On peut ojouter à celte longue série de preuves contre la constitutionnalité des sentiments de Louis XVI, preuves sur lesquelles la plupart de ses juges motivèrent leur vote; on peut ajouter le grief capital, rais en avant par l'abbé de Montgalllard, d'avoir dicté ou provoqué la déclaration de Pilnitz, le manifeste de Brunswick et les notes diplomatiques de l'Aulriche. Certes , Charles Stuart, puisque nous n'examinons la question que sous le rapport politique, ne fut pas plus coupable vis-^-vis des révolutionnaires anglais. « Mais, dit M. de » Montgaillard , les auteurs de la mort de Charles étaient pour » la plupart des fanatiques de bonne foi, des chréliens zélés qui i) abusant du texte sacré, tuèrent leur souverain en conscience: » après avoir répandu le sang royal , ils ne répandirent pas le » sang de leurs concitoyens. « (Page /^Si , tome 111.) J'observerai d'abord que le fanatisme philosophique et politique des régicides français ne fut pas moins sincère et entraînant que le fanatisme religieux des presbytériens d'Angleterre. Si ces derniers , favorisés par leur position topographique et une foule d'autres circonstances, n'eurent point ensuite à redouter lescoalilions étrangères et la fréquence des soulèvements intérieurs ; s'ils furent ainsi dispensés d'ajouter de nouveaux supplices à celui de leur roi , il faut les féliciter de l'heureux concours de circonstances qui leur permit de s'arrêter bientôt dans la voie des immolations, et plaindre les républicains de notre pays de s'être vus réduits, par les résistances ou agressions intérieures et extérieures, à ne pouvoir déposer le glaive aussi vite que les juges de Charles V ,

ag8 DIXIÈME LETTRE,

battants , lésiiUft une goerre d'extenninaticMii, oji la

terrible application du vœ l>içtif était réservée au parti qui succomberait.

Malheureusement pour* k prince, les intérêts qu'il défendait n'étaient pas ceux qu'en définitif la force des choses devait faire prévaloir. Il s'opposait, avec toute Ik persévéranoe qu^inspire une conviction profonde, à racconiplissement cTune rénovation que nul effort humain ne pouvait plus retarder: ce fut sur lui que s'appesantit la main de l'implacable destin. Ses ennemis , maîtrisés par le fanatisme politique, comnae ceux de Charles le furent par le fanatisme religieux, ne le jugèrent pas dâDS le vrai sens du mot ; ils le tuèrent, sekm l'expression de l'un d'eux ( Danton ), sur le champ de bataille de la révolution, en se servant de l'écfaa&ud comme ^une machin^ de guerre* Déplorons cette grande catastrophe ; plaignons le monarque, ainsi jeté, par le hasard de la naissance, dans un siècle prageux, ou les nobles quidlités deson ame, qui en d'autres temps auraient fait le bonheur de ses. sujets, furent frappées de stérilité par les circonstances, et ne purent préserver ni de l'accusation de tyrannie, ni du sort des. tyrans. Mais il faut s'en prendre surtout aux imperfectipnsL de notre nature (i), si de semblables excès accom-^

(i) « Lamém^ «rdousqui iHMidiiiti*lién»sme patriotîq«e et y légiibtif, dit Madiiktoili^ Aevioit Is soum ^ ïcpi^nûtfw

coirvEUTioir va.xiovale, I792-X7g3« ^99

pagnent toujours les crises les plus salutaires. Il n'a pas été donné aux nations d'extirper des abus profondément enracinés sans éprouver une CQiiimotion iriolente : toutes ont payé plus ou moins cher leur régénération. Aucune, il est vrai, na peut-être égalé «la pôtre en sacrifices; aucune aussi ixe rencoirtra autant d'obstacles , et n'obtinf ses malheurs de plus vastes résultats.

