CONTENTION NATION A.LB
les mêmes hommes qu'il n'a cessé d'injurier jusqu'ici. Ma cinquième et tua dixième lettres, aux* quelles je vous renvoie, répondront suffisamment , je crois, à toutes ces fastidieuses répétitions. Je vous ferai observer seulement qu'il n'a pas mieux compris la situation morale, l'héroïsme on la résignation des victimes , qu'il n'a su apprécier Fexaltation, ou l'état fébrile des sacrificateurs^. D'un coté, il se demande, comment Barrère, naturellemM doux^ de mœurs polies^ axfec m cœur bon, ia pas» sion des lettres et des beaux arts, le goût de la sim" pUcUé et de l'étude , sans cupidité , sans amrke , sans ambition ; profondément désintéressé , dans cette longue politique qu'il parcourt les pieds dans le sang ; susceptible des plus nobles résolutions^ des actes les plus généreux; recelant des proscrits et s' exposant personnellement à de grands dangers ;
doute oonnBe-moi, combien le style de cet écrivain , malgré 1*4preté qui le distîogae le plos souvent , .vene néanmoins quelquefois, d'une page à Tantre.. Ijci^ en effet, ses formes sont grosâ^es, brutales» rebutantes; là» au contraire, elles respirent i'nrbanité et l'atticismc. On dirait qu'une main académique s'est soumise à alterner avec le cynique abbé, dans la composition d<i son livre. Comment croire, par exemple» que rfaistorien » qui outre la rudesse républicaine, quand il s'agit des anoblis de l'empire, et qui affecte- de nous mppeler leurs noms roturiers , accompagnés le plus souvent d*épitbètes offensantes , soit le même qui nous parle avec tant de grâce et de politesse de nionsieur te^Mc de Maêsmno ^
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3o6 ONZIÈME L£IXii£.
sauvant les jours de plusieurs de ses compatriotes , d'une Joule de royalistes ; coui'raiU de sa protection tous les nobhs , tous les suspects qui im^oquent sa générosité; rendant â une foule d* individus les services les plus signalés , les plus désintéressés ( pages a84 et afô» tora. IV ); il se demande comment le même homme put devemrle complice , F admirateur^ ranûde Robespierre y se faire l apologiste, des plus horriUes forfaits , proposer , faire adopûer ow justifier des décrets sanguinaires. D'antre part, il ne voit, dans la pal ic iice et la résignation des nombreux .captif» destinés à ia mort, qu'une insoudande et une sorte d'anéatatissèment moral imposuble à concevoir ( 218, IV ). « Dans ces enceintes obstruées et » fétides 9 dit-il, dans ces sombres demeures, les » jeux et la dissipation semblent leurs seules conso* )> laiions et les seuls objets de leurs soins: tant les ». ressources qu'ils puiseraient en eux-mêmes sont » faibles, et tant ils ont besoin de se fnîr. Croîra- » t-on le fait suivant ? il est cependant de la plus » exacte vérité. Au Luxembourg, les dames des » ci-devant nobles faisaient journellement des ré- » pétitions de guillotine. Voici ce qu'elles avaient » imaginé: on plaçait trois cbaises dans un bout » de la salle, l'une au milieu et les deux autres sur » les côtés; chaque dame, penchant à son tour sur » le dos de la cbaisG^iju milieu, arrangeait sou coi 1» sur la traverse d'en baut; elle s'inclinait ensuite
GOmTENTlON N ATIONALE , 1 793- 1 7 94 . io')
» poar imiter la bascule que le patient frit sux* j» le plancher de la guillotine; les deux diaiiB^ de
D droite et de gauche s'abattaient alors, et la dame 9 68 laissant cheoir , tombait sur le carreau. Quand 9 l'expérience était bien £iite , o'est à dire quand » la dame tombait avec souplesse et avec grâce, » lesspectateurs, formantcerclederrièreleschaises< » battaient des mains, et prodiguaient les bradai » bravo! si la pudeur en souffrait quelquefois, les 9 ris des spectateurs en étaient plus bruyants. C'est 1» ainsi que des dames titrées s'exerçaient ^ monter » surréchafaud. Au reste, les détenus de cette classe » dépensaient en frais de table les sommes qu'ils 3» purentencorereoueiliirijusqu'àcequelesgeoliers 9 de plusieurs prisons eussent imaginé de rassema» bler tout le monde à des tables communes, qui ne » sechargent plusque d'alimentsgrossiers etdemau* » Taise qualité. Alors les détenus de toutes classes » faisant assaut d'abnégation ou plutôt de frivolité, j» croient se dérober à leur position s'ils en dé* V tournent les yeux: c'est le fatalisme des Mnsul- » mans ; maw, attendu qu il n émane d'aucun sen^ 9 timent d*exaltation ^ et qu'il ne s'y fxUtache au- 9 cune espérance j ne doU-on pas en conch&e que » les Français étaient parvenus, en l'jSi^ ^ au der- 9 nier état de iiécompaskion?» (a 18 et 219, t. IY« ) Ainsi, les passions fortes , énergiques, violentes , qui se développèrent sur le théâtre de la révolu-^
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3oS OKZliMB LETTRE 9
tion , et qui donnèrent aux hommes des divers partis assez d*eiiipirè sur eux-mêmes pour ne point restèr au-dessous des cruelles nécessités du temps ; le fanatisme , qui métamorphosa le philanthrope en tenrorbte» et le courtisan en héros; Texaltation du républicain etle sublime courage du royaliste qui les famiharisèrentPun et l'autre avec la mort , soit qu'ils dussent l'infliger ou la subir ; toutes les résolutions généreuses ou terribles, au sein desquelles s'opéra la régénération de la France, d'où sortira un jour celle de l'univers, deTaveu même de M. de Montgaillard, ne doivent être attribués, selon cet écrivain , qu'à la décomposition , dont les Français avaient atteint le dernier terme en 1788/ Misérable pamphlétaire! détracteur monomane! qui, pour trouver un aliment durable à son insatiable malveillance, s'obstine à tout salir avec sa plume empoisonnée! « Nulle part, a-t- » il déjà dit, à là page 7$ du même volume, on » ne trouvera quelque étincelle de courage civil, » tant est forte la dépression exercée durant les » derniers régnes, pendant près de deux siècles, » sur le moral des Français, de ces Français qui ne » sout plus, à la fin du 18^ siècle, que des scories » privées également de chaleur et de cohésion ! » Représentants du jeu de paume^ vainqueurs de Ja Bastille , soldats de Jenuuapes et de Watigiiies, victitnes héroïques fournies à Fécha&ud par toutes
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coNTKffTioir NAXioNAXB, 1793-1^94. 3q9
les opinions, martyrs du royalisme, de k Girondeou de la Montagne, braves deLescure et deKléber, magistrats inflexibles, ou conspirateurs infatigables, inviolablenient dtnoués à la cause qui vous semblait la meilleure, serait-il vrai que des âmes glacées et corrompues eussent seules produit tout ce que nous admirons de grand et de prodigieux dans votre orageuse carrière ? Ne fùtes-vous réellement' que àe& scories sans chaleur et sans cohénon^ lors? que vous communiquâtes au monde entier l'ébranlement qui remuait votre patrie dans ses plus profondes entrailles; lorsque du choc des intéréta et des sentiments qui , sous des bannières différentes , vous inspirèrent un égal enthousiasme, et vou$ coaunaudèrent tant d'efforts et de sacrifices, . vous fîtes jaillir Tétinceile électrique qui devait embraser l'universalité des peuples du désir d'accélérer, le plus possible, ramélioration.de leur sort, et de briser, sur toute la sur&ce du globe, les dernières chaînes du genre humain? C'est bien là, en effet, ce qu affîrme Tahbé de Montgaillard ; mais c'est là aussi ce que la raison , la justice et la vérité noùa font un devoir de démentir et de repousser.
Je m'attendais. Monsieur, à trouver dans l'histoire de la convention , une -explication plu 4 ou moins satisfaisante de la chute successive des divers partis démocratiques juéqu'au 9 thermidor ; mou eappi^ a été oompUtement livre de Taidiéi
3lO aSZlkUE LZTIBM,
de Montgaillard ne jette guère plus de clarté sur les causes éloignées ou prochaines du supplice des girondins, Aie^hébertistes, et de Danton, que ne pourrait le faire une simple table chronologique , ou Taffîche de Tarrét qui les frappa. L'historien se borne ici à constater la date du jugement, et ne se distingne d^ailleurs du greffier , qu'en ce qu'il ajoute au nom des condamnés , quelques épithètes outrageanties. G'estainsi, par exemple, qu'ils'exprime à l'égard des républicains de la Gironde: « Les plus » distingués , dit-il , sont Brissot, Vergniaud, ré- » gardés comme les che&, esprits sjrstématiques , » eioessivement ambitieux de renommée et de pon« » voir; Carra, Fauchet (abbé), pamphlétaires et » journalisteswcendiaires; Condorcet^académiden, » dont la conduite poKtique prouve que la culture » de la haute philosophie est un bouclier aussi faible V cotitre les passions de la domination et du des- » potisroe, que les croyances religieuses qu'ont » professées tant de princes absolus, depuis Phi- » lippe II d'Espagne, jusqu'à Louis XIY. » (9^ et 94 9 tom. IV. ) Oondoroet avide de domination et de despotisme! Condorcet émule, en tyrannie, du prince sanguinaire qui décima la population des Pays-Bas! Voilà ime révélation, qui a dù vous surprendre, Monsieur, et dont les possesseurs du manuscrit de Tablée de Montgaillard avaient sans dovueifait part , confidentiellement, à M. le baro»
CONVENTION NATIONALE, 1 793-1 794. 3ll
d'Eickatein, lorsqu'il j a environ un aif , il ne craignit pas d'appliquer, dans son Catholique^ l'épithète d'aride et d'abominable au grand homme qui traça, en face de la mort, le tableau des progrès de l'esprit humain. Quoiqu'il en soit, j'appellerai maiiitenaiit votre attention sur la manière dont M. de MontgaiUard rend compte des mesures employées par le comité de salut public pour arrêter les envahissements delà faction ochlocratique. Sans noua indiquer la source, les progrès et le but définitif de cette fiictioti; sans faire un précis desonbis-^ toire, qui puisse servir à la classer dans l'histoire générale de cette époque, autrement que par la date de sa dé&ite, il passe brusquement du récit de la conquête de la Martinique par les Anglais, au supplice d'Hébert et de ses complices, «c On exécute » plusieurs cordeliers, dit-il : Ronsin, l'un des com- » mandants de l'armée révolutionnaire; Hébert , » autrefois garçon de théâtre, laquais, aujourd'hui » substitut, procureur syndic de la commune, etc. » ( i83, tom. IV.) Il présente d'ailleurs leur supplice comme le résultat des craintes que leur influence inspire maintenant à Robespierre, dont ils furent autrefois les ardents auxiliaires. Quant à Danton, il périt pour n avoir pas compris llijpo^ crisie de son rival en scélératesse; et sa mort laisse dominer sans opposition le parti de Robes* pierre , cesC à dire ce qui aura paru de plus inique
3ia ONUkMS. LETTRE,
ei de plus atroce. ( igo^tom^IV. )ny a^Monsieur,
dans ce dernier membre de phrase , de quoi faire crier merci à l'ombre d'Hébert. Les sans-culottes de Chaumette etdeRoDsin, les propagateurs des doctrines immorales et désorganisatrices, les révolutionnaires, dans le sens du crime , selon l'expression de Saint-Justy les véritables anarchistes, en un mot , ont trouvé grâce auprès de notre historien, qui, loin de les considérer comme les plus hideux, apôtres de la terreur, ne voit au contraire rien de plus inique et de plus atroce que le parti qui mit un terme à leurs abominables excès , et qui prévint^ par leur supplice, Fexécution des plus exé* érables desseins (i). Il appartenait au reste à l'é-» crivain ^ qui diffame, avec une affreuse persévé-
(i) Let hébertùstes «Taîeat oonça le projet d^e$aînt-Barthâemy contre les suspects qui gémissaieiit dans les caehots. L'ordre allait être donné dana les départements de faire nn
choix parmi les détenus , et de transférer ceux qui seraient réputés les plus dangereux dans les prisons du clief-lieu, OU, à la même benre, ils auraient été exterminés par des colonnes mobiles » placées sons le comnoandement des lieutenants de Ronsîn , général de l'armée révolntionnauro; Gelut-ei confift cet horrible secret i un juré du tribnnal extraonlinaney en lui disant : k Les exécutions jonmaliires sont trop lentes et finissent » par exciter la pitié publique en farcur desvîcfîmes ; il fiint en » finir d'un seul coup, i» — « Robespierre connait-il ce projet, » observa jilors le juré. » — « Bah 1 répliqua Ronsin , il n'est pai « d'une trempe asseï iorte; • Le citoyen **\ i peine échappé anx
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COICVENXlOir NATIONALE j 179^-1 794*
rance, les caractères les pins respectables parmi les royalistes et les républicains de toutes les nuances ; il lui appartenait d'atténuer ainsi la réprobation qui pèse à si juste titre sur la mémoire du pamphlétaire, dont la bouche impure vomit, contre la reine Marie^Antoinette, le plus dégoûtant et le plus horrible dès mensonges (i). Mais ne nous arrêtons pas davantage, Monsieur, aux motifs qui ont engagé l'abbé de Montgaillard à ne placer la monstruosité d*Hébert qu'après Viniquité et Vatro» cité Robespierre; laissons se complaire, dans cette préférence inouie, l'homme dont le cynisme et la brutalité rappellent souvent la grande colère du journaliste de la populace, et qui aurait bien plus de ressemblance encore avec le père Duchêne^ si des inspirations minerviennes ne menaient parfois
affirenses confidences du général révolationnatte , eourat die£ Robespierre pour l'instruire de ce qui se passait « Qaoi! s*éeria
»» celui-ci, encore du sang! et toujours tlu sang ! « Quelques jours après , les conspirateurs homicides furent arrêtés et envoyés eux-mêmes à la mort. Je tiens ce fait du juré inéine ^ dont les révélations prévinrent ainsi un renonveUemcat dea massacres de septemlire.
(i) Robespierre, en npprenanl les inâmes détaik de la déposition d'Hébert contre la reine, ne put s'empêcher «2e dire : « La ■» misérable! non content delà j)i^senter comme une Mcssaline^ » il a voulu en faire une Agrippine I « M. de Montgaillard a dénaturé ainsi cette excbmation : « Je lui avais dit d'en faire une » MessaKne» et il en a&it une Agrippine. «
3l4 OirZI£M£ LETTRE I
adoudr ramertume et corriger l'àpi été de son style. U est un point plus essentiel sur lequel nous devons fixer nos regards: je veux parler du procèa de Robespierre , qui , comme Fobserva très bien Cainbacérès (i) à Napoléon, a été jugé et non plaidé* Les coryphées des nombreuses factions qui se combattirent et se succédèrent dans Tarène de la révolution , s'ils furent anathématisés et flétris par leurs adversaires, trouvèrent au moins ^ sous leurs propres drapeaux, des apologistes, qui se chargé-* rent de défendre leur réputation ou leur mémoire: tel n'a point été le sort de Maximilien ilobei»pierre«
(i) CamlMoérès fat, sons le consulat et Tempire , PaTOcat des pr^ngës et des abus; Napoléon nous Ta révélé loi-même : îltraliit secrètement la république , dans la convention , et fit parade de son apostasie politique, après la restauration ; Joiit cela est aujourd'hui incontestable. Mais ces diverses circonstances no servent qu'à rendre son témoignage plus désintéressé à l'égard de Kobespierre. Ce n'est pas ici le patriote sincère qui rend hommage à l'austérité du franc républicain j c'est l'homme doué d'une' grànde perspicacité > et qni, fort de son impassibilité , a observé froidement ce qui se passait autour de lui; c*est Phbmme dair» Toyant qui juge IHiomme ^état. Au reste , rachamement de l'abbé de Montgaillard contre Cambacérès est poussé jusqu'au ridicule. La moitié du quatrième volume de VHcstoirc de France semble n'être qu'une satire contre i'ex-archichancelier , dont le nom revient à chaque page. U est pourtant une foule d'autres personnages qui n'ont pas mieux que lui gardé leur loi à la causé qu'ils embrassèrent en 1789 , et qui ne sont pas poursuivis avec la même persévérance par l'abbé de Montgaillard.
coirvEirTioif yATiovAi:JB/i793-i794. 3i5
Parvenu au sommet de la popularité , sans avoir pu, comme César, gagner le peuple par des largesses . ou Féblouir par des victoires ; sans avoir caressé ^ comme Danton, les passions démagogiques , ou fa» vorisé les goûts licencieux de la multitude ;*saiis avoir montré 9 dans ses vêtements ou son langage , la moindre condescendance pour les travers ou les folies du temps ; sans posséder enfin ces dehors sé^ duisants^ ces qualités brillantes, qui commandent le dévouement et Fadmiration , il tomba sous les coups de quelques misérables, dont il s'apprêtait à punir les déprédations ; et l'on vit aussitôt tous les partis s'élever à la fois pour l'accuser des crimes qu ils avaient provoqués ou commis eux-mêmes , pour lui imputer les forfoits qui avaient épouvanté et désolé la France. On eût dît qu'après tant de ca»lamités et de scènes révoltantes , dans lesquelles avaient inévitablement trempé les amis et lea ennemis de la révolution, chacun attendit impa^ tiemmeut la victime expiatoire qui devait accumuler sur elle le courroux du ciel et Tanimadversion des hommes. Robespierre fut en effet, selon l'expression de Kapoléon (i),le vrai bouc émissaire de la révolution , immolé au moment même où il voulait en arrêter les désordres. Les cordeliers dû comité de sûreté générale , réunis aux jacobins du
(t) Esprit du mém, de Sainte-Hélèae , tome I , si 3.
3l6 OAZiiME LETTRE 9
oomitéde salut public, et soutenus par tout ce
qu'il y eut de vil sur la Montagne^ donnèrent le signal du sacrifice ; ils firent sortir de leur longue torpeur les lâches du Marais et les circonspects de la Plaine ; ils ranimèrent les débris de la Gironde^ réveillèrent lesfewUants^les monardUens^ les ro^ia- Ustes purs, et tous ensemble s*écrièrent que le mandalaire du peuple, dont le crédit avait dominé toutes les influences révolutionnaires, tandis que la terreur régnait , et que le sang coulait sur toute la surface de la république, devait répondre de ce sang au génie des vengeances. Ils oublièrent passa* gèrement alors leurs dissentiments, pour maudire cet homme , d'une voix unanime ; pour déclarer qu'il avait été le plus inepte, le plus pervers et le plus atroce des tyrans. Les historiens (i) et les libellistes n'ont su que répéter depuis ces accents de malédiction. Les uns ont accusé Robespierre d'avoir voulu s'élever au suprême pouvoir, en se faisant, des cadavres de ses rivaux , autant de degrés pour monter au trône j les autres l'ont signalé comme un agent de l'étranger , comme un émissaire de Coblentz : tous se sont accordés à lui refuser ta» lents et vertus. L'abbé de Montgaillard , comme Ton devait s'y attendre. Monsieur, accueille toutes
(i) U est juste d*eioepter MM. Mtgnet et Xbiers, aiiui que l'éditeur du Chmx des rapports et discours prononcés à kt tri^ bune nationale dtfpuis 1789.
CONVENTION NÀTIONA.L£, I793-I794. SlJ
ces imputations, quoique contradictoires, parce quelles sont toutes mensongères et infamantes. Robespierre , selon lui , aspirait certainement à la couronne, puisqu'il acheta le pistolet, avec lequel il essaya de se tuer , chez un marchand dont l'enseigne portrait: au grand inonarquei « mots repré- » sentant à ses yeux, dit-il , le but auquel se flat- » tait de parvenir son ambitieus^e démence. >> (257 , tom. IV. ) Cependant, quelques pages plus loin ( :16a), cette soif de royauté semble disparaître, et le nom de Pitt intervient pour faire attribuer la conduite de Robespierre à un tout autre mobile; comme on trouve, en d'autres endroits du même volume, certaines insinuations (i) pour nous âdre
(1) Robespîm« empêcha la destruction des maisons royales : donc il était royaliste ; teUe est la manière de raisonoer de l'abbé
de Montgailhrd, qui ne craint pas d'ailleurs' d'affirmer que Napoléon n'aurait jamais osé uspirer à la couronne s'il n'eût trouvé les Tuileries debout. Robespierre a donc été aussi bonapartiste par anticipation ! Ajoutez à l'appui de l'imputation de loyalisme, la 'pension fourme à sa seenrpar le trésor royal , les lettres sans signature saisies dans son domicile, et les emblèmes monardiiqnes découverts à l*H6tel-d^-Tille, et tous auras le complément des grie6 mensongers^ sur lesquels on a fondé jusqu'ici, depuis Courtois jusqu'à MM. Dulaure et Montgaillard , la plus absurde des inculpations. D'abord, la pension, dont on a fait taulde bruitj lut accordée à mademoiselle Robespierre par Napo> léon, qui TaTait connue à Mioe auprès de son Irère , et non par le gontemément royal , qui oessa^ au contraire » delà payer»
3l8 OdfZfteC LITTRE,
croire que le plus austère des républicains favorisait secrètement les vues de l'émigration , et préparait le triomphe du royalisme.
Robespierre royaliste ! Robespierre agent de l'étranger i Permis à M. Dalaure(i) et k l'abbé de Montgaillard, Monsieur, de ne pas sentir le ridicule de cette double imputation : pour moi, je croi-
dès que certains écrivains voulurent s'en prévaloir pour faire des rapprochements doublement calomnieux. On sait, ensuite, que la correspondance anonyme et le Jiceau neufàjlcur de Us furent glissés 9 soit chez Aobespierre, soit sur le bureau de la commiine^ par les agents des prinelpaux thermidoriens. Un membre du comité de sûreté générale , et Ton des pins actifs adversaîres de Robespierre , en a fiiit depuis Taveu à Cambon , qui avait été dupe de celte fourberie. Je pourrais signaler l'homme qui osa se vanter ainsi d'une infernale machination, renouvelte plus tard par la police de M. Decazes contre le généra] Canuel ; mais il est proscrit et plus qu'octogénaire : cette double conndération me £ait un devoir de taire son no». ' '
(i) M. Dttlaure, qui, pour r^terswr Jet ennemis de la liberté les attentats qai en souillèrent le triomphe, s'est appliqué à signaler partout la main dorée de l'étranger, dans noimouvements révolutionnaires, sans s'apercevoir qu'il réduisait ainsi notre grand drame national à untî misérable intrigue; M. Dulaurc est l'auteur de l'article qui fut inséré), en i8i5, dans.ic Censeur, sur la prétendue correspondanœ de Robespiecre avec les chefs de l'émigration. Comme cette puUication, qnoâque &ite dans m but libéral, a eu pour résultat d'accréditer les impoitnrss de Courtois, et de propager un odieui: mensonge , sons les auspices de deux hommes qui n'ont cessé de grandir depuis dans l'estime