L^abbé deM^ntgaillard, àqui lamort deLouis J^YJ arrache d'hypocrites lamentations aumomentméme où il vient d'outrager la mémoire de ce prince , en pitant des faits qui puissent atténuer tout ce qu'il a |Ht de la résijgnation de cette grfmde yictime (i);

9 barbaces, de nouveautés chimériqM et de cbailgencnts fvécif f pitéi. On tenterait inutilement d'augmenter la CertUité du sol, » sans en fiiywîser pi même temps les «icralssance^ itnisiUe^. » n en est de même de Tesprit humain; et (ftst aux oonrulsions

» fréquentes que les anciennes républiques doivent les exemples M de désordres sanguinaires et d'héroïsme vertueux qui distin- » guentleurhiàtoire de cette tranquillité monotone des états ^|io- » demes. Les passions d'une nation ne sont pas montée^ au point » d'êtfe susœpt^l^ d'actions d'écUti ^ns couctr lès risques de ^ commettre des violences et des crimei;».. T<Bi^^t ktioU, » immuaèiett, quiiont plutôt des Hbettet contre la nmtare ktt^ » moine, que des accusations contre la révob^on frtu^emte. » ÇjpoL de la révol. franc, et de ses admirateurs an^lais^ p. i83.)

(1) M. de Montgaillard aurait été fiché qu'on eût cru à la sincérité de l'hommage qu'il s'était cru obligé de rendre, en plusiturs oidroitsy à la réMyiation fié^poîque de Louif ^YXj aiissi|

3oO DIXlà:M£ L£TXAK,

rabbé de Mo|àtgaillard invoqqt Taulorité de Fox, pQiir prouver que la convention n# commit pas

seulemeut un crime^ mais iit une faute immense, en attentant aux jours du roL S'il était dans mon caractère de subir aveuglement le joug des autorités, celle de l'illustre Anglais serait sans contredit Tune de celles qui me trouveraient le plus docile. Mais babitué à raisonner avant decroira^j'ose porter

pour atténuer f efifèt de tes paroles » a-t-îl cité complaisamment nn passage da procès des Bmtrbons^ et une anecdote relatiTe à

Cambacérès (pages 408, 4i3 et4i4,tom. III), desqueJs on pourrait induire que le monarque infortuné ne fut rien moins que résigné, t^nt dai}s pmop. 4u Temple (qu'aux pieds de l'échafaud.

L'abbé de MontgaiUavd a touIu se lefvir aussi da nom de CUrj, pour inculper Louis XYI» pour frire dire k ce prince qu'il avait renié jusqu'à son écriture (page 294, tomelll). «On » lit, dii-il, émle^ Mémoires de M. Ctéry^ édition originale, » seule avouée par l'auteur, Londres, i»Soo , page 93 : A mnuat, » pendant que je déshabillais Louis XVI, il me dit : « J'étais biea » loin de penser à toutes les questions qui m'ont été faites ; et^

> dans mon embarras, j'ai été obligé de renier jusqu'à mon

> écriture. » Il lui e6t été focile de prévoir ces «piestions , s'il » n'eàt pas tenu avec opiniftireté à la résolution <pie sa femme » \%à avah fait prendre de ne point lire les journaux. • BL de Montgaîlhinl el ses éditeurs auraient dù savoir cependant que les prétendus Mémoires de M. Clcry^ imprimés à Londres en 1800, et sur lesquels on fonde rautlienlicité des paroles allri" buées ici à Louis XVI , fiire&t publiés à l'insu du valet de cbam- Ine .du roi, dont le journal fut indignement altéré dans cette oontrefiiçon} ib a'auaient pas dà igaorer non plus que cette

CONVENTION NATION AUÏ ^ » 79^-1 793, 3oi

rexamen ftur la proposîtiaii de Fox, et il me semble que ce n'est pas ainsi que doit être envisagée la question. Qufi sert £££et de peser péniUemeiit les avantages et tes- conséquences ftinestes d'un acte politique quelconque, pour apprécier la moralité et la capacité de ses auteurs ^ ayant d'avoii* recherché s'ils ne furent pas eiàtrainés par un enchaînement de circonstances tel , que l'acte fut luimême inévitable? Or> c'est avec ce dernier came-

éMUon originale fjmde a»ouée par tauieur, fut désavouée par Ini solennçlleoieiit et arec la pins vive indignation , dans une lettre au Spectateur du Nord, datée de Scliierensée en Holst/ein le 3o janvier 1 8oi , et à la suite de laquelle le journalisteaUemand inséra la note suivante : « J'ai publié cette réclamation pour sa- » tisfaire M. Cléry ; car, d'ailleurs^ après avoir parcourn le » Ubelle dont il se plaint, je «ds pennadë qall.nte pas un » hommf doné de qnelqn« seof » «pii ne rqjette-«ve6 liorrw nne înpostnie paiement ipaftcboite et révoltante. » Le désaveu de «Cléry a été reproduit dans une Notice sur sa vie et son journal, publiée en iBaS, par l'auteur des Mémoires historiques sur Louis XV IL M. Beuchot, dans le n? du./ournal de la Li^ brairie, aimée i8i8, avait déjà fait observer la différence des titres entre les Mémoires imprimés à Londres^ et le véritable Journal de Oéry, Après tant d'eiplications , il serak difficile de concevoir comment Fabbé de Montgaillard.a osé donner encore •en iSaS , pour une édUfon originale , seule avouée par Fauteur, ce que l'auteur a démontré n'être que l'œuvre du mensonge et de la fraude; si Ton ne savait que les droits de la justice et de la vérité sont d'impuissantes barrières contre son infati^ble mal-» veiUanoe.

tère que 86 présenté rattetitat du ai janvier 179!^, après tous les événements qui 1^ précédèrent depuis lafietmeuse séance royale du a3 juin '1789. Louis XVI) déstiné au trAne dès le berceau ^ nourri des maximes du droit divin, ayant été surpris pai* la révolution année de la déclaratiôii deâ droits de l'homme et du pritidpe de la IkiuVeraineté du peuple , n'avait pu en effet que la combattre avec opiniâtreté: mais la révolution étant un Véritable besoin national , ne detait pas céder non plus aux efforts de ce puissant adyersaii*e. Elle suivit dans ses attaques une progression proportionnée à la résistance qu'elle eut à briser. Le monarque fut vaincu, et sa défaite devint le signal de sa mort. On le frappa sans lui tenir compte de sa probité y de ^ bienfiiisanoe, de toutes ses vertus « parce que les vertus d'un ennemi ne peuvent pas éti'e comprises ^ senties, reconnues, au milieu des Liostilités, et dans la chaleur du combat. S*il eût été vainqueur^ sa position ne lui aurait pas permis aussi d'apprécier la bonne foi des révolutionnaires les plus désintéressés : la raison d'état, et des conseillers moins accessibles que lui à l'indulgence n*enssent pasman* qué d'enchaîner la bonté naturelle de son cœur- On aurait vu la réaction contester à ses victimes, aussi injustement que la révolution, toute qualité honorable , tout titre à la clémence ; et les girondins les plus recommandables, comme ceux des montai

comrximoir irÀTioirAi.K^ 1792-1793. 3o3

gnards dont on n'a jamais soupçonné la pureté civique, n'auraient pas été mieux traités que ne le furent autrefois, parla restauration anglaise, Russel et Sydney; que ne Font été de nos jours, par la restauration espagnole, l'Empecinado et Riégo ; que... Je m'arrête, Monsieur ! C'est à nous, étrangers aux passions qui ensanglantèrent notre beau pays; à nous qui appelons de tous nos voeux Tinstant d'une réconciliation universelle, et qui prodamotis incessamment la nécessité pùar les diverses classes de la nation de ne plus se considéi'er comme ennemies, afin de jouir en paix du fruit de tant de malheurs, et de pouvoir travailler en commun ait bien général; c'est à nous surtout qu'il appartient de donner l'exemple de l'oubli, et d'abjurer la ré«* crimination.

J'ai rhonneur, etc.

OmzàMÈ LBTTBB^

ONZIÈME LETTRE

Paris, 90 MpteuibrafSa;*

Je n'entreprendrai point de discuter en détail le i]uatrièine volume de M. de Montgaillard. De ia première it la dernière page, on n'y trouve que des lamentations usées sur les malhetirs de la révolution, des phrases banales et déclamatoires contre le jacobinisme et Témigration (i), et de nouvelles diatribes, en style souvent burlesque (a), contre

(1) • Jamais, dit Tabbé de Montgaillard^ on ne vit l'honnête » citoyen aussi pusillanime, on ne vit une aussi permanente » lAdieté dans une nation civilisée et qui possède un grand » nombre d'hommes ëdairés. Émigrés, pourquoi ne pas rester au » sein de vos foyers?..... En fuyant votre patrie, vous avez monj» tré que vous ne compreniez ni l'importance ni l'utilité de vous n faire citoyen. » ( Page 28 , tome IV. ) Plus loin il rite ce passage de Mallet Dupan : «La révolution doit aux so|}hismes de » l'esprit de parti rhorrible caractère qu'elle a pris depuis un an j » cUe le doit à cette émigration systématique qui sépare le mo- » narque de ses défenseurs, le royaume des royalistes, etc. » ( Page 69, tome IV. )

(2) Les lecteus de H. de HontgaiUaxd ont remarque, sans

